La carte est fausse ? La leçon de géographie sera meilleure !

Il est évidemment regrettable que le Kosovo ait été « oublié » sur les cartes scolaires genevoises comme le révèle le TEMPS. Les réactions contrites des protagonistes de la bourde sont justifiées. Mais l’épilogue de l’affaire (renvoi chez Michelin afin d’obtenir des cartes correctes) et les réactions outrées des politiciens en quête d’une « transmission des connaissances les plus justes possibles » mérite discussion.

L’histoire de la cartographie – portée par des grandes figures comme Brian Harley et  Mark Monmonier – nous apprend en effet qu’aucune carte n’est « vraie » ou « juste ». Les bonnes cartes, certes, tendent à être les plus fidèles possibles, mais toutes représentent un reflet du monde, des choix cartographiques et des rapports de pouvoirs. Comment les futures cartes « justes » qui seront livrées au DIP représenteront-elles la Palestine ? la Crimée ? Le Tibet ? Le Cachemire ? Les îles Kouriles ? Ceuta et Melilla ? Gibraltar ? Je serai curieux de le savoir !

Il y a là une matière d’apprentissage bien plus nécessaire pour les élèves que la géographie traditionnelle de pays figés chacun dans une couleur et de capitales à mémoriser. Mon conseil aux enseignants de géographie genevois est donc de conserver précieusement leurs nouvelles cartes fausses et d’en faire la matière d’un cours sur la géographie changeante des Balkans – une région riche d’ailleurs d’une histoire cartographique particulièrement remarquable – sur le pouvoir des cartes et sur les rapports compliqués entre la réalité et sa représentation…

Ce sera toujours plus intéressant que de contempler –  comme les petits vaudois si l’on en croit l’article du TEMPS  – le seul canton de Vaud…

 

Harley, B. J. 1988. Maps, Knowledge and Power. In The Iconography of Landscape, eds. D. Cosgrove and S. Daniels. Cambridge: Cambridge University Press.

———. 1989. Deconstructing the Map. Cartography (26):1-20.

Monmonier, M. S. 1993. Comment faire mentir les cartes. Paris: Flammarion.

Vallorbe: la forteresse de l’espoir

Vallorbe est sauvée ! Après des années d’incertitudes, le sort du centre d’accueil de requérants d’asile a été annoncé le 28 juin. Immortalisé en 2008 par le documentaire tout en nuance de Fernand Melgar « La forteresse » ; on avait craint sa désaffectation avec la restructuration générale de l’asile et la forte concentration géographique qu’elle implique. Il a ensuite été question d’en faire un centre de départ, uniquement destiné à l’hébergement de demandeurs d’asile déboutés. Dans les deux cas, l’expérience des collaborateurs du centre et le réseau solidaire d’accueil tissé par les  bénévoles de l’ARAVOH (Association auprès des Requérants d’Asile à Vallorbe Œcuménique et Humanitaire) – auraient été perdus. Malgré des débuts parfois difficiles il y a près de vingt ans, les Vallorbiers s’étaient mis à tenir à leur centre d’accueil et ne voulaient pas se contenter des renvois !

Concrètement, la convention signée entre la commune, le canton et la confédération fait de Vallorbe, dès le 1er mars 2019, le quatrième Centre fédéral pour requérants d’asile de Suisse romande avec Boudry (NE) – seul centre où auront lieu les procédures – Chevrilles (FR) et le Grand-Saconnex (GE). Vallorbe conservera ses 250 places d’hébergement, et les 30 emplois pour le personnel d’encadrement et de sécurité seront maintenus.

Vallorbe se distinguera de tous les Centres fédéraux du pays par le profil très spécifique d’une partie des personnes accueillies. Il s’agira en effet de la presque totalité (80%) des personnes reçues en Suisse dans le cadre de programmes de réinstallation directe en provenance de pays touchés par la violence ou de zones de premier asile où les exilés demeurent vulnérables. La Suisse a ainsi déjà accueilli à ce titre – via le HCR – plusieurs millier de victimes du conflit syrien et tout récemment des personnes bloquées en Libye. Ce fut aussi, dans les années septante, la voie d’accès ouverte aux Indochinois. Selon les périodes, la proportion de ces « réfugiés de contingent » devrait avoisiner un tiers des personnes logées à Vallorbe[1].

Ce sont donc des réfugiés déjà acceptés par la Suisse qui transiteront – certes courtement – par Vallorbe. Une belle occasion pour les Vallorbiers de poursuivre le remarquable travail d’accueil pratiqué depuis des années. Une occasion sous condition cependant – et c’est là le grand espoir désormais associé à la forteresse – que le Conseil fédéral et le parlement confirment et maintiennent la participation de la Suisse aux programmes de réinstallation du HCR au-delà de 2019. Une facette essentielle du régime de protection.

 

 

 

 

[1] Les autres personnes qui résideront dans le centre seront en attente d’une décision définitive (procédure accélérée), ou dans une procédure Dublin. Elles seront ainsi dans une situation inverse par rapport aux réfugiés de contingent d’un renvoi très probable ce qui demandera beaucoup de doigté dans l’administration du centre.

Quand la drogue gangrène la politique migratoire

Il aura fallu la prise de position d’un cinéaste humaniste pour que le serpent de mer de la drogue à Lausanne resurgisse dans les médias. Il y a quelques temps déjà, un article de la NZZ décrivait la situation de marché libre de la drogue dans le Görlitzer Park – parc public proche du centre de Berlin – et l’omniprésence des dealers qui y bénéficient d’une large impunité. Les lausannois n’y trouveraient rien de dépaysant. A certaines heures de la nuit, il est plus facile de se procurer de la cocaïne ou du haschisch à Lausanne que du lait ou des cigarettes. Malgré des opérations coup de poing périodiques et des déclarations d’intentions, les autorités s’avèrent impuissantes à juguler ce qu’il faut bien appeler un marché libre. Il y a quelques semaines encore, une promenade nocturne m’a fait dénombrer une bonne dizaine de vendeurs de drogue et j’ai pu observer que le rituel « salut ça va ? » des dealers accompagnait les sorties de clients d’un bar lausannois fréquenté pour une bonne part par des moins de vingt ans…

Avouons-le, il faut être solide et bien informé pour résister à un réflexe de stigmatisation et de rejet. Dépourvus de papiers, difficilement expulsables, porteurs de très petites quantités de drogue, même les dealers pris en flagrant délit se retrouvent rapidement dans la rue. Il en va de même à Berlin et la NZZ d’en conclure à l’époque « Görlitzer Park est un exemple parfait de l’échec de la politique migratoire ».

Il est vrai que le couple drogue-migration est un couple infernal. Ainsi au cours des dernières décennies, l’implication successive de demandeurs d’asile de différentes origines dans le trafic de drogue a largement contribué à dégrader l’image de la politique d’asile et des réfugiés en Suisse et à propager – avec l’appui des partis populistes – le stéréotype du faux réfugié et du réfugié délinquant. Des pratiques de renvois forcés inconséquentes de la part des autorités, vaudoises en particulier, ont fait empirer la situation. Le succès des attaques de l’UDC contre l’Etat de droit et pour le renvoi inconditionnel des délinquants étrangers doit beaucoup à l’image du réfugié dealer issue de cette situation.

Mais est-il juste de voir la politique migratoire comme la cause du problème de drogue ? Ne devrait-on pas inverser cette relation et considérer que c’est l’inapplicable prohibition qui joue le premier rôle dans les difficultés actuelles de la politique d’asile et de migration en général ?

  • Faillite de l’accueil puisque la population ne comprend plus que la plupart des requérants ont de légitimes besoins de protection.
  • Faillite des ressources puisque les autorités doivent mobiliser des moyens policiers et sécuritaires considérables pour tenter d’enrayer un phénomène incontrôlable.
  • Faillite des droits humains puisqu’on emploie – sans grand succès – des moyens de contraintes d’une grande violence pour expulser les dealers.
  • Faillite géopolitique aussi car à l’autre bout de la planète les conflits exacerbés par le marché illégal de la drogue sont des facteurs majeurs de déplacements forcés de populations.

Récemment un représentant du Norwegian Refugee Council soulignait ainsi à quel point, en Amérique latine, les guerres de gangs liées au trafic de drogue vers l’Amérique du Nord forcent des milliers de personnes à chercher protection aux Etats-Unis. Un phénomène tragiquement illustré ces dernières années par les exodes d’enfants à la frontière mexicaine qui accroit encore la pression sur les systèmes migratoires. Si pour la Syrie ce raisonnement ne vaut sans doute pas, il s’applique en partie à l’Afghanistan, l’un des principaux pays d’origine des demandeurs d’asile en Europe.

Plutôt que d’accuser la politique migratoire et d’asile – ou plus souvent encore les demandeurs d’asile eux même – d’être à l’origine d’une situation hors de contrôle sur le front de la drogue. Il semble que ce soit plutôt la politique prohibitionniste qui mérite d’être réexaminée sans tabou à l’aune de ses conséquences catastrophiques sur la politique migratoire.

Mise à jour d’un blog publié pour la première fois le 29.12.2016

Vote sur “l’immigration de masse”: 4 ans plus tard…

Quatre ans jour pour jour après le 9 février 2014, où en est la  mise en oeuvre de l’article constitutionnel 121a (“Le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds valent pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit des étrangers, domaine de l’asile inclus. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales peut être limité”) ? Nous mettons à jour ci-dessous le blog du 27 octobre 2017.

Après avoir envisagé une mise en œuvre rigoureuse de l’article constitutionnel « contre l’immigration de masse » (quotas annuels d’immigration par branches ou région) puis une version beaucoup plus souple (plafonnement unilatéral uniquement en cas de forte immigration), le Conseil fédéral (CF) a passé la main au parlement qui, en décembre 2016, a pris la liberté de ne pas appliquer la Constitution. Il envisage en contrepartie une mesure destinée à faciliter l’insertion sur le marché du travail des chômeurs résidants, l’espoir étant qu’elle diminue l’appétit des entreprises pour l’immigration.

Après l’émoi presque hystérique de l’après 9 février, la montagne accouche d’une souris. La loi  et les ordonnances d’application ne prévoient en effet qu’une mesure de marché du travail : l’obligation pour les employeurs d’informer les Office régionaux de placement (ORP) des postes vacants dans les catégories professionnelles affichant un taux de chômage supérieur, d’abord à 8% (1.07.2018) puis à 5 % (1.01.2020). Dûment avertis, les demandeurs d’emploi résidants – suisses et étrangers – auront ensuite 5 jours pour postuler avant que l’employeur ne soit autorisé à prospecter plus avant et, en particulier, à recruter au sein de l’Union européenne en vertu de la libre-circulation. Les ORP pourront par ailleurs transmettre aux employeurs des dossiers de candidats que ces derniers auront l’obligation de rencontrer, mais sans devoir justifier un éventuel non-engagement. Ainsi un employeur ne pourra recruter un plâtrier (11.4% de chômeurs), un maçon (6.5%) ou un spécialiste en relations publiques (12.5%) dans l’Union européenne qu’après un délai de 5 jours et des entretiens avec des chômeurs locaux, tandis qu’il pourra embaucher un fleuriste (1.6%) ou un fromager (1.8%) séance tenante jusqu’en Pologne ou au Portugal (chiffres 2016). En tout, environ 218’000 postes vacants devraient être annoncés ainsi chaque année et soumis au délai d’embauche. Huitante-huit professions sur 383 seraient concernées.

Le terme “préférence indigène” (à fortiori nationale) ne s’applique donc plus, puisqu’il s’agit en fait d’une “préférence aux chômeurs”: l’employeur n’a simplement plus la possibilité d’engager quiconque sans en référer d’abord aux ORP.

Bien qu’administrativement complexe, cette mesure se borne à donner « une longueur d’avance » à la main-d’œuvre locale, mais ne plafonne en aucune manière l’immigration: la majorité des branches qui recrutent à l’étranger sont précisément celles où le taux de chômage est inférieur à 5% et échappent donc à tout contrôle. Au niveau du marché du travail par contre, la mesure pourrait avoir un impact favorable, d’autant plus que les réfugiés et les détenteurs d’une admission provisoire (permis F) accueillis en Suisse seront eux aussi habilités à postuler en priorité.

La solution trouvée par le parlement au casse-tête du 9 février pose de nombreuses questions. Elle risque d’engendrer des coûts administratifs substantiels pour les entreprises et pour l’administration. Son efficacité reste à démontrer. Mais c’est tout de même un coup de théâtre historique de voir une initiative contre l’immigration déboucher sur une loi potentiellement favorable aux chômeurs, aux réfugiés et à l’intégration…

 

Blog issu de la Table ronde « Emploi et migration » organisée par la ville de Renens dans le cadre du programme cantonal d’intégration vaudois le 26 octobre.

Exposition « Fuir – Flucht – Displaced»

FUIR – Le titre de l’exposition qui s’ouvre au musée d’histoire de Berne va délibérément bien au-delà des questions de politique suisse; bien au-delà même de la question des réfugiés au sens relativement étroit définit par la Convention de 1951 et ses protocoles additionnels.

L’exposition vise avant tout à rendre sensible ce que vivent les personnes contraintes par la force et la crainte à quitter leur lieu de vie. Elle fait ainsi référence à ce qui constitue sans doute pour l’humanité l’un des plus anciens facteurs de mobilité. Fuir, peut-être, l’aridité croissante de l’Afrique il y a 1.5 millions d’années pour les premiers hommes, fuir devant l’avancé des Huns pour trouver asile dans l’empire romain pour les Goths au IVe siècle, fuir les persécutions religieuses et gagner la Suisse pour les Huguenots, fuir toutes les violences du XXe siècle pour d’innombrables groupes ballotés par les vents de l’histoire. C’est bien en effet la violence qui sert le plus souvent de dénominateur commun aux histoires de fuites. Tout comme c’est bien la violence qui explique, dans une large mesure, le récent afflux de demandeurs d’asile qu’a connu l’Europe. Populaire dans certains milieux politiques, le concept de faux réfugié ou de réfugié économique a aujourd’hui peu de sens pour des migrations en provenances de pays comme l’Erythrée, la Syrie, l’Afghanistan ou la Turquie, principales origines des demandes de protection adressées à la Suisse en 2017.

Mais vivons-nous alors un éternel recommencement ? La violence seule suffit-elle à expliquer que plus de 2 millions de demandes d’asile aient été déposées entre 2015 et 2016 en Europe ? Non.

Entre 1967 et 1970 au Biafra une épouvantable guerre civile a fait des millions de victimes et de déplacés régionaux sans que l’Europe ne soit confrontée à des arrivées de réfugiés. Aujourd’hui le Nigeria, toujours frappé par la violence est l’un des grands pays d’origine des demandes d’asile en Europe. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Qu’est-ce qui a changé et explique, en complément à la violence, le nombres d’arrivées en Europe de ces dernières années ? Il m’est impossible ici d’entrer dans une analyse détaillée mais j’évoquerai 3 facteurs complémentaires :

En premier lieu – même si la majorité des réfugiés restent toujours à proximité des zones de crises – notre monde, pour eux aussi, rétrécit. Plusieurs études ont montré l’importance des nouvelles technologies dans l’organisation des déplacements. En parallèle, la croissance des diasporas et l’émergence de classes moyennes rend désormais possible d’envisager de fuir à longue distance et de tenter le tout pour le tout vers l’Europe. Un objectif inconcevable il y a encore vingt ans.

En second lieu le régime d’assistance mais aussi de mise à distance des réfugiés longtemps en vigueur s’est fissuré. Comme l’ont montré plusieurs auteurs, l’assistance sur-place, dans des camps, gérés par le HCR et financés par l’Occident a été le grand modèle de la fin du XXe siècle. Hors, la crise syrienne en a montré les limites : peu de pays ont répondu, en 2013 déjà aux appels à l’aide du HCR confrontés à des situations dramatiques dans les camps de la frontière syrienne. Pas étonnant dès lors qu’en 2015, à bout, des populations entières aient quitté les camps pour voguer vers l’Europe. En brisant un pacte implicite d’assistance sur place, l’Europe a dans une large mesure produit sa crise migratoire.

Enfin l’évolution du droit est aussi à évoquer. Même si, au plan politique, on a assisté à une fermeture grandissante et à des attitudes de rejet désolantes face aux réfugiés. La jurisprudence et de nombreux acteurs ont plutôt conduit à un élargissement de la définition du statut de réfugié ouvrant des perspectives d’accueil aux victimes de violences indifférenciées alors que la définition étroite de la Convention de 51 exigeait des persécutions individuelles. Cette évolution, couplée à des situations de non-droit dans les zones d’origine ou de transit, a creusé l’asymétrie géographique entre les zones de crises et le territoire européen. Comme seul la présence physique permet à un réfugié d’être pris en considération, il est devenu parfaitement rationnel – nous le ferions aussi – de prendre des risques, même très élevés, pour gagner l’Europe avec dans ce cas, des taux de protection élevés.

Pour toutes ces raisons, la question des réfugiés a fait irruption aux frontières même de l’Europe. Il s’agit là d’évolution structurelles dont les effets vont continuer à se manifester. La fuite est désormais globale et il faut nous y préparer.

 

Tout le monde s’accorde à considérer la question des réfugiés comme l’une des plus graves et importantes à laquelle la communauté internationale est aujourd’hui confrontée. Nombreux sont ceux pourtant qui pensent que des solutions simples pourraient la résoudre. Pour les uns l’ouverture des frontières pour les autres au contraire leur radicale clôture. Ni l’une ni l’autre de ces solutions ne sont réalistes dans le cadre désormais globalisé que j’ai brièvement décrit.

A un monde global doit correspondre un concept global définissant plus clairement à qui et surtout où une protection doit être accordée. Sans se faire d’illusions, on peut espérer que le Global Compact on Refugees actuellement en préparation par l’ONU esquissera une voie.

Dans tous les cas, aucune avancée vers un futur meilleure ne sera possible sans une compréhension par le grand public de qui sont les personnes qui fuient, de leurs souffrances mais aussi de leur extraordinaire capacité de résilience. C’est à cette empathie avec les réfugiés que l’exposition « Fuir » souhaite contribuer.

 

Texte du discours d’ouverture de l’exposition prononcé le mercredi 24 janvier 2018

Les millionnaires migrants viennent peu en Suisse

L’Université de Neuchâtel vient de décerner un doctorat honoris-causa au Prof. David Ley. Dans la conférence qu’il a donnée à cette occasion, ce grand connaisseur des questions de migration et de développement urbain a montré comment le programme d’immigration pour entrepreneurs mis sur pied au Canada avait dysfonctionné dans la région de Vancouver au point de mettre en péril tout l’équilibre social. Alors qu’il avait pour but d’attirer des employeurs dynamiques et de revitaliser le tissu économique, le programme a attiré des rentiers souhaitant placer leurs capitaux principalement en provenance de Chine et pas toujours d’origine irréprochable. Ces « millionaire migrants » comme les appelle David Ley n’ont créé que peu d’emplois mais ont fait exploser les prix immobiliers au point de rendre difficile la vie en ville pour de nombreux résidants locaux (une forme extrême de ce que l’on appelle la « gentrification »).

En Suisse aussi, un article de loi prévoit depuis 2005 une possibilité d’immigration spécifique pour les « investisseurs et les chefs d’entreprise qui créeront ou qui maintiendront des emplois » (Art. 23 LEtr) et pour les « rentiers disposant des moyens financiers nécessaires » (Art 28 LEtr)[1]. La Suisse connaît par ailleurs, avec le Canada, l’un des plus fort taux d’immigration au monde. Le public, captivé, de la conférence n’a donc pas manqué de s’interroger sur l’existence de telles évolutions en Suisse. La réponse est qu’elles ne se manifestent pas ou alors avec une ampleur beaucoup plus faible : les rentiers ne représentent que 3.7% de l’immigration et – même si on manque d’études à ce sujet – les immigrants investisseurs restent peu nombreux. Enfin les bénéficiaires de forfaits fiscaux – aussi douteux que soient leurs privilèges – ne sont qu’environ 5000.

Comment l’expliquer puisqu’en termes de conditions de vie, de paysage et de fiscalité la Suisse n’est pas aux antipodes de Vancouver ? Nous voyons trois explications à cette situation.

1 Une politique d’immigration restrictive

Si l’art. 28 ouvre la porte aux immigrants investisseurs, les conditions restent sévères : selon les directives fédérales « on considère que le marché suisse du travail tire durablement profit de l’implantation lorsque la nouvelle entreprise contribue à la diversification de l’économie régionale dans la branche concernée, obtient ou crée des places de travail pour la main-d’oeuvre locale, procède à des investissements substantiels et génère de nouveaux mandats pour l’économie helvétique ». Rien de tel dans le modèle canadien qui se contente d’exiger un certain montant d’investissement, lequel peut se faire directement dans l’immobilier. Autre restriction typiquement suisse, l’autorisation peut être retirée et n’est délivrée que pour 2 ans : la prolongation dépend de la concrétisation de l’effet positif de l’implantation de l’entreprise. Enfin le dossier à soumettre par l’investisseur est substantiel : activités prévues, analyse de marché, effectif du personnel et recrutement prévu, chiffre d’affaires et bénéfice escomptés…

Les rentiers aussi doivent montrer patte blanche et on exige d’eux des liens préalables avec la Suisse : séjours répétés, relations étroites avec des parents proches. Le TAF a confirmé à ce sujet une « ligne dure » exigeant des liens avec la Suisse et pas seulement avec des proches en Suisse[2]. Toujours selon les directives, le rentier devra faire de la Suisse le centre de ses intérêts et l’autorisation de séjour ne sera pas renouvelée dans le cas contraire.

2 Un marché immobilier protégé

La loi fédérale du 16 décembre 1983 sur l’acquisition d’immeubles par des personnes à l’étranger connue sous le nom de Lex Friedrich puis de Lex Koller a été un instrument majeur de limitation de l’investissement immobilier étranger en Suisse. Cédant aux mêmes sirènes que les Canadiens – la stimulation de l’économie en période de ralentissement – le Conseil fédéral l’a certes amendée en 1997, puis s’est prononcé pour son abrogation en 2007, mais il est revenu en arrière en 2013.

3 Une droite économique ET nationaliste

Une troisième différence entre la Suisse et la région de Vancouver tient au profil des acteurs politiques. On trouve en effet sur le thème de l’immigration et des investissements étrangers des alliances improbables et typiquement suisses entre défenseurs de la nature ou des classes populaires et nationalistes à tendances xénophobes. Ces dernières font perdre à la droite économique libérale le poids nécessaire à une dérégulation trop massive. A Vancouver nous disait David Ley, tous les partis sont pro-immigration…

Nos trois explications doivent-elles conduire à conclure que la Suisse a été sauvée par son peu d’ouverture, voire par la xénophobie de certains, et que cette voie doit être poursuivie ? Ce serait aller trop loin. D’abord les conditions ont changé : la libre-circulation rend une partie des mesures évoquées plus haut inopérantes car elles ne s’appliquent plus qu’aux non-européens. Ensuite ce n’est que grâce à une situation économique favorable que la Suisse a pu se permettre de faire autant la fine bouche sur les immigrants entrepreneurs. Ces derniers constituent bien un potentiel de dynamisme remarquable. Pour apprendre des erreurs de Vancouver sans fermer les portes, c’est vers des formes habiles de régulation qu’il faut se tourner : contrôle de la provenance irréprochable des fonds, de la volonté effective de participation sociale, mais aussi surveillance du marché immobilier et canalisation des fonds vers des projets de logement qui restent accessibles et évitent les ghettos dorés.

Pris conjointement, les exemples suisses et canadiens ne plaident ni pour une ouverture à tout va ni pour fermer les frontières, mais pour une régulation bien pensée.

 

[1] Un rentier est réputé disposer de moyens financiers nécessaires au sens de l’art. 28, let. c, LEtr s’il est quasiment certain d’en bénéficier jusqu’à sa mort (rentes, fortune), au point que l’on puisse pratiquement exclure le risque qu’il en vienne à dépendre de l’assistance publique.

[2] arrêts du TAF C-6349/2010 du 14 janvier 2013; C-797/2011 du 14 septembre 2012

 

Ne pas laisser un art. 121a dans le placard…

Tout va mieux dirait-on ! Le front des migrations encore bruissant d’angoisses il y a un an s’est soudain détendu en Suisse. L’UDC a d’autres soucis cantonaux, les demandes d’asile comme le solde migratoire sont – un peu – à la baisse, le Brexit pourrait même offrir quelques avantages…

Paralysée durant près de trois ans, la mise en œuvre de l’art. 121a ne semble plus faire souci. La préférence indigène par les employeurs reste fort floue et on ne sait trop comment les offices de l’emploi géreront cette affaire, mais son innocuité la rend eurocompatible tout en permettant d’avoir « fait quelque chose »… Ses artisans au parlement sont certainement dans le vrai quand ils affirment qu’une majorité du peuple – actuellement – s’en satisfait. L’UDC ne s’y est pas trompée et a rengainé le référendum.

Vient maintenant RASA, l’initiative qui vise à biffer l’art. 121 a de la Constitution. Son comité décidera-t-il de la retirer ? et si non, le Conseil fédéral présentera-t-il un contre-projet jusqu’ici mal reçu en consultation ?

Dans les deux cas, à la manœuvre, il sera bon de ne pas oublier que l’embellie migratoire pourrait être transitoire. La situation est volatile. Demain la politique d’accueil extraordinairement généreuse de l’Italie peut changer et la Suisse devoir accueillir beaucoup plus de demandeurs d’asile ce qui enflammerait les passions. Demain nos voisins européens peuvent redevenir des sources d’immigration importantes dans un marché du travail troublé. De même, sans immigrations accrue, la situation conjoncturelle jusqu’ici favorable peut faciliter la récupération politique du thème de la concurrence entre autochtones et étrangers et raviver les peurs qui avaient conduit au 9 février 2014.

Laisser dans ces conditions bien au chaud dans la Constitution l’art. 121a en évitant d’en débattre est une solution de facilité. Le cadavre pourrait bouger encore si, le moment venu, l’UDC décidait de lui ouvrir la porte en affirmant que les mesures prises pour le mettre en œuvre sont devenues insuffisantes et que le gouvernement agit… anticonstitutionnellement !

Mieux vaut régler les choses clairement. Préciser sans délai la portée de l’article constitutionnel et mettre en place des mesures d’accompagnement à la libre-circulation suffisantes pour rassurer la population. Ayons le courage de débattre du futur migratoire et européen en période de calme relatif. Maintenant.

Karl Spitteler, Xi Jinping et la naturalisation facilitée

Le président chinois n’aurait pu tomber plus à propos en évoquant la semaine dernière le prix Nobel suisse de littérature Karl Spitteler. Si l’œuvre romanesque est un peu oubliée, son discours du 14 septembre 1914 « Notre point de vue suisse » reste un document exceptionnel pour comprendre l’état d’esprit du début de la 1e guerre mondiale qui marque une profonde rupture entre une Suisse ouverte et sûre d’elle-même et un pays inquiet pour son identité et fermé à l’extérieur. Comme l’ont montré plusieurs recherches historiques, cette rupture va conduire à une restrictivité croissante en matière d’immigration et de naturalisation encore perceptible aujourd’hui dans la législation et les esprits. Citer Spitteler aujourd’hui renvoie ainsi directement au débat sur la naturalisation facilitée et au vote du 12 février.

Un passage en particulier doit être évoqué. Le voici :

"On nous exhorte parfois amicalement, en bons voisins, à ne pas trop marquer par le sentiment nos frontières politiques. Si nous écoutions ces exhortations voici ce qui en résulterait : à la place des frontières extérieures abolies, on en créerait de nouvelles au-dedans, qui ouvriraient des abîmes entre Suisse occidentale, Suisse méridionale et Suisse orientale. Je crois donc qu’il vaut mieux nous en tenir aux frontières que nous avons déjà. Nous devons nous pénétrer de l’idée qu’un frère politique est plus près de nous que le meilleur voisin et parent de race. Fortifier cette conviction est notre devoir patriotique. La tâche n’est pas facile. Nous devons sentir en commun tout en restant divers. Nous n’avons pas le même sang, ni la même langue, nous n’avons pas de maison régnante pour atténuer les oppositions, nous n’avons pas même, à proprement parler de capitale. Toutes ces choses, il ne faut pas se le dissimuler, constituent des éléments d’infériorité politique. Nous avons donc besoin d’un symbole commun pour triompher de cette infériorité. Heureusement que ce symbole nous le possédons. J’ai à peine besoin de vous le nommer : la bannière fédérale. Il s’agit donc de se grouper toujours plus étroitement autour de cette bannière et partant, de tenir à une juste distance ceux qui ont prêté serment de fidélité à un autre drapeau (…)." (p. 12)

Ce passage doit se comprendre dans le contexte des tensions importantes qu’a suscité en Suisse le conflit franco-allemand, mais il illustre plus largement l’une des spécificités de la Suisse : la nécessité de définir un projet et une identité nationale transcendant les clivages culturels et linguistiques (« raciaux » dans les termes de l’époque !). En période de troubles, elle débouche sur une volonté de clôture aux étrangers et explique la révision de l’article constitutionnel sur la nationalité en 1928 et la très restrictive loi sur le séjour et l’établissement de 1931. Les lois et les concepts forgés à l’époque, dont celui d’Ueberfremdung, impriment encore aujourd’hui leur marque à de nombreux discours sur la nationalité et la migration. Il est important d’en tenir compte pour expliquer les spécificités suisses. On peut cependant se demander ce que Spitteler aurait pensé aujourd’hui de la naturalisation facilitée. Les clivages entre suisses allemands, romands et tessinois semblent estompés. N’est-ce pas précisément réduire les clivages intérieurs à la société suisse et promouvoir un projet commun que de permettre aux étrangers établis de longue date d’en faire pleinement partie ?

Réfugiés: pourquoi Xi Jinping ne se fâche pas ?

Au temps de la guerre froide, si une rencontre diplomatique et à fortiori une visite d’Etat avait lieu, l’un des thèmes les plus délicats à l’ordre du jour était celui des réfugiés. Le fait que les pays de l’Ouest accueillent à bras ouverts des opposants politiques russes ou hongrois était vu comme un affront diplomatique majeur par leurs gouvernements. 

Accueillir les réfugiés d’un autre Etat était un acte politique de désapprobation voire d’hostilité au même titre que les sanctions commerciales et les invectives verbales. Ce caractère profondément politique de l’asile s’inscrivait dans une continuité historique remontant aux proscrits du XIXe siècle – accueillis par les Etats libéraux, aux aristocrates de la révolution français – accueillis par les monarchies et même aux réfugiés protestants du XVIIe qui trouvèrent asile et terres réformées.

Dans une telle logique, pour qu’une visite aussi amicale que celle qu’effectue Xi Jinping en Suisse puisse se dérouler, il eut fallu que la Suisse ne soit qu’une destination très marginale et peu accueillante pour les réfugiés chinois.

Or il n’en est rien, bien au contraire !

En 2015 la Suisse a été – avec 578 demandes d’asile – le 3e plus important pays d’accueil de demandeurs d’asile chinois en Europe. Derrière la France (2961) et la Grande-Bretagne (770), mais devant l’Allemagne (537). En termes relatifs aussi, la surreprésentation des Chinois (nb. y compris les Tibétains) parmi les demandeurs d’asile en Suisse est marquée: près de 10% des demandes d’asile chinoises en Europe sont déposées en Suisse alors qu’elle ne reçoit que 2.5% des demandes d’asile toutes origines confondues. Et, plus déterminant encore, les Chinois sont bien accueillis ! : la plupart des demandes d’asile (69.8%) débouchent sur une protection de la Suisse (statut de réfugié ou admission provisoire) et la population chinoise relevant du domaine de l’asile augmente en conséquence (3000 personnes au 31.12.2015).

En d’autres temps, il y aurait eu matière à incident diplomatique. Aujourd’hui il suffit de tenir à l’écart les opposants trop bruyants pour que les délégations restent tout sourire et que d’innombrables accords de coopération soient envisagés… Sans être dans le secret des discussions sino-suisse il ne semble pas que l’accueil de réfugiés soit très prééminent dans l’ordre du jour…

Comment expliquer un tel mystère ? L’ascendant pris, tant chez les autorités suisses que chinoises par le pragmatisme économique est un élément, mais il ne suffit pas. C’est selon moi la signification même de l’asile et du statut de réfugié qui a subi ces dernières années une transformation. Cette évolution – qui vaut pour toutes les origines de réfugiés – a fait perdre à l’asile son caractère historiquement politique pour lui donner une fonction essentiellement humanitaire: les critères d’accueil pratiqués ne sont plus liés que très indirectement à un jugement porté sur un Etat d’origine. Ils sont fonction de la situation humanitaire individuelle des personnes accueillies. L'accueil par la Suisse de réfugiés chinois n'est plus une critique frontale du régime de Pékin. Elle découle des obligations internationales de la Suisse et de la pratique des tribunaux suisses. C’est ce glissement du politique vers l’humanitaire et le judiciaire – analysé entre autre dans un ouvrage de Matthew Price – qui rend les réfugiés chinois presque invisibles, mais qui dans le même temps, à l'échelle monde, élargi fortement le cercle des bénéficiaires possibles de la politique d’asile humanitaire et débouche sur une croissance tendancielle des demandes de protection.

Par une coïncidence fortuite de calendrier, le jour même de la visite en Suisse du président chinois, Barak Obama mettait fin à l’accueil collectif des réfugiés cubains sur le territoire américain. Un accueil historique, précisément encore fondé sur une conception politique de l’asile et qui déplaisait fort aux autorités cubaines.

Price, M. E. 2009. Rethinking Asylum. Cambridge: Cambridge University Press.

L’islam: défi pour la Suisse (interview)

Interview publié en italien dans le Giornale del Popolo 

 

1) Certains des récents attentats terroristes ont étés attribués aux musulmans des banlieues (de Nice, Bruxelles,.) . Est-ce que cette ghettoïsation et islamisation des périphéries est présente dans les villes suisses ?

Non, les agglomérations suisses ne connaissent pas de ghettos comparables. Cependant, il est vrai que certains quartiers sont défavorisés : les immeubles sont plus vétustes, il y a plus de gens à l’aide sociale et de personnes pauvres, etc… Ces quartiers sont aussi ceux où les immigrants trouvent des logements et on y trouve donc une concentration de certains groupes dont des musulmans. Il faut veiller à ce que la précarité ne débouche pas sur des problèmes sociaux qui peuvent prendre la forme d’une radicalisation. C’est un défis très sérieux aussi en Suisse.

2) Quel modèle d'intégration est appliqué en Suisse ? En quoi est-ce qu'il se différencie des politiques d'intégrations des villes françaises ou belges ?

Le modèle suisse c’est celui de l’intégration par le travail. C’est parce qu’ils ont trouvé un emploi et contribué à la prospérité que les Italiens, Espagnols, Yougoslaves ou Turcs du passé ce sont très bien intégrés. Il faut tout faire pour que les nouveaux arrivants accèdent au travail. Notre grande chance c’est la bonne santé de l’économie suisse.

3) Quelle est la différence (de vie, d'adaptation, d'attitude,.) entre les musulmans arrivés en Suisse pour travailler avant les années 90 et ceux qui sont entrés via l'asile ?

La différence tient précisément au marché du travail – dans les années 90 les Turcs et les Kosovars venaient avec déjà un contrat de travail en poche  – le danger aujourd’hui est que les personnes arrivées par la voie de l’asile restent désœuvrées. Ceci ne concerne pas spécifiquement les musulmans : les Erythréens par exemple ne sont pas majoritairement musulmans mais il faut les aider et les encourager à s’insérer.

4) Est-ce que les musulmans en Suisse représentent un group hétérogène ou homogène ?

La population musulmane est très diverse: des personnes arrivées de longue date pour travailler – c’est le groupe majoritaire – en provenance du Kosovo, de Macédoine, de Turquie, etc… et des groupes – eux aussi très divers – qui ont fui la violence d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie. Chaque groupe a des pratiques et un rapport à la religion spécifique. Il n’y a absolument pas les « chrétiens » d’un côté et les « musulmans » de l’autre mais une grande diversité de part et d’autre. C’est une chance.

5)  Comment voyez-vous l'attitude de la société suisse envers cette partie de la population ? 

Je comprends l’inquiétude d’une partie de la population. L’Occident a une relation difficile avec l’Islam depuis le XVe siècle ! et les  groupes fondamentalistes actuels font peur. Cependant la peur est mauvaise conseillère. Interdire certaines pratiques  au lieu de privilégier le dialogue peut aller en sens contraire du but recherché en poussant certains à se refermer sur eux-mêmes. Il faut être dur et inflexible vis-à-vis des individus qui transgressent nos lois et nos valeurs mais pas stigmatiser un groupe tout entier. Je crois à la force du modèle démocratique et humaniste : une très grande majorité des musulmans s’y reconnaissent.

6) Aujourd'hui, ce sont les personnes issues de la migration qui garantissent que la population ne décline pas drastiquement. Cela peut-il présager une augmentation exponentielle des musulmans dans l'avenir ?

Non, la politique migratoire est clairement orientée sur les pays proches avec les accords de libre-circulation avec l’UE. C’est cette migration qui domine largement. L’immigration des pays musulmans ne représente qu’une minorité (environ 15% des arrivées) alors que beaucoup de gens pensent qu’elle domine. L’immigration des pays musulmans et d’ailleurs plus faible aujourd’hui qu’il y à 25 ans !

 

Nb. ce dernier point à été traité dans un blog sur l'islamisation de la Suisse