Forum Economique Mondial à Davos : Zelensky, Hindou Ibrahim et Al Gore exhortent les dirigeants à sortir de leur torpeur

Il y règne une ambiance plutôt décontractée, à Davos, cette année. La date de la rencontre annuelle des dirigeants politiques et économiques a été repoussée à Mai, au lieu de Janvier habituellement, en raison de la pandémie COVID-19.

Un air de Printemps, les fleurs dans les champs, les forêts verdoyantes, on aurait envie de croire à un renouveau à la fois dans le contenu et le style des rencontres.

Pourtant nous sommes sont vite rattrapés par la réalité d’un monde en crise, fragmenté, torturé et de plus en plus inégal.

Après tant d’années, le WEF (World Economic Forum) n’a pas changé son mode de fonctionnement. L’accès aux séances est uniquement sur invitation, les salles de conférence hors de prix pour les organisateurs et les logements quasiment introuvables. Seule l’élite politique et économique peut y participer. Un monde exclusif et élitiste, quand nous aurions tellement besoin d’inclusion et de diversité pour construire ensemble un avenir durable avec des solutions partagées.

Dans la fameuse Promenade qui relie les différents points de rencontre entre eux, les Ukrainiens ont loué le local qui sert d’habitude d’accueil pour la «Maison de la Russie », rebaptisée la « Maison des crimes des guerre de la Russie ». On y découvre des photos et vidéos qui tournent en boucle sur les victimes et les décombres de la guerre en Ukraine.

Le Président Zelensky ouvre les feux dès l’ouverture du Forum, devant un parterre de leaders médusés dans leurs costumes-cravates noirs et blancs : « ce qui se passe en Ukraine marque un précédent pour le monde : la brutalité ne discute pas, il n’y pas de place pour le dialogue comme ici, c’est une force qui cherche à anéantir et détruire son adversaire. »

« Il faut des sanctions économiques plus fortes et mettre fin aux importations de pétrole de la Russie » ajoute-t-il, tout en proposant la mise en place d’un fond de prévention des conflits et de réponse aux crises humanitaires et faire face à l’avancée de « la pauvreté, la faim et le chaos » qui menacent les populations bien au-delà de l’Ukraine.

Au milieu d’une série de déclarations de promesses et de bonnes intentions, Hindou Ibrahim, fondatrice de l’Association des Femmes Peules Autochtones du Chad, revient, elle aussi, sur la réalité du terrain. « Je reviens de deux semaines dans mon pays, et très honnêtement, c’est difficile d’être positive. La désertification avance de 4 kilomètres chaque année. Dans quelques années, ma ville natale sera envahie par le désert. Avec le manque de pluie, les gens ne peuvent plus produire à manger. Le prix du pain a explosé. Les gens ne peuvent plus se payer du pain. »

A la fin d’un dîner végétarien, entrecoupé de promesses des multinationales engagées pour un futur positif pour la nature, Al Gore prend à son tour la parole.

« Regardons la réalité en face : pour le moment c’est un échec. Les gouvernements et les banques n’ont jamais autant investi dans les énergies fossiles. Les impacts du changement climatique se font de plus en plus sentir, avec des immenses feux, des inondations, des villes sous l’eau. Nous continuons à donner à la Russie l’équivalent de US $ 100 millions par jour pour les importations de pétrole et de gaz. La guerre en Ukraine est une guerre des énergies fossiles. Et la réalité est que nous n’arrivons pas à nous en passer. C’est une véritable addiction. Comme les toxicomanes, qui ne peuvent plus s’injecter par les veines du bras, nous injectons entre les doigts de pieds, en détournant à moitié le problème.

Les solutions alternatives existent, les énergies renouvelables n’ont jamais été aussi bon marché. Mais leur déploiement n’est pas assez rapide. »

Il termine sur une note un peu plus positive : « gardez espoir, car la volonté politique, la volonté d’agir ensemble, c’est aussi une énergie renouvelable ».

Cette année, les organisateurs du WEF auront aussi fait un effort pour inviter de nouvelles figures de la transition écologique, à l’instar de Kahea Pacheco, co-directrice de l’Alliance des Femmes pour la Terre, un réseau de plus de 12,000 membres et femmes leaders d’actions positives dans leurs pays, y compris pour la protection des forêts tropicales, véritables réservoirs de carbone et de biodiversité. Elles luttent au quotidien contre les entreprises multinationales avides d’extractions de minerais et d’énergies fossiles, qui s’avancent sans leur accord sur leurs terres indigènes ancestrales.

Le CEO d’Amazon, Jeff Bezos a décidé d’investir des milliards pour soutenir les populations indigènes et sauver les forêts. Mais est-ce que cela sera suffisamment efficace, si les politiques en place et les incitations économiques ne changent pas ?

Comme disait Albert Einstein : « nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec le même mode de pensée que nous avions quand nous les avons créés ».

 

 

 

 

 

Présidentielles : si vous le pouvez, votez, ou faites voter

Si vous avez le droit de vote en France, ou si vos proches ont le droit de vote, votez et encouragez-les à voter.

Ne laissez pas les autres décider pour vous de notre avenir collectif. Les enjeux de cette élection présidentielle sont immenses: paix et sécurité en Europe, lutte contre le changement climatique, sortie des énergies fossiles, investissements dans les énergies renouvelables et la rénovation énergétique des bâtiments, forêts et biodiversité, libertés individuelles, démocratie, tolérance, pluralisme, solidarité, égalité hommes-femmes, lutte contre le racisme et la xénophobie, diversité et inclusion.

Mon choix est fait, ce sera Emmanuel Macron, car il est aussi le seul candidat à pouvoir faire face à la guerre en Ukraine, ainsi qu’à la crise énergétique et alimentaire qui nous attend l’hiver prochain.

Lire aussi ici l’article publié dans Le Monde “un second mandat qui sera écologique ou ne sera pas”: https://lnkd.in/ec9irevu

Si vous n’êtes pas là, faites une procuration, il est encore temps.
Chaque voix compte.

Les accueillir

Nous sommes de plus en plus nombreux à vivre cette aventure: accueillir des “réfugiés” ukrainiens.

Le mot “réfugié” a d’ailleurs ce coté stigmatisant, dégradant, victimisateur. Pourrait-on les appeler nos “hôtes”, nos “invités” ou encore mieux, nos nouveaux “amis” ?

Bien loin des clichés véhiculés par les médias, j’ai rencontré Olena et Sergiy cette semaine, des personnes d’une immense gentillesse et qui nous ressemblent tellement. C’est comme un miroir qui nous rappelle que cette guerre, pourrait nous arriver à nous, ici, nous qui sommes bien installés dans nos vies occidentales.

En recevant l’appel téléphonique de Caritas, puis leur fiche d’identité, j’ai ressenti comme un brin d’angoisse. Ces questions m’ont traversé l’esprit: “Qui sont ces personnes ? Qu’ont-elles traversé ? Quelles histoires ont-elles vécu ?” La veille de notre rencontre, j’avais lu cet article de 24 Heures sur les exactions commises par les russes, les assassinats des hommes, les pillages et les viols des femmes dans les maisons ukrainiennes. Difficile de trouver le sommeil.

Le lendemain, je les retrouve dans un Tea-Room de Grimentz, au coeur du Valais. C’est ici que nous pourrons les héberger pour les prochains mois. Ce sont eux qui m’accueillent à bras ouverts. Je me sens immédiatement touchée par leur gentillesse, leur chaleur humaine, mais aussi cette proximité, cette ressemblance si forte avec les membres de ma famille. En somme, j’ai l’impression d’accueillir mes propres parents, ou mes beaux-parents.

Cette rencontre m’a bouleversée. C’était à la fois triste et douloureux, et réconfortant de solidarité et d’amitié naissante. Car au final nous venons tous du même monde, le monde de l’humanité, avec ses mêmes désirs et ses mêmes craintes.

Sergiy est né en 1950. Ingénieur, il a imaginé des systèmes de ventilation pour les bateaux et créé une petite entreprise qui exporte des modèles simples mais ingénieux et fiables partout dans le monde.

Olena est née en 1957. A 11 ans, sa mère décède d’un cancer. Olena rejoint son père. Plus tard elle devient juriste d’affaires. Elle aime la nature, montagne, l’escalade, le ski. Diagnostiquée en 2020 d’un cancer, elle survit d’une lourde opération et continue de sourire.

Leur fils Ivan a 36 ans. Il est né à la maternité de Mariupol, une ville qu’ils connaissent bien pour son port et son théâtre. Par chance il travaillait sur un bateau en Méditerranée quand la guerre a éclaté et a donc échappé à l’enrôlement militaire. Plus aucun homme ukrainien de 18 à 60 ans ne peut sortir du pays, sauf pour les pères de 3 enfants, encore en âge mineur.

Olena et Sergiy me montrent leurs photos de famille, leur maison, leurs aventures en voilier, les barbecues en famille dans la maison de son frère, les projets de sorties à ski dans les Carpates. On se croirait presque chez soi.

Quand la guerre a commencé, leur fils les a supplié de partir de Dnipro, leur ville de résidence. Olena me montre un groupe WhatsApp créé par les autorités gouvernementales locales: des alertes sont envoyées jours et nuits, parfois avec seulement 30 minutes d’intervalle entre elles. Les sirènes retentissent quand les russes envoient des Rockets ou quand des avions chargés de bombes survolent la ville. On ne sait pas où ça peut tomber. Les gens doivent se cacher dans leurs sous-sols, avant de ressortir pour aller chercher des vivres, puis se cacher à nouveau. Le maire de Dnipro a mis en place des équipes spéciales chargées de réparer les infrastructures de base, les canalisations d’eau, de gaz, l’électricité. Il a aussi demandé aux habitants de partir plus loin… pour se sauver, mais aussi pour faire de la place aux nouvelles personnes déplacées qui devraient affluer d’un jour à l’autre depuis le Donbass. La ligne de front est à seulement une centaine de kilomètres. Et Poutine a prévu une offensive majeure, avec le rêve fou de marquer une victoire le 9 mai prochain, jour anniversaire de la capitulation allemande en 1945.

Le 9 mai, c’est aussi l’anniversaire d’Olena. Et lundi 11 avril celui de Sergiy.

Ensemble nous essayons d’oublier la guerre, et de planifier des sorties en montagne pour dimanche et lundi, avec le retour du soleil annoncé par Météo Suisse. Les exactions, les fosses communes, les gares bombardées. Tout cela paraît tellement affreux et irréel.

Dans le village de Grimentz, l’accueil est très chaleureux, à la boulangerie, au Coop, au magasin de sport, sur le pas de la porte avec le voisin: tout le monde veut les aider. “De quoi avez-vous besoin?” leur demande-t-on. On leur offre des gants de ski, des bonnets, des habits, de l’aide matérielle, de la nourriture. Mais ils répondent toujours la même chose: “Merci, mais nous n’avons pas besoin de grand chose. Avoir un toit, en sécurité, à l’abri des bombes, c’est déjà beaucoup. Et nous ne voulons qu’une seule chose: la paix.”

Si vous souhaitez accueillir des Ukrainiens, et/ ou les aider, vous pouvez vous enregistrer ici: https://campax.org.

Urgence climatique : le 10 avril, votez pour être du bon côté de l’histoire

Cette carte n’est pas de la science-fiction: elle montre en temps réel les niveaux de températures records atteints le 18 mars dernier aux pôles Nord et Sud. Un record de chaleur a été enregistré en Antarctique, +30°C au-dessus des températures moyennes saisonnières. Conséquence directe de cette chaleur, le plus gros iceberg de la planète, un iceberg géant de 4,320 km2 (soit la moitié de la taille de l’Île de Beauté), s’est détaché du continent.

Avec la fonte des glaces et des glaciers sur tous les continents, ce n’est pas seulement l’augmentation du niveau de la mer qui est en marche, mais aussi la déstabilisation de nos climats tels que nous les connaissons actuellement. Imaginez que la Terre est un oeuf fragile. Si vous commencez à casser la coquille en haut et en bas de l’oeuf, c’est tout le système climatique terrestre qui se craquèle. 

En effet les pôles jouent un rôle déterminant, pas juste pour la survie des écosystèmes critiques – dont font partie les fameux ours polaires, ainsi que les multiples mini-organismes vivants de la cryosphère, qui sont à la base même de toute la chaîne alimentaire du monde marin-, mais aussi pour la bonne circulation des courants océaniques, comme le fameux Gulf Stream. Les courants marins sont les grands régulateurs du climat. Sans eux, nous pourrions avoir des changements de températures et de précipitations extrêmes et imprévisibles, à l’image de ce qui se passe lors des phénomènes El Nino ou la Nina. Des sécheresses à répétition en Espagne ou encore des hivers glaciaux en Ukraine et en Europe de l’Est alors que nous voulons mettre fin aux importations de gaz naturel russe pour le chauffage de nos maisons ?

Comme le montre le 2nd volet du dernier rapport du GIEC, rédigé par 270 scientifiques de 67 pays, et approuvé par 195 pays le 28 février dernier, tous les signaux sont au rouge, et cette fois au rouge foncé. Les changements s’accélèrent à un rythme exponentiel.

Les effets actuels du réchauffement climatique (+1.09 °C en 2021) sont immédiats:

  • réduction de la disponibilité des ressources en eau et en nourriture (en Afrique, en Asie et dans les petites îles notamment) ;
  • impact sur la santé dans toutes les régions du monde (plus grande mortalité, émergence de nouvelles maladies, développement du choléra), augmentation du stress thermique, dégradation de la qualité de l’air;
  • baisse de moitié des aires de répartition des espèces animales et végétales.

Ces effets sont irrémédiables, même dans l’hypothèse d’une limitation de la hausse des température à 1,5°C comme fixé dans l’accord de Paris. Ils sont par ailleurs aggravés par la pauvreté ou l’accès limité à des services. D’ores et déjà, entre 3,3 et 3,6 milliards d’habitants vivent dans des situations très vulnérables au changement climatique.

Si des efforts ont été réalisés pour réduire les émissions de CO2, les auteurs du rapport dénoncent une inadéquation des moyens mis en œuvre face à la rapidité des changements, signe d’un “manque de volonté politique” avec, pour exemple, le non-respect des engagements de Glasgow 2021 lors de la COP 26 en matière de doublement des budgets pour lutter contre le réchauffement. Un développement résilient au changement climatique est cependant encore possible en consacrant des efforts financiers plus importants dans certains secteurs clés :

  • la transition énergétique pour réduire les émissions de CO2 ;
  • une meilleure gestion de l’eau et de l’irrigation mais aussi une meilleure adaptation des cultures aux conditions climatiques via l’agroécologie ;
  • la préservation du milieu naturel (restauration des forêts et des écosystèmes naturels, arrêt de l’urbanisation dans les zones côtières, végétalisation des villes).

Au rythme de développement actuel, le réchauffement climatique pourrait atteindre 2,7 à 3°C à la fin du siècle.

Face à ce constat, nous n’avons pas une minute à perdre. Et nous n’avons certainement pas 5 ans à perdre.

Et c’est pour cette raison que l’échéance des prochaines élections cantonales est primordiale.  Si nous n’agissons pas ici, dans un des pays les plus riches du monde, et dans un des cantons les plus riches de la Suisse, alors où peut-on agir ?

Le choix qui se présente à nous est très clair. D’un côté, un candidat UDC, Michaël Buffat, qui a voté à Bern contre l’Accord de Paris pour le climat, mais aussi des candidats qui se sont opposés au plan climat Vaudois finalement sauvé par le Grand Conseil.

De l’autre, une alliance rose-verte qui s’est engagée résolument pour la transition énergétique, le développement des infrastructures publiques et des transports en commun pour toutes et tous (à prix abordables voir gratuits pour les jeunes et les personnes âgées), ainsi que l’accès à une formation et une éducation de qualité, la condition sine qua non de la réussite des générations futures qui devront faire face à des enjeux considérables.

Mon choix a été fait depuis longtemps. Mais si vous n’avez pas encore fait votre choix, il est temps de voter.

Votez pour être du bon côté de l’histoire, pour un avenir désirable, durable et réalisable. Car le climat, lui, n’attend pas.

Cinq ans avec un climato-sceptique au pouvoir, et sans représentant du mouvement écologiste à la tête du gouvernement Vaudois, ce n’est simplement pas imaginable, ni pour nous, ni pour les générations futures.

Le 10 avril prochain, faites le bon choix.

Voir aussi la dernière interview de Vassilis Venizelos: “l’expertise climatique est de notre côté“.

Faire de la diversité une force pour l’avenir

1 an déjà: cela fait exactement 1 an que nous étions élu.e.s au 1er tour des élections communales, dans notre Ville, à Nyon, avec plus de 55% des votes, sur une plateforme soudée et unie autour des valeurs de l’écologie et de l’humanisme.

Comment a-t-on pu en arriver là ?  Alors qu’une partie du continent se déchire sur fond de guerre et de tragédies humaines, ne pourrait-on pas rétablir la paix politique, au moins ici, dans notre petite Ville de 22,000 habitant.e.s ? Ce qui est certain, c’est que notre société n’a pas besoin de plus de conflits. Comment remettre le respect humain et la bienveillance au coeur de la politique nyonnaise, et au coeur de l’Administration ? Autant de questions qui me traversent l’esprit, pendant cette pause forcée qui invite à la réflexion. Depuis ma prise de fonction, j’ai fait au mieux pour veiller au respect du droit du travail pour favoriser le bien-être et la santé des employé.e.s. J’ai été très étonnée de l’attaque du 17 décembre, je pensais alors que nous allions vers la paix et la reconstruction du climat social. Quoiqu’il arrive, je reste optimiste pour l’avenir, ouverte et prête à travailler avec tout le monde.

Malgré l’adversité, j’ai décidé de continuer sur ce chemin pas facile, de mener mon combat politique  pour la planète et le bien-être humain, et de garder le cap qui avait été choisi par les électeurs le 7 mars 2021. Je prépare mon retour aux fonctions en me ressourçant, en réfléchissant et en me nourrissant des idées et propositions qui émergent des citoyen.n.e.s nyonnais.e.s.

C’est dans cet esprit que je participerai au lancement du Collectif Citoyen Nyonnais qui s’est organisé durant ces dernières semaines. Ce collectif émane d’élu.e.s et d’habitant.e.s de Nyon qui ne s’accommodent pas de la situation politique actuelle et qui souhaite un meilleur avenir pour leur Ville, pour que Nyon devienne une Ville d’avenir, ouverte sur le monde, inclusive, tolérante et fière de sa diversité. Son objectif n’est pas de refaire le passé mais plutôt de proposer des pistes d’action et des solutions pour s’engager dans le 21ème siècle avec plus de détermination pour la transition écologique, le bien-être humain et les respect des femmes que ce soit sur leur lieu de travail ou en politique. Dans une vraie démocratie, il est possible d’exprimer ses opinions sans risquer le dénigrement, les représailles, la mise à l’écart ou l’exclusion.

De nombreuses études économiques montrent que les organisations, entités ou entreprises qui valorisent la diversité réalisent de bien meilleures performances. C’est le cas pour les employeurs qui ont su intégrer des profils de tous horizons dans leurs effectifs salariés, mais aussi au sein de leur instances de direction et des Comités d’Administration, avec des membres venant d’horizons différents, et avec une meilleure représentation des femmes et des jeunes.

C’est en faisant preuve d’empathie et d’écoute envers les autres, que nous pouvons enrichir nos points de vue et améliorer nos systèmes organisationnels. Alors que nous faisons face à des crises systémiques de plus en plus complexes, nous avons encore plus besoin de repenser nos sociétés et d’imaginer les solutions de sortie de crise à plusieurs. Dr David Nabarro, diplomate de haut niveau avec qui j’ai eu la chance de travailler lors du Sommet pour le climat du Secrétaire Général des Nations Unies de 2019, a mis en place une plateforme d’échange et de formations pour les leaders intéressés par la transformation systémique de nos sociétés vers un modèle plus durable (https://4sd.info/). Les dialogues inclusifs, qui permettent de donner la parole à tout type d’acteurs de différentes régions géographiques et à différents niveaux, permettent de faire émerger des solutions plus efficaces en cas de crise.

Quelque soit notre origine socio-culturelle, notre couleur de peau, notre genre et notre orientation sexuelle (femmes, hommes, LGBTQ+), notre âge, notre langue ou notre situation professionnelle, nous sommes tous concerné.e.s par les crises du monde contemporain. Nous faisons tous partie de cette même grande famille de l’humanité et partageons la même planète. Jamais auparavant nos communautés de vie ont été autant interconnectées par les réseaux et systèmes interdépendants du 21ème, que ce soit en terme d’informations et de communication, d’économie ou encore de liens entre les organismes vivants qui voyagent plus vite que jamais.

La crise sanitaire a touché presque tous les êtres humains. Certes les différences de porte-monnaies, d’accès aux vaccins et d’accès aux soins ont entraîné des inégalités d’exposition et de traitement. Mais au fond, personne n’était vraiment immunisé.

Quant au changement climatique, il n’épargne personne, mais il touche de plein fouet les personnes les plus vulnérables. D’après le dernier rapport du GIEC, 3.3 à 3.6 milliards de personnes vivent dans un contexte de grande vulnérabilité aux impacts du changement climatique. Mais à long terme, même les plus riches ne pourront pas se racheter une planète et un climat équilibré à coups de pétrodollars. Une fois les glaces des pôles fondues et des millions d’espèces vivantes disparues, on ne pourra pas les faire revenir.

Enfin, la guerre frappe à notre porte. Personne ne peut être immunisé face à une telle barbarie humaine, face à ces images de souffrances humaines qui circulent en boucle dans les réseaux sociaux. Soudain, on s’identifie à ces familles, une valise à la main et des enfants dans les bras, avec l’espoir de trouver un lieu d’accueil dans un pays en paix. Nos enfants vont grandir dans cette nouvelle ère, une ère dans laquelle la guerre ne fait plus partie de l’imaginaire et des livres d’histoire, une ère durant laquelle une nouvelle guerre mondiale est possible. La bombe nucléaire pourrait à nouveau anéantir des villes entières. Comment est-ce possible ? La guerre et l’arme nucléaire font partie de ces folles inventions humaines qui se retrouvent dans les mains d’un tyran assoiffé de pouvoir, prêt à anéantir des millions de vie pour asseoir sa suprématie territoriale. Le japonais Tsutomu Yamaguchi, rescapé du bombardement d’Hiroshima, qui avait commis l’erreur de se réfugier à Nagasaki, avait fait part de ce voeu: “Les seules personnes qui devraient avoir le droit de gouverner des pays dotés de l’arme nucléaire sont les mères qui donnent encore le sein à leur enfant.”

Le 8 mars, c’est aussi la journée internationale des femmes. Sur 21 Cheffes d’Etat et de gouvernement, aucune femme n’a déclaré la guerre. Katherine W. Philipps, professeure d’éthique à la Columbia Business School,  s’est penchée sur les statistiques de la période historique de 1950 à 2004 et dans 188 pays: elle estime à 4% le pourcentage de jours durant lesquels une femme a exercé les responsabilités suprêmes comme cheffes de gouvernement ou de l’Etat.Presqu’aucune n’a initié de conflit armé, à l’exception notable de Margaret Thatcher durant la guerre des Malouines. On en peut pas forcément tirer de conclusions hâtives. Quand il le faut, les femmes sont prêtes à se battre et aller au front, pour un avenir meilleur: on pense à la Commune, la Révolution française, la lutte pour le droit de vote ici en terre helvétique, ou encore la lutte contre le changement climatique. La plateforme SHEchangesClimate soutient les femmes leaders engagées pour le climat et demande une représentation féminine à hauteur de 50% dans les effectifs des équipes des Présidences des COP.  Le monde est bien fait, avec légèrement plus de 50% de femmes dans la population mondiale. Pourquoi n’y a-t-il pas aussi 50% de femmes représentées dans les instances de pouvoir, pour prendre les décisions importantes qui engagent l’avenir de l’humanité ? S’il y avait plus de femmes au pouvoir, on pourrait s’attendre à moins de décisions destructrices, moins d’exploitations des ressources naturelles pour assouvir une soif de pouvoir à court terme, plus de partage, de bienveillance et d’empathie envers les autres. Ce n’est pas une garantie mais certainement une tendance. Car au moment même où nous donnons naissance, l’avenir de nos enfants devient la priorité numéro 1: pourront-ils se nourrir, se loger, se vêtir, fonder un foyer à l’abri des bombes et des aléas climatiques ?

Encore une fois, il ne s’agit pas non plus d’exclure les hommes, mais de travailler ensemble en bonne intelligence. C’est en conciliant nos énergies féminines et masculines que nous pourrons faire des miracles pour la collectivité. Ensemble, nous pouvons cultiver les solutions d’avenir, pour la paix, le climat et le bien-être humain, à condition que la terre soit fertile, ouverte au dialogue et à la diversité.  Notre planète et notre Ville en ont bien besoin.

 

 

Une lueur d’espoir dans l’obscurité

C’est cette semaine, et ce lundi 14 février 2022, jour de la Saint Valentin, qu’a commencé véritablement ce périple initiatique hors du commun… un voyage immobile, un exil dans ma Ville.

Elue Municipale le 7 mars 2021, me voilà réfugiée politique dans ma propre Cité.

“Suspendue” de mes fonctions: le terme évoque une certaine violence institutionnelle qui fait mal au coeur. De quoi faire chavirer plus d’un navire.

Un bon capitaine de bateau ne tire pas sur son équipage, et pourtant…

La douleur était forte, ce lundi matin, en me réveillant encore abasourdie par le triple coup de massue: l’attaque médiatique, la plainte puis la décision du Conseil d’Etat. Puis la quatrième attaque: COVID 19. Les symptômes se sont déclarés de façon presque simultanée avec l’annonce du Conseil d’Etat. Sans surprise, une grande fatigue m’a envahie.

Puis une lueur d’espoir est arrivée jusqu’ici, dans ma double quarantaine politique et sanitaire: des fleurs, de la douceur, de la couleur et des bonnes odeurs, un bouquet offert par mes amies nyonnaises écolos. Elles avaient commandé ce magnifique bouquet, un bouquet de solidarités vertes, féminines et solidaires.

C’est bien la première fois que je reçois des fleurs de la part d’autant de femmes, le jour de la Saint Valentin, un bouquet de femmes à femme, qui réchauffe le coeur dans cet Océan de grisaille.

La tristesse de la séparation, d’être isolée de mes équipes RH et SI Nyon/ Energies, avec qui j’avais tissé des liens professionnels et amicaux, c’était plus douloureux que ce que je pensais. La tristesse aussi de la perte de mon oncle, le frère de mon père, le même jour, et un soulagement car il était en souffrance depuis longtemps.

Une journée sombre donc pour la Saint Valentin.

Mais le soir, nous avons pris notre courage à deux mains, avec mon mari, et avons cuisiné un délicieux dîner pour toute la famille, y compris mon fils, et ma fille, elle aussi positive au COVID. Nous faisons au mieux pour préserver notre cocon familial, notre santé, notre amour, de toute cette hostilité médiatique, de l’injustice et de la douleur du rejet.

Être réfugiée politique dans ma propre Ville, alors que j’y vis depuis 14 ans, je ne pensais pas que ce serait possible.

Cette Ville, que nous aimons tant, où nos enfants ont grandi, et grandissent encore. Cette Ville qui a sauvé ma vie et celle de ma fille, quand elle est née ici le 19 mai 2013.

Cette Ville qui pourrait faire de sa diversité une force, pour devenir une Ville inclusive, plurielle, tolérante, ouverte sur le monde et tournée vers l’avenir, mais qui a choisi l’exclusion et la suspension.

Cette semaine, se réunissaient les Commissions sur les nouvelles ressources pour la transition énergétique et sur le Plan directeur de distribution de l’eau, deux projets importants qui me tenaient tellement à coeur, des dossiers que nous avions préparé ensemble avec le Directeur et les équipes des SI Nyon.

Ne pouvant pas les présenter, ne pouvant pas ni siéger, ni délibérer, ni expliquer, ni échanger ou débattre de ces dossiers, je me console en écrivant.

Il me reste encore ma plume pour exercer pour mandat politique, exercer mes droits et exprimer mes opinions, cette plume que personne ne pourra prendre.

Ecrire pour continuer à vivre, penser, respirer et s’exprimer comme élue politique, comme personne dévouée et dédiée au bien commun.

Ecrire pour exister et agir sous forme de résistance passive, pour la planète, le climat, la transition énergétique, la démocratie, le respect du droit du travail, le respect des femmes et la protection de la santé et du bien-être humain.

Et le soir, allumer une bougie, ici, sur notre balcon familial, face au Château de Nyon, face à la salle de réunion de la Bretèche où se tenait la Commission dédiée aux Energies.

Une lueur d’espoir dans l’obscurité, pour que brille, plus tard, ce nouvel élan, la flamme des énergies du futur.

Bonne Saint Valentin à toutes et tous.

Car il y a finalement deux règles fondamentales à toujours observer: l’amour et le respect des êtres humains.

 

L’eau source de vie

Entre pression démographique et réchauffement climatique, les besoins en eau vont augmenter d’ici 2050 mais les ressources risquent fort d’être de plus en plus limitées ou disponibles dans des quantités aléatoires en fonction des phénomènes climatiques extrêmes faisant alterner sécheresses et inondations.

La région lémanique n’échappe pas à cette réalité. C’est pour cette raison que nous avons développé avec un Plan Directeur de Distribution de l’Eau au niveau de la région de Nyon, avec les communes de Cheserex, Gingins, Eysins et Gingins. Ce plan est essentiel pour la résilience du réseau, l’adaptation au changement climatique et la préparation aux enjeux hydriques des 20 prochaines années.

Le but de rassembler  et fédérer les communes de la région, pour mettre en commun les ressources essentielles ; les SI Nyon mettent à disposition leur expertise pointue liée à la gestion de l’eau. De nombreux défis sont à relever pour faire face aux impacts du changement climatique sur les ressources hydriques ainsi que sur la biodiversité et les écosystèmes du lac et des sources environnantes.

Le nouveau plan directeur de distribution de l’eau au niveau régional, doit assurer la résilience des réseaux et l’approvisionnement en eau en quantité et qualité suffisante pour plus de 61,000 habitant.e.s.

L’eau est précieuse, il est de notre devoir de la préserver. Source de vie, elle est essentielle pour notre santé au quotidien et pour le maintien des écosystèmes, de la biodiversité et de la production agricole locale pour une alimentation de qualité et un tissu économique dynamique.

Le bassin hydrographique de notre région fait cependant face à de multiples challenges: risques de pollution des eaux, assèchement des nappes phréatiques en période de sécheresse, espèces invasives affectant les stations de pompage sur le lac, besoin croissant d’entretien des réseaux, etc.

La pression démographique mais aussi les nouveaux enjeux liés au changement climatique et à la biodiversité nous demandent une plus grande réactivité et adaptabilités.

Face à la double courbe de la pression démographique, de la population et des besoins qui augmentent mais aussi de la baisse des ressources en eau avec des nappes phréatiques qui peinent à remonter, nous avons besoin d’économiser l’eau au maximum. Il s’agit d’impliquer tous les citoyen.ne.s et en particulier les jeunes, les étudiants et les écoliers qui sensibilisent souvent leurs parents aux économies d’eau mieux que tout autre intervenant externe. Limiter l’arrosage en été, l’utilisation d’eau pour les piscines, récupérer les eaux pluviales pour les parcs publics ou encore adapter nos fontaines sont autant de mesures efficaces.

Les avantages  du plan directeur sont une meilleure sécurité d’approvisionnement en eau, la résilience du réseau grâce au maillage et à l’interconnexion du réseau, des économies substantielles de l’ordre de CHF 2.5 M en mettant en commun les ressources notamment pour la construction d’un réservoir commun, des subventions régionales pour les assurances de prévention des risques et enfin une meilleure valorisation des ressources en eau à la fois pour la population et la biodiversité.

C’est ensemble que nous pourrons faire face à ces nouveaux défis, et la solidarité entre petites et grandes communes nous permettra de préparer l’avenir plus sereinement et de mettre en place un réseau d’eau plus résilient pour faciliter l’accès à une eau de qualité pour tous et toutes.

Le projet de Plan Directeur de Distribution de l’Eau a été présenté ce lundi 24 janvier lors de la conférence de presse officielle de la Municipalité et sera déposé au Conseil Communal de Nyon le 7 février prochain, puis au Conseil intercommunal du SIECGE (Association intercommunale de distribution des eaux de Cheserex-Eysins-Grens) le 8 mars, et enfin au Conseil communal de Gingins le 8 mai 2022 (dates prévues qui seront confirmées ultérieurement).

Après la COP26: graines d’espoir pour l’avenir de la planète

Le chemin non linéaire de la transition verte

L’essentiel en 7 points:

  1. La COP 26 a eu le mérite de relancer le multilatéralisme et l’action climatique dans un monde fragmenté par le COVID-19.
  2. La pression médiatique et la mobilisation de la société civile n’ont jamais été aussi fortes et pousse les gouvernements à relever le niveau d’ambition et accélérer la transition énergétique pour sortir des énergies fossiles et aller vers un avenir sobre en carbone.
  3. De multiples nouveaux engagements ont été pris, notamment pour réduire les émissions de méthane (en lien avec les sols, l’agriculture et l’alimentation) et mettre fin à la déforestation; la nature a eu sa place à la table des négociations. Si nous additionnons tous les engagements NDCs et tous les secteurs, nous sommes cependant encore loin du compte pour arriver à rester sous la barre des 1.5°C d’augmentation de la T°C mondiale.
  4. Les pays riches n’ont pas fait suffisamment preuve de solidarité envers les pays du Sud les plus impactés par le changement climatique, avec des lacunes sur les finances et les mécanismes de réparation des dommages.
  5. Les négociations internationales créent une environnement de coopération et d’émulation positive entre les Etats mais ne remplacent pas l’action locale et nationale.
  6. La COP27 sera présidée par l’Egypte au nom du continent africain et devrait reprendre les travaux pas terminés à Glasgow. La Ministre de l’Environnement Yasmine Fouad souhaite un processus transparent et inclusif avec toutes les parties prenantes et tous les acteurs de la société civile, y compris en renforçant le rôle des femmes.
  7. Le Secrétaire Général des Nations nous encourage à continuer à plantes les graines d’un avenir plus positif pour le climat, la nature et l’humanité.

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Le retour en train depuis Glasgow m’a donné le temps de la réflexion, après cet évènement majeur qui a rassemblé des milliers de personnes venues du monde entier. Nous partageons toutes et tous le même espoir pour l’avenir de l’humanité, celui de répondre au plan grand défi de notre siècle: le changement climatique. Nous rêvons parfois de résoudre ce problème complexe avec une baguette magique, en une fois, et lors d’une conférence, mais cela ne marche pas ainsi. Répondre au changement climatique demande un changement profond et systémique de nos sociétés, à tous les niveaux, dans les secteurs, et avec tout le monde à bord. Cette transformation a commencé. Mais elle ne se fait pas de linéaire. Elle empreinte plutôt un chemin sinueux, et avance à un rythme irrégulier, en fonction des avancées technologiques mais aussi des dynamiques de pouvoir exercées par les mouvements politiques et sociaux.

En prenant de la distance, on peut voir chaque COP comme un animal unique et différent à chaque fois. Ma première COP était en 2005 à Montréal. Depuis, j’ai eu la chance de participer à une dizaine de COPs, au sein de délégations gouvernementales, de la Présidence de la COP23, de représentant.e.s du Parlement Européen, de la société civile, du secteur privé ou encore des syndicats: COP11 – Montreal, COP23 – Bali, COP14 – Poznan, COP15 – Copenhagen, COP16 – Durban, COP21 – Paris, COP22- Marrakech, COP23 – Fiji, COP24- Katowice, COP26- Glasgow.

Dans ce “train” de COPs, en quoi celle de Glasgow était-elle nouvelle ?

Relancer le multilatéralisme et l’action climatique dans un monde fragmenté par COVID-19

Dans le tourbillon des Chefs d’Etat, des évènements, de la foule, des manifestations, de la couverture médiatique et de l’adrénaline, il aurait été facile d’oublier que nous émergions encore d’une pandémie majeure. L’obligation de faire un test anti-génique chaque matin était pourtant là pour nous rappeler la réalité. L’an passé, en 2020, et pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, la COP climat avait était annulée.

C’est déjà un miracle si la COP26 a pu avoir lieu. A ce titre, nous devrions exprimer notre gratitude envers le gouvernement britannique qui a assumé la Présidence de la COP, et a pris la responsabilité de ne pas reporter encore le sommet pour le climat, malgré un nombre incroyable d’incertitudes jusqu’au jour même de son ouverture. Il n’est pas étonnant d’avoir vu Alok Sharma verser des larmes dans les dernières heures de la plénière, avant d’être encouragé par des applaudissements lui redonnant courage pour finir la dernière ligne droite de ce marathon climatique.

La pandémie et ses multiples conséquences ont fragmenté le monde, divisé les nations, autour des questions de financement de la dette, et d’équité d’accès aux vaccins. Dans ce contexte, nous devrions célébrer le fait que la COP26 ait pu avoir lieu. Même si les résultats ne sont pas satisfaisants, c’était une étape essentielle pour relancer le multilatéralisme et l’action climatique.

L’esprit de Paris, du leadership partagé, est encore en vie

Certes ces COP onusiennes sont loin d’être parfaites. Elles emergent, vivent et survivent comme de grands organismes vivants dont les différentes parties interagissent de manière complexe. Elles sont imprévisibles et incluent souvent une dose de drame, avec des interventions émouvantes de la part des négociateurs et négociatrices des pays en développement, renforcées par la réalité tragique des impacts du changement climatique sur les populations les plus vulnérables. Les COPs restent essentielles, comme moments uniques dans le temps et l’espace qui permettent à toutes les nations de se rencontrer, se concerter et prendre des mesures conjointes pour répondre à l’urgence planétaire et protéger nos biens communs.

Nous partageons toutes et tous la même planète, devrions travailler ensemble comme une grande équipe, avec un seul objectif commun: sauver l’avenir de la planète et de l’humanité.

L’adoption du Pacte de Glasgow pour le climat par 197 nations redonne vie à l’esprit de coopération et de leadership partagé de l’Accord de Paris. L’accélération du changement climatique, comme relevé par le dernier rapport du GIEC, appelle aussi une accélération de la revue des objectifs climatiques des pays, qui souhaitent désormais le faire chaque année plutôt que tous les cinq ans. Dans ce contexte perturbé par la pandémie, les pays réunis à Glasgow ont aussi réussi à se mettre d’accord sur les derniers éléments du “Rulebook” (livre de règles), notamment sur l’article 6 concernant les mécanismes de compensation et de marché du carbone. Ils doivent aussi revoir leurs plans climat nationaux pour s’aligner avec l”objectif global de 45% de réduction des émissions d’ici à 2030, sur le chemin de la neutralité carbone d’ici à 2050.

La pression de l’opinion publique et des medias augmente, et pousse les gouvernements à relever le niveau d’ambition

Même en comparaison avec la COP21 à Paris, il n’y a jamais eu autant de pression sur les gouvernements pour relever l’ambition et accélérer l’action climatique. La couverture médiatique internationale, ainsi que la mobilisation des jeunes et de la société civile poussent les décideurs à agir, au niveau global, national et local. Les CEO des grandes multinationales sont eux aussi sous la loupe. Les engagements pris par certaines entreprises ayant un business lié à l’aviation ou l’industrie pétrolière, visant la neutralité carbone mais au prix de compensations carbones à l’étranger, ne sont pas suffisants. Réduire les émissions de gaz à effet de serre est un “must”. Investir dans les puits de carbone naturels est utile et complémentaire, mais ne doit pas remplacer la décarbonisation.

Les résultats positifs des COPs sont souvent le fruit de campagnes chevronnées et de multiples points de pression. En plaçant les leaders mondiaux sous les projecteurs, les medias créent un espace d’émulation positive, où il y a de moins en moins d’espace pour les fausses annonces. La crédibilité, l’authenticité, la transparence et l’engagement sont en haut de l’échelle. Le respect pour les autres aussi, respect pour la diversité culturelle, qui est au coeur du système des Nations Unies.

De multiples engagements ont été pris à la COP26. Nous n’allons pas tous les lister, mais en voici quelques-uns qui paraissent marquants:

  • Mettre fin à la déforestation d’ici 2030, c’est l’engagement pris par plus de 141 pays, représentants 90% des forêts, avec le soutien de 33 institutions financières représentant US $ 8.7 trillions d’investissements. C’est sans doute la première fois, lors d’une COP climat, que la nature a autant sa place à la table des négociations.
  • 107 pays ont rejoint l’UE et les USA pour réduire les émissions de méthane de 30% d’ici 2030, couvrant ainsi des secteurs importants liés à l’utilisation des sols, l’agriculture et l’alimentation.
  • L’Inde a adopté un objectif de neutralité carbone d’ici à 2070, contribuant ainsi à atteindre au total 88% des émissions mondiales et 90% du PIB mondial de taux de couverture pour la neutralité carbone. Cet élément a cependant été affaibli politiquement par la demande de dernière minute de l’Inde de revoir le texte final de Glasgow, pour remplacer la sortie du charbon par la “réduction” de la part du charbon.
  • 40 pays et acteurs de la finance ont lancé un partenariat stopper les financements aux énergies fossiles; l’Alliance Beyond Oil and Gas Alliance vise aussi la sortie des énergies fossiles. L’Afrique du Sud, l’Union Européenne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni travaillent de concert sur le “just transition deal”.
  • Près de 8000 acteurs non-étatiques, dont 1049 villes et régions ont rejoint la course pour le zéro carbone.

Cependant, ces engagements ne sont pas suffisants, et il y encore beaucoup à faire.

Si nous additionnons tous les engagements, nous allons vers une augmentation de la T°C de 2.4 °C (au lieu de 3.5°C auparavant); il y a donc une amélioration mais nous sommes encore loin du compte pour arriver à 1.5°C. Nous sommes passés de 52.4Gt avant Glasgow à 41.9 Gt, mais il faudrait être à 26.6 Gt d’ici 2030.

La second élément problématique, a clairement été aussi le manque de solidarité des pays les plus développés envers les pays en développement. Les pays les plus vulnérables attendaient un mécanisme de réparation plus fort, pour compenser les dommages causés par les impacts du changement climatique en particulier pour les pays insulaires.

Enfin, sur le volet finances, le compte n’y est pas pour atteindre les US $ 100 milliards par an pour aider les pays du Sud (entre 40 et 60 milliards selon les méthodes de calcul). Il faut ajouter que les Etats, ainsi que le FMI et la Banque Mondiale, ont déboursé des trillions pour les plans de relance économiques, suite au COVID, mais sans pour autant mettre en place des critères stricts et clairs pour assurer la neutralité carbone et les impacts positifs pour la biodiversité et l’équité sociale de ces investissements.

Le Green Deal européen, avec 672 milliards d’euros, établit un critère de 37% pour financer l’action climatique mais on est loin du compte pour la biodiversité avec seulement 1% de financements.

Tous les regards se tournent vers la Présidence égyptienne de la COP27

L’Egypte présidera la COP27 pour le continent africain. Il est certain que les questions des finances et des mécanismes de réparation reviendront sur la table.

Pendant la COP26, j’ai eu l’honneur de rencontrer la Ministre de l’Environnement Mme Yasmine Fouad. Elle a présidé la Convention sur la Biodiversité Biologique et mené les négociations sur les finances pour le climat pour la présidence britannique. Si elle devient la présidente de la COP27, elle mettra certainement à l’honneur aussi les solutions basées sur la nature, l’alimentation durable, et le dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes. Elle bénéficie du soutien du Secrétaire Général des Nations.

Pour conclure, il est clair que les négociations internationales ne remplacent pas l’action nécessaire au niveau national et local. Mais les COPs créent un environnement favorable à la coopération et aussi au relèvement du niveau d’ambition. C’est aussi à nous, en tant qu’individus, de prendre des décisions responsables et de faire de bons choix en tant que citoyen.ne.s, électeurs/trices et consommateurs/trices. En mettant en place des législations et des incitations économiques plus favorables, les gouvernements ont aussi un rôle fondamental à jouer pour encourager les individus et les entreprises à faire les meilleurs choix sociaux et environnementaux. La transition ne se fera que si elle est accompagnée des mesures de redistribution et d’équité sociale, pour que personne ne soit laissé de côté.

De toutes les réactions publiées et partagées après la COP26, celle du Secrétaire Général des Nations Unies reste celle qui paraît la plus clairvoyante.

“Le chemin n’est pas toujours une ligne droite. Il y a parfois des détours.”

” Comme le disait l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson: ne jugez pas chaque journée en fonction des récoltes effectuées, mais plutôt en fonction des graines que vous avez plantées.”

” Nous avons encore beaucoup de graines à planter le long de ce chemin. Nous n’arriverons pas à destination en un jour ou en une conférence. Mais je sais que nous y arriverons. C’est le combat pour nos vies.”

“N’abandonnez jamais. Ne rebroussez pas chemin. Continuez vers l’avant. Et et je serai avec vous tout le long du chemin.”

COP26: à l’heure des choix énergétiques stratégiques

La COP26 s’ouvre cette semaine à Glasgow, la ville écossaise qui s’apprête à accueillir une centaine de Chef.fe.s d’Etat, 20,000 délégué.e.s accrédité.e.s par les Nations Unies et potentiellement plus de 100,000 militant.e.s venant rejoindre la marche pour le climat prévue le 5 novembre prochain.

Ce sommet pour le climat est unique et important pour plusieurs raisons. Il s’agit bien du plus important rendez-vous politique depuis la COP21 qui s’était tenue à Paris en 2015, il y a six ans. L’Accord de Paris, ratifié par presque tous les pays du monde entier, prévoit en effet un mécanisme de revue des engagements nationaux pris tous les cycles de 5 ans, sous la forme de “Nationally Determined Contributions” (NDCs). Les plans nationaux déposés lors de la ratification de l’Accord de Paris, nous emmènent, si nous les additionnons, vers une trajectoire de +3°C de la température mondiale; et encore, si tous les pays mettent vraiment en oeuvre la totalité de leurs engagements pris à cette date, ce qui est loin d’être gagné d’avance.

Il était donc prévu que les “Parties” ayant ratifié l’Accord de Paris se retrouvent en 2020 pour déposer les nouveaux NDCs pour les 5 prochaines années, avec un niveau d’ambition qu’il faut absolument relever si nous voulons rester dans la zone de sûreté recommandée par les scientifiques du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat), c’est-à-dire rester sous la barre des 2 voir 1.5°C d’augmentation de la T°C mondiale comparée à l’ère pré-industrielle.

Les leaders du G20 réunis à Rome, en Italie, se sont mis d’accord sur l’impératif des 1.5°C, en particulier à la lumière des derniers éclairages scientifiques et des effets d’emballement climatique, à l’origine de feux de forêt gigantesques, de fonte des glaces accélérée, et de montée du niveau de la mer menaçant l’existence des états insulaires et des villes des zones côtières. C’est une bonne nouvelle, mais insuffisante. La vraie question que nous devons poser au G20 est: comment allez-vous y arriver ?

A l’heure de l’ouverture de la COP26, se posent des choix stratégiques majeurs, en particulier pour définir l’avenir de nos ressources énergétiques. Vladimir Putin a annoncé qu’il bouderait la COP26. Xi Jinping ne sera pas non plus présent pour la Chine. Ce sont deux géants qui ne seront pas présents, l’un détenant des réserves stratégiques de gaz naturel, l’autre à l’origine d’un volume gigantesque de consommation d’énergies fossiles malgré des annonces répétées de sortie du charbon. Avec près de 1 000 gigawatts (GW), la Chine détient près de la moitié des capacités mondiales des centrales à charbon, suivie par les États-Unis (259 GW) et l’Inde (221 GW). Lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre dernier, Xi Jinping a certes annoncé que son pays arrêterait de construire des centrales au charbon, mais cela concerne les constructions à l’étranger, et il n’a pas indiqué de calendrier précis.

Restent les Etats-Unis de Joe Biden, dont le grand retour dans le giron de la diplomatie climatique est très attendu. Pierre angulaire de la politique du président américain: le Programme de performance dans le secteur de l’électricité (CEPP) d’un montant de 150 milliards de dollars (138 milliards de francs), dont l’idée est de récompenser les services publics qui passent aux énergies renouvelables et de pénaliser les autres. Selon les experts, le CEPP réduirait la majorité des émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité, qui représentent environ un quart des émissions américaines. Les Etats-Unis restent encore très dépendants du pétrole, en particulier pour le secteur des transports (aérien et routier), mais ils pourraient bien rattraper leur retard du fait de leur grande capacité de développement de technologies innovantes.

En renouant un dialogue étroit avec les américains, les Européens souhaitent reprendre le leadership de la diplomatie climatique après une longue période d’attentisme provoquée par le scepticisme de Trump. Ursula Von Der Leyen se positionne en grande championne de la relance économique verte et neutre en carbone, avec €672.5 milliards investis dans les pays européens, à condition que 37% contribuent à l’action climatique et aux objectifs de 55% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, puis la neutralité carbone en 2050. La nature est cependant la grande oubliée des ces investissements, avec seulement 1% des fonds allant à la biodiversité et à la restauration des écosystèmes, pourtant nos meilleurs alliés pour absorber du carbone dans les puits naturels et nous adapter aux impacts du changement climatique. De plus, les objectifs climatiques tracent une trajectoire qui n’est pas encore à la hauteur des ambitions. L’UE vise actuellement une part de 32 % de renouvelables dans son bouquet énergétique total d’ici à 2030, mais cet objectif devrait être révisé à la hausse, entre 38 % et 40 %. Pour y parvenir, la croissance de la production éolienne et solaire, encore trop lente, devrait quasiment tripler, précisent, dans un rapport publié le 25 janvier, les centres de réflexion Ember et Agora Energiewende.

Enfin, l’Europe reste très dépendante des importations de gaz russe, et vulnérable aux fluctuations du marché, comme l’a montré l’affolement de ces dernières semaines face au triplement du prix du gaz. La question nucléaire est vite revenue sur le tapis, en commençant par la France qui se voit acculée devant le choix stratégique de renouvellement de son parc nucléaire, ou de développement massif et expansif des énergies renouvelables, ou encore de risque de black-out collectif et répété. Le nucléaire de seconde génération se heurte cependant à une forte opposition de l’opinion publique et de réels problèmes de gestion des déchets nucléaires, d’approvisionnement en uranium, mais aussi de coûts économiques exorbitants pour les générations futures qui devront assumer la prise en charge des démantèlement des centrales en fin de vie. Reste encore la piste du nucléaire de troisième ou quatrième génération et de l’utilisation du thorium, mais les investissements en recherche et développement restent très importants, et certainement pas à portée de porte-monnaie pour les pays en voie de développement.

La COP26 s’ouvre donc sur des choix stratégiques majeurs, d’autant plus importants que nous entrons dans une phase de reprise économique post-COVID qui a fait augmenter la demande de matières premières et qui mobilise tous les Ministres de l’Economie et des Finances pour recréer des emplois et éviter des explosions sociales plus fréquentes, comme il y a en eu d’ailleurs au Chili en 20219, lorsque la COP a dû être déplacée à Madrid.

La toute première décision que les dirigeants du G20 devraient prendre, afin de donner l’exemple pour les autres pays qui se mobilisent pour le climat lors de la COP26, c’est de ne plus subventionner les énergies fossiles. Comment pourrions-nous encore accepter de l’argent du contribuable aille dans ces énergies polluantes, destructrices pour la planète mais aussi pour la santé humaine, à l’origine de millions de morts prématurées dans les grandes villes polluées ? D’après une étude récente publiée par l’IMF, les gouvernements continuent de dépenser $11 millions par minute pour les énergies fossiles, et au total $ 5.9 trillions en 2020, soit 6.8% du PIB mondial, un chiffre qui devrait encore augmenter pour atteindre 7.4 % en 2025. Vraisemblablement, il faut croire que nous marchons sur la tête.

La raison de la lenteur des dirigeants du G20 à réformer les subventions aux énergies fossiles n’est cependant pas sans explication. Dans des pays comme l’Indonésie, les populations les plus vulnérables dépendent de ces subventions pour leur apport énergétique et leurs déplacements. La transition énergétique, pour être acceptable, doit donc s’accompagner de mesures sociales de redistribution des richesses et de soutien massif aux alternatives (transports publics, mobilité douce, accès aux énergies renouvelables y compris dans les villages reculés). A une autre échelle, le mouvement des gilets jaunes dans les zones rurales et le non des Suisses à la loi CO2, plus marqué dans les zones de montagne éloignées des centres urbains, montrent aussi l’importance de la transition juste, sociale et équitable.

L’Objectif n°7 de l’Agenda 2030 pour le développement durable (des 17 “Sustainable Development Goals” vise à faciliter l’accès à tous et toutes à des sources d’énergies durables, abordables, modernes et fiables. Alors que nous nous attelons à réduire notre empreinte énergétique en réalisant des économies d’énergie, en isolant nos bâtiments, et en adoptant des gestes éco-responsables, la consommation d’électricité est cependant en train d’exploser dans les pays riches, du fait de la digitalisation, des centres de données gourmand en énergie, et aussi du développement de l’électro-mobilité.

Mais sur le continent africain, pour beaucoup l’énergie est une question de survie et de droits humains, que ce soit pour cuisiner des aliments dans un contexte de déforestation croissante et de pénurie de bois de cuisson, ou pour l’éducation, quand il manque simplement une lampe pour permettre aux enfants de faire leurs devoirs le soir. Aujourd’hui 1 milliard d’être humain est en situation de pauvreté énergétique, principalement en Afrique et en Asie. En Afrique sub-saharienne, 57% de la population n’a pas accès à l’électricité. Face à la pauvreté énergétique, notre gourmandise de surconsommation donne le tournis.

Face à cette situation, quels sont les choix que nous pouvons ou devons faire ?

Plusieurs options se dessinent, qui se complètent les unes les autres, plutôt que de s’opposer entre elles:

  1. Réduire notre consommation énergétique est un impératif en particulier dans nos pays développés; la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et l’adaptation de nos modes de vie sont autant de remède à la gabegie énergétique qui nous rend dépendants aux énergies fossiles importées de pays plus ou moins démocratiques; la meilleure des énergies est encore celle que nous ne consommons pas; cela veut dire aussi potentiellement se passer de la 5G, et n’utiliser la voiture électrique qu’en dernier recours, après avoir considéré toutes les options de transports publics et de mobilité douce;
  2. Développer massivement les énergies renouvelables, reste une stratégie gagnant-gagnant pour l’économie et l’environnement; l’énergie solaire n’a jamais été aussi bon marché et concurrence désormais la plupart des autres sources d’énergie, notamment le charbon dont le prix n’est plus aussi compétitif; ancrées dans le territoire, les énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermier) sont des réservoirs d’emplois locaux remarquables;
  3. Ne plus subventionner les énergies fossiles paraît être un levier fiscal indispensable, mais qui doit s’accompagner de mesures de transition juste, équitable et solidaire pour les plus pauvres;
  4. Investir dans des réseaux d’énergie locaux plus résilients, c’est aussi redonner du pouvoir aux citoyens, à la gouvernance et à la démocratie locale, pour s’affranchir des oligarques riches en monopoles d’énergies carbonées; à terme, les impacts du changement climatique se feront aussi sentir et les risques de black-out liés aux interdépendances et interconnections entre réseaux ne peut que nous inciter à développer des “écosystèmes” d’acteurs et de réseaux énergétiques qui peuvent se substituer entre eux en case de panne ou d’arrêt de l’un d’eux;
  5. Enfin investir dans les transferts de technologie, la formation et le développement de savoir-faire, tant dans les pays du Nord que les pays du Sud, c’est aussi une garantie pour améliorer la qualité de vie dans les pays les plus pauvres et assurer un avenir pour des jeunes en quête de sens et d’avenir professionnel. Si tous les jeunes qui suivent aujourd’hui Greta dans la rue pour les grèves du climat se retrouvent un jour sur des toits en train d’installer des panneaux solaires, c’est que nous aurons gagné une partie du pari de la transition énergétique.

Comme l’eau, l’énergie est source de vie. Elle est la condition essentielle d’accès à de nombreux autres biens et services, en commençant par la santé, l’alimentation et l’éducation. Si nous développons des réseaux locaux et résilients d’énergies locales et renouvelables, nous investissons dans un avenir plus juste et plus solidaire pour les générations futures. A condition de faire les bons choix stratégiques aujourd’hui, et de ne pas céder aux solutions de facilité, celles du “business as usual”, qui consiste à relancer l’économie à coup de subventions énergies fossiles et aux infrastructures lourdes (constructions de routes, autoroutes, aéroports par exemple).

C’est aujourd’hui que nous devons investir dans une relance économique verte alimentée par les énergies du futur, d’autant plus que les milliards que nous investissons aujourd’hui peuvent soit nous mettre sur la trajectoire de la neutralité carbone, soit nous enfermer encore pour des décennies de plus dans cette dépendance toxique aux énergies fossiles.

Enfin, sujet tabou mais pourtant central et essentiel pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, la réduction des émissions de gaz à effet de serre passe aussi par un contrôle “choisi” de la démographie. L’égalité entre les femmes et les hommes et l’éducation des filles sont des facteurs essentiels permettant aux femmes de choisir réellement le nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir. C’est une des clefs devant permettre au monde entier d’atteindre la neutralité carbone, comme démontré par les scientifiques du projet Drawdown passant en revue toutes les solutions climatiques, et cela bien avant le recours au nucléaire.

Le sujet sera-t-il à l’ordre du jour de la COP26 à Glasgow ? Rien n’est moins sûr. Mais l’énergie sera au goût du jour.

Et sans aller jusqu’aux questions sensibles au plan éthique du planning familial, de nombreuses femmes leaders dans le secteur de l’environnement se posent tout de même une question très simple: où sont passées les femmes dans l’équipe de la Présidence de la COP26? C’est le sens de la campagne SHEchangesClimate lancée avec mes collègues Bianca Pitt et Antoinette Vermilye, qui demande à ce que 50% de femmes leaders soient présentes aux tables de négociation. Rachel Kyte fait d’ailleurs partie des ces femmes extraordinaires à l’origine de l’initiative Sustainable Energy For All, dont un des objectifs premiers était de promouvoir l’accès à des énergies propres pour les femmes en Afrique.

A voir donc si les femmes et les énergies propres s’invitent à la table des négociations à Glasgow. Dans tous les cas, elles font déjà partie des ingrédients indispensables à la réussite de la transition énergétique au niveau local.

 

 

Notre économie dépend de la nature, notre vie et notre santé aussi.

D’après le dernier rapport du Forum Économique Mondial, plus de la moitié de nos richesses économiques dépendent de la nature, avec des pertes potentielles estimées à 44,000 milliards de dollars liées à l’effondrement de la biodiversité et aux changements climatiques.  Or, nous faisons déjà face à une 6ème extinction de la biodiversité. La population d’animaux vertébrés a connu une chute vertigineuse de 68% depuis 1970 et plus d’1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction dans les deux prochaines décennies.

Les secteurs économiques les plus exposés à la perte de biodiversité sont ceux de la construction (USD 4,000 milliards), l’agriculture (USD 2,500 milliards) et l’alimentation (USD 1,400 milliards). Les écosystèmes jouent un rôle clef dans le bon fonctionnement de notre économie, en procurant des biens et des services indispensables, tels que la pollinisation, l’assainissement de l’eau et la régulation des vecteurs de maladies virales ou bactériennes. Nous appelons aussi cela : les services écosystémiques.

Les plus grandes économies mondiales, en particulier la Chine, l’Union Européenne et les États-Unis, sont exposées à la perte des services écosystémiques.

C’est donc seulement en réconciliant notre économie mondiale avec les grands équilibres naturels que nous pourrons assurer un système stable et viable à long terme pour les générations futures.

Certains grands groupes privés l’ont compris, à l’instar des multinationales regroupées pour la bannière de la plate-forme OP2B (One Planet Business for Biodiversity), lancée par Emmanuel Faber, ancien PDG de Danone, véritable visionnaire – et sans doute trop visionnaire pour une partie des actionnaires du géant français de l’agro-alimentaire.

D’autres entreprises, comme Unilever, ont compris que si elles voulaient encore exister dans 50 ou 100 ans, elles allaient devoir investir massivement dans la restauration de nos écosystèmes, car ils sont à la base même de la vie et de la création de valeur ajoutée pour toutes les chaînes de production.

Afin d’encourager les gouvernements mais aussi tous les acteurs de la société civile et des entreprises à investir massivement dans la régénération des sols, des forêts et des océans, les Nations Unies ont lancé le 5 juin dernier, pour la Journée Mondiale de l’Environnement, la Décennie pour la Restauration des Ecosystèmes. Au même moment, David Attenborough et Johan Rockström lançaient un nouveau documentaire « choc » sur Netflix, « Breaking Boundaries », un appel SOS lancé à tout un chacun pour sauver l’humanité.

En réalité ce sont bien tous les Objectifs de Développement Durable, les 17 « Sustainable Development Goals » adoptés par tous les pays du monde en 2015, qui dépendent de la biosphère et l’atmosphère, et d’une nature en bonne santé, comme le montre ce graphique.

Investir dans la nature, c’est notre meilleure assurance vie pour l’avenir.

Les scientifiques sont unanimes pour dire que la destruction des écosystèmes, l’urbanisation débridée et la production de viande industrielle augmentent le risque de zoonoses, c’est à dire de transmission de virus des animaux aux humains. La santé des humains est intimement liée à celle des animaux et de la planète, car au final nous faisons tous partie du même système vivant.

La pandémie du COVID-19 aura coûté de nombreuses vies, et des milliers de milliards à l’économie mondiale. Et nous ne sommes pas à l’abri de résurgences d’autres infections. Ebola par exemple a été transmis à un enfant depuis un arbre couvert de chauve-souris, dans un village de Guinée où la déforestation avait poussé les animaux sauvages à quitter leurs habitats naturels. C’est ce que rappelait récemment Mme Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission Européenne, dans un discours en faveur du « Green Deal » européen, un plan de relance pour l’économie de l’Union promouvant les investissements verts.

La relance sera-t-elle vraiment verte ?

La sortie de crise du COVID-19 appelle en effet tous les leaders européens à repenser leurs sociétés et relancer leurs économies sans reproduire les erreurs du passé. Après des mois de négociation, les États membres de l’Union Européenne se sont mis d’accord sur un paquet de relance de 671 milliards d’euros, à débourser entre 2021 et 2026. Ils doivent pour cela présenter des plans de relance et de résilience (RRPs) à la Commission Européenne pour approbation des grandes lignes d’investissement. Ils se sont aussi engagés à investir au moins 37% pour l’action climatique. En ce qui concerne la biodiversité, les choses se compliquent. En effet, il n’y a pas eu de critères stricts, de directives, ou même de recommandations claires de la part de la Commission Européenne envers les États membres à ce sujet.

Les résultats de l’étudeFund Nature, Fund the Future” rendue publique le 9 Juin par Vivid Economics et Climate & Sustainability sont donc peu étonnants. Au terme d’une analyse approfondie près de la moitié des plans de relance, que nous avons réalisée avec l’équipe d’économistes de Vivid Economics, nous constatons que la plupart de ces plans remplissent les critères de l’action climatique mais sont bien loin du compte en ce qui concerne les objectifs de la Stratégie pour la Biodiversité de 2030. Pour les 10 pays européens passés au crible, moins de 8% des investissements contribuent à une relance économique positive pour la nature, 10% ont des impacts négatifs pour la biodiversité et seulement 1% des investissements sont clairement identifiés pour financer des solutions basées sur la nature, par exemple les projets de reforestation et de restauration des zones humides. Ne devrions-nous pas viser une relance 100% positive pour la nature, quand nous savons à quel point notre économie et notre santé en dépendent ?

Il s’agit là clairement d’une opportunité manquée, pour la biodiversité, mais aussi pour l’action climatique, car un tiers des réductions des émissions de gaz à effet de serre peut être atteint avec le développement des solutions basées sur la nature.

C’est aussi une opportunité manquée pour l’emploi, quand on sait que les solutions basées sur la nature génèrent aussi plus d’emplois et de valeur économique que les mesures de relance classiques.

Le Forum Économique Mondial a d’ailleurs estimé qu’un programme de relance post-COVID-19 axé sur la protection et la restauration de la nature, la stimulation de la productivité des ressources et le renforcement des chaînes de valeur régénératives pourrait favoriser la création de 395 millions d’emplois au cours de la prochaine décennie, tout restaurant le capital naturel et en bénéficiant à la santé humaine.

Ici en Suisse, osons dire Oui à la Nature

En juin 2021, en en Suisse, nous nous apprêtons à voter sur des initiatives importantes pour l’interdiction des pesticides de synthèse et pour la protection de la qualité de l’eau. Le débat fait rage, sous couvert de peur de perte de compétitivité économique sur les marchés agricoles. Et pourtant, c’est bien en restaurant la biodiversité et la richesse des sols que nous pourrons assurer une productivité agricole stable et durable.

Chaque année, ce sont plus de 2,000 tonnes de fongicides, herbicides et insecticides qui sont pulvérisés sur les champs en Suisse, ce qui équivaut à plus de cinq tonnes par jour. Ces produits phytosanitaires appauvrissent les sols et se retrouvent dans l’eau. Les communes doivent désormais investir des  millions pour construire des stations d’épuration aux normes, afin de s’assurer que ces produits phytosanitaires ne se retrouvent pas notre verre d’eau. Autant d’argent dépensé par les contribuables. A noter aussi que ces produits sont pour la plupart des perturbateurs endocriniens hautement toxiques qui modifient le fonctionnement naturel de nos hormones et donc de notre capacité de reproduction. Ils sont également cancérigènes, à l’origine d’une nette augmentation des tumeurs au cerveau dès l’enfance et des lymphomes, dont les agriculteurs sont les premiers à en souffrir. A la souffrance humaine, s’ajoute la facture sanitaire élevée qui se retrouve aussi dans les frais imputés à l’économie réelle.

Pour se donner la chance d’engager une relance résolument verte, positive pour la santé, l’économie et la nature, nous devons oser prendre le virage de l’agriculture régénérative, pour se passer des intrants chimiques qui empoisonnent nos vies et nous rendent dépendants de l’industrie pétrochimique. Cela passe bien sûr par un dialogue apaisé et un soutien sans faille à nos agriculteurs, pour réussir ensemble cette transition, de façon unie et solidaire, pendant cette décennie de la restauration des écosystèmes.

Avec mes remerciements pour sa relecture à Mathieu Logeais, Co-Directeur du Programme de relance économique verte ([email protected]).

Voir ici le rapport sur la relance économique verte en Europe, publié le 9 Juin 2021: https://www.climate-sustainability.org/news-1/2021/6/9/nature-is-key-to-economic-recovery