Le nouveau thriller fantastique de Netflix entraîne le spectateur dans une expérience inédite et passionnante en le confrontant au pouvoir du récit. Captivant.
Si vous avez aimé : Sense8 , Stranger Things
The OA : bande-annonce VO, bande-annonce VF
Diffusion : Netflix
L’histoire : Sept ans après avoir disparu de la maison de ses parents à St-Louis, Missouri, Prairie Johnson réapparaît. Aveugle, la jeune femme a mystérieusement recouvré la vue. Que lui est-il arrivé ? Incapable de communiquer avec ses proches, elle va raconter son calvaire à cinq inconnus.
« I want you to imagine everything I tell you as if you’re there yourself. »
Série mystère de Netflix
En dévoilant la bande-annonce de sa nouvelle production trois jours seulement avant sa mise en ligne le 16 décembre, Netflix a pris un pari audacieux : laisser le bouche-à-oreille opérer seul la promotion de la série la plus inclassable de l’année. Pari réussi, puisque qu’en quelques jours, la rumeur d’une série aussi addictive que Stranger Things s’est répandue comme une traînée de poudre, assurant le buzz malgré des critiques contrastées.
Débuts laborieux
Tout commence par un raté monumental. Long comme un jour sans pain, le pilote semble avoir été écrit pour décourager le spectateur de s’intéresser à un récit hésitant entre drame intimiste laborieux et thriller fantastique poussif. Qu’a-t-il pu arriver de si traumatisant à Prairie ? Il faut attendre près de 2 heures pour l’entrevoir. Heureusement, le spectateur qui aura su se montrer patient se voit largement récompensé.
Alerte binge watching
Dès qu’il comprend l’enfer dans lequel a été plongée la jeune aveugle, le spectateur est saisi d’un effroi qui ne le quittera plus. Fermement harnaché, le voilà propulsé dans six épisodes de montagnes russes au suspens insoutenable. Alternant scènes du quotidien et flashbacks terrifiants, la série réussit à transmettre l’angoisse de son héroïne. Car on l’apprend bientôt : elle n’est pas la seule victime et le temps est compté. Si vous aviez prévu d’aller vous coucher, mauvaise nouvelle : la nuit sera courte.
Une série qui repousse les genres
Jeunes espoirs du cinéma indépendant américain, les coauteurs Brit Marling (qui interprète le rôle principal) et Zal Batmanglij s’amusent à bousculer les codes de la narration et du genre. La durée des épisodes varie ainsi allègrement et la série mêle sans complexe fantastique, mélo, horreur, mysticisme.
Et ça marche. Agrippé au fil d’Ariane que lui ont tendu les auteurs, le spectateur voit peu à peu le brouillard se dissiper. Plus les frontières de la science sont repoussées, plus l’urgence s’aiguise. Peu importent les lois de la physique, il faut absolument aider Prairie. Quel qu’en soit le prix.
Clef de l’intrigue : la psychanalyse
À la manière des matriochkas, The OA révèle chapitre après chapitre sa nature profonde. On le pressent dès le pilote : la solution est sans doute à chercher dans la psyché de l’héroïne. On pense à David Lynch ou Alejandro Amenábar, mais contrairement à Mulholland Drive ou The Others, The OA se garde de délivrer ses secrets et laisse planer le doute jusqu’au bout, et au-delà.
Le pouvoir du récit
Superbement réalisée et interprétée, The OA captive autant par son suspens haletant que par la beauté de ses scènes intimistes (les parents de Prairie, Scott Wilson et Alice Krige, sont bouleversants). Mais ce qui constitue le cœur de la série et sa force, c’est l’expérience saisissante qu’elle offre au spectateur de mesurer le pouvoir du récit.
Aux inconnus qu’elle a réunis pour détailler son calvaire, Prairie ne demande rien, si ce n’est de prétendre qu’ils lui font confiance, et d’imaginer ce qu’elle leur raconte comme s’ils se trouvaient à sa place. Fascinés par cet ange aux étranges pouvoirs, les cinq élus se rassemblent chaque soir dans une communion qui n’est pas sans rappeler la naissance de sectes qui deviendront ou non des religions.
I Want to Believe
Aussi surréaliste que puisse paraître le récit de la jeune femme auprès de non initiés, les élus la croient. Et le spectateur avec eux. Car comme ces cinq inconnus, il a tout entendu, tout vu et désormais, il sait. Ainsi, lorsque le doute s’installe, il persiste à croire.
La série s’achève, mais – phénomène fascinant – au fond de lui, il veut encore croire. Comme Mulder dans The X-Files, le spectateur est prêt à placarder un poster “I Want to Believe” sur son mur. Car sans doute, “la vérité est ailleurs”.
Expérience de la foi
Ici réside l’intérêt principal de The OA : plonger le spectateur par l’expérience dans une réflexion philosophique sur la foi. Qu’est-ce que la religion, sinon le besoin de l’homme de croire en des récits extraordinaires qui le transcendent ?
Puisque vous êtes là