Vos données automobiles vendues au plus offrant

La récolte des données et leur monétisation sont le nouvel enjeu de l’industrie automobile.

Les voitures connectées équipées de cartes SIM, de processeurs, de capteurs, de caméras et de microphones ont pour objectif avant tout d’assurer la sécurité routière, mais en même temps, elles récoltent une masse de données envoyées en continu au constructeur. Selon le cabinet de conseil McKinsey, les voitures collectent jusqu’à 25 gigaoctets par heure sur les performances et l’entretien du véhicule. Et bien plus encore.

Les fabricants automobiles savent à quelle vitesse nous roulons, où nous vivons, où nous travaillons, à qui nous avons téléphoné et combien d’enfants nous avons. GM a même mené une expérience sur les goûts musicaux de 90’000 conducteurs à des fins publicitaires. Les données recueillies à partir de la commande vocale pourraient également en dire long sur nous et intéresser les annonceurs.

Les yeux sur la route

Notre façon de conduire est analysée. General Motors et Ford ont installé des systèmes de surveillance basés sur le eye tracking (ou suivi du regard) pour mesurer notre attention au volant et Tesla vient de faire de même en activant la caméra située au-dessus du rétroviseur, dès que la fonction Autopilot est enclenchée. Les chauffeurs-livreurs d’Amazon sont surveillés en permanence par des caméras embarquées dotées d’intelligence artificielle qui les avertissent lorsqu’ils sont distraits ou fatigués. Ces employés sont d’ailleurs contraints de signer un formulaire de «consentement biométrique» sous peine de perdre leur emploi.

Les «data hubs»

Un accord annoncé entre Ford et Google, prévoit l’installation du système d’exploitation Android dans des millions de voitures.

Selon des analystes de Morgan Stanley, si la marque automobile parvenait à monétiser les données de manière à générer un revenu mensuel de 10 dollars pour chaque voiture, la capitalisation boursière de l’entreprise doublerait ce qu’elle est aujourd’hui pour atteindre 50 milliards de dollars, rapporte le Telegraph.

Et tous les grands constructeurs automobiles ont déjà conclu des accords avec une nouvelle catégorie de centre de données, les «data hubs», où les informations récoltées seront achetées et vendues.

La plupart des données automobiles partagées jusqu’à présent ont été anonymes et utilisées à des fins relativement inoffensives comme la vente à des sociétés de navigation par satellite ou à des services météorologiques. Mais cela pourrait changer.

«L’industrie automobile va se retrouver confrontée à des volumes de données inédits qui constitueront une force, mais également une grande responsabilité», résume Le Journal du Net.

Et pour le journaliste spécialiste des nouvelles technologies et de l’automobile Alexandre Lenoir dans Libération, «Les données produites par les voitures vaudront bientôt plus cher que les voitures elles-mêmes».

Sources : The Telegraph / The Verge / The New York Times / Vice / Libération / Le Journal du Net / Phone Android

Emily Turrettini

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

2 réponses à “Vos données automobiles vendues au plus offrant

  1. La question que de vrais journalistes d’investigation devraient poser à ces fabricants d’automobiles est la suivante: Comment justifient-ils de transférer toutes ces données chez eux? Toutes ces données peuvent rester dans la mémoire du véhicule, durant 5 à 10 minutes. Au-delà, cela ne sert à rien.
    Ou alors, soyons complotistes et imaginons que les fabricants mettent tout en place pour la surveillance des habitants 24h/24 et 7j/7, données vendues à divers gouvernements pour qu’ils puissent suivre leurs opposants, les syndicalistes, les militants du climat, les personnes en surpoids, ceux qui ne parlent pas la langue locale dans leur véhicule, ceux qui sont allés en vacances dans un pays “déconseillé”,…
    Tout est en place pour Orwell et 1984.

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