Heureux qui comme Houellebecq a pécho

 

Un soir, boulevard Berthier à Paris, quelqu’un m’a raconté l’histoire de cette fille de 22 ans qui s’était faite engager à Flammarion dans le but publiquement avoué de pouvoir se taper Houellebecq. Oui, Michel Houellebecq. Je suis restée un long moment sonnée (car je suis très impressionnable). Parfois, j’y pense encore en me disant: mais qui est cette jeune femme? Quel chemin sinueux a pris sa vie pour qu’elle ait envie de ça? Parce qu’évidemment, je trouve Houellebecq peu attirant – physiquement parlant. C’est simple, de dire ça, hein. Je sais bien pourtant qu’on ne peut pas réduire quelqu’un à son physique, surtout pas Houellebecq, on ne peut pas réduire toutes les aspérités et toutes les histoires de quelqu’un à un visage de petit nain rabougri qui a trop fumé, et puis les gens font bien ce qu’ils veulent, ils couchent avec qui ils veulent tant que tout le monde est d’accord c’est super, mais quand même, là, je ne sais pas, il y avait quelque chose qui me choquait un peu. (Slate en parle brièvement ici.)

Houellebecq n’a jamais caché que le grand avantage d’être un écrivain à succès, c’était les groupies. Ce qui au moins a le mérite d’être honnête.

 

Ou comment oublier ce joli poème, dans son recueil Configuration du dernier rivage:

Les hommes cherchent uniquement à se faire sucer la queue

Autant d’heures dans la journée que possible

Par autant de jolies filles que possible.

En dehors de cela, ils s’intéressent aux problèmes techniques.

Est-ce suffisamment clair ?

 

(Il a quand même écrit l’un des plus beaux poèmes du monde autour de l’amour, hein. Et puis, il y a peu, sur le plateau du JT de France2, Houellebecq disait qu’il avait trop minimisé l’amour, et l’impact de l’amour, qu’il n’y était “pas allé assez profondément”. Oui, il a dit ça.) J’aime beaucoup Houellebecq, avec ou sans amour. Je ne souhaite pas avoir de rapport sexuel avec lui mais je trouve que c’est une chance inouïe d’être née à une époque où on peut lire ses livres. (Je vous parle de Houellebecq depuis trois plombes mais il ne sera pas au Salon du Livre. Désolée. J’avais juste envie de parler de lui.)

Bref, j’étais là, boulevard Berthier, abasourdie, probablement un verre de vin à la main afin de me remettre du terrible choc (ah bon, les gens ont des relations sexuelles?), et je me suis dit que si même Houellebecq pouvait pécho grâce à sa plume et à sa notoriété, le monde littéraire devait être un sacré vivier de chaudards. Serait-ce le cas? Ecoutez, j’ai vaguement mené l’enquête sur Internet. J’en saurai davantage la semaine prochaine, lors du Salon du Livre. Cécile Coulon dit quand même dans Brain Magazine que oui: 

 

 

Moi non plus.

 

(Cécile Coulon qui elle non plus ne sera pas présente au Salon du livre de Genève, mais promis, y a plein de gens bien qui y seront. J’essayerai d’en parler.) Et enfin:

 

 

Tout ceci m’a remuée parce que comme on l’a constaté, le sexe, ce n’est pas rien. Alors mon âme de grand reporter m’a poussée à poser la question à mon entourage. Ecrivain.e, comme métier, tu trouves ça sexy? Figurez-vous que la réponse varie selon les gens. Le fameux “côté mystérieux” de l’écrivain semble en exciter plus d’un.e; c’est une profession plutôt rare et prestigieuse. Il y a le côté “happy few” des élus publiés. Coucher avec quelqu’un de célèbre peut vous apporter vos 15 min de gloire, ou simplement vous donner l’impression de vivre quelque chose d’un peu extérieur à votre vie chiante – Lena Dunham le résume très bien dans l’épisode 3 de la saison 6 de Girls. Mais écrivain ce n’est pas excessivement fougueux, comme métier, non plus. Tout le monde n’est pas Nicolas Bouvier. Le côté “je reste chez moi pour écrire souvent rien du tout, en pantoufles, en buvant de la verveine puis ensuite je vais traîner dans des cafés” n’a pas l’air d’emballer les foules – mais peut-être mon entourage est-il particulièrement exigeant quant au dynamisme. (Je résume les réponses, ne me tapez pas.) Conclusion: c’est pas simple-simple, quoi. On peut dire que Houellebecq est vraiment très mystérieux et très riche. (Si avec ça j’ai pas un Pulitzer, je ne comprends plus rien au journalisme.)

Et enfin, je me suis demandé si, vu qu’écrire est une notion sexy dans l’absolu, lire l’était également? Eh bien, selon les forums de jeunes, oui, la preuve:

 

 

Élevons un autel à la gloire de ce type.

 

3 fois grâce à ça SPOIL

J’aimerais vraiment beaucoup rencontrer ces internautes.

Tout ceci pour dire donc qu’être écrivain, ça peut être sexy ou pas, et que lire, pareil. Voilà! De rien. Allez, je vous la remets un coup:

 

emmanuelle-fournier-lorentz

emmanuelle-fournier-lorentz

Après des études de philosophie à Paris et de photographie à Vevey, Emmanuelle Fournier-Lorentz décide de devenir journaliste indépendante pour la presse et la radio, ce qui n'a pas grand chose à voir. Elle tient également un blog personnel où elle étale sa vie privée sous le pseudonyme de Pollux Lesiak. Elle aime la littérature et l'autodérision.

11 réponses à “Heureux qui comme Houellebecq a pécho

  1. I like, j’adore le ton, j’ai repris à lire grâce à houellebecq, il m’a procuré mes premiers maux de ventre agréables. Arrête avec cette photo, tu es très belle de naturel.
    Je tiendrai un stand ce samedi totalement out of the blue.. rien à voir avec les livres, oui, à l’intérieur du salon du livre des possibilités de voyages éducatifs sont promues. Etonnamment, les clients potentiels que je rencontrerai seront vieux..
    A bientôt Pollux sur tes prochaines pages, merci

  2. Je decouvre, un peu, beaucoup, complètement vos articles. J’avoue être assez fan (et je me dis en meme temps que je pourrais me faire classer illico dans la categorie ‘groupy’, version masculinisé pour l’occasion), mais pas encore autant que de Houellebecq (qui pécho probablement ‘grave’ grâce a une extraordinaire plume, ce qui reste plus efficace qu’avec extraordinaire… lecture de 1984…) et ai été bcp touché -excusez du peu- par la reference a la possibilité d’une île, reference juste absolue pour moi. Comme quoi Google, qui a noté mon intérêt pour Houellebecq, a bien fait les choses en m’amenant ici : il est des chemins automatisés qui semblent mener quelquepart… ou pas. Peut-être vais-je me retrouver bientot avec une remontee automatique des articles de mademoiselle Fournier-Lorentz sur mon ecran d’accueil : si je me marre autant qu’aujourd’hui, ca devrait bien se passer.
    Au plaisir, donc

  3. Le “spoil” de jv.com signifiant “gâcher” comme chacun sait, était une case à cliquer pour révéler l’astuce qui lui a permis de baiser les 3 filles. Si vous aviez cliqué on aurait peut être su quel est l’auteur qu’il faut citer aux filles, ou faire semblant de bien connaître, pour pecho…

    1. Oui, vous n’êtes pas le premier à me faire remarquer que j’ai loupé un truc sûrement sensass en ne cliquant pas sur SPOIL. C’est un peu dommage mais le mal est fait. Cependant, je vous incite à le faire, et à nous raconter. (Mais je crois qu’il parlait de 1984.)

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