Une «COVID-19 party» – pour s’infecter délibérément du virus

Chercher à s’infecter intentionnellement du Coronavirus n’est pas une bonne idée.

Le 25 mars dernier, le journal ultra-conservateur américain, The Federalist, a publié un article écrit par un ancien dermatologue, le Dr Douglas Perednia, préconisant que de jeunes Américains en bonne santé devraient s’infecter délibérément avec le Covid-19, dans le cadre d’une stratégie nationale pour arriver à une immunité collective: «Il est temps de sortir des sentiers battus et d’envisager sérieusement une approche quelque peu non conventionnelle: l’infection volontaire contrôlée».

Relayé sur Twitter auprès de leurs 1230’000 followers, le réseau social a immédiatement réagi en supprimant ce tweet, contraire aux recommandations des responsables de la santé publique pour lutter contre la propagation du virus.

«Covid-19 infection party»

Cet article a été publié le lendemain de la conférence de presse du gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, qui avait déploré qu’un jeune avait été testé positif, après avoir participé à une «Covid-19 infection party», au mépris des directives de distanciation sociale.

Il existe des précédents historiques pour ce genre de comportement, explique The Daily dans un podcast passionnant lundi dernier. Par exemple, avant l’arrivée du vaccin contre la variole, des parents prélevaient du pus dans les ampoules des malades pour l’injecter dans leur propre enfant, espérant ainsi leur donner une forme plus bénigne de la maladie.

Encore aujourd’hui, les parents exposent leurs enfants à la varicelle, en organisant des rencontres avec des camarades de classe contagieux, pour affronter puis mettre cette maladie infantile aux manifestations moyenâgeuse derrière eux.

Les passeports d’immunité

L’inquiétude quant aux conséquences sur l’économie d’un éloignement social prolongé est légitime et les tests de détection des anticorps du Covid-19 – s’ils s’avèrent fiables – détermineront qui est déjà immunisé et qui ne l’est pas. Pour les distinguer les uns des autres, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni envisagent d’accorder des “passeports d’immunité” – attestant qu’une personne a déjà contracté le Covid-19 – ce qui lui permettrait de reprendre le travail, mais créant une société à deux vitesses.

Sept raisons pour ne pas choisir de s’infecter intentionnellement

Ainsi la possibilité que des individus envisagent sérieusement de s’infecter volontairement  pour retourner dans la vie active est redoutée par de nombreux experts. Dans un article du New York Times, intitulé : «S’il vous plaît, ne vous infectez pas intentionnellement. Signé, un épidémiologiste», le Dr Greta Bauer, professeur d’épidémiologie et de bio statistique à l’université Western de London, Ontario, évoque sept raisons évidentes pour ne pas choisir de s’infecter intentionnellement :

  1. L’immunité n’est pas garantie
  2. la réinfection est possible
  3. Le virus pourrait continuer à vivre en vous. Nous ne savons pas si les patients récupérés éliminent réellement le virus de leur corps.
  4. Même les jeunes peuvent être hospitalisés
  5. Les survivants pourraient subir des dommages à long terme. Nous ne comprenons pas encore pleinement les autres effets du Covid-19.
  6. Un cas “bénin” est loin d’être bénin
  7. Il n’y a pas de raccourci vers l’immunité

Facebook peut mieux faire

Les réseaux sociaux se sont tous engagés pour interdire la propagation de fausses informations sur le coronavirus. Dans le cas de l’article publié par The Federalist, Twitter a supprimer leur tweet – mais on le trouve toujours sur la page Facebook du journal.

 

 

Emily Turrettini

Emily Turrettini

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

5 réponses à “Une «COVID-19 party» – pour s’infecter délibérément du virus

  1. Et il faudrait aussi préciser la principale raison pour laquelle un jeune doit éviter de se faire infecter : le fait de devenir contagieux, et donc de risquer d’exposer directement ou indirectement (via le propagation de l’épidémie) des personnes vulnérables.

  2. Merci Emily, ça fait plaisir de constater que certaines personnes ont su préserver leur cerveau d’un mal bien plus grave que le CoVid. La bêtise humaine, car il s’agit bien de cela, risque de faire beaucoup plus de dégats que ce virus surtout dans les pays où le leadership montre l’exemple …

    Il est bien de rappeler que, face à un mal encore inconnu, il faut appliquer un principe de précaution. Il y a deux mois, ce virus n’était dangereux que pour les personnes agées et affaiblies. Depuis, on a vu des jeunes gens aux soins intentifs en piteux état et on sait maintenant que le virus peut déclencher une réaction systémique chez de nombreux individus.

    De plus, si la courbe de mortalité suit avec retard celle des contaminations. La courbe des guérisons n’évolue que très lentement. Ce qui suggère que, même chez les jeunes individus, cette cochonnerie peut vous envoyer au tapis pour plusieurs semaines voire mois…

    On a beaucoup critiqué la Chine et l’OMS pour leur manque de sérieux dans le début de la gestion de la crise. On parle même de procès … il ne me semble toutefois pas avoir entendu de leur part de propositions aussi aberrantes que celle que vous évoquez. Il serait peut-être temps de stopper les discours populistes de tout bord afin de parvenir de contenir cette pandémie.

  3. Contracter volontairement ce virus semble effectivement être une très mauvaise idée. Il faut toutefois mettre cette stratégie en perspective avec les mesures de dé-confinement qui sont annoncées. La réouverture des écoles début mai par exemple aboutira très certainement à un rebond des contaminations, mais de manière aléatoire et incontrôlée. Si la seule option envisagée est d’atteindre une immunité de groupe alors je pense que la question d’une contamination volontaire médicalement encadrée mérite d’être soulevée. L’avantage principal serait de pouvoir réduire la mortalité (sélection des candidats, contrôle de la charge d’inoculation, suivi médical serré), mieux maîtriser la propagation (confinement stricte des patients ) et permettre à la recherche de progresser plus rapidement (suivi et tests clinique). Bien sur cela soulève des questions très délicates sur le plan éthique. Pour être clair, je ne prône pas cette approche, mais elle doit être évaluée en contraste des mesures qui sont effectivement prévues par les autorités.

  4. Merci pour cet article.
    Je trouve que les gouvernements ont eu une très mauvaise communication et pédagogie dès le début de cette crise.
    Ils ont de manière maladroite utilisé le terme de “personnes à risque” alors que, comme vous le dite si bien “Les survivants pourraient subir des dommages à long terme.”.
    En l’état actuel des connaissances, aucun spécialiste ne peut garantir de manière catégorique 0 séquelle même chez les “cas bénins”.

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