Plaidoyer pour la recherche, y compris en pédagogie

Dans un récent billet, Suzette Sandoz, s’interroge sur l’engouement et la fascination d’un jeune bachelier, futur médecin, pour le charme irrésistible de la recherche. Sous entendu, les jeunes feraient peut-être mieux d’apprendre un vrai métier, de le pratiquer, plutôt que de rêver de recherche, de facilité et de célébrité. Puis de s’en prendre aux crédits attribués à la recherche dans l’éducation et d’inciter les parlementaires vaudois à y regarder de plus près avant de passer au vote des budgets… C’est bien écrit, percutant, l’ironie, arme imparable, est malheureusement mise au service de la démagogie… Bref, rire au détriment des ayathollah de la pédagogie est un plaisir dont on ne se lasse pas dans les anciens baillages bernois…

Et pourtant! Quoi de plus beau que l’ambition d’un jeune homme à apprendre la médecine, puis de l’approfondir, pour ensuite dépasser les connaissances de ses maîtres et enfin contribuer à améliorer la santé de ses compagnons de misère, lors de leur court passage de vie sur terre. Car la recherche, c’est avant tout se poser des questions,  maintenir sa curiosité en éveil, se remettre en question et ne pas se reposer sur les lauriers de ses prédécesseurs.

Personne ne songe à remettre en cause le rôle de la recherche en physique, en biologie, en pharmacologie ou encore en agronomie. Et pourtant, dans les années 1990 des politiciens éclairés et inspirés des mêmes préceptes ont décimé la recherche sur les abeilles en Suisse – fil rouge du présent blog. Avec les menaces sur la santé des abeilles, nous nous sommes retrouvés confrontés 20 ans plus tard à d’énormes problèmes et à une absence de relève scientifique pour affronter ces défis.

Il en va de même dans tous les domaines, y compris en pédagogie. Que seraient nos écoles sans les esprits éclairés et précurseurs des lumières et de leurs successeurs du 19ème siècle? On connaît bien les Rousseau,  Fellenberg, Pestalozzi et consorts. On connaît moins Anne-Marie de Molin, fille du célèbre savant aveugle et apiculteur de Genève, François Huber. Elle est l’auteure d’un opuscule de 37 pages publié en 1829 et intitulé Quelques pensées sur l’éducation des femmes. C’est à son instigation que l’on doit la fondation de  l’école Vinet, institut pour jeunes filles fondé en 1834 à Lausanne, puis d’une autre institution féminine à Paris. Où en serions-nous sans ces précurseurs éclairés? Probablement dans un système d’éducation encore basé sur les châtiments corporels, dans des classes à cinquante élèves, de tous niveaux et exclusivement masculins…

En tant qu’élu, responsable du dicastère des écoles dans ma commune, je suis à chaque fois éberlué par la maturité, le niveau d’intelligence sociale et humaine des jeunes enseignant(e)s qui viennent se présenter pour re-pourvoir un poste vacant. Evidemment, les méthodes d’enseignement changent, les objectifs également, mais les conditions auxquelles les enseignants sont confrontés ne sont plus mêmes que celles que nous avons connues. Et si nos hautes écoles sont perfectibles – mais elles n’existent que depuis quelques années après tout-, elles forment des enseignant(e)s étonnamment aptes et bien préparé(e)s à répondre à ces nouveaux défis.

Est-il toujours primordial de réciter des tables de multiplication, alors qu’on a dans la poche un smart-objet qui vous fournit des réponses exactes à tous vos calculs, à plusieurs décimales près si nécessaire? Est-il toujours essentiel de maîtriser à la perfection une orthographe figée, alors que les langues sont vivantes et évoluent et que le même smart-objet vous corrigera au besoin et vous fournira même une traduction dans n’importe quelle langue si vous souhaitez communiquer avec une personne qui ne parle pas la vôtre?

Comment relever ces défis sans se poser les bonnes questions, y chercher des réponses et accorder des crédits dans cette optique? Refuser de s’y confronter, se contenter de répéter ce que nos aînés nous ont appris, c’est le début de la sclérose. La sclérose est un moyen utile pour renforcer un organisme vieillissant, incapable de se rajeunir. Mais elle le rend aussi plus rigide et plus fragile. A l’encontre des organismes vivants qui ne savent survivre qu’en vieillissant, les institutions humaines sont capables de rajeunissement, et ce rajeunissement passe par un questionnement, la recherche de nouvelles solutions, de réponses adaptées à un monde en changement.

 

Franci Saucy

Franci Saucy

Franci Saucy, Docteur ès sciences, biologiste, diplômé des universités de Genève et Neuchâtel, est spécialisé dans le domaine du comportement animal et de l'écologie des populations. Employé à l’Office fédéral de la statistique, Franci Saucy est également apiculteur amateur et passionné, et il contribue par ses recherches et ses écrits à l'approfondissement des connaissances sur les abeilles et à leur vulgarisation dans le monde apicole et le public en général. Franci Saucy est également élu PS à l'exécutif de la Commune de Marsens, dans le canton de Fribourg Blog privé: www.bee-api.net

3 réponses à “Plaidoyer pour la recherche, y compris en pédagogie

  1. Ne vais pas me prononcer sur le fond auquel je ne connais rien, mais sur la forme.
    J’aime braucoup Madame Suzette Sandoz, femme de conviction et il devrait y en avoir beaucoup plus des Suzettes, dans notre paysage politique.

    Après, que l’on partage ses idées ou pas, peut importe, c’est un autre débat!
    Mais je vous aime aussi beaucoup, vous me paraissez un homme passionné.
    Alors, mettons le débat sur le fond et non sur la personne

    1. Bonjour,
      J’ai également beaucoup de respect et d’admiration pour Suzette Sandoz, mais qu’est-ce que ces propos peuvent parfois m’agacer aussi… et je suis d’accord avec vous, il nous faudrait plus de Suzettes

  2. Merci pour cette réponse élégante ! Elle permet de rappeler la nécessité et l’importance de la recherche scientifique.
    Salutations,
    Damian

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