Mais où est le sexe, mais où sont les drogues

Dans la verdoyante vallée de Genève-Aéroport, sur le royaume démocratique de la Suisse, près du territoire français, se tenait le château de Palexpo, blanc et beau et grand. À cette période de l’année, le Salon du Livre et de la Presse de Genève y avait installé son armée, sous les néons et les drapeaux. Trônaient partout des piles de livres (ce sont des objets faits de papier, cette chose qui vient des arbres). Et moi, j’étais au milieu, et je cherchais le sexe, et je cherchais la drogue.

Les écrivains sont des êtres rock’n’roll, le monde littéraire est un monde passionné, un monde où les hypersensibles sont rois, où la plume est la plus belle maîtresse, où les névroses sont couronnées et où Marc Lévy est décrit comme un « atout charme ». Les choses intéressantes commencent, me disais-je donc, avant de franchir les portes du Salon du Livre (que j’ai franchi le premier jour en très bonne compagnie pour finir par les franchir tous les autres jours seule et triste). Les choses intéressantes commençaient en effet. Mais toute à l’excitation de trouver du sexe, de la drogue, Arnaud Bédat et Elisa Shua Dusapin, j’en oubliais mon activité principale : celle de remplir ce blog.

En effet, je n’ai pas vraiment été très assidue à l’écriture. En même temps, si vous vous attendiez à quelque chose d’ordinaire, peut-être eût-il mieux valu que vous alliez directement sur le site du Salon du livre, qui est très bien et résume toutes les choses incroyables présentées pendant ces quatre jours. Tout ça pour dire que c’est pas fini, ce blog, je vais encore vous raconter des trucs naviguant entre les livres et ma vie, jusqu’à ce que Le Temps me dise que ça suffit (CA SUFFIT).

J’ai donc franchi les portes en bonne compagnie, j’ai fait le tour du salon, j’ai croisé Coline de Senarclens qui était très bien habillée, et je suis partie à la recherche du rock’n’roll.

Comme il pleuvait, j’ai surtout croisé beaucoup de parapluies oubliés.

C’est la poésie de la vie quotidienne et des êtres humains qui oublient des choses et vont finir par oublier leurs têtes, un jour.

Mais aussi de la vraie poésie (Flynn Maria Bergmann, édité par Art&Fiction, très très bien) (un coucou au passage à la dame qui tenait le stand):

Toujours point de sexe. Persuadée qu’aux toilettes, je tomberais forcément sur des êtres humains célèbres en train de forniquer, je fus légèrement déçue:

Rien. Personne. Aucune petite pipe en scred.

Toute à ma déception je me suis dit : eh bien allons prendre une bière. Il était 11h du matin. C’est toute une aventure d’aller chercher une bière au Salon du Livre. Il y a la queue et beaucoup de gens sont emballés à l’idée de boire des Heineken à n’importe quelle heure, ou de manger le sandwich tomates/mozza le plus sans-goût de la planète, et il y a du bruit et tout. J’ai été chercher une bière, la dame a fixé mon badge, un espoir fou est né dans ma poitrine (ce badge permet l’OPEN BAR!!! LES GARS VOUS ÊTES DANS LA MERDE!!!), mais non, elle a tapoté l’épaule de sa collègue et lui a dit : «Ces badges-là, ils ont pas les 10%. Tu leur offres rien.» Bon.

J’étais donc là, fatiguée, ma bière de la matinée à la main, mon collier sans les 10% au cou, au milieu des enfants hurleurs, des ado maussades, des vieux effrayés. Aux éditions Zoé, je suis tombée sur ce roman :

qui aborde une thématique on ne peut plus actuelle et qui en touchera pas mal, mais qui a aussi l’avantage d’être remarquablement écrit. J’ai adoré. J’aurais bien aimé rencontrer Jérome Meizoz mais je devais être ivre quand il était là, parce que je ne l’ai pas vu. (Scoop : je n’ai pas non plus croisé Arnaud Bédat, ni Marc Lévy, ni Tariq Ramadan. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée. Ma vie est un échec total (/ I know the moonlight paradise.))

 

Et puis, en marchant, par hasard, j’ai regardé un stand, sur lequel était posé La maison de Morges, de Grégoire Müller. Il était là, derrière le stand. Je ne le connaissais pas, ni lui, ni son oeuvre d’écrivain, ni son oeuvre de peintre. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu envie de lui parler alors je me suis présentée (depuis, il a dû googler mon nom et tomber sur les choses horribles que j’écris et je tiens à vous dire, monsieur Grégoire Müller, que sous la plume cynique et brouillon, se cache un coeur qui bat et qui s’émeut souvent), il m’a dit : mais vous buvez une bière, j’ai une grande passion pour la bière, allons boire une bière. Nous sommes allés boire une bière. Il m’a parlé de sa vie, de sa jeunesse de peintre à New York, de Paris, de la Suisse, de sa famille compliquée (« qui possède une palette dense, de la haute bourgeoisie aux crimes les plus atroces ») et du fait de choisir entre l’écriture et la peinture, ou l’écriture et la photographie. Ou de ne pas choisir. Il m’a dit qu’il avait été journaliste, que c’était un métier formidable qui nous permettait de rencontrer des êtres humains. Ensuite, il est parti et je suis restée assise sur ma chaise, avec ma bière, comme une conne. Vraiment. Je me souviendrai toute la vie de ce type et de ces dix minutes de conversation.

C’est donc là qu’est l’action (qui comporte le sexe, les drogues, les passions, la vie), au Salon du Livre comme partout: au coeur des êtres.

(Oui c’est beau, je sais, mais pour une fois c’est sincère, alors de rien.)

emmanuelle-fournier-lorentz

emmanuelle-fournier-lorentz

Après des études de philosophie à Paris et de photographie à Vevey, Emmanuelle Fournier-Lorentz décide de devenir journaliste indépendante pour la presse et la radio, ce qui n'a pas grand chose à voir. Elle tient également un blog personnel où elle étale sa vie privée sous le pseudonyme de Pollux Lesiak. Elle aime la littérature et l'autodérision.

4 réponses à “Mais où est le sexe, mais où sont les drogues

  1. C’est pas mal. La candeur et l’auto-dérision contrebalancent l’ironie et évitent le billet grincheux. Il y a quelques petites faiblesses : pourquoi dire que Marc Levy est “décrit” comme l’atout charme ? L’ironie est plus forte s’il EST l’atout charme. Plus loin, le contraste marcherait beaucoup mieux si tu alternais : “du sexe, Arnaud, de la drogue et Elisa”. Mais vraiment, ça reste plaisant à lire ; preuve en est que je me suis rendu compte qu’à la fin que tu n’avais pas raconté grand-chose en fait 🙂

    Sinon, tu écris aussi de la fiction ?

    P.S. C’est vraiment une photo de profil très étrange.

    1. Si ça reste vraiment plaisant à lire, alors c’est assez cool. La fiction, oui, mais rien n’est publié pour l’instant.

      PS: J’en ai rien à foutre, de ma photo de profil.

  2. Chère Emmanuelle Fournier-Lorentz,

    C’est la “dame qui tenait le stand” des éditions art&fiction au Salon du livre et de la presse de Genève (j’espère au passage qu’elle vous a semblé aimable) qui vous laisse ce message. Nous aimerions beaucoup vous faire parvenir un exemplaire en service de presse de “Fiasco FM” de Flynn Maria Bergmann, mais Le Temps ne dispose apparemment pas de votre adresse personnelle… Si recevoir l’ouvrage vous intéresse, pouvez-vous svp nous envoyer un petit mail à info@artfiction.ch?
    Merci beaucoup pour cet article de blog vraiment drôle, plaisant, qui sort des sentiers battus, et que nous avons volontiers partagé sur les réseaux sociaux.
    Cordialement,

    art&fiction, éditions d’artistes

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