Comment caricaturer Donald Trump

Comment caricaturer Donald Trump? C’est l’une des questions soulevées lors d’une récente sympathique petite soirée organisée à la Society of Illustrators,  à deux pas du Central Park. Un lieu, avec musée, expositions et café branché, qui mérite d’ailleurs vraiment le détour. Ainsi donc, ce soir-là, un panel de cartoonists, parmi les plus prestigieux, débattaient de liberté d’expression, de censure, des effets Charlie Hebdo… et de la manière de caricaturer Donald Trump. Tout ceci à l’occasion des dix ans de Cartooning for Peace, un réseau international de dessinateurs de presse engagés qui se battent pour le respect des cultures et des libertés.

Il y avait Patrick Chappatte, qui croque pour le Temps et l’édition internationale du New York Times, le Belge Nicolas Vadot, qui travaille pour Le Vif, l’Express et l’Echo, Ann Telnaes, cartoonist pour le Washington Post (dont nous publions un dessin ci-dessus), Liza Donnelly, caricaturiste pour The New Yorker et CBS News. Et enfin, Jeff Danziger, dessinateur de presse indépendant depuis 25 ans, qui a publié dans le New York Time, le Wall Street Journal, le Monde ou encore China Daily.

Alors comment dessiner Donald Trump? Pas évident, confie Patrick Chappatte: «Il est une caricature à lui tout seul, et a donc forcément une longueur d’avance sur nous». Ann Telnaes sourit avec malice en rappelant son injonction à ne plus utiliser de photos de lui où apparaît son double menton: «Du coup, je me suis empressée de le représenter avec un double menton dans tous mes dessins!». Il n’a pas vraiment le sens de l’humour et de la satire, ce qui n’arrange rien, rappelle-t-elle. Il suffit de se souvenir de la façon dont il a réagi à une récente parodie d’Alec Baldwin dans le Saturday Night Live sur la NBC. Un tweet accusateur et vengeur, pour dire que l’imitation était lamentable.

 A propos de tweets vengeurs, le président élu consacre vraiment beaucoup de son temps à dénigrer les médias quand des comptes-rendus ne vont pas dans son sens. Il n’a cessé de déverser son fiel sur le New York Times, et plus récemment sur CNN.
Une crainte pour les dessinateurs de presse américains de se voir couper les ailes, pire de devoir s’adonner à de l’autocensure? Ann Telnaes devient soudain un peu plus grave: «Nous allons vraiment devoir être attentifs à ce qui va arriver».

Valérie de Graffenried

Valérie de Graffenried est la correspondante du Temps aux Etats-Unis.

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