Dahu par Philippe Semeria, Wikipedia

“Toi aussi, copie-colle”

Comme le dahu, la rumeur se reproduit de bouche à oreille. Et de copier à coller. Depuis quelques jours, j’observe une nouvelle flambée d’une vieille épidémie qui sévit sur Facebook. Prenez une peur, quelle qu’elle soit, par exemple celle qu’un réseau social contrôle ma vie et me dicte le choix de mes “amis”.

Sur la page Facebook de ma copine Ginette, je lis: “Bonjour tout le monde je pense que finalement c’est vrai, il y a ce tri par algorithmes car moi aussi j’ai remarqué que les like proviennent toujours des mêmes personnes. J’ai ‘réparé’ mes messages bloqués (…) seulement 25 sont autorisés à voir mes messages. J’ai ignoré ce post plus tôt parce que je ne pensais pas que ça fonctionnait… Et ça marche ! J’ai un nouveau fil d’actualité (…)”

En lisant cela, je réagis: “ça alors, moi non plus, je ne veux pas me laisser dicter ma vie par l’algorithme Facebook”. Parenthèse: dans ce cas, je ferais mieux de moins fréquenter ce réseau et de prendre des nouvelles de mes amis par d’autres canaux. Mais revenons au statut Facebook de Ginette: Si elle dit que ça marche, je peux lui faire confiance.

Commenter, c’est bon pour la visibilité

Dahu par Philippe Semeria, Wikipedia
Dahu par Philippe Semeria, Wikipedia

“Toi aussi, copie-colle”, me conseille Ginette. Puisque que je l’aime bien et que j’ai confiance en  elle, je vais suivre ce bon conseil. C’est normal, c’est une tendance naturelle. Et si je doute, je me dis que l’enjeu n’est pas très grand: des fois que ça marcherait vraiment, ce serait dommage de passer à côté. Je copie-colle donc. Et d’autres vont le faire à leur tour, à partir de mon post, tant il est difficile de résister à l’injonction du copier-coller, d’autant plus quand on croit aider.

Certains esprits critiques vont me demander, en commentaire sur Facebook, si j’en suis vraiment sûre. Encore mieux! Plus le post est commenté, plus il est visible sur les fils d’actualité de mes amis. Et ce qui est mis en évidence, ce n’est pas le commentaire de Kevin ou de Julie qui me demandent “En es-tu certaine?”, mais bien le post lui-même, qui va donner envie à d’autres personnes de le copier-coller à leur, et ainsi de suite. On obtient ainsi un parfait serpent de mer numérique.

L’expertise de Ginette

Accordons-nous un arrêt sur image: qui est mon amie Ginette pour me donner des conseils sur l’algorithme facebookien? C’est une femme intelligente, douée, ceinture noire de karaté et championne du bricolage, mais j’ignorais qu’elle avait une telle connaissance en matière d’algorithmes et de réseaux sociaux.

D’où Ginette tire-t-elle cette info? Est-elle experte dans le domaine? Je le lui demande. Elle me répond: c’est mon copain François, un type super, qui l’a mis sur Facebook. La source de Ginette, puisque c’est ainsi qu’on appelle l’origine d’une information, c’est donc François. Qui lui-même la tient de Pablo, qui l’a vue sur le mur de Manon et ainsi de suite.

Manon des sources (sûres)

Au risque de créer une cruelle désillusion: Ginette, François, Pablo et les autres ne sont pas une source fiable. Nuançons: pour les informations qui les concernent eux-mêmes, Ginette, François, Manon et Pablo sont bel et bien des sources fiables. Exemple: “Pablo a rompu avec Manon”, m’annonce Kevin. Je demande à Pablo si c’est vrai. “Pas du tout, me dit-il. Même qu’on emménage ensemble la semaine prochaine.” Si Pablo est une source sûre concernant sa vie privée, cela ne fait pas de lui, pour autant, une source sûre pour ce qui est de la virologie, de la 5G, des algorithmes, de Bill Gates ou de Facebook.

Vérifier, c’est gagné

Alors, que faire quand je me retrouve devant une “info” que je lis, qui m’émeut, m’effraie, m’enchante et qu’on me propose de copier-coller ou de partager? Si je veux vraiment me rendre utile, je vérifie d’où elle vient. Et si je n’arrive pas à vérifier d’où elle vient, je me méfie. Pour vérifier, j’utilise, par exemple, des moteurs de recherches. Si vous n’aimez pas Google, essayez donc Swisscows, Qwant ou Duckduckgo.

Dans le cas de notre contournement d’algorithme Facebook, on trouvera par exemple le lien suivant, qui renvoie à une émission d’Arte sur les fausses nouvelles. Il se trouve qu’il y a des gens dont c’est le métier de démêler le vrai du faux. Dans le domaine de l’information, les mieux placés pour le faire, ce sont les journalistes.

La rumeur est vieille comme le monde, et elle sait se réinventer au fur et à mesure des progrès technologiques. À l’ère du numérique, voici venu le temps du hoax. Ce terme, qui signifie “canular” en anglais, désigne les canulars informatiques, rumeurs et autres nouvelles invérifiables propagées par le Net.

Il existe plusieurs sites, blogs ou moteurs de recherche spécialisés dans les hoax et autres informations fausses. Citons par exemple:

  • hoax-net.be qui fait aussi un travail pédagogique, voir à ce sujet ses explications sur le fameux post de Ginette sur l’algorithme de Facebook:

Non, Facebook ne limite pas vos publications à seulement 25 amis

Sur ce, je vous laisse, j’ai une pétition en ligne à lancer contre l’autorisation de chasser le dahu.

Pour en savoir plus:

Webetic: comment reconnaître un hoax

 

Emmanuelle Robert

Emmanuelle Robert

Après des études de lettres et un parcours de journaliste, Emmanuelle Robert a travaillé dans la coopération au développement. Désormais active dans la communication, elle est aussi coach professionnelle et passionnée de course à pied.

3 réponses à ““Toi aussi, copie-colle”

  1. En allant plus loin que vôtre charmante illustration d’un Dahut faceboouquitinisé, je me demandais (je ne suis plus sur les réseaux sociaux depuis lurette) s’il ne fallait pas aussi boycotter ces blogs de nos comments.

    Source pas si gratuite pour le Temps afin de flairer les courants (d’ailleurs pas toujours ragoûtants).
    J’ai de la peine à m’en défaire, jusqu’à ce que je puisse vendre et m’extraire de mon trou uruguayen 🙂

    1. En commentant les blogs, vous aidez au débat d’opinions, ce qui, à mon sens, est différent de la propagation de rumeurs toutes faites.

      Pour le reste, vous avez raison d’élargir la discussion à l’ensemble de nos activités numériques: tout ce que l’on fait et commente sur la toile laisse une trace. Je ne serais pas étonnée qu’un jour, après une lecture tronquée de ce billet, on me ressorte cette histoire de pétition contre la chasse au dahu.

      En vous souhaitant de pouvoir bientôt rentrer de votre exil urugayen.

      1. Bon, lâche à 11’000 km (ou derrière un pseudo) reste toujours plus facile qu’à la distance réglementaire de 2 (ou 1.5m, à choix).

        Et ceci pour tous, notables, émigrés, et bla.
        Veuillez bien ne retenir que celà ce mon commentaire, chère Emmanuelle 🙂

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