Comment l’administration fédérale (ne) consulte (pas) les start-up

La Suisse met en place sa stratégie numérique… sans consulter ses start-up. La semaine dernière, nous constations qu’une seule entreprise issue de nos laboratoires de recherche était associée au plan d’action du Conseil fédéral, Bestmile. Une, c’est peu, se disait-on. Mais en fait, c’est moins que ça: Bestmile n’est pas associée au plan d’action. Certes, le nom de l’entreprise lausannoise apparaît dans le document du Conseil fédéral, mais les responsables de l’entreprise n’ont jamais entendu parler de la stratégie suisse numérique.

Le Conseil fédéral ne ment pas. Il mentionne Bestmile dans son document, au chapitre « Véhicules automoteurs », car la start-up lausannoise est associée à un projet pilote des CFF à Zoug. Mais personne n’a demandé à Bestmile son avis sur le développement de véhicules autonomes en Suisse. Car, en général, les fonctionnaires fédéraux ne consultent pas les start-up. Ils préfèrent consulter les CFF, plus faciles à joindre, et mentionner la start-up qui travaille avec les CFF. Pas besoin de leur parler.

Le Conseil fédéral liste des conditions pour attirer des start-up: le monde à l’envers!

J’ai sensibilisé le Conseil fédéral à la question des start-up, la semaine dernière lors d’une séance d’information. Par oral, il s’est engagé à corriger le tir. Ce qu’il a confirmé, lundi, en réponse à une question écrite, mais en fixant ses conditions. Sur les pattes arrières, le Conseil fédéral met en garde: « Le plan d’action ne doit pas servir de support publicitaire ». Avant de préciser qu’une participation « ne donne pas droit à un soutien financier ». Quel enthousiasme… Puis, l’administration déroule une avalanche de « critères » pour que la proposition soit considérée: elle doit, par exemple, « être soutenue par au moins deux acteurs externes à la Confédération ». Quelqu’un d’adulte et responsable, comme les CFF. Autre exigence: la mesure ne doit pas être une « vision pure ». Sans rire. Puis, si vous respectez tous ces critères, la direction de l’Office fédéral de la communication décide si elle vous sélectionne « en concertation avec les offices fédéraux compétents ». En gros, si vous passez tous les obstacles, vous aurez une réponse dans les six mois. Si tout va bien.

Le Conseil fédéral conclut qu’il est, je cite, « convaincu que le plan comprendra nettement plus » de partenaires, « dans un proche avenir ». Je suis convaincu du contraire. Il n’y aura en tout cas aucune start-up. Car aucune n’a le temps, ni la motivation, de négocier avec des fonctionnaires un « droit » à contribuer à la prospérité de la Suisse. Fondamentalement, le Conseil fédéral a pris le problème à l’envers: ce ne sont pas les start-up qui ont besoin de la Suisse, mais la Suisse qui a besoin des start-up. Au lieu de rédiger les critères d’un concours de beauté, l’administration fédérale ferait mieux de mettre son énergie à trouver les talents qui, en Suisse, l’aideront dans un domaine qu’elle ne maîtrise pas toujours. Mieux: les hauts fonctionnaires devraient demander à Bestmile, Sophia Genetics ou Flyability s’ils peuvent faire un stage d’une semaine chez eux. Les start-up les accueilleront avec plaisir. A condition qu’ils soient motivés. Et sans « visions pures ».

4 réponses à “Comment l’administration fédérale (ne) consulte (pas) les start-up

  1. A nouveau une insulte de bas niveau contre le personnel de l’Administration fédérale. Au cas ou, il n’y a plus de fonctionnaires depuis fort longtemps.

  2. J’ai été étonnée du peu de commentaires qu’a suscité la communication de ce plan d’actions dans les médias vu l’importance du sujet.
    Vos questions et suggestions sont pertinentes mais ne résoudront pas le problème fondamental de ce plan qui est à mon avis: comment allons-nous le réaliser en évitant les doublons et silos (qui sont déjà pour certains visibles au niveau du plan) et en mettant l’utilisateur (qui rappelons-le paye!) au centre de toutes considérations. Je n’ai jamais eu accès aux détails des projets de la Confédération mais pour le peu qui est apparu dans les média ces dernières années, il semble qu’à chaque fois qu’elle s’aventure sur le terrain de la tech, il en résulte un désastre de projet waterfall avec tout ce que cela implique de conséquences financières.
    Les start up et leurs méthodes lean et agiles auront évidemment des réponses à amener, il reste qu’elle n’ont pas l’expérience de l’échelle.
    La Confédération a besoin de talents motivés par la perspective de participer à la numérisation (un acte politique comme un autre finalement) et d’une stratégie d’exécution (et je ne parle pas d’un PDF) bien loin de sa méthode de prestataires dispersés sur le territoire. L’ère des projets avec un début et une fin est terminée, pour chaque élément du plan que la Confédération décide de mettre en œuvre il s’agira d’itérer aussi longtemps que le produit/service est pertinent pour ses utilisateurs.

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