Scandale à l’Ambassade de France

Il y a de cela deux mois, j’ai reçu une invitation très formelle de l’Ambassade de France. L’invitation disait en gros que l’Ambassade de France du pays où j’habite, en la personne de l’Ambassadrice, serait honorée de me recevoir (moi, journaliste de renom) pour une soirée à l’occasion de la remise d’un prix littéraire. J’admire les gens qui ont une haute opinion d’eux-mêmes, mais disons que ce n’est pas tellement mon cas, alors j’ai d’abord cru à une blague.

Il se trouve que ce n’était pas une blague du tout. L’assistant de X à l’Ambassade, que nous appellerons Albert, m’a téléphoné, puisque je ne répondais pas, me précisant qu’il m’avait invitée (attention les mots qui suivent sont extrêmement importants pour la suite de l’histoire, je le précise, notez-les bien dans un coin de votre tête), “ainsi qu’un tas d’autres journalistes littéraires”. Au téléphone, il m’a glissé que Romain Gary avait travaillé deux ans dans cette Ambassade. 

J’ai donc dit que je viendrai (car j’aime Romain Gary), en précisant que je n’étais absolument pas certaine de vendre à un quelconque journal un article sur un prix littéraire dont le monde entier se fout (ce n’était pas le Goncourt, disons), et en demandant si mes frais de transport étaient bien pris en charge. Absolument pas, m’a répondu Albert. Mais, tristement fan de champagne, j’ai vu scintiller mille bouteilles sous des lustres en cristal devant mes yeux, et j’ai donc pris mes billets pour la capitale du pays où j’habite. Dans le train, je me suis dit quelle aubaine ! j’ai senti que le courant passait bien avec Albert, peut-être vais-je taper dans l’oeil de l’Ambassadrice et va-t-elle m’engager, ou bien peut-être que dans quarante ans, quand je serai saoulée par ma vie de bohème et qu’elle sera morte, je prendrai sa place.

Arrivée à la capitale, il pleuvait, je me suis perdue. Au bout d’une heure, j’ai finalement trouvé l’entrée, où une sorte de molosse de la sécurité attendait, stoïque sous la pluie. Il n’a même pas eu besoin de regarder sa liste quand j’ai dit mon nom (car, encore une fois, mon envergure n’a pas de frontières), et il m’a laissée entrer dans le jardin de l’Ambassade de France. Le jardin de l’Ambassade de France est très impressionnant (surtout qu’y étaient garée une petite demi-douzaine de voitures de luxe), mais le plus impressionnant, c’est l’Ambassade de France, qui est un manoir rose. En avançant vers le porche, je voyais le fantôme de Romain Gary dans l’allée. Ça n’a rien à voir avec mon histoire, mais il paraitrait que Gary, ancien secrétaire de l’Ambassade de France dans le pays où je vis, s’y est mortellement fait chier. Il aurait même écrit dans une lettre “Il se passe dans ce pays toujours la même chose, c’est-à-dire rien, et encore, rien serait au moins divertissant” ; il aurait menacé ses supérieurs de se pendre s’il n’était pas muté — un an plus tard, il était placé à New York, le veinard. Si vous êtes spécialiste de la vie de Romain Gary et que je raconte n’importe quoi, adressez-vous à Albert, c’est lui qui m’a raconté l’histoire.

Et puis à l’intérieur de l’ambassade, je ne vous raconte pas. Des lustres en cristal, des tapis persans, des servants des servantes, des trucs du genre, enfin la panoplie du riche qui ne fait pas semblant. Et au milieu, planté comme un lampadaire courbé sur du marbre rose, Albert. L’assistant du représentant à la Culture de l’Ambassade de France du pays où je vis (la planque). Il me salue, me présente quelques personnes, puis à ma question (naïve, innocente) “alors, où sont les autres journalistes ?”, il s’esquive et part embrasser une vieille avec une broche gigantesque dans les cheveux. Pas démontée pour un sou, je constate qu’il n’y a que de l’eau à boire (il est pratiquement 18h, on est fin juin, je tuerais pour une bière ou un cubi de rosé Prix Garantie), qu’on installe le champagne mais que pour l’instant, pas touche. Le décor est grandiose. Les invités, je le constate rapidement, vachement moins. Pourtant, j’aime l’humanité. Mais sur la trentaine de gens présents, cinq ou six seulement ont moins de soixante ans, et ce sont les membres du jury du prix littéraire. J’apprends rapidement que ce sont des étudiants suisses allemands en lettres. Je n’ai rien contre les jeunes, encore moins contre les étudiants suisses allemands en lettres, mais question prix littéraire, j’ai vu plus époustouflant comme jury. Aucun journaliste ami à l’horizon, et en voyant l’écrivaine gagnante, je me rappelle que je n’ai aimé aucun de ses livres. Mollement, je me rends à l’évidence : peut-être me suis-je fait avoir.

 

La cérémonie a commencé.

 

L’Ambassadrice a tenu un discours que j’ai trouvé épatant, principalement parce qu’il était intelligent et court, et qu’elle s’est barrée juste après. Si la qualité d’un discours se résumait à son intelligence et à sa courte durée, je peux vous assurer que les discours qui ont suivi ne présentaient, eux, aucun degré de qualité. Pour preuve, après deux heures de discours de riches donateurs et autres membres honorifiques de mon cul, le public (un peu âgé) avait eu le temps de mourir de vieillesse, tandis que je survivais vaillamment, accrochée à mon téléphone. J’avais faim, j’avais soif, rien d’autre ne m’intéressait, au diable la littérature, je veux du champagne. 

Cela dit, un prix littéraire consiste donc à remettre un prix à un écrivain, en l’occurence une écrivaine. Je ne pouvais donc pas vraiment faire l’impasse sur le discours de celle-ci, buffet de champagne ou pas. Pourtant, elle ne méritait rien de tel. Nous appellerons cette écrivaine Constance Relou, si vous le voulez bien. Constance Relou, après avoir écrit 150 romans (environ), a manqué de peu les fameux prix littéraires français (Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, elle a tout loupé, cette zouave), et en a visiblement conçu un mépris de l’humanité (cette foule incapable de mesurer son talent à sa juste mesure). Si j’ai une modeste opinion de moi-même, on peut dire que Constance Relou est à l’opposé exact, sur le prisme de l’estime de soi. Constance Relou se kiffe. Constance Relou se mate dans le miroir et malgré son grand âge, Constance Relou se trouve géniale et incroyablement gaulée. Constance Relou connait le prestige de l’écrivain, ici comme en France. Constance Relou a des fans. Constance Relou a donc parlé pendant deux heures trente. Ma vie mon oeuvre ma géniallitude et personne qui me comprend à part vous. Personne ne l’a assassinée. J’y ai pourtant songé pendant deux heures et vingt-neuf longues minutes.

Deux heures trente plus tard (“et tout le monde sait que si je n’ai pas eu le Goncourt, c’est uniquement parce qu’en France…”), l’enterrement de ma grand-mère semblait un moment de grande fête à côté de ce que j’étais en train de vivre. Le type à ma droite ronflait, la tête sur l’épaule de sa voisine. Quatre morts cérébrales avaient été signalées, dans la plus grande indifférence. Constance Relou  ne s’arrêterait jamais de parler. Seule la première rangée, les étudiants suisses allemand en lettres, avaient l’air de kiffer leur race. Mais miracle, j’ai vu Albert, d’un air décidé, prendre les choses en main face au carnage. Tel un honorable français peu habitué à la politesse locale (ça va, je suis française, vous l’aurez compris), il a arraché le micro des mains de Constance Relou, et nous a prié de passer dans la pièce à côté pour l’apéro. Personne n’y croyait. CHAMPAGNE !

J’ai marché jusqu’au buffet, fébrile. On m’a tendu une coupe. J’ai vidé la coupe. On m’en a retendu une. Je me suis dit que ça devait être bien, d’être riche. J’ai vidé la coupe. On m’a re-retendu une coupe. Je l’ai encore une fois vidé. C’était bon.  Puis j’ai rebu, trois ou quatre coupes. Au bout de vingt minutes, l’alcool bouillonnant, je me suis mis en tête de parler à mon prochain — Albert, Constance, n’importe qui. Un homme s’est approché de moi, m’a demandé mon nom, m’a coupé la parole avant que j’ai fini de lui répondre, puis, les yeux brillants, m’a dit :

— Ca vous a plu ?

— Non. C’était chiant.

(Peut-être gardera-t-on après ma mort l’image d’une femme saoule, mais au moins aurai-je été honnête jusqu’au bout.) L’homme a eu l’air un peu crispé. Puis il m’a demandé ce que je faisais, dans la vie (“étudiante suisse allemande en lettres, peut-être?”), et quand j’ai répondu (“non, journaliste de renom”), il y a eu un instant de flottement entre nous. Il a passé un doigt sur ses lèvres, a bafouillé une excuse, est parti. Deux minutes plus tard, je l’ai entendu dire à Albert et quelques autres : “Y a deux journalistes : la stagiaire que la Lib nous a envoyé, et aussi une ado ivre qui prétend être journaliste.” 

C’est ainsi, par cette phrase anodine mais révélatrice, que j’ai compris qu’aucun autre confrère n’avait fait la connerie d’accepter l’invitation la plus naze de toute l’histoire du pays. J’ai donc continué à boire, la mort dans l’âme. Figurez-vous que je devais également dormir sur place. Ô, patrie traitresse.

Quand la nouvelle a commencé a buzzé (une journaliste est là ! elle va parler de notre soirée de merde à la presse !), tout le monde avait envie de converser avec moi — Constance Relou la première. Mon physique de jeune attardée les avait trompés jusque là, mais maintenant, ils étaient disposés à me raconter comme ils étaient super (“je n’ai pas eu le Goncourt, mais je vous assure que, pourtant… “). J’ai donc regardé les vieux qui faisaient la queue pour venir me parler, et j’ai dit, fière et digne : si vous voulez que je parle du prix littéraire, il faudrait peut-être me filer le livre en question.

C’est ainsi que j’ai fait la rencontre de Monsieur Palot. Monsieur Palot est à la tête des librairies Palot. Monsieur Palot est donc richissime. Monsieur Palot était présent à cette soirée, car Monsieur Palot aime vendre à toutes occasions des livres. Il avait donc un stand, c’est-à-dire une petite table d’école beige. Derrière cette table, Monsieur Palot et son assistante attendaient de vendre ce qui se trouvait sur la table, c’est-à-dire une pile de livres de Constance Relou. Je me suis avancée, prude, polie, et j’ai dit : bonjour, je voudrais un livre. Ils m’ont regardé comme si j’avais 12 ans et m’ont dit : mais tu sais lire ? Voyons, tu as douze ans. (C’est du moins ce qu’ont dit leurs regards.) J’ai précisé : je suis journaliste (de renom), et pour parler du prix, il faudrait que je lise le livre. Et l’assistante, sans se dévêtir de son sourire crispé, m’a dit : bien sûr, vous payez par carte ?

Alors là : lol. C’est un peu comme si on demandait à Laurence Ferrari d’aller raquer son costume Chanel quand elle présente en direct. Ex-cu-sez-moi-mais quelqu’un connait-il les privilèges du journaliste littéraire de renom, dans cette ambassade de merde ? Et surtout, quelqu’un connait-il son salaire ? Croyez-vous que nous soyons en mesure de nous payer des livres ?! J’ai donc dit : ah ah non, il m’en faut un gratuit, je vais pas payer pour le lire alors que je dois faire un article dessus.

Ils m’ont dit non. Puis ils m’ont tourné le dos, ils ont croisé les bras et serré les mâchoires. Je suis repartie vers le champagne, bredouille, vexée, humiliée. La déception avait un nom, ce soir-là — le mien. Comme rien ne guérit mieux que l’alcool, j’ai continué à boire. Disons plutôt que j’ai continué à vider des coupes aussitôt qu’on me les tendait, c’est à dire toutes les cinq minutes. N’ayant que rarement l’occasion de boire gratis, et m’emmerdant formidablement, il fallait en profiter.

Ensuite, tout s’est enchainé très vite. La maison étant aussi grande que mon esprit, vif et curieux, j’ai décidé d’aller la visiter. Je suis donc montée, légère et svelte, au premier étage, animée quand même d’un vague sentiment d’appréhension, bien enfoui sous les litres de champagne. Je suis entrée dans ce qui était, dans mon esprit du moins, une cave (premier étage, sous-sol, tout se confondait, le monde était simple). C’était en fait une chambre. C’est là, alors que je déambulais tranquillement (très jolie tapisserie rouge, oh tiens, un vase, c’est coquet), qu’une main de trois tonnes m’a soulevée d’un ou deux mètres, et m’a fait voler jusqu’au hall d’entrée.

“VOUS PAS LE DROIT VENIR ICI”

À l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si cet individu parlait vaguement français ou si c’est moi qui n’arrivais à capter qu’un mot sur trois. En tout cas, c’était un molosse. Un molosse qui hurlait et me secouait le bras en même temps, ça faisait très mal, et moi aussi je hurlais (“mais t’es MALADE espèce de TU ME LÂCHES AAAAAAAHHH”). J’ai cru qu’en voyant ma tête dans la lumière du hall (je ressemble à une loutre perdue dans du mazout en Atlantique, pas franchement à une délinquante bourrée), et surtout en entendant mes hurlements de douleur, il cesserait de me casser le bras avec ses doigts crochus. Mais que nenni. Le molosse avait enfin un os à ronger. De l’action dans cette soirée de vieux. Un rebondissement parmi les riches.

Il m’ a trainé devant tous les invités présents en me secouant comme une palmeraie entière, et a crié quelque chose à Albert, qui, tel Ponce Pilate le lâche, s’en est lavé les mains. Le monde entier me regardait. J’essayais d’avoir l’air sobre. Constance Relou a mis une main devant sa bouche ouverte, en signe de choc. Monsieur Palot me montrait du doigt en hochant la tête, sûr que son instinct hors pair ne l’avait pas trompé lors de notre entrevue de tout à l’heure (cette adolescente est une vraie fourbe !).

Le moment était idéal pour hurler un C’EST UN SCANDALE devant l’assistance médusée. C’est donc ce que j’ai fait.

Le molosse m’a jetée dehors. Pas un peu. Non, il a pris de l’élan (avec mon bras, rejeté en arrière tel un levier) et m’a expulsée dans les escaliers qui donnaient sur le gravier du jardin. Gravier sur lequel je suis retombée plutôt gracieusement, vu l’état d’alcoolémie avancé que je présentais. Levant le doigt, j’ai crié un VOUS ENTENDREZ PARLER DE MOI et quelques autres trucs au bosquet de fleurs à côté de moi, tout en trottinant cahin-caha vers la sortie (SCANDALE ! NAZIS !). Il pleuvait. Je me suis perdue jusqu’à la gare. Ensuite, dans le train, animée d’une haine profonde envers l’injustice, je me suis lancée dans la lourde tache d’écrire un mail explicatif et scandalisé à Albert.

Mail que j’ai piteusement retrouvé dans mes archives Gmail. Ma déontologie m’oblige à le reproduire ici, pourtant, je vous jure, j’ai honte :

Cher Albert,

eric pour l’invitation. je en voulais Erin voler, ça aurait été dur uv mon sac. dommage

merci

Emmanuelle

Albert n’a jamais répondu à mon mail. Monsieur Palot vend toujours des livres. Constance Relou est restée relou. Je doute que l’Ambassadrice m’engage un jour.

Lire, le cœur brisé

Quand on n’a pas encore emménagé pour de vrai dans un nouvel appartement, quand on n’y a pas dormi, par exemple, on ne peut pas dire qu’on y habite. On ne sait pas encore si les murs nous isolent ou non du bruit, si les voisins sont ok, si ils s’engueulent sans arrêt ou non.

Je suis allongée sur le canapé en cuir. Le désagrément des canapés en cuir c’est qu’ils sont tout le temps froid, et qu’ils collent à la peau nue. Mais moi, j’aime bien. À un étage supérieur, j’entends un couple se disputer très violemment dans une autre langue. Assise de manière bizarre, tordue, j’écris ça, là. Voilà. On peut avoir le cœur brisé pour tout un tas de raisons. Pas la peine de s’appesantir dessus ou de les énumérer. La dernière fois que j’ai écrit quelque chose sur ce blog, j’ai commencé par “La seule chose de bien avec les livres pour qui on éprouve un intérêt vif, passionné c’est qu’ils possèdent la capacité d’annihiler notre solitude. Franchement, rien d’autre.”. Bon, j’y ai peut-être été un peu fort. Il y a d’autres choses bien, avec les livres. Le fait de pouvoir vivre la vie de quelqu’un d’autre pendant un instant, par exemple.

Je ne sais pas si les livres possèdent également la capacité d’annihiler notre tristesse provisoire. (S’il vous plaît, admettons au moins que nous sommes tous périodiquement tristes, merci.) Je sais par contre qu’on est parfois tellement tristes que se concentrer devient une tâche impossible; alors lire, n’en parlons pas. C’est une autre histoire, vous me direz. Mais voilà, récemment, je me suis rendue compte que moi, le cœur brisé, je me tourne vers les livres – davantage que vers les êtres humains ou vers les casseroles, disons. Probablement un réflexe enfantin. La tristesse n’a rien d’unique, de spécial. Moi non plus. Ce que je ressens, des tonnes de gens le ressentent – et ça, ce sont les livres qui me l’ont fait comprendre. Des centaines de millions de cœurs se traînent sur la planète, brisés; des milliards, même, peut-être. C’est plutôt triste et assez beau, au final. Comme la mer en plein orage, disons. Ou de penser à mes frères, qui sont super, mais qui sont loin (quelque part dans une forêt en Australie, pour l’un, dans un mobil home sur une plage du Pays basque, pour l’autre). J’espère qu’ils n’ont pas le cœur brisé. Parce que bon, eux, ce ne sont pas franchement vers les livres qu’ils se tourneraient.

Alors bref, que lire, le cœur brisé?

(Tout ce qui suit n’est qu’un avis très personnel.) Quand j’avais 19 ans, j’étais très angoissée à cause d’une relation amoureuse. Par hasard, j’ai acheté Fragments d’un discours amoureux. On peut dire que ce livre m’a sauvé de l’angoisse. On peut dire que Roland Barthes s’est démerdé pour trouver des mots, des exemples, et des situations qui me touchaient en plein cœur (brisé, donc).

Par un truchement bizarre (l’esprit humain est complexe), le fait que ce mec (Roland) ait connu ça, tout ça, toute l’angoisse et la tristesse qu’on ressent parfois quand on est amoureux, le fait donc que ce mec ait connu ça, l’ait théorisé, en ait fait un livre, un livre avec un titre si beau, tout cela m’apaisait de manière phénoménale. C’était mon guide dans la tempête. Pourtant, aucun conseil n’est distillé dans les Fragments. Fragments qui pourraient d’ailleurs plutôt porter le titre de Fragments d’un discours amoureux névrotique et désespéré; mais pour moi, il s’agissait de Fragments du discours amoureux. Et non d’un. Il parlait de l’amour et de ce qu’il nous fait parfois ressentir comme de quelque chose de particulièrement universel. Roland Barthes était assis avec moi, en terrasse, il était quoi, allez, disons, 19 heures (une heure super, en été), on buvait un pastis. Il m’expliquait ce que je ressentais. Il m’assurait que je n’étais pas folle. Je courais le chercher dans ma bibliothèque à chaque nouvelle misère (la relation que je vivais alors était vraiment merdique). Je ressortais apaisée de la lecture.
Petit extrait des passages surlignés. Tout est d’époque: j’avais donc 19 ans.

   
Avec en guest star mes ongles rongés. Oui, l’histoire du mandarin, elle est bien, hein.

Bref. Que lire d’autre?

Evidemment, mais est-ce bien la peine que je le formule? je vous le demande, puisque je bassine tout le monde avec depuis une dizaine d’années, je recommande les yeux fermés, le cheveu fou et l’oeil brillant, Le chameau sauvage, de Philippe Jaenada.

Et puis si en plus d’avoir le cœur brisé, on doute de l’humanité (parfois, les deux vont de pair, c’est même très courant), on peut également lire son dernier livre, qui alors pour le coup fait de son auteur quelqu’un qui relève l’humanité au rang d’humanité : La petite femelle. Et puis, pour l’espoir, Néfertiti dans un champ de canne à sucre.

Bon, je conseille à peu près tous les livres de Jaenada pour les cœurs brisés, les esprits perdus, les âmes légèrement en dérive. Ils furent également mes guides dans la tempête (un autre genre de tempête, celle des 25 ans, j’en ai déjà parlé). À part peut-être Le Cosmonaute. Il faudra peut-être attendre un peu, être un poil plus stable, avoir retrouvé un semblant de forme (au niveau du cœur). En attendant, on peut toujours lire son texte Pourquoi je hais Jaligny.

Quelques autres:

  • Sans télé, on ressent davantage le froid, de Titiou Lecoq (tiré de son blog, qui est aux blogs ce qu’est la Bible aux livres, mais avec du sexe, des blagues, et une très belle écriture, alors bon)
  • Si j’étais une femme, je m’épouserais, de Joann Sfar (il faut quand même arriver à encaisser son côté égocentrique relativement insupportable)

  • Franny et Zooey, de Salinger. Je n’ai aucune idée de pourquoi ce livre m’apaise, mais il y est après tout question d’une recherche de l’apaisement d’une jeune femme névrosée. Autant dire que ça me parle. Il y  est aussi question d’amour fraternel, et même de fraternité, de famille, de religion, et de crise mystique. Il y est question de dépression, de l’absurdité et du sens de la vie. Alors bon, ça fait un paquet de bonnes raisons.

  • Fiasco FM, de Flynn Maria Bergman, découvert récemment.

  • Et surtout, plusieurs livres d’Aurélie William Levaux, dont je reparlerai très vite, très bientôt, de manière bien, bien plus longue. Cette meuf est ouf.

Par contre je vous déconseille formellement Houellebecq (je me rappelle d’heures sombres, en pleine dépression, à lire Les particules élémentaires, pétrie d’angoisse et de tristesse, le cœur se brisant davantage à chaque page), Aurélien d’Aragon, Le lys dans la vallée, de Balzac. L’horreur en pleine tempête. Ne parlons même pas du Petit prince. Mieux vaut aussi éviter La promesse de l’aube, qui personnellement me plonge dans une mélancolie profonde (mais belle) dont il est pratiquemment impossible de me déterrer pendant des jours.

Et autour de moi?

Quand j’ai posé la question “Que lirais-tu si tu avais le coeur brisé?”, aucune fille à qui j’ai posé la question ne m’a répondu. Ce devait pas être le bon moment. Alors bon.

Clément Bénech m’a répondu : Je pense que je lirais À l’ombre des jeunes filles en fleur.

Paul Ronga m’a répondu : D’abord Salammbô, mais en sautant la moitié des pages.

Fulvio Balmer Rebullida m’a répondu : Un livre qui s’appelle Naïf. Super., et c’est pas la réponse que je dis pour me la péter, mais la vraie réponse, le livre que je lirais vraiment.

Naïf. Super. c’est l’histoire d’un type de 25 ans qui fait une dépression. Il vend ses affaires, ses meubles, et il s’enferme dans un nouvel appartement. Après, bon, vous verrez.

Ce que ça fait de tomber sur quelqu’un de super (en l’occurrence, David Foster Wallace) – Partie 2

La seule chose de bien avec les livres pour qui on éprouve un intérêt vif, passionné c’est qu’ils possèdent la capacité d’annihiler notre solitude. Franchement, rien d’autre. Ça m’a toujours saoulée qu’on bassine les enfants avec la lecture. Ça m’insupporte encore quand quelqu’un me dit « c’est super, tu lis vachement », ou « j’aimerais tant lire ». Comme si les livres te rendaient heureux ou intelligents, comme si tu n’avais pas l’air d’un abruti total quand tu ne parles pas pendant quatre heures, le nez enterré dans ton livre, et que quand on te pose une question très simple, tu n’y réponds même pas parce que tu lis. Et puis il y a une tonne de livres complètement cons. Je vois pas la différence avec la télé. J’hallucine (et en même temps, bien sûr, je suis fan) qu’on laisse des livres ultra subversifs dans les mains de gamins mais qu’on applique des filtres quand il s’agit qu’ils aillent sur internet. J’ai découvert le féminisme, le viol, le sexe, la dépression, le suicide, le bonheur, j’ai découvert l’intersexualité, les massacres, la bizarrerie, l’inceste, la virginité, l’ennui, le mariage, l’infidélité, la marginalité, les drogues dans des livres, à un âge où on ne parle pas de ça à des enfants.

Prenez Le Petit Prince. C’est l’histoire d’un enfant seul et dépressif qui abandonne son unique amie, une rose, pour aller découvrir le monde des humains, qui en est très déçu, qui devient ami avec quelqu’un de très solitaire et de très perdu, et qui finit par se suicider dans le vague espoir de retrouver sa rose (oui, le petit Prince se suicide). J’ai lu ce livre environ deux cent fois, enfant. Ce n’est pas pour rien. C’est parce qu’à l’époque, c’était le seul discours à portée de mes petites mains potelées qui me permettait de comprendre ce qu’il se passait autour de moi, à ce moment précis.

Et puis ce qu’on oublie de dire, c’est qu’un livre est écrit par la meilleure partie de quelqu’un. Lire des centaines de livres pourra vous faire croire que le monde est empli de gens bien qui écrivent de belles choses qui touchent votre âme, mais je vous assure, on arrive aisément quand on écrit à cacher la partie la moins reluisante de soi-même. « On peut être un grand artiste et un sale con », dixit Manu Larcenet. Bah c’est vrai dans tous les domaines. Rien de plus décevant mais c’est vrai. Prenez le photographe Gilbert Fastenaekens, par exemple. Je dis ça en connaissance de cause. (Et encore, ça, c’est plutôt sympa, parce que côté grand artiste, pour Gilbert il faudra repasser.)

Donc : la capacité d’annihiler notre solitude. La capacité de nous faire nous dire à nous-mêmes ok, peut-être ne suis-je pas seul.e à penser ou ressentir ça dans ce monde formidable où l’on croise quand même un certain nombre de gros bâtards qui ont l’air de ne rien penser et de ne rien ressentir. J’ai toutefois une réserve là-dessus : un livre vous laisse seul.e, physiquement. Peut-être vous bouleversa-t-il, peut-être changera-t-il votre vision du monde, la dose d’espoir que contient votre cerveau, la manière dont vous appréhendez la vie, mais il vous laissera seul.e et pour cela, quand même, rien ne vaut, de temps à autres, une discussion avec quelqu’un d’à peu près pas trop débile (voire une amitié).

Bref.

Une fois le test de l’intérêt passé, donc, la partie n’est pas gagnée, les amis. Alors moi j’étais là, devant Brefs entretiens avec des hommes hideux, je caressais la couverture avec un sourire béat et autant vous dire qu’avant même de l’avoir ouvert, ce livre, je savais qu’il avait brillamment réussi son test. Ça fait ça, parfois. Donc là, prise d’une sorte de folie, j’ai décidé d’acheter tout ce qu’ils avaient de David Foster Wallace, dans cette librairie. Ça fait ça aussi, parfois, les rencontres. On décide qu’on veut tout et tout de suite maintenant et là ici par terre sur la moquette verte de Payot. Et puis il faut bien ajouter que la vie de David Foster Wallace me fascine depuis que j’ai lu quelques lignes sur lui, par Titiou Lecoq, par Zadie Smith. J’ai toujours eu un faible déchirant (peut-on parler de faible si celui-ci est déchirant?) pour les génies dépressifs dotés d’un orgueil énorme mais vacillant et enclins à la toxicomanie, à l’auto-dépréciation, à la dépression, ainsi qu’à faire des blagues. Je savais que ce type avait écrit sur la dépression ceci, dans Infinite Jest :

Comme si chaque atome, chaque cellule, chaque cellule cérébrale, je sais pas, était tellement nauséeuse qu’elle avait envie de gerber mais qu’elle pouvait pas, et vous ressentez ça tout le temps et vous êtes sûr, absolument certain que cette sensation s’arrêtera jamais, que vous allez la ressentir toute votre vie.

Ou ça (dans un article):

Les nouveaux rebelles, qui sait, seront peut-être les artistes prêts à s’exposer aux bâillements, aux yeux levés au ciel, aux sourires en coin, aux coups de coude dans les côtes, aux parodies des ironistes excellents (…).

Ou qu’il avait dit ça, dans un entretien à Larry McFerry:

Il me semble que la grande différence entre l’art de qualité et l’art moyen {…} s’apparente à de l’amour. À avoir la discipline nécessaire pour laisser s’exprimer la partie de soi-même qui sait aimer plutôt que celle qui ne cherche qu’à être aimée.

(Bah oui, Gilbert.)

Ou qu’il avait écrit un livre sur le rap, après avoir commencé un livre sur le cinéma pornographique. («Le rap est le premier genre pop à intégrer et refléter un désespoir américain particulièrement moderne vis-à-vis duquel la musique populaire ne peut plus agir en tant que palliatif.»)

J’ai voulu écrire quelque chose de triste, et les gens ont trouvé ça drôle.

En fait, avant même que David Foster Wallace entre dans ma vie avec ses livres et ses références, et sa manière chelou de penser, il avait déjà raflé tous les prix de l’intérêt. Alors, rentrée chez moi, j’ai commencé à lire. Notamment cette nouvelle, qui s’intitule “Au-dessus et à jamais”, dans lequel il y a ce passage :

Et des rêves. Depuis plusieurs mois, des rêves d’une nouveauté radicale : moites, affairés et distants; courbes qui s’abandonnent, pistons frénétiques, chaleur, et puis la chute vertigineuse ; et tu t’éveilles, derrière des paupières frémissantes, dans un jaillissement, une décharge de sensation qui t’électrise des cheveux aux orteils, surgie d’un dedans plus profond que tu n’aurais cru receler, spasmes d’une douleur profonde et suave, avec la lumière filtrant par les volets en éclats d’étoiles aiguës sur le plafond noir de la chambre, et sur toi une gelée blanche et dense et qui suinte entre les jambes, goutte et colle, refroidit sur la peau et se fige et pâlit, laissant des nœuds de poils agglutinés, animaux et blêmes sous la douche du matin, et dans l’enchevêtrement mouillé une odeur propre et suave dont tu n’arrives pas à croire qu’elle puisse venir d’une chose que tu aurais fabriquée en toi.

(Une photographie d’une qualité surréelle.)

Ce que j’appelle un instant de grâce (ici, la lectrice, subjuguée, a ouvert la bouche et relu le passage trois, cinq, douze, vingt-sept fois). Oui, ça parle de sperme, de l’apparition des éjaculations nocturnes, de rêves érotiques et de l’adolescence.

Enfin voilà, si j’ai un conseil pour vous, même si tout le monde le connait, même si tout le monde l’a lu, même si je n’influence personne et que vous détestez mes conseils ou que vous vous en foutez, si donc j’ai un conseil pour vous, ce serait de lire David Foster Wallace, que moi j’ai lu suite à la recommandation de deux personnes que j’aime beaucoup.

Je vous laisse avec un extrait de C’est de l’eau :

 Et c’est tout sauf une coïncidence si les adultes qui se suicident avec une arme à feu se tirent presque toujours dans… la tête.
/
Et la vérité est que la plupart de ces suicidés sont déjà morts bien avant de presser la détente.
/
Et j’avance que, au-delà des conneries, la véritable valeur d’une éducation aux sciences humaines devrait être la suivante : comment faire pour traverser votre vie d’adultes à l’aise, prospères et respectables sans être morts, inconscients, serviteurs de votre esprit et de la configuration par défaut qui vous veut solitaires, royalement seuls, jour après jour après jour.

 

Ce que ça fait de tomber sur quelqu’un de super (en l’occurence, David Foster Wallace) – Partie 1

Ce que ça fait de tomber sur quelqu’un de super (en l’occurrence, David Foster Wallace) – Partie 1

Ce texte a été réalisé avec l’aide précieuse de Clemence J. Tuppacho, qui existe réellement mais souhaite visiblement n’être mentionnée ici que sous pseudo.

Il y a peu, deux personnes que j’aime beaucoup m’ont consécutivement parlé de David Foster Wallace en l’espace de quoi trois jours, alors que ces deux personnes que j’aime beaucoup ne se connaissent pas, que nous étions à chaque fois dans des bars bondés où parler de livres s’avère être moins primordial dans ces moments-là qu’aller vomir en titubant, et qu’avant ces deux personnes que j’aime beaucoup, personne, dans ma vie, ne m’avait parlé de vive voix de David Foster Wallace. J’ai lu des trucs sur lui relativement tard, par Titiou Lecoq et par Zadie Smith (autant dire : par des déesses), j’ai feuilleté sans réel enthousiasme La fonction du balai encore plus tard (c’est à dire très tard dans ma vie, alors que ce type aurait pu dès mon plus jeune âge m’épater, m’épauler, ce type aurait pu par l’intermédiaire de ses livres me dire : mais meuf, voyons, meuf), mais personne ne m’en a parlé, avant ces deux personnes que j’aime beaucoup qui elles m’ont très distinctement dit : il faut que tu lises ce mec. Bon, donc voilà, ces deux personnes m’en parlent en l’espace de quoi trois jours, et je me dis que les signes s’accumulent, qu’il est temps. Alors je vais à la librairie pas loin de chez moi, et je rentre dans la librairie, et je le vois, mais pas de face, pas entièrement, disons que le mot juste est plutôt que je l’aperçois. Et en l’apercevant, je me mets à sourire comme une demeurée, parce que je sais déjà que quoiqu’il se passe, qu’importe ce que je vais trouver à l’intérieur, je vais aimer. C’est un peu comme avec quelqu’un (parce que là en l’occurence, je parlais d’un livre). Ça fait ça très rarement mais il arrive qu’en rencontrant quelqu’un, à la seconde où on le voit, on sait déjà qu’on va aimer cette personne. Et ne me parlez pas de coup de foudre parce que ça n’a rien à voir avec un coup, ou avec de la foudre : c’est un sentiment calme, plus proche du constat que du ressenti. Même si cette personne est de dos, qu’il.elle ne nous a jamais parlé, qu’on ne sait même pas qu’elle a été alcoolique ou qu’il s’évanouit sans raison, etc. Ce n’est pas un coup de foudre, donc. C’est un agglomérat de choses passées, de rencontres et de névroses qui, accumulées, mises bout à bout, nous ont amené jusqu’à cette personne de dos qui ne nous a jamais parlé mais qu’on est sûr.e.s, va savoir pourquoi, qu’on va aimer instantanément. Qu’importe l’alcoolisme, les évanouissements, le contexte, les autres.

Bref donc j’arrive à Payot, dans le rayon littérature anglo-saxonne, et de loin je vois les tranches des livres de David Foster Wallace, et je me mets à sourire comme une demeurée. Imaginez la vision d’une fille avec un sourire béat s’avancer vers un rayonnage de livres. Bref. Je m’accroupis, je pose un doigt sur Brefs entretiens avec des hommes hideux et arrive alors le fameux test qui résulte de toute rencontre : le test de l’intérêt.

LE TEST DE L’INTERÊT

.

 

Ecoutez, je ne vais pas vous faire un dessin. Le test de l’intérêt s’applique tant aux livres qu’aux êtres humains rencontrés. Il se met en place dès les premières secondes de la collision entre deux sujets (être humain-livre, être humain-être humain, hippocampe-être humain (dans ce cas précis cela dit, mieux vaut éviter le test de l’intérêt)), afin d’évaluer si les entités se jugent l’une et l’autre potentiellement valables.

METHODOLOGIE CONCRETE DU TEST DE L’INTERET

Prenons un lieu, par exemple : une librairie.

Dans le cas du livre, prenez-le dans vos mains et soupesez le machin. Ici, il s’agira de ne pas se laisser berner par le premier contact, qui sera de toutes façons maladroit (couverture trop rigide, format peu aguicheur, éclairage aux néons, papier glacé). Comme le dit si bien la réalisatrice Notorious Shakura, « il y a des premiers contacts maladroits sans espoir, et des premiers contacts maladroits qui portent, eux, l’espoir de prochains contacts réussis ».

Je pense que ce qu’elle voulait dire, c’est qu’il y a des premiers contacts maladroits suffisamment repoussants pour enterrer toute forme d’envie à tout jamais. Et puis, il y a des contacts délicieusement/subtilement/drôlement/génialement/ maladroits ou juste TELLEMENT maladroits qu’ils suffisent (vous le savez déjà, vous le devinez, vous en souriez de bonheur au plus profond de vous-même) à réveiller la folle envie de caresser bientôt à nouveau l’objet du désir avec chaque fois plus d’assurance et d’envie pour changer la maladroitesse (hello, ce mot n’existe pas je veux le déposer où dois-je m’adresser ?) en tendresse. C’est à dire en amour fou, en palpitation des corps, en étreintes soudaines à la force incontrôlable, en spasmes dans la moiteur la plus mordante, dans la nuit, oui, ça y est lecteur, vous y êtes, vous êtes amoureux de votre livre, celui-là même que vous teniez maladroitement et peu assuré entre vos mains tremblantes quelques jours plus tôt. Vous l’ouvrez à présent chaque jour, chaque nuit, pour y trouver ce qu’il vous manquait jusqu’ici dans la vie, à savoir le bonheur physique, le voyage, les histoires, la beauté, la surprise, l’affection, le partage de l’ennui, l’assurance, la confidence, la folie, l’amour. Bravo, félicitations lecteur, le test de l’intérêt est déjà passé depuis bien longtemps, submergé de bonheur, vous l’aviez complétement oublié, vous, jouissant à présent pleinement de la volupté complète dans laquelle tout votre être sera plongé grâce à cette rencontre nouvelle.

Cependant : refermez immédiatement et n’achetez jamais les livres aux typos insupportables (par exemple, cette obscure édition française de Kerouac ou de Burroughs ou un de ceux-là pour laquelle le mec qui a choisi la typo a voulu imiter celle d’une machine à écrire à l’ancienne en mode respectons l’authenticité de l’artiste, alors qu’en fait le résultat est parfaitement illisible) – malgré toute la qualité présente dans leurs œuvres, les acheter ne servira qu’à conforter l’éditeur dans ses choix douteux. Et vous n’êtes pas venus pour souffrir okéé ?? 

Dans le cas de l’être humain (toujours en milieu libraire), feindre de ne pas avoir remarqué ladite personne (pourtant sublime, aérienne, la femme de votre vie) et lire des ouvrages au bol (à l’envers) quelques rayons plus loin (Cuisine et Bien-Être). De son côté, le sujet (appelons-le Clothilde) choisit savamment l’objet de son désir (Les quatre accords toltèques – la voie de liberté personnelle, Ed. Jouvence, 1999, 141p.). Faire semblant de lire passionnément des mots (à l’envers je vous le rappelle). Lorgner l’être aimé du coin de l’œil. Se rendre compte qu’on a perdu Clothilde. Sueur froide, solitude sans fond, questionnements sur la vie. Retomber sur Clothilde assise par terre en demi-lune quelques rayons plus loin (qu’est-ce qu’elle est belle, je meurs). Baver discrètement. Clothilde, elle, fixe avec béatitude l’ouvrage qui, elle en est maintenant persuadée, lui fera découvrir LA VÉRITÉ. Ne pas tomber dans le panneau une deuxième fois et ne plus la quitter du coin de l’œil. La regarder payer avec satisfaction le prix de son éveil (9,00 CHF franchement t’as de la chance Clothilde, c’est pas cher payé pour trouver la voie, je te le dis). Faire semblant de tourner les pages de son ouvrage pris au bol parce que quand même on a le souci du détail. Regarder dans un état second l’élégant dos de Clothilde quitter l’établissement et se perdre dans la foule. Se rappeler soudainement du but de l’opération. Se sentir con. Etant donné que cette méthode n’a en fait jamais, mais alors jamais mené au test de l’intérêt, nous pouvons en conclure sans risques qu’il ne s’agit pas de la méthode adéquate.

Donc, la bonne méthode dans le cas de l’être humain :

En lisant entre les lignes de la méthode dédiée aux livres (mais alors faut être finaud je vous préviens) vous découvrirez peut-être un semblant de réponse.

 

Ce que ça fait de tomber sur quelqu’un de super (en l’occurence, David Foster Wallace) – Partie 2

 

 

Mais où est le sexe, mais où sont les drogues

Dans la verdoyante vallée de Genève-Aéroport, sur le royaume démocratique de la Suisse, près du territoire français, se tenait le château de Palexpo, blanc et beau et grand. À cette période de l’année, le Salon du Livre et de la Presse de Genève y avait installé son armée, sous les néons et les drapeaux. Trônaient partout des piles de livres (ce sont des objets faits de papier, cette chose qui vient des arbres). Et moi, j’étais au milieu, et je cherchais le sexe, et je cherchais la drogue.

Les écrivains sont des êtres rock’n’roll, le monde littéraire est un monde passionné, un monde où les hypersensibles sont rois, où la plume est la plus belle maîtresse, où les névroses sont couronnées et où Marc Lévy est décrit comme un « atout charme ». Les choses intéressantes commencent, me disais-je donc, avant de franchir les portes du Salon du Livre (que j’ai franchi le premier jour en très bonne compagnie pour finir par les franchir tous les autres jours seule et triste). Les choses intéressantes commençaient en effet. Mais toute à l’excitation de trouver du sexe, de la drogue, Arnaud Bédat et Elisa Shua Dusapin, j’en oubliais mon activité principale : celle de remplir ce blog.

En effet, je n’ai pas vraiment été très assidue à l’écriture. En même temps, si vous vous attendiez à quelque chose d’ordinaire, peut-être eût-il mieux valu que vous alliez directement sur le site du Salon du livre, qui est très bien et résume toutes les choses incroyables présentées pendant ces quatre jours. Tout ça pour dire que c’est pas fini, ce blog, je vais encore vous raconter des trucs naviguant entre les livres et ma vie, jusqu’à ce que Le Temps me dise que ça suffit (CA SUFFIT).

J’ai donc franchi les portes en bonne compagnie, j’ai fait le tour du salon, j’ai croisé Coline de Senarclens qui était très bien habillée, et je suis partie à la recherche du rock’n’roll.

Comme il pleuvait, j’ai surtout croisé beaucoup de parapluies oubliés.

C’est la poésie de la vie quotidienne et des êtres humains qui oublient des choses et vont finir par oublier leurs têtes, un jour.

Mais aussi de la vraie poésie (Flynn Maria Bergmann, édité par Art&Fiction, très très bien) (un coucou au passage à la dame qui tenait le stand):

Toujours point de sexe. Persuadée qu’aux toilettes, je tomberais forcément sur des êtres humains célèbres en train de forniquer, je fus légèrement déçue:

Rien. Personne. Aucune petite pipe en scred.

Toute à ma déception je me suis dit : eh bien allons prendre une bière. Il était 11h du matin. C’est toute une aventure d’aller chercher une bière au Salon du Livre. Il y a la queue et beaucoup de gens sont emballés à l’idée de boire des Heineken à n’importe quelle heure, ou de manger le sandwich tomates/mozza le plus sans-goût de la planète, et il y a du bruit et tout. J’ai été chercher une bière, la dame a fixé mon badge, un espoir fou est né dans ma poitrine (ce badge permet l’OPEN BAR!!! LES GARS VOUS ÊTES DANS LA MERDE!!!), mais non, elle a tapoté l’épaule de sa collègue et lui a dit : «Ces badges-là, ils ont pas les 10%. Tu leur offres rien.» Bon.

J’étais donc là, fatiguée, ma bière de la matinée à la main, mon collier sans les 10% au cou, au milieu des enfants hurleurs, des ado maussades, des vieux effrayés. Aux éditions Zoé, je suis tombée sur ce roman :

qui aborde une thématique on ne peut plus actuelle et qui en touchera pas mal, mais qui a aussi l’avantage d’être remarquablement écrit. J’ai adoré. J’aurais bien aimé rencontrer Jérome Meizoz mais je devais être ivre quand il était là, parce que je ne l’ai pas vu. (Scoop : je n’ai pas non plus croisé Arnaud Bédat, ni Marc Lévy, ni Tariq Ramadan. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée. Ma vie est un échec total (/ I know the moonlight paradise.))

 

Et puis, en marchant, par hasard, j’ai regardé un stand, sur lequel était posé La maison de Morges, de Grégoire Müller. Il était là, derrière le stand. Je ne le connaissais pas, ni lui, ni son oeuvre d’écrivain, ni son oeuvre de peintre. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu envie de lui parler alors je me suis présentée (depuis, il a dû googler mon nom et tomber sur les choses horribles que j’écris et je tiens à vous dire, monsieur Grégoire Müller, que sous la plume cynique et brouillon, se cache un coeur qui bat et qui s’émeut souvent), il m’a dit : mais vous buvez une bière, j’ai une grande passion pour la bière, allons boire une bière. Nous sommes allés boire une bière. Il m’a parlé de sa vie, de sa jeunesse de peintre à New York, de Paris, de la Suisse, de sa famille compliquée (« qui possède une palette dense, de la haute bourgeoisie aux crimes les plus atroces ») et du fait de choisir entre l’écriture et la peinture, ou l’écriture et la photographie. Ou de ne pas choisir. Il m’a dit qu’il avait été journaliste, que c’était un métier formidable qui nous permettait de rencontrer des êtres humains. Ensuite, il est parti et je suis restée assise sur ma chaise, avec ma bière, comme une conne. Vraiment. Je me souviendrai toute la vie de ce type et de ces dix minutes de conversation.

C’est donc là qu’est l’action (qui comporte le sexe, les drogues, les passions, la vie), au Salon du Livre comme partout: au coeur des êtres.

(Oui c’est beau, je sais, mais pour une fois c’est sincère, alors de rien.)

J’ai tenu Marc Lévy par la main – la preuve :

 

La vanne du siècle, non?

Ainsi que la photo du siècle.

(Oui Benjamin D. a fait la même blague sur Instagram mais je signale à la planète entière que cette vanne était une collaboration entre nos deux cerveaux débordant d’humour.)

(Si mes seins ont l’air inexistants, c’est simplement à cause des trois pulls que j’avais hier – en vrai, ils sont énormes.) 

Je sais, y a pas du tout un post par jour, j’ai trois jours de retard et aucune des questions du premier post n’a pour l’instant obtenu de réponses. Mais c’est ça le rock’n’roll, non? Et puis bientôt, je vais vous dire la vérité sur le sexe et les drogues. Stay tuned.

Ce monde part en couilles

Je vous le dis tout de go.

Est-ce la faute des juifs, des femmes, des musulmans, des journalistes ou de Suzette Sandoz? Mais non. C’est la faute des jeunes.

J’étais en train d’écouter Rachid Benzine et une très belle comédienne, dont je ne connais pas le nom mais elle était belle et elle avait une belle voix et elle lisait bien, lire Lettres à Nour, de Rachid Benzine, au Salon du Livre de Genève (oui parce que ça a commencé, ça y est, j’y suis), donc, quand a débarqué à cette lecture une armée d’êtres humains cumulant les désavantages de l’enfance et ceux de l’âge adulte: des adolescents.

Si les enfants sont des êtres étranges vaguement trop énergiques à mon goût, au moins ont-ils une sorte de folie dans le regard qui me les rend sympathiques. Et puis ils sont souvent jolis. Mais les adolescents. Eh bien les adolescents, laissez-moi jeter un pavé dans la mare de vos illusions: en plus d’être grands et bizarres, ils n’en ont rien à foutre des livres. Mais alors rien du tout.

Lettres à Nour, de Rachid Benzine, ce sont des lettres entre un père islamologue pratiquant, et sa fille qui se barre un jour rejoindre Daesh. C’est très actuel et très poignant. Je vous signale quand même, jeunes adolescents de la Suisse et d’ailleurs (mais j’ai bien conscience qu’aucun d’entre vous ne me lit), qu’il y a un paquet de vos semblables dans les rangs de l’Etat islamique. C’est aussi les lettres d’un père veuf à sa fille lointaine, et d’une fille lointaine à son père veuf, avec ce que cela comporte de drame, et d’amour et de profondeur. C’est beau, quoi.

Mais la beauté, qu’en ont à foutre les jeunes gens de nos jours?

Ces malotrus qui ne vont même plus au théâtre, ne paient pas leurs billets de train, abusent d’Uber et ne lèvent les yeux de leurs smartphones que pour grogner. Qui regardent du porno sur Internet. Qui ne votent plus, qui ne font plus l’armée, qui boivent de l’alcool et fument de la marijuana. Et qui n’hésitent pas du tout, ah ça pas du tout, à payer 80 balles pour voir Norman raconter des âneries sur scène plutôt que se concentrer sur le Livre, le Savoir.

Eh bien: ils s’en foutent de la beauté. Je n’ai de cesse de vous le répéter.

Nour, je suis VAS-Y MAEVA DEGAGE TES IEPS LÀ Je veux serrer son poing et ses doigts comme j’ai serré ton poing et tes doigts PUTAIN MAIS MAEVA DEGAGE OU JE T’ HE VOUS VOUS TAISEZ LÀ MAIS MADAME C’EST PAS MOI C’EST MAEVA QUI MAIS TROP PAS C’EST PAS MOI C’EST LUI QUI VAS-Y SALE SCHNECK TA GUEULE FRERE OU JE TE

Comme elles ne consultent que des sites islamistes, elles ont déformé tes propos et D’OÙ TU MATES MES SNAPS TOI MAIS T’AS VU TA GUEULE D’OÙ J’IRAIS MATER TES SNAPS

C’était super. J’en ai même vu une qui dormait. À deux mètres de Rachid Benzine, rien à foutre. Je lui ai hurlé télépathiquement que moi j’aimais son texte, promis, Rachid.

(Bien que tout ce que j’écrive soit toujours véridique, il n’empêche que je pense quand même que la relève passe par la jeunesse, n’en déplaise aux vieux jamais contents qui peuplent ce monde. Il y a même des adolescents qui aiment lire. C’est dur à entendre pour les aigris, mais c’est vrai. Il y avait d’ailleurs ce midi, au Salon du Livre (car si vous ne le saviez pas encore, le thème de ce blog, c’est bel et bien le Salon du Livre) une émission d’Espace 2 en direct sur la littérature Young Adult qui était ma foi très intéressante. Certes, le public n’était pas tout à fait dans le coup:

Mais au moins c’était calme – car les vieux, qui sont déjà tous pratiquement morts, savent se tenir.)

Heureux qui comme Houellebecq a pécho

 

Un soir, boulevard Berthier à Paris, quelqu’un m’a raconté l’histoire de cette fille de 22 ans qui s’était faite engager à Flammarion dans le but publiquement avoué de pouvoir se taper Houellebecq. Oui, Michel Houellebecq. Je suis restée un long moment sonnée (car je suis très impressionnable). Parfois, j’y pense encore en me disant: mais qui est cette jeune femme? Quel chemin sinueux a pris sa vie pour qu’elle ait envie de ça? Parce qu’évidemment, je trouve Houellebecq peu attirant – physiquement parlant. C’est simple, de dire ça, hein. Je sais bien pourtant qu’on ne peut pas réduire quelqu’un à son physique, surtout pas Houellebecq, on ne peut pas réduire toutes les aspérités et toutes les histoires de quelqu’un à un visage de petit nain rabougri qui a trop fumé, et puis les gens font bien ce qu’ils veulent, ils couchent avec qui ils veulent tant que tout le monde est d’accord c’est super, mais quand même, là, je ne sais pas, il y avait quelque chose qui me choquait un peu. (Slate en parle brièvement ici.)

Houellebecq n’a jamais caché que le grand avantage d’être un écrivain à succès, c’était les groupies. Ce qui au moins a le mérite d’être honnête.

 

Ou comment oublier ce joli poème, dans son recueil Configuration du dernier rivage:

Les hommes cherchent uniquement à se faire sucer la queue

Autant d’heures dans la journée que possible

Par autant de jolies filles que possible.

En dehors de cela, ils s’intéressent aux problèmes techniques.

Est-ce suffisamment clair ?

 

(Il a quand même écrit l’un des plus beaux poèmes du monde autour de l’amour, hein. Et puis, il y a peu, sur le plateau du JT de France2, Houellebecq disait qu’il avait trop minimisé l’amour, et l’impact de l’amour, qu’il n’y était “pas allé assez profondément”. Oui, il a dit ça.) J’aime beaucoup Houellebecq, avec ou sans amour. Je ne souhaite pas avoir de rapport sexuel avec lui mais je trouve que c’est une chance inouïe d’être née à une époque où on peut lire ses livres. (Je vous parle de Houellebecq depuis trois plombes mais il ne sera pas au Salon du Livre. Désolée. J’avais juste envie de parler de lui.)

Bref, j’étais là, boulevard Berthier, abasourdie, probablement un verre de vin à la main afin de me remettre du terrible choc (ah bon, les gens ont des relations sexuelles?), et je me suis dit que si même Houellebecq pouvait pécho grâce à sa plume et à sa notoriété, le monde littéraire devait être un sacré vivier de chaudards. Serait-ce le cas? Ecoutez, j’ai vaguement mené l’enquête sur Internet. J’en saurai davantage la semaine prochaine, lors du Salon du Livre. Cécile Coulon dit quand même dans Brain Magazine que oui: 

 

 

Moi non plus.

 

(Cécile Coulon qui elle non plus ne sera pas présente au Salon du livre de Genève, mais promis, y a plein de gens bien qui y seront. J’essayerai d’en parler.) Et enfin:

 

 

Tout ceci m’a remuée parce que comme on l’a constaté, le sexe, ce n’est pas rien. Alors mon âme de grand reporter m’a poussée à poser la question à mon entourage. Ecrivain.e, comme métier, tu trouves ça sexy? Figurez-vous que la réponse varie selon les gens. Le fameux “côté mystérieux” de l’écrivain semble en exciter plus d’un.e; c’est une profession plutôt rare et prestigieuse. Il y a le côté “happy few” des élus publiés. Coucher avec quelqu’un de célèbre peut vous apporter vos 15 min de gloire, ou simplement vous donner l’impression de vivre quelque chose d’un peu extérieur à votre vie chiante – Lena Dunham le résume très bien dans l’épisode 3 de la saison 6 de Girls. Mais écrivain ce n’est pas excessivement fougueux, comme métier, non plus. Tout le monde n’est pas Nicolas Bouvier. Le côté “je reste chez moi pour écrire souvent rien du tout, en pantoufles, en buvant de la verveine puis ensuite je vais traîner dans des cafés” n’a pas l’air d’emballer les foules – mais peut-être mon entourage est-il particulièrement exigeant quant au dynamisme. (Je résume les réponses, ne me tapez pas.) Conclusion: c’est pas simple-simple, quoi. On peut dire que Houellebecq est vraiment très mystérieux et très riche. (Si avec ça j’ai pas un Pulitzer, je ne comprends plus rien au journalisme.)

Et enfin, je me suis demandé si, vu qu’écrire est une notion sexy dans l’absolu, lire l’était également? Eh bien, selon les forums de jeunes, oui, la preuve:

 

 

Élevons un autel à la gloire de ce type.

 

3 fois grâce à ça SPOIL

J’aimerais vraiment beaucoup rencontrer ces internautes.

Tout ceci pour dire donc qu’être écrivain, ça peut être sexy ou pas, et que lire, pareil. Voilà! De rien. Allez, je vous la remets un coup:

 

Il est où le stand de Marc Lévy?

 

Bonjour, déjà.

(Entre nous, je suis sincèrement navrée pour cette banderole. Et ne parlons même pas de la photo.)

Si nous sommes ici tous ensemble réunis dans la joie, c’est parce que pendant quelques semaines je vais écrire sur le Salon du Livre de Genève, qui aura lieu du 26 au 30 avril 2017. Autant dire : le fun la fiesta le folklore la folie. À côté Ibiza c’est Dunkerque. Précisons que je ne suis pas du tout payée par le Salon du Livre de Genève, ce blog n’est donc ni de la pub, ni de la com. Bref.

Comme le disait Jorge Bernstein il y a peu, sur Facebook:

 

 

 

C’est agréable, merci Jorge.

Nous parlerons donc tous ensemble réunis dans la joie (enfin, moi je parlerai, vous vous écouterez, si vous êtes d’accord) de littérature, du Salon du livre, de l’engouement qu’il suscite, ainsi que de l’ennui profond que génère souvent dans mon esprit tout rassemblement de plus de deux personnes. (On va bien s’amuser.)

Tout ça pour dire que je suis là pour explorer à nouveau ce monde, à ma manière. Ca promet.

Et aussi, surtout, pour répondre à toutes ces questions (si vous en avez, vous pouvez me les communiquer): 

Les écrivains sont-ils rémunérés pour venir? Ont-ils accès à des saladiers de drogues dans les coulisses? Et les orgies, où sont-elles? Est-il possible de faire la conversation à Tariq Ramadan sans avoir de violentes pulsions meurtrières? Qui n’écrit rien mais salarie un très bon ghostwriter ? Arriverai-je à faire raconter à Lolita Séchan des trucs sur son père? Quel est le livre qui a changé ta vie, inconnu? Qui sont les individus qui assistent aux conférences proposées? Pourquoi fait-il si chaud à Palexpo? Arnaud Bédat finira-t-il par m’adopter (je lui avais demandé, une fois)? Quels sont les pires coups des grandes maisons d’édition? Que pense la jeunesse de tout ça? Quel écrivain a déjà menacé de se pendre parce qu’il était placé à côté du stand de Marc Lévy? 

Non parce que quand même: