Parasitaires à chaussettes!

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Mambo!

Bonjour de ce pays où l’on m’a demandé si il est vrai qu’à partir de 22h il est interdit de tirer la chasse d’eau en Suisse…

Alors quelques nouvelles de nos expériences… Je faiblis cruellement dans la fréquence de publications, mais je vous rassure ce n’est pas par infidélité. Simplement mes petits moustiques et nos expériences sont très demandeurs en temps et en énergie.

D’ailleurs, ce matin c’est à l’aube que je me suis levée pour fixer une chaussette sur le genou d’une vache. Il est des phrases que l’on ne s’attend pas à employer un jour…

Nous sommes nous-mêmes actuellement vêtus de grosses chaussettes de nylon sous une chaleur de 30°, espérant transpirer le plus possible afin d’imprégner nos chaussettes des volutes de nos odeurs pédestres.

Pourquoi chaussette-t-on?

Je vous explique notre nouvelle lubie scientifique: nous collectons des odeurs humaines et bovines sur 24h. Demain nous observerons le choix des moustiques entre ces deux odeurs subtiles. Nous souhaitons ainsi vérifier si les moustiques infectés sont davantage attirés par les humains. Pour rappel, la malaria “manipule” le moustique afin d’augmenter sa propre transmission et pour survivre elle a besoin d’être transmise à l’Homme. Comme la moitié de nos moustiques sont infectés, vous comprendrez que nous leur offrons des chaussettes plutôt que nos bras.

Je vous expliquerai cette expérience en long et en large une fois passé le rush, promis!

Mais je me rends compte que je ne vous ai pas présenté nos petits amis à six pattes… Laissez-moi réparer mon erreur…

C’est qui le moustique de la malaria ?

La malaria est une maladie transmise par un moustique qu’on appelle anophèle. Ce n’est pas le même qui transmet le zika, la dengue ou le chikungunia, celui-là, s’appelle aedes.

Espèce d’anophèle !

Imaginons un clan (en biologie on appelle ça un genre). Dans le clan anophèle, il y a beaucoup d’individus possédant chacun des caractères un peu différents… Il y a stephensis, arabiensis, funestus… certains sont généralistes, c’est à dire qu’ils n’ont pas vraiment d’idées arrêtées, ils piquent autant les humains que les animaux, selon ce qui est à disposition. D’autres sont zoophiles (ils préfèrent piquer d’autres animaux que nous). En revanche, le célèbre anophèle gambiae préfère largement le sang des humains.

A Neuchâtel, nous travaillons (principalement) avec des moustiques gambiae. Comme ils ont un penchant pour notre espèce, ce sont les principaux vecteurs de la malaria (humaine). Alors on a envie de bien les connaître.

En Tanzanie par contre, nous sommes venu observer le comportement d’anophèles arabiensis. Un moustique dit opportuniste (généraliste).  On se demande si la malaria le manipule en augmentant son attraction pour les humains plutôt que les animaux… C’est ce que nous allons expérimenter demain..

Mais ? Pourquoi tu piques ?

Les moustiques se nourrissent de sucre. Pas le nôtre, celui des fruits, des fleurs, etc.

Alors pourquoi s’évertuent-ils à nous piquer, me direz vous ?

Et bien, ce sont uniquement les femelles qui piquent. Mais attention, pas de remarques désobligeantes ni de sous-entendu moqueur, c’est pour la reproduction que ces dames prennent tous les risques (se faire écraser, insulter, détester, piéger…)…

En laboratoire nous travaillons donc principalement avec des femelles. Les mâles sont en général écartés et congelés, pour une mort douce.

Là aussi, pas de crispation, je rappelle qu’il s’agit de moustiques.

Comment observer le sexe d’un moustique ?

C’est assez simple de trier les moustiques en fonction de leur sexe. Le mâle se distingue par un vol un peu plus lourd, un bruit plus aigu et surtout… on le reconnaît parce qu’il est plus poilu des antennes..

Je n’ai rien dit…

Bien à vous, vos parasitaires à l’eau de rose

 

 

Elise Rapp

Elise Rapp

Elise Rapp est infirmière spécialisée en médecine Tropicale (IMT Anvers). Elle a repris le chemin des études pour faire de la recherche sur les maladies tropicales. Elle est actuellement basée en Tanzanie où, dans le cadre d’un master de biologie elle mène un projet de terrain sur la malaria.

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