The Americans : mensonges d’État

Acclamée par la critique, The Americans dévoile sur Canal+ sa cinquième et avant-dernière saison. Une série d’espionnage passionnante mâtinée de conflits identitaires. Brillant et plus que jamais d’actualité.

Si vous avez aimé : The Sopranos, Mad Men, Rubicon

The Americans : Bande-annonce saison 1, bande-annonce saison 5

Diffusion : Canal+ (saison 5), RTS Un (saison 3), Netflix (saison 1, 2 et 3)

L’histoire : Washington, 1981. Agents de voyage vivant avec leurs deux enfants dans une jolie maison de banlieue, Philip et Elizabeth Jennings sont en réalité espions du KGB. Lorsqu’ils rendent visite à leurs nouveaux voisins pour leur souhaiter la bienvenue, ils découvrent que le mari, Stan, travaille au sein du service de contre-espionnage du FBI.

« I would lose everything before I would betray my country. »

Inspiré d’une histoire vraie
Tout a débuté en 2010, lorsque le FBI a démantelé un réseau d’espions russes installés aux Etat-Unis depuis plusieurs décennies. Parmi ces agents infiltrés, un couple de nationalité américaine élevant leurs enfants dans la banlieue de Boston.

Arrêté en 2010, le couple qui a inspiré la série vivait depuis 30 ans sous une fausse identité. © DR

Les deux espions originaires de Sibérie bâtissaient leur légende (identité fictive) depuis trente ans. Expulsée vers la Russie, la famille a volé en éclat. Les enfants du couple ignoraient en effet tout de leur véritable identité et n’ont pas réussi à s’adapter. C’est cette histoire inouïe qui a inspiré « The Americans ».

Récit transposé dans les années Reagan
Créée par un ancien agent de la CIA devenu romancier et scénariste, la série ancre son action au début des années 80. Une décennie marquée par le renforcement des tensions entre les Etats-Unis et l’URSS, et une course aux armements qui précipitera l’effondrement du bloc soviétique.

L’intelligence de la série consiste à ne jamais dissocier les relations humaines complexes des enjeux de ce conflit mondial, les deux faces de la même pièce se faisant écho en une fascinante allégorie.

L’espionnage sans fards
Plus proche de John Le Carré que de Ian Fleming, la série décrit l’espionnage avec un réalisme saisissant. L’univers dans lequel évoluent les héros de « The Americans » est austère, routinier, leur quotidien hanté par la paranoïa.

Les Jennings : une famille américaine en apparence banale. © FX

Alors qu’ils offrent l’image de la famille américaine idéale, Elizabeth et Philip passent leurs journées et leurs nuits en filature, séduisant des cibles pour obtenir des informations et n’hésitant pas à tuer, lorsque cela est nécessaire.

Chacun des époux mène plusieurs vies en parallèle, multipliant les fausses identités. Sans effets artificiel de mise en scène, la série réussit à transcrire avec brio la complexité émotionnelle de cette existence construite sur le mensonge permanent.

Séduire pour obtenir des informations, une situation complexe à gérer sur le plan émotionnel. © FX

Suspens de chaque instant
Tout le suspens réside dans cette interrogation : quelle sera la mission de trop, celle qui démasquera les Jennings et mènera la famille à sa perte ? Au cours des quatre premières saisons, la série a su rester captivante et ses personnages évoluer constamment. Sa principale force : l’alternance de scènes intimistes et de séquences décoiffantes qui tiennent le spectateur en haleine.

Le couple en question
Mais ce qui fait à raison le succès de la série au-delà de son intrigue, c’est la complexité de ses personnages, principaux autant que secondaires. Unis très jeunes par le KGB, Nadezhda et Mikhail ont bâti leur vie sur le mensonge. Parents attentionnés, voisins prévenants, ils forment un couple idéal aux yeux de leur entourage, mais ne se connaissent pas vraiment.

Leur intimité est programmée, leur proximité artificielle, et le quotidien entièrement consacré aux missions. Après seize années de cette existence hors norme, Elizabeth et Philip n’arrivent plus à déterminer si leur relation est réelle ou non.

Troubles identitaires

Philip Jennings se sent Américain et accorde la priorité à sa famille. © FX

Évitant les écueils de séries manichéennes comme « Homeland », « The Americans » pose la question de l’identité avec subtilité. Conquis par le mode de vie occidental, amoureux de sa femme, Philip aspire à la normalité. À l’inverse, Elizabeth reste dévouée à l’idéologie communiste, quel qu’en soit le prix. Elle maintient ses émotions à distance et porte un regard très critique sur le pays dans lequel ses enfants sont nés.

Pour Elizabeth Jennings, la mission passe avant tout. © FX

Magistralement interprétée par Keri Russell et Matthew Rhys (qui forment aussi un couple à la ville), « The Americans » met habilement en miroir idéologie, identité et conscience. Notre identité est-elle définie par nos origines ou par la culture du lieu où nous vivons ? Pour autant que ces notions soient incompatibles. Toute la difficulté pour Elizabeth et Philip réside dans la réponse à apporter à cette question existentielle.

Plus que jamais d’actualité

Le tour de force de « The Americans » consiste à avoir réussi à susciter l’empathie du public américain pour des personnages d’espions soviétiques, explorant leur humanité loin de tout manichéisme. Une approche salutaire que la campagne présidentielle américaine a éclairée sous un jour nouveau.

Entachée de soupçons d’ingérence russe, l’élection de Donald Trump a ravivé la psychose de la Guerre froide et ramené la politique de Ronald Reagan au premier plan, insufflant à la série un supplément d’acuité que son créateur ne pouvait pas prévoir. Ancrée malgré elle dans le présent, « The Americans » est plus que jamais une série à voir absolument.

Emilie Jendly

Emilie Jendly

Emilie Jendly est passionnée de séries depuis 20 ans. Journaliste RP, conseillère en communication, elle présente sur ce blog les nouveautés à ne pas manquer. Spoil prohibé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *