Nous protégeons mieux ce que l’on aime – Plaidoyer pour la pédagogie par la nature

La nature est l’alliée précieuse de l’enseignant et des parents : sa beauté, la richesse de sa faune et de sa flore, l’infinité de ses formes, de ses couleurs, de ses senteurs, son évolution incessante, sa pureté, son abondance, en font le lieu idéal pour se connaître et étudier le monde.

Intégrer la pédagogie par la nature dans une approche intégrale

Dans la nature il y a toujours quelque chose à faire, à apprendre, à découvrir, que ce soit au niveau physique, émotionnel, cognitif ou social. Elle offre les conditions idéales pour apprendre de façon expérientielle et dynamique, avec enthousiasme et émerveillement.

La nature est propice pour développer le corps : la motricité, l’agilité, la dextérité, la coordination ; pour développer les sens et le sens esthétique; pour faire éclore et fortifier les valeurs humaines fondamentales tels la persévérance, le courage, l’humilité, la gratitude ; mais aussi les forces de caractère telles l’endurance, le leadership, le travail d’équipe, la prudence, la maîtrise de soi. La pédagogie par la nature est aussi idéale pour entraîner les facultés mentales telles l’observation, la comparaison, la concentration, la mémorisation, etc. Tous les sujets peuvent être enseignés dans la nature : les mathématiques (découvrir les formes, le poids et la taille d’objets, sérier des bouts de bois, compter), les langues (le vocabulaire, la poésie), la communication (la collaboration, l’écriture), la géographie, les sciences, l’histoire, etc.

Ce que nous disent les recherches

Les écoles partiellement dans la nature ont fait l’objet de nombreuses recherches; celles-ci ont démontré que les enfants développent davantage leurs habilités motrices, ont de meilleures capacités de concentration, plus de créativité, qu’ils sont moins souvent et moins longtemps malades ; ils ont un meilleur équilibre émotionnel, apprennent à jouer ensemble, à s’entraider davantage et ont moins de conflits entre eux. Il est à noter – comme le remarquent de nombreux enseignants qui sortent dans la nature avec leur classe – que les enfants ‘plus difficiles à gérer en classe’ ne créent parfois plus de difficultés une fois dans la nature et font même preuve de qualités insoupçonnées. L’hyperactivité ainsi que de nombreuses autres maladies modernes sont atténuées dans la nature quand elles ne disparaissent pas tout simplement.

En conséquence, le rapport avec la Terre est lui aussi transformé positivement – nous protégeons mieux ce que l’on aime. Rappelons-le, il y a urgence, les scientifiques de tous bords tirent la sonnette d’alarme, l’humanité hypothèque son futur (un occidental a de nos jours en moyenne une empreinte écologique de 3 planètes).

Une approche dynamique et expérientielle

La dynamique de groupe est très différente dans la nature. Il n’est plus possible pour le maître ou la maîtresse d’adopter un enseignement unidirectionnel (où il/elle contrôle et dirige tout) ; ce sont plutôt les interactions avec les éléments naturels, entre élèves, avec l’enseignant ou un spécialiste et avec les références pédagogiques proposées (livres, applications, activités, fiches de travail, instructions) qui deviennent sources d’apprentissage.

Les élèves assument aussi davantage de responsabilités et seront donc appelés à faire preuve de plus de maturité, de sagesse et d’autodiscipline. Nous nous réjouirons de pouvoir développer ces qualités et vertus qui sont fondamentales à leur développement.

On peut initier des activités collectives pour développer la collaboration ou plutôt en solitaire, explorer ses secrets. La diversité des expériences que la nature offre, sa richesse, la joie, l’enthousiasme qu’elle suscite en font le lieu idéal pour grandir et apprendre dans la joie et l’harmonie, pour intégrer dans nos activités et apprentissages le corps, les émotions et le mental.

Quel enseignant peut-il offrir en classe une telle gamme d’expériences, de couleurs, d’objets et de phénomènes ?

Le trouble du déficit de nature

Sans aucun doute, la classe est propice à certaines activités, mais à trop se couper de la nature, nous nous asséchons comme nous le démontre ce phénomène récent qu’est le « trouble du déficit de nature ».En effet, suite à l’urbanisation et à l’avènement de l’âge électronique, de nombreux enfants n’ont pour ainsi dire plus de contact avec la nature. Entre 1997 et 2003, on a remarqué que les enfants de neuf à douze ans passaient moitié moins de temps dans la nature et que les enfants qui vivent en milieux urbains jouent dix fois moins ensemble dehors qu’il y a trente ans. Il semblerait que jamais dans toute l’histoire de l’humanité il n’y ait eu de civilisation coupée à ce point de la nature.

Les écoles partiellement dans la nature

Suite à la redécouverte des multiples bienfaits de la pédagogie par la nature, des jardins d’enfants et écoles dans la nature se multiplient un peu partout dans le monde. De nombreux exemples d’écoles dans la nature existent dans les pays scandinaves. Uniquement au Danemark on compte entre 200 et 500 écoles dans la nature ; en Allemagne on recense plus de 400 écoles publiques et le mouvement prend de l’ampleur au niveau mondial.

En Suisse, les premières écoles enfantines en forêt ont ouvert en 1998 à Brütten et à St-Gall. Depuis, d’autres ont vu le jour, essentiellement en Suisse alémanique. Actuellement, on dénombre dans notre pays environ 400 groupes de jeux/jardins d’enfants, 8 écoles enfantines publiques, 12 écoles enfantines privées et 2 « Basisstuffe » (1er cycle complet) en nature. En Suisse romande, l’école Educaterre à Sion est basée sur ce concept. www.educaterre.ch

Un reportage de canal9.

Dans les écoles publiques

Il y a de nombreux projets dans les écoles publiques. Par exemple, dans un village valaisan, grâce à la gentillesse d’un viticulteur, chaque enfant a quelques ceps de vigne qui lui sont attribués avec son nom en tête de ligne ; tout au long de l’année, il participera à toutes les étapes d’entretien jusqu’à la fabrication du jus de raisin qu’il ramènera à la maison, tout fier.

De nombreux enseignants organisent des sorties dans la nature toutes les semaines alors que des associations organisent des sorties ou camps pour les enfants, forment les enseignants et interviennent dans les écoles.

SILVIVA propose une vaste offre dans le domaine de l’éducation à l’environnement par la nature. En plus de leur offre de loisirs pour enfants, adolescents, adultes, seniors et familles, ils proposent une vaste palette de formations continues et cours ainsi que diverses offres pour les écoles.

ERBINAT – l’association professionnelle pour la découverte et la formation en nature souhaite renforcer l’offre en formations et en activités de pédagogie active dans la nature.

Bien sûr, c’est aussi la responsabilité des parents d’initier les enfants à la nature. Parce que vivre et apprendre en contact avec la nature, c’est aussi offrir à nos enfants une enfance riche et heureuse.

Quelques idées d’exercices

A l’occasion d’un repas, rendez les enfants attentifs aux odeurs des différents aliments, apprenez-leur les noms des différents condiments et ingrédients, des différents fromages, etc., puis au repas suivant, bandez-leur les yeux et demandez-leur de deviner ce qui est au menu.

Pour élargir leur capacité à apprécier les différentes saveurs, faites-leur découvrir et apprécier le piquant du poivre, du gingembre ou du piment ; l’astringence du thé, de la baie de myrtille, de l’argousier ; l’amertume du pamplemousse, des endives, etc.

Faites-leur découvrir les baies poivrées et suaves à l’aspect boisé et résineux du genévrier ; les graines de fenouil légèrement camphrées et sucrées, qui ressemblent à l’anis et dont le goût monte en bouche progressivement en laissant sur le palais une douceur stable et raffinée ; explorez ainsi les fruits locaux ou exotiques, les épices qui firent la richesse de nombreux marchands telles la cannelle, le safran, les graines de moutarde, la cardamome, le gingembre, le clou de girofle et le curcuma. Cela peut aussi être l’occasion d’introduire de l’histoire et de la géographie.

Faites découvrir aux enfants les herbes aromatiques telles que le thym, le romarin, le persil, la coriandre, la menthe, etc. Faites des jeux : le memory des herbes aromatiques (en cachant le nom des herbes entreposées dans des boîtes identiques et en les regroupant par paires en se servant de l’odorat) ; ou alors les yeux bandés, proposez-leur de décrire ou de deviner le nom de l’herbe que vous leur faites goûter, etc.

Demandez aux enfants de choisir dix objets dans la nature et de décrire les différences au toucher (lisse, granuleux, rugueux, coupant, etc.) puis de les organiser du plus lisse au plus rugueux, ou du plus solide au plus fragile, du plus lourd au plus léger, du plus volumineux au plus petit.

Fermez les yeux et écoutez tous les sons qui vous entourent : écoutez celui qui est le plus lointain, puis le plus proche ; comptez les différents sons ; entendez tous les sons sans vous focaliser sur un son en particulier ; comparez les sons entre eux ; choisissez un son et donnez-lui une couleur, une forme, une texture. Quelle image évoque-t-il en vous ? Essayez d’imiter le son.

Retrouver l’arbre dans la forêt : allez en forêt puis bandez les yeux de l’enfant ; prenez sa main et conduisez-le (en faisant des détours) près d’un arbre ; laissez-lui le temps de faire connaissance avec cet arbre, puis ramenez-le au point de départ (en faisant quelques détours). Enlevez-lui le bandeau et demandez-lui de retrouver son arbre.

Fabrice Dini

Fabrice Dini

Fabrice Dini est cofondateur de deux écoles et l’auteur d’un ouvrage préfacé par Matthieu Ricard "Une éducation intégrale pour grandir en s'épanouissant". Il intervient dans de nombreuses écoles et entreprises en Suisse romande. Fabrice s’est formé au CFM de l’Université du Massachusetts et enseigne la pleine conscience, la gestion du stress et l'éducation intégrale.

3 réponses à “Nous protégeons mieux ce que l’on aime – Plaidoyer pour la pédagogie par la nature

  1. Bonjour,
    Je me permets un petit commentaire. Je ne veux pas être critique, mais je trouve juste vraiment que la photo d’illustration de votre article n’est pas bien choisie.
    Ce n’est pas une représentation de la vrai nature, c’est une nature idéalisée, d’un point de vue naïf. Cette image d’un enfant embrassant un lion peut même être dangeureuse selon le public qui y a accès, et, en tout cas, elle ne reflète pas la complexité et l’intérêt réel du sujet que vous abordez.
    Avec mes meilleurs messages.

  2. Au vu du comportement totalement irresponsable et destructif des adultes devant la nature, ce sont eux eux qu’il conviendrait d’emmener se promener dans les bois!!

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