Yellowstone : ode à l’Amérique xénophobe

Pour son premier rôle régulier dans une série, Kevin Costner endosse le costume d’un propriétaire de ranch prêt à tout pour empêcher le monde extérieur d’empiéter sur son territoire. Malaise. 

Genre : western contemporain

Si vous avez aimé : Dallas

Bande-annonce

L’histoire : Au cœur du Montana, la famille Dutton possède le plus grand ranch des États-Unis. John, le patriarche, est déterminé à empêcher les promoteurs immobiliers, les Amérindiens et les autorités fédérales d’empiéter sur ses terres. Le conflit portant sur la propriété d’un troupeau de bétail va mettre le feu aux poudres.

Diffusion et accès : Paramount Network

« Good Lord, even here the world just keeps on coming. »

Le retour de Kevin Costner à la série
Pour son premier rôle régulier dans une série, six ans après le succès d’Hatfields and McCoysKevin Costner a fait un choix pour le moins particulier. Située dans le Montana, Yellowstone (écrite et réalisée par Taylor Sheridan) nous transporte dans l’Amérique des westerns d’antan : celle des paysages grandioses, des valeurs viriles et du deuxième amendement.

Pourquoi ancrer le récit de ce western contemporain dans le Treasure State ? Sans doute pour son cadre époustouflant, mais aussi car le Montana d’aujourd’hui ressemble furieusement au Montana d’hier. Pas un Afro-Américain ou un Sud-Américain à l’horizon. La population est à 90% blanche et les Amérindiens croupissent sagement dans l’une des huit réserves de l’État.

– Progress doesn’t need your permission.
– Yeah, in this valley it does.

Dans l’Amérique fossilisée de Yellowstone, la masculinité triomphante s’exprime par la force, les yeux des enfants brillent devant le fusil offert par grand-papa, les femmes restent à leur place (la cuisine) et on pleure les chevaux davantage que les hommes. En somme, le rêve.

Un paradis menacé

« Everyone has forgotten who runs this valley. » © Paramount Network

Mais cette carte postale idyllique de l’Amérique républicaine est menacée par les maux contemporains que sont les promoteurs immobiliers, les Amérindiens souhaitant racheter leur terre et la police fédérale (ne manquent que les médias).

« Cities are the sunsets of civilization, monuments to an exhausted landscape. »

L’interminable pilote de 90 minutes donne le ton : derniers garants de la civilisation, les membres du clan Dutton n’ont d’autre choix que la violence pour empêcher le monde extérieur d’empiéter sur leur territoire et de rogner leurs acquis.

Derniers garants de la civilisation
Comment leur en tenir rigueur ? Le nouveau chef de la réserve amérindienne affiche un sourire fourbe, les promoteurs ne comprennent rien aux valeurs terriennes et les enfants du pays reviennent de la ville brisés et corrompus (ou, pire, gays). Peu importe le fait que le clan adopte les méthodes d’un gang, allant jusqu’à marquer ses membres au fer rouge. L’essentiel est ailleurs.

« I am the opposite of progress. I am the past, catching up with you. » © Paramount Network

La première série de Paramount Network multiplie les scènes bucoliques pour permettre au spectateur de prendre la mesure de la menace qui pèse sur ce paradis. Comment ne pas chavirer ainsi devant les plans somptueux de cow-boys à cheval rassemblant le bétail, de fils pêchant à la mouche avec leur père et d’Amérindiens dansant sur de la musique traditionnelle ?

Clichés rances et personnages de soap opera
Dopée à la testostérone, la série à gros budget remplit le cahier des charges. Chevaux, fusils, sexe, explosions, rien ne manque à l’appel. Les personnages, plus caricaturaux les uns que les autres, semblent avoir été conçus pour constituer le chapelet de symboles surannés d’un soap opera de seconde zone.

Le trophée revenant à la fille aînée castratrice et dépravée, au chef de tribu retors et au benjamin rebelle – labellisé beau gosse – marié à une Amérindienne, mais au moins aussi arriéré et xénophobe que son père.

– These transplants sure can make some ice cream.
– What’s a transplant?
– It’s a person who moves to a place, and they try to make that place just like the place they left.

Détail intéressant : l’homosexualité du cadet, suggérée sous forme de boutade, est pudiquement qualifiée de “célibat”. Un concentré de clichés rances, inimaginable dans une fiction contemporaine, en particulier de cette envergure (à moins sans doute d’être produite par la Fox).

« With every winner, there’s a loser. » © Paramount Network

Luttant pour apporter un minimum de profondeur à leur rôle, les acteurs sont réduits à égrener les métaphores lénifiantes sur ce que signifie être un homme, un vrai. D’une scène à l’autre, ils émettent toute une palette de grognements, qu’une oreille attentive identifiera comme autant de dialogues à la vacuité abyssale.

« Until they find a cure for human nature, a man must stand with his people. »

Kevin Costner : sous le Stetson, l’ennui
Sous son Stetson, Kevin Costner semble mourir d’ennui. Le mieux que la caméra réussisse à tirer de l’acteur, c’est un vague rictus de désespoir résigné. Plutôt avare pour un cachet de 500’000 dollars par épisode.

« All men are bad. But some of us try really hard to be good. » © Paramount Network

Intense malaise politique
Face à ce spectacle désolant, une question revient, lancinante : comment Taylor Sheridan a-t-il pu tomber aussi bas ? Bénéficiant d’un budget pharaonique, le scénariste de l’excellente trilogie Sicario, Comancheria et Wind River avait toutes les cartes en main pour proposer une saga ambitieuse. Hélas, oubliés les personnages complexes et les enjeux subtils de ses longs-métrages. À chaque épisode, Yellowstone fait un peu plus penser à Dallas, l’intense embarras politique en plus.

“I know you deserve better”, murmure Kevin Costner à un cheval agonisant, dans la scène d’ouverture de la série. Sans doute un avertissement au spectateur. Message reçu cinq sur cinq.

 

Record d’audience
Malgré des critiques désastreuses, Yellowstone a battu des records aux États-Unis, en devenant la deuxième série la plus suivie des chaînes câblées, derrière The Walking Dead. Le western est renouvelé pour une deuxième saison, qui sera diffusée en 2019.

Emilie Jendly

Emilie Jendly

Emilie Jendly est passionnée de séries télévisées depuis 20 ans. Journaliste franco-suisse, elle présente sur ce blog les nouveautés à ne pas manquer. Spoil prohibé.

7 réponses à “Yellowstone : ode à l’Amérique xénophobe

  1. J’ai beau avoir lu l’article plusieurs fois, je vois pas ou est la xénophobie.

    De nos jours, on traite facilement de xénophobe quelque chose qu’on n’aime pas. C’est tellement plus facile que de réfléchir.

    Léger, très léger.

  2. J’ai du mal a comprendre cette article
    je trouve la série excellente, d’ailleurs les propos qui sont tenu ” xénophobe ” je trouve çà un peut fort
    l’avocat de Dan (personnage métisse ) des amérindiens et des blancs ….

    c’est un western des temps modernes, une série télévisée américaine dramatique
    série a succès, saisons 2 confirmer déjà en préparation

    je suis entièrement d’accord avec le commentaire au-dessus
    ” De nos jours, on traite facilement de xénophobe quelque chose qu’on n’aime pas. C’est tellement plus facile que de réfléchir.”

    apprendre a interpréter les choses d’une autre manière que celle de la société d’aujourd’hui.

  3. Je ne laisse jamais de commentaire mais la … je pense que dans votre critique vu n’avez vu que ce que vous vouliez interpréter.
    Je ne pense absolument pas que le réal et scénariste face l’éloge de la xénophobie … Il prend une distance avec le perso principal qui n’est ni dépeint comme une figure héroïque ni comme un méchant .. L’auteur représente le pire et le meilleur de l’héritage americain incarné dans la famille Dotton

    Pour avoir vu wind river ou encore sicario, Taylor Sheridan est très attaché a ces thèmes (les réserves indiennes et les communautés oubliées qui vivent ou survivent en marge de la société ou qui subissent la prédation ou les dommage collatéraux d autre communautés, congloméras, groupes mafieux)

    Je ne pense pas qu il soit pro Amérique puritaine républicaine et xénophobe … sinon il n’aurait jamais eu cette empathie envers les amérindiens et cet attachement au sujet de natifs .

    Il fait ressortir autant ce qu il y a de beau que la laideur des perso et du paysages

    Les sujets sont vraiment d’actu .. d’où né le sentiment d’appartenance, qu est ce que le lien du sang, passe t il avant tout le reste, qu est ce qui rend plus légitime qu un autre pour revendiquer un endroit, une terre, quels valeurs sont les plus défendables (le sujet n est pas si aisé)

    C est dommage aujourd’hui de taxer une œuvre ou une personne de xénophobe en s’acharnant sur 10% de l œuvre ou du propos en tirant le file a l infinie pour appuyer sa critique à charge

  4. C’est hallucinant comme vous n’avez absolument rien compris à ce qui est proposé par Yellowstone. C’est justement tout l’inverse de ce que vous dites. Il n’y a rien de xénophobe. Ça devient terriblement ridicule de crier à la xénophobie à tout bout de champs. Faites votre travail correctement car là c’est une analyse facile, dans le sens du vent et beaucoup trop légère pour être prise au sérieux.

    Ridicule.

  5. Bonjour,
    Tout comme Lio, je n’ai pas pour habitude de laisser des commentaires mais là…

    J’ai le sentiment persistant que la journaliste avait une idée préconçue de l’appréciation qu’elle se ferait de la série. Dès lors, elle n’avait plus qu’à cueillir ce qu’elle était venue chercher pour rédiger sa bafouille à charge. A savoir : testostérone exacerbée, rapport de force, homophobie suggérée, machisme, j’en passe et des meilleures ! Oui, il y a de cela dans la série ! Mais bon Dieu, on est dans le Montana et non sous la gare de Lausanne ! Quand on a faim, on préfère désosser une vache à la main plutôt que de se rendre à l’épicerie bio du quartier (peut-être parce qu’il n’y en a pas…) acheter une poignée de quinoa et un smoothie kiwi-brocoli !

    Je me garderai bien d’émettre une opinion sur les véritables us et coutumes des locaux, n’y étant jamais allé, cela serait inconvenant. Mais sans vouloir faire offense à quiconque, je peux tout à fait concevoir que, dans un état grand près de 10 fois la Suisse mais quasiment autant de fois moins peuplé, les mentalités y soient proches que telles qu’elles sont dépeintes dans la série. C’est-à-dire, à peu près celles qui étaient les nôtres il n’y a de cela pas si longtemps. Mais peut-être que je me trompe et que, en réalité, chaque propriétaire de ranch est inscrit en cours de poterie, contre le glyphosate et vote démocrate…

    Voilà pour le fond. Et sur la forme ?

    Il est vrai que cette série n’est pas avare en caricatures et autres situations peu probables (la scène entre le petit garçon et le serpent à sonnette en est le parfait exemple). Mais c’est une fiction et non un documentaire ! De ce constat, la production a fait le choix de “pimenter” son récit par quelques scènes anecdotiques dispensables. Pour un métrage sur l’insémination des juments du Montana, il se passera sûrement un truc sur Arte…

    En ce qui concerne le véritable fil rouge de la série, à savoir le droit du sol, je pense que la série soulève la question de manière pertinente. Elle prend suffisamment de distance et se garde bien de donner sa propre opinion au travers des images. J’y vois là une analyse assez factuelle et bienvenue.

    Quant aux acteurs, comme dit plus haut, on est en plein dans la caricature. Mais franchement, regarderiez-vous encore Top Chef si tous les candidats étaient aussi placides que Darius Rochebin ? C’est du spectacle ! On veut des personnages que l’on peut détester, adorer, envier…

    En regard de ce qui précède, je valide la saison à 100%.

    Bien à vous,

    1. Bonjour Maxime,

      Merci pour votre commentaire très argumenté.

      Au risque de vous surprendre, je n’ai jamais d’opinion préconçue sur une œuvre artistique et aborde chaque visionnage l’esprit ouvert, ce qui me permet de passer avec plaisir d’une série d’auteur (Il miracolo) à une œuvre grand public (Succession) voire très grand public (Ballers ou The Walking Dead). L’opinion de mes billets n’en est pas moins volontairement tranchée et je me réjouis qu’elle suscite le débat auprès des lecteurs du Temps. C’est aussi l’objectif.

      Meilleurs messages,

      Emilie Jendly

  6. Magnifique, un bel exemple de critique tendance progressiste du meilleur cru.
    Donc cette série :

    Serait xénophobe ? Effectivement de nos jours vouloir préserver son lieu de vie et défendre son mode de vie serait xénophobe, mais seulement si on est blanc de peau si je comprends bien. Le scénariste aurait dû inverser les rôles et mettre une famille d’Indiens à la place des Dutton.

    Serait sexiste ? Beth n’est pas le meilleur exemple de femme soumise je dirais. Même Monica, plus réservée est loin d’être la femme au foyer au service de son mari. Pour les autres personnages féminin majeurs nous avons une sénatrice, une directrice de campagne et une journaliste lesbienne auxquels nous pouvons rajouter une employée de ranch, ex strip-teaseuse qui en remontre aux hommes dans le maniement du lasso. Toutes des femmes fortes et de tête comme l’on dit. D’ailleurs le cuisinier des Dutton est un homme.
    Les seules femmes soumises que l’on devine seraient les Indiennes, mais on ne va pas traiter les Indiens de sexiste quand même.

    Serait raciste ? Parce qu’il n’y a pas (aucun dites-vous) d’afro ou de sud-américains ? Il y a bien des noirs pourtant, mais pas de sud-américains effectivement, ni d’asiatiques d’ailleurs. Il faut reconnaître que ne pas représenter tous les quotas ethniques c’est mal. Mais quand on les représentent ils ne faut pas leur donner de mauvais rôles non plus, ce serait encore plus raciste. Pas facile d’être scénariste.

    Serait homophobe ? Le couple de lesbienne n’est absolument pas caricatural et plutôt bien représenté. Quant à Jamie il n’est pas gay, jusqu’à preuve du contraire. Mais l’homophobie ne serait-elle pas votre qui voulez le voir ainsi parce qu’homme faible et pleurnichard ?

    Serait caricaturale ? Ah oui, montrer des chevaux et des fusils dans un contexte de ranch américain c’est cliché et trop facile. Il aurait fallu leur donner des scooters électriques et leur faire faire du yoga.

    Aurait trop de sexe ? Je n’ai pas vu l’ombre d’un téton, les scènes sont plutôt rares et courtes et nous montrent plutôt des femmes entreprenantes mais dans un contexte respectueux et de sentiments partagés.

    Alors oui il y a des explosions, les personnages manquent souvent de complexité, sont brutaux et excessifs, mais je n’y vois pas une ode à cette forme de « virilité », plutôt le contraire car on perçoit bien qu’ils sont enfermés et prisonniers dans leur manière d’être . Et désolé s’il y a de beaux paysages, mais ce n’est pas du cinéma d’auteur.

    Avec ce genre de lecture je vous déconseille de regarder Sons of Anarchy…

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