Finance verte: entre mythe et réalité

Dans son récent article sur l’investissement “vert”, le Professeur en économie Sergio Rossi présente les arguments économiques en faveur d’une finance durable. Pour ce fait, il se base sur des études dans le domaine qui ont démontré les rendements supérieurs des investissements dans l’économie “verte” par rapport aux profits générés dans les énergies non-renouvelables, telles que le charbon ou le pétrole. Bien que contraire à la pensée dominante, ces faits paraissent tout à fait justifiés en prenant compte du risque systémique que pose le changement climatique pour l’économie et met ainis en péril la rentabilité des énergies fossiles au sein des portefeuilles d’investissement.

 

Investissements fossiles VS finance durable

Malgré tout, les derniers chiffres sur le sujet portent à croire que ces propos n’ont pas été assimilés par les architectes de la finance globale. En effet, une étude internationale publiée hier fait le constat que depuis la signature des Accords de Paris sur le changement climatique, 33 grandes banques internationales, avec en tête le Crédit Suisse, ont investis plus de 1900 milliards de dollars dans les énergies fossiles. Ceci va nécessairement à l’encontre d’une limitation du réchauffement au dessous de 1.5 °C, tel que les grandes puissances mondiales se sont engagées à respecter suite aux Accords de Paris.

Pourtant, comme le constate Sergio Rossi dans son article, ces dernières années ont vu un essor de la finance responsable avec notamment la création d’indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) mis en place par l’ONU. La finance durable a désormais la cote et n’est plus synonyme d’utopie.

En raison de ce contexte nettement favorable à un investissement au triple service de la société, de l’économie et de l’environnement, comment se fait-il qu’on note toujours une croissance des fonds de placement dans les énergies fossiles?

 

Les raisons de l’inertie

Plusieurs motifs sont à l’origine de ce constat. Premièrement les risques climatiques ne sont encore que très peu traduits en termes de risques économiques et financiers. De plus, la classification des actifs “verts” et “bruns” n’est toujours pas harmonisée et il existe encore trop peu d’indices d’investissement qui puissent faire concurrence aux index principaux – tels que FTSE100 – sur lesquels se basent majoritairement les banques et institutions financières. En outre, grands nombres d’acteurs financiers ont connaissance des risques liés à leurs investissements fossiles mais préfèrent les ignorer au profit de retombées économiques à court terme. La Banque Nationale Suisse en fait également partie. L’Alliance Climatique Suisse a ainsi calculé que ses fonds de placement dans les énergies non-renouvelables la placent sur la trajectoire d’un réchauffement de 4 à 6 degrés, bien au delà de ce qui a été convenu par les Accords de Paris.

 

Suggestions de pistes d’action

Dès lors, on peut se demander quelles sont les perspectives d’action nécessaires pour engendrer une réelle transformation de la classe financière. En premier lieu, il est plus que jamais nécessaire que les politiques suisses prennent en charge ces questions et mettent les acteurs financiers tel que la BNS, les banques suisses et caisses de retraite, devant l’obligation de divulguer les risques climatiques liés à leurs investissements. Cette pratique appelée “climate financial related disclosure” en anglais a notamment été adoptée par le Gouvernement britannique qui a créé une commission à ce propos.

De même, il va falloir continuer à exposer l’incohérence des engagements politiques suisses pour le climat avec les pratiques de la BNS et autres acteurs institutionnels financiers. Un autre levier d’action de première importance consiste à faire pression en tant que contribuables sur les caisses de retraite afin de les forcer à retirer les énergies fossiles de leur portefeuilles et de se souscrire aux pratiques d’investissement responsable.

 

Une politique d’investissement bénéfique pour la société de demain requiert un changement radical des institutions qui dominent l’architecture financière suisse. Pour ce faire, il va falloir mettre ces acteurs devant le fait accompli qu’une politique d’investissement responsable, qui limite le réchauffement en dessous de 1.5 degrés, passe obligatoirement par un retrait immédiat des énergies fossiles.

Emilie Tricarico

Emilie Tricarico

Economiste et environnementaliste de formation, Emilie Tricarico est convaincue qu'une nouvelle politique économique est nécessaire pour faire face aux crises socio-écologiques de nos sociétés capitalistes. Auparavant active dans des organisations de justice sociale et environnementale au Royaume-Uni et à Bruxelles, elle vit désormais à Leeds en Angleterre.

7 réponses à “Finance verte: entre mythe et réalité

  1. Et si on commençait par changer notre cher troisième pouvoir, des sclérosés qui s’accrochent à leurs sièges, autant qu’à leurs privilèges (60% du PLR)?
    Car de ces tits gars, on ne parle jamais, le pouvoir de l’ombre…!

    Après, on peut rénover notre chère RTS qui privilégie des Rochebin (autre boulonné à son siège) ou des gars comme Alexis Favre, bel homme, humoristique, intelligent, bref, presque comme Darius, le gendre idéal.
    Mais si vous lisez ses chroniques, on a beau rire du début à la fin sur ses tournures si bien amenées, finalement, c’est un journalisme à la française futile et il n’en ressort que des peanuts!

    Alors qu’il y a tant de femmes performantes à la RTS, comme dans la justice, j’en suis sûr.

  2. Je ne suis ni financier, ni politique, mais plutôt issu des sciences de la vie, et je trouve que vous avez très bien résumé la situation en faisant aussi très justement référence aux articles de M. Rossi, économiste a Fribourg.
    Le problème des partis politiques, en Suisse comme ailleurs, c’est souvent l’ancienneté et le discipline au parti, qui permet d’être en tête de liste électorale et ce n’est évidemment pas le meilleur des critères. Par ailleurs, vu l’age moyen des cadres de ces structures traditionnelles, on sent très bien leur grande difficulté à comprendre et saisir les effets néfastes de ces politiques financières et industrielles sur notre environnement. La remise à niveau des logiciel des partis, souvent très connectés avec les grandes entreprises, reste difficile.
    Il y a malgré tout des changements qui s’opèrent de plus en plus et un espoir est palpable.

  3. Merci, Emilie, pour cet excellent article! Je dois t’avouer que c’est un sujet auquel je me suis intéressée très/trop tard (mais mieux vaut tard que jamais ;-)) et je suis “tombée” dedans à tel point que ça en est devenue une quasi obsession. Je vais d’ailleurs de ce pas lire les articles de M. Rossi.

    Bravo pour tes propos et ton engagement, c’est de jeunes gens comme toi que le monde a besoin 🙂

    1. Merci beaucoup Sylvie 🙂 Super que ces sujets te passionnent et non c’est jamais trop tard ! Prochain article sur le Green New Deal.

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