Dick Marty, maître du suspense et témoin

Les retards ferroviaires sur l’Arc lémanique ont ceci de bien qu’ils m’ont fait acheter le premier bouquin venu pour passer le temps et depuis, je ne décroche plus. Une fois dans le train, à lire debout, j’ai même failli rater ma gare. Ce recueil de nouvelles entre polar, chroniques de guerre et roman d’espionnage qui me tient en haleine s’appelle Une certaine idée de la justice et le nouveau maître du genre n’est autre que Dick Marty.

La couverture du livre
Une certaine idée de la justice

Ce qui est troublant, c’est que ce que raconte l’ancien procureur, conseiller aux États, rapporteur du Conseil de l’Europe (j’en passe, et des meilleures), ce sont des souvenirs. Des faits qui se sont passés dans la vraie vie, avec des dictateurs encore en place et des initiatives sur lesquelles on vote maintenant. Bigre.

C’est donc “pour de vrai” et ce sont autant de machinations machiavéliques, de mensonges, de valises pleines de billets, de journalistes abattus ou d’innocents torturés.

 

Pizza et CIA

Bien sûr, avec l’âge de mes artères, les affaires « pizza connection », les vols secrets de la CIA ou le trafic d’organes par des groupes armés kosovars m’évoquent des souvenirs. Mais ce qui m’impressionne, c’est qu’on retrouve le même bonhomme à enquêter sur chacune d’elles et sur d’autres encore. Dick Marty est partout à instruire, à interroger, à vérifier, à témoigner : du crime organisé aux violations des droits de l’Homme orchestrées par les États les plus puissants du monde. Avec des moyens dérisoires et passablement d'”encoubles” sur son chemin. Mélange détonnant d’expérience, de ténacité et d’une puissante faculté d’indignation, Dick Marty atomise les clivages gauche-droite. Il n’a que faire des idéologies et des calculs politiques, la justice et l’équité priment. On pourrait appeler ça: le courage.

Rugissements de fauves

Dans son bouquin, qui n’a pas besoin de ma pub pour caracoler en tête des ventes, Dick Marty devient parfois conteur. À ne pas manquer, la scène du repas chez Ramzan Kadyrov, l’homme fort de Tchétchénie, dans un palais où les rugissements des fauves sont retransmis par haut-parleurs (ça change des chants de Noël, vous me direz).

S’il est sans concession avec les pays qui violent les droits les plus fondamentaux de l’être humain, l’ancien proc’ n’est pas tendre non plus avec la Suisse et ses autorités. Ces dernières semblent avoir une fâcheuse tendance à fermer les yeux, quand cela les arrange, sur les agissements, par exemple, des États-Unis ou de telle multinationale active dans l’extraction minière.

Pire que le terrorisme?

Et puis je suis tombée sur ces mots : « Je considère que la corruption est la principale menace pour les sociétés démocratiques. Oui, plus grave que le terrorisme. Ce dernier est une attaque frontale à notre système socioculturel. L’État et la société se sentent menacés et réagissent (…). La corruption est infiniment plus sournoise, elle s’insinue dans le tissu social en exploitant subtilement certains des penchants de ce dernier. C’est un virus qui occupe subrepticement l’organisme pour l’affaiblir et le détruire de l’intérieur. La corruption fait fonction d’incubateur pour le crime organisé et pour des trafics de tout genre et agit comme polluant toxique pour les institutions démocratiques. C’est ce virus qu’on a largement exporté dans les pays les plus fragiles, un virus qui pourrait se retourner contre nous-mêmes et nous contaminer mortellement. » Toute ressemblance avec des événements évoqués récemment est purement fortuite.

Référence : Dick Marty, Une certaine idée de la justice, Éditions Favre, Lausanne, 2018.
Emmanuelle Robert

Emmanuelle Robert

Après des études de lettres et un parcours de journaliste, Emmanuelle Robert a travaillé dans la coopération au développement. Désormais active dans la communication, elle est aussi coach professionnelle et passionnée de course à pied.

8 réponses à “Dick Marty, maître du suspense et témoin

  1. C’est juste après avoir vu l’interview de Dick Marty par Darius Rochebin sur la RTS que j’ai lu “Une certaine idée de la justice”. Comme vous je n’ai plus pu lâcher ce livre jusqu’à la fin.
    Il nous en faudrait plusieurs des Dick Marty dans la politique et la justice. Je propose d’utiliser comme unité d’intégrité des hommes publics une nouvelle unité le DickMarty avec une échelle de 0, 01 … 09 jusqu’à 1 la note parfaite.

    Le site de l’interview:
    https://www.rts.ch/play/tv/pardonnez-moi/video/dick-marty?id=9855476

  2. J’ai eu l’occasion de l’écouter à Lausanne mercredi passé ,
    si je peut résumer cette rencontre , je dirais :
    L’histoire enseigne mais il y a l’éleve.

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