Avant de choisir un prénom pour votre enfant, réfléchissez bien!

Des algorithmes pourraient deviner comment il s’appelle, en analysant simplement les traits de son visage.

Dans un article étonnant, Forbes décrit un brevet déposé par Mitre, une société spécialisée dans la recherche et le développement qui travaille avec le gouvernement fédéral américain.

Leur technologie découle d’une étude publiée en 2016 par des chercheurs Israéliens, qui suggère que le prénom d’une personne peut se refléter dans les caractéristiques de son visage, un phénomène surnommé «l’effet Dorian Gray» d’après l’antihéros éponyme d’Oscar Wilde.

De même que la vie dissolue de Dorian Gray est gravée sur ses traits, les stéréotypes culturels liés à un prénom finiraient par s’inscrire sur le visage de celui qui le porte.

Par exemple, une personne appelée “Bob” aurait un visage plus rond et plus jovial qu’une personne appelée “Tim”. Une attente qui conduirait finalement les Bob à devenir plus joviaux et les Tim, plus réservés. «Il existerait donc bel et bien des apriori attachés aux prénoms», d’après l’auteur principal du projet, le Dr Yonat Zwebner, de l’Université hébraïque de Jérusalem.

Dans ses expériences, Mitre a utilisé la base de données Labeled Faces in the Wild hébergée par l’Université du Massachusetts à Amherst, qui contient plus de 13000 images collectées sur le Web, chacune étiquetée avec le prénom de la personne représentée. Mitre affirme que sa technologie a permis d’obtenir une précision entre 72% et 80,5% lorsque le système s’est vu présenter un portrait et un choix de deux prénoms, dépassant largement le taux attendu de 50% si le système sélectionnait au hasard un des prénoms.

Mitre suggère que sa méthode peut fonctionner dans les deux sens. Soit elle peut analyser un visage pour deviner un prénom, soit en partant d’un prénom, elle peut trouver la personne qui lui correspond.

L’application la plus probable pour le brevet de Mite basée sur cette théorie serait d’améliorer la précision des systèmes de reconnaissance faciale existants.

D’autres émettent de sérieux doutes à l’égard de cette technologie, dont Lex Gill, avocate et chercheuse au Citizen Lab de l’Université de Toronto, qui écrit sur Twitter : «Je serais profondément sceptique à l’égard de toute application qui prétendrait être capable de deviner le nom d’une personne sur la base de photos. Cela rappelle d’autres junk science (pseudo-sciences) comme celle qui affirmait qu’il était possible de distinguer un gay d’un hétéro».

Et moi je me demande comment l’algorithme se débrouillera face aux prénoms originaux de notre époque, comme X Æ A-Xii (le fils de Elon Musk et Grimes’s), Apple (la fille de Gwyneth Paltrow et Christ Martin), Blue Ivy (la fille de Jay Z et Beyoncé), ou encore North, Saint et Chicago (les enfants de Kanye West et Kim Kardashian).

 

Sources: Forbes, The Sydney Morning Herald, Vogue

 

Emily Turrettini

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

8 réponses à “Avant de choisir un prénom pour votre enfant, réfléchissez bien!

  1. Très intéressant… En fait, si je comprends bien, ce système ne “devine” pas le prénom, mais exploite tous les liens qui pourraient exister entre son porteur et l’idée générale (stéréotypes ou image mentale) que la société se fait de la personne type qui porte ce prénom; l’hypothèse de départ étant qu’un mécanisme imperceptible et inconscient se mette en route entre la personne et ce stéréotype social, mécanisme qui tend à faire converger les deux.
    Le commentaire de Lex Gill ici est vraiment impertinent mais intéressant malgré tout; qu’on soit sceptique peut être tout à fait compréhensible, mais rejeter en bloc une méthodologie qui a fait ses preuves de robustesse relève d’une forme de négationnisme scientifique. Elle ne doit pas être au bout de ses peines: la science démontre régulièrement des choses bien plus étonnantes encore! Puis, de sortir des cas singuliers uniques au monde (par exemple le nom du fils d’Elon Musk) comme tentative de défiance du système (alors que rien n’indique que le système n’arriverait pas à trouver un pattern commun aux personnes portant ces prénoms hors-norme et que de toutes façons, l’auteur indique une précision de 72% à 80,5%) et qualifier le tout de junk science dénote d’une véritable hostilité envers le milieu scientifique. Au fait, un avocate qui s’appelle Lex, tiens tiens…

  2. Une fillette demande à sa toute nouvelle camarade :
    — Comment tu t’appelles ?
    — Antoinette.
    — Oh ! Ça ne te va pas du tout !..

    On peut le deviner, la fillette avait connu une première Antoinette, et la seconde qui ne lui ressemblait pas n’était pas une « vraie Antoinette ». À l’époque où j’avais lu le témoignage de ce petit échange, je pensais que la fillette découvrira une nouvelle Antoinette qui élargira l’image associée au prénom, et qu’ensuite elle estimera que le prénom de sa nouvelle amie lui va très bien ! Après avoir lu votre article, je me suis dit : « Un peu de la première Antoinette se glissera peut-être dans la seconde, en suivant le chemin de l’amitié, pourquoi pas ? Même attachées à leur tige, les fleurs qui se tournent ensemble vers le soleil échangent les couleurs de leurs pétales… »

    Dans ma vie, ce sont les Christine qui m’ont apporté le plus fort bonheur, et j’ignorais chaque fois leur prénom quand mon cœur se mettait à battre. Je demandais à un ami : « Comment est-ce qu’elle s’appelle ?.. Christine ? Ce n’est pas possible ! » Ou quand j’avais le courage d’aller seul : « Moi c’est Dominic, et toi ?.. Oh, Christine ! » Aujourd’hui je suis âgé, je vis seul, les cinq prénoms Christine sont une seule gravure. En cette période de triste confinement j’ai repris en rêve chacune d’elles dans les bras.

    La première était un fort attachement à l’âge de sept ans, elle riait, se tournait, fuyait, revenait. Je voulais l’avoir tout à moi et n’y parvenais pas ! Mais nous avions chacun une boîte dédiée aux petits jouets et dessins qu’on s’offrait mutuellement, nous l’emportions chaque jour dans le sac d’école à côté des cahiers et du plumier. Quand j’étais déçu qu’elle file si vite, les parents et la maîtresse d’école me disaient : « C’est normal, elle est timide… Mais pourquoi est-ce que tu ne veux pas te faire d’autres camarades ? Et elle non plus… »

    Mes quatre autres Christine n’étaient pas du tout timides, elles aimaient les tempêtes, les rires, les bagarres, et même les pleurs. Puis quand nous étions épuisés, parfois je me demandais si je n’allais pas tomber malade, si je devais être plus raisonnable. Je recevais pour réponse : « C’était si fort, si beau !.. »

    Si fort, si heureux, les Christine. Il y a certainement une alchimie entre la première qui m’échappait, et les quatre suivantes qui m’ont emporté… contre mon gré ? Ou les associations de prénoms pourraient-elles créer ou influencer les relations ? Si c’était le cas, je préférerais que l’on ne connaisse jamais le secret. Mieux vaut croire au pur hasard, il nous laisse libre.

    1. Merci Dominic. Pour ma part, je n’ai jamais rencontré de Christine ou Christina qui ne soit pas jolie. C’est le seul prénom où j’ai un apriori. Et une amie enesignante m’a dit qu’il y a des prénoms qui sont associés à des élèves turbulents, comme Kevin, Dylan, Yannick.

      1. Votre réponse est heureuse. Permettez-moi d’ajouter une toute brève : mes Christine et ma Christina étaient très jolies, c’est vrai ! Et elles m’ont encore révélé une éclatante vérité : le plus beau, le plus fort, le plus gentil et intelligent de tous, c’est « Dominic », et il n’y en a qu’un !

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