Gustavo Adolfo Bécquer : un romantique inspiré par Heinrich Heine

Gustavo Adolfo Bécquer : Rimes pour la postérité

Écrivain, dramaturge et poète romantique, Gustavo Adolfo Bécquer est considéré comme le fondateur du lyrisme espagnol moderne. L’amour qu’il porte à une cantatrice, l’amène à écrire les Rimes auxquelles il doit sa renommée littéraire. Elles sont à l’origine du courant de poésie intimiste inspirée par Heinrich Heine qui s’opposait à la rhétorique pompeuse des poètes romantiques antérieurs.

 

Gustavo Adolfo Bécquer : orphelin et malade

Né à Séville le 17 février 1836, fils et frère d’artistes peintres, il devient orphelin à l’âge de dix ans. Son frère aîné, Valeriano, et lui sont adoptés par leur oncle.

A l’âge de dix ans, Gustavo Adolfo commence une carrière nautique à l’école San Telmo de Séville. Sa vocation est frustrée lorsque l’école ferme ses portes. Sa marraine, Manuela Monahay, le recueille. En femme cultivée, elle possède une merveilleuse bibliothèque ou l’adolescent passe des heures à lire des livres de toutes les époques et de tous les horizons.

En 1854, avec son frère, il s’installe à Madrid où il collabore à plusieurs publications journalistiques tout en adaptant des pièces de théâtre, des œuvres dramatiques légères françaises ou italiennes. Avec quelques amis, il fonde la revue España Artística  mais de graves problèmes économiques et de santé – il est atteint d’hémoptysie – commencent à l’affaiblir. Il se réfugie dans le monastère de Veruela afin de se rétablir. De là, il envoie ses écrits à diverses revues parmi lesquels Lettres de ma cellule.

Gustavo Adolfo Bécquer : un amour intouchable

De retour à Madrid, il éprouve un amour profond, passionnel et platonique pour la cantatrice Julia Espín. Beaucoup de ses rimes sont inspirées par elle mais c’est avec Casta, la fille de son médecin, avec qui Bécquer se marie en 1861. Avec elle, il aura trois enfants, mais le dernier d’entre eux est source de conflit entre les époux, Gustavo l’attribuant au fruit d’un amour extra-conjugal.

Gustavo Bécquer a été rédacteur en chef du journal El Contemporáneo, mais n’a jamais participé à la vie publique ou politique. La célébrité ne l’a pas accompagné de son vivant. On le disait sérieux, gentil, peu expressif et se contentait d’un cercle d’amis restreint. Il admirait Chopin et s’évadait dans la musique.

Son travail simple, chaleureux, sentimental et raffiné se compose de ses célèbres Rimes, d’un ensemble de 94 poèmes courts, de 25 légendes et de ses neuf lettres littéraires avec le titre Desde mi Celda.

Gustavo Adolfo Bécquer : père de la littérature moderne espagnole

Bien que sa renommée soit due à ses vers, sa prose est aussi merveilleuse. Dans les Légendes, il captive le lecteur en lui montrant un monde fantastique. Il n’a essayé ni de laisser des enseignements moraux, ni de s’attacher à la logique. En auteur romantique, il a donné libre cours à son imagination et à ses sentiments. Certains textes appartiennent au gothique ou au genre de l’horreur, d’autres sont de vrais poèmes, écrits en prose, d’autres sont des récits d’aventure. L’on y perçoit son admiration pour la nature et les paysages castillans.

Avec Rosalía de Castro, il a inauguré la ligne espagnole moderne et a ainsi été reconnu par des auteurs prestigieux tels que Miguel de Unamuno, les frères Antonio et Manuel Machado, Juan Ramón Jiménez, Rafael Alberti, Federico García Lorca, etc.

Ses célèbres comptines ont été écrites en 1867, mais il a perdu le manuscrit pendant la Révolution de 1868. Il l’a reconstitué de mémoire et avec l’aide de ce qu’il avait déjà publié dans les journaux de l’époque. Il l’intitule El libro de los gorriones –Le livre des Moineaux- conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid. Dans ces versets s’entrelacent souvenirs, amour, déception, désespoir et mort.

Usé par la maladie qui l’accompagnait depuis 1858, il s’éteint à 34 ans, à Madrid, le 22 décembre 1870 quelques mois après son frère décédé en septembre.

Parmi ses dernières volontés, il demande à son ami, le poète Augusto Ferrán, de brûler ses lettres personnelles et de publier ses vers. Il pensait qu’il serait reconnu après sa mort et sa prémonition s’est réalisée.

 

Sources :

– Rimas y Leyendas, Edición Enrique Rull

– España es cultura

– Poemas del Alma

Jérôme Meizoz : un auteur tendre, constant et prolifique

Jérôme Meizoz: érudition et discrétion

Sans tapage, ni déclarations fracassantes, le valaisan Jérôme Meizoz écrit et la liste de ses publications est longue. Essayiste, il s’adonne également à la poésie, aux récits historico-socio-politiques et à la fiction. En 2018, il devient le lauréat du Prix suisse de littérature pour Faire le garçon, un roman documentaire pertinent et tendre, sur les contraintes que l’on impose aux hommes, dès leur plus jeune âge, afin d’en faire de vrais modèles de masculinité selon les normes sociales en vigueur à la fin du XXème siècle dans une campagne catholique. En ce jour de St-Valentin où quitter, partir ou être seul-e, semble souvent plus pesant qu’un autre jour, j’ai choisi de vous présenter un poème qui décrit le désœuvrement que l’on éprouve parfois dans les gares. Paru dans Terrains vagues, éditions de L’Aire -2007-, un recueil réédité par L’Âge d’Homme – «Poche suisse », 2015.

 

Jérôme Meizoz :  biographie succincte

Jérôme Meizoz, né en 1967 en Valais, vit à Lausanne. Ecrivain et professeur de littérature française à l’Université de Lausanne, auteur de diverses études consacrées à Rousseau, Töpffer, Ramuz, Céline, à des auteurs suisses (Chappaz, Bille, Cherpillod, Nessi, Lovay) comme à la littérature française contemporaine (Annie Ernaux, Pierre Bergounioux). Son premier récit, Morts ou vif (Zoé, 1999) a reçu la mention «Livre de la Fondation Schiller Suisse 2000». Il a publié notamment Les Désemparés (Zoé, 2005), Terrains vagues (L’Aire, 2007), Fantômes (En bas, 2010), Séismes (Zoé, 2013), Haut Val des loups (Zoé, 2015). En 2018, le roman Faire le garçon (Zoé), reçoit un Prix suisse de littérature.

Pour davantage d’information, vous pouvez consultez son site où écouter l’entretien accordé à Mélanie Croubalian dans son émission Entre nous soit dit – RTS- lors de la réédition de Terrains Vagues. Meizoz y déclare aimer écrire -ou plutôt prendre des notes- dans les trains.

Afin de rester dans l’ambiance de l’auteur et de donner un écho au poème de ce 14 février, je vous invite à découvrir une vidéo tournée à la gare Genève-Cornavin d’où, Jérôme Meizoz, nous explique l’importance que l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau revêt encore aujourd’hui.

 

Jean de la Fontaine: un libertin repenti

Jean de la Fontaine : le plus moralisateur des libertins

Nous connaissons cet homme de lettres en tant que fabuliste moralisateur qui aura su se faire haïr par de successives générations de jeunes écoliers – heureusement pas de tous. Or, Jean de la Fontaine écrivait non seulement des livrets d’opéra, des pièces de théâtre et des poèmes mais également des contes licencieux. Écrivain et poète vaguement libertin, pour accéder à son rêve le plus cher – un fauteuil à l’Académie Française- il dut renier ses premiers contes, se « réconcilier » avec Dieu et surtout avec ses représentants de l’église catholique. La poésie d’aujourd’hui a pour sujet la volupté sous toutes ses formes. Elle est extraite du livre “A l’heure de l’amour et des roses”, poèmes choisis par Hubert Gravereaux et délicatement illustrés par Lotte Günthart. Parution aux Éditions Payot, Lausanne, en 1968.

Jean de la Fontaine: le protégé des Dames

Jean de La Fontaine, naît un début juillet 1621, à Château-Thierry, dans la bourgeoisie de province. Avant de s’installer à Paris, il vit ses premières années dans l’hôtel particulier que possèdent ses parents.

Proche de Nicolas Fouquet, de Molière, Boileau et Racine, Jean de La Fontaine reste à l’écart de la cour royale non par choix mais parce qu’il n’est guère apprécié en haut lieu. Il profite de cette distance pour publier, de 1668 à 1674, des Contes et Nouvelles, à tendance libertine, écrits pour l’une de ses protectrices. La méfiance de la cour à son égard, principalement due à sa fidèle amitié envers Nicolas Fouquet, ne l’empêche pas de pénétrer dans les meilleurs salons. Quelques dames amoureuses des lettres lui octroient tour à tour leur protection.

Jean de la Fontaine: les contes ou le fauteuil

Malgré des oppositions, il est reçu à l’Académie française en 1684. A cette occasion, il est obligé de renier publiquement ses contes licencieux.

Après la perte de Madame de la Sablière, sa dernière protectrice, son moral tombe au plus bas. Il perd goût à la vie, tombe malade, passe son temps à lire les Évangiles et entame des discussions avec les prêtres. Un abbé persuade Jean de la Fontaine de se confesser. Il insiste sur une confession publique afin que tous puissent assister au reniement de ses contes. Il le fait dans sa chambre en présence des académiciens. L’abbé lui fait promettre de ne plus écrire que des textes pieux et lui accorde l’extrême onction.

Contre toute attente, il se rétablit et retourne à l’Académie.

Il meurt le 13 avril 1695.

Pour écrire ses fables, Jean de la Fontaine s’est inspiré des fabulistes de l’Antiquité gréco-latine et en particulier d’Ésope. Le premier recueil qui correspond aux livres I à VI des éditions actuelles est publié en 1668, le deuxième (livres VII à XI) en 1678, et le dernier (livre XII actuel) est daté de 1694. L’adresse de ses vers et la morale des textes, plus complexes qu’ils n’y paraissent, ont assuré leur succès. Actuellement, Les Fables de La Fontaine sont considérées comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Le fabuliste a éclipsé le conteur d’autant, qu’afin de sauvegarder la morale, on a mis dans l’ombre ses contes licencieux.

Un merci à Michel Pennec et à la Librairie Humus à Lausanne.

Sources :

-Histoire pour tous

-Musée Jean de la Fontaine

-Wikipédia

Alexis-Félix Arvers : une muse énigmatique, un sonnet et Gainsbourg pour le chanter

Alexis-Félix Arvers : un sonnet passé à la postérité

En 1906, Le Soleil du Dimanche illustré du 9 septembre annonçait que l’on venait de poser une plaque commémorative sur la maison où était né, cent ans plus tôt, Alexis-Félix Arvers. A présent oublié, cet homme de lettres doit sa réputation à l’une des poésies les plus récitées de son siècle et, surtout, au mystère qui entoure la muse qui l’aurait inspiré. La version proposée – il en existe plusieurs mais seuls quelques détails changent – est tirée de l’hebdomadaire cité plus haut. Ce poème porte comme titre Un secret  mais il est généralement nommé Sonnet d’Arvers.

 

Alexis-Félix Arvers : un dandy ami d’Alfred de Musset

Le poète et dramaturge français Alexis-Félix Arvers naquit à Paris le 23 juillet 1806, au numéro 1 de la rue Budé, dans le 4ème arrondissement.

Notaire de profession, il rêvait de devenir un homme de plume. Il y réussit en faisant jouer une douzaine de comédies légères, un genre dont raffolait le public petit-bourgeois de l’époque. Leur succès lui permit de mener une existence « de dandy » et de fréquenter d’autres auteurs, notamment Alfred de Musset dont il était vraisemblablement un proche.

Mille suppositions pour un sonnet

C’est dans le salon littéraire organisé par Marie Menessier-Nodier, poétesse et écrivaine fort connue en son temps, où il était coutume que chaque invité laissât quelques vers où phrases dans l’album de la maîtresse des lieux, qu’Alexis-Félix rendit public son sonnet titré Un secret. Presque aussitôt, il devint n°1 au « hit-parade » de la poésie et y resta longtemps. En effet l’énigmatique femme à qui s’adressait ce poème, ne cessa d’intriguer et de faire parler les contemporains du poète. Si la majorité s’accordait à penser qu’il s’adressait à Marie Menessier-Nodier, d’autres estimèrent que cette femme n’existait pas réellement, qu’il s’agissait d’une allégorie. Certains relevèrent que l’inconnue pouvait être Adèle Hugo, l’épouse de Victor Hugo. Ils s’appuyaient sur deux rimes du dernier tercet : « fidèle » et « d’elle » qui feraient écho au prénom Adèle.

De nos jours, une hypothèse penche pour qu’il s’agisse de son amour d’adolescent, une jeune fille de son âge qu’il ne put ni épouser ni courtiser, d’autant qu’elle mourut très jeune.

Quoi qu’il en fût, à l’époque, ce sonnet su et récité par toutes les femmes, et dont on parlait dans les salons les plus chics, fit la gloire de son auteur, mais lui attira aussi de nombreux ennemis, dont Prosper Mérimée qui le détestait. Souvent pastiché, y compris vers la moitié du XXème siècle, il inspira également Serge Gainsbourg qui en fit une chanson très swing, au début des années 1960.

Le 7 novembre 1850 à Paris, Alexis-Félix d’Arvers, alors âgé de quarante-quatre ans, décéda d’une maladie de la moelle épinière, pauvre et, à l’instar de son œuvre hormis son fameux sonnet, oublié de tous. Son corps repose dans le cimetière de Cézy, d’où sa famille était originaire. Il semblerait que la jeune adolescente qui l’aurait inspiré y est aussi enterrée.

Écoutez, ci-dessous, la version de Serge Gainsbourg.

 

Sources :

Le Soleil du Dimanche illustré, septembre 1906

-Un jour un poème

Bacfrançais.com

-Wikipédia

-Youtube: Chansons, folklore et variétés

Albert Mérat: l’égal de Verlaine remplacé par un bouquet

Albert Mérat: le parnassien absent

Rimbaud considérait Albert Mérat comme un talentueux visionnaire. Quasi l’égal de Verlaine. Toutefois, suite à une dispute avec le jeune et provocateur poète, Mérat qui faisait partie des Parnassiens dont il était l’un des fondateurs, refusa de poser pour le peintre Fantin-Latour qui immortalisa les hommes de lettres de ce mouvement dans son tableau « Un coin de table ». Remplacé par un bouquet de fleurs, cette absence nuisit à sa postérité.

 

 

Albert Mérat est un poète français, né à Troyes le 23 mars 1840 et décédé à Paris en 1909. Fils et petit-fils d’avocats, arrivé à Paris avec sa mère devenue veuve, il fait son Droit mais préfère vite Les Lettres.

Comme il est d’usage chez les poètes XIXe siècle, Albert Mérat voyage. Sa poésie évoque surtout le ciel et le soleil de l’Italie ainsi que ses monuments. Le plaisir du retour, son attachement au pays, sont aussi très présent dans son œuvre.

Mérat affectionne également s’inspirer des paysages qu’il connaît bien, notamment de la campagne de la région parisienne. La vie à Paris demeure l’un de ses sujets de prédilection et les femmes sont l’un de ses sujets favoris. Dans le recueil L’idole, il décrit à peu près toutes les parties de leur corps, hormis les fesses ce qui lui sera reproché par d’autres Parnassiens.

Un recueil est entièrement consacré aux Parisiennes : Triolets des Parisiennes de Paris.

 

Sources:

-La Cave à Poèmes

-Troyes d’hier à aujourd’hui

Jürg Schubiger : la philosophie et la psychologie au service de la littérature jeunesse

Des poèmes doux pour tous les âges

Psychologue, Jürg Schubiger, fils d’un éditeur suisse alémanique, a toujours vécu dans le monde du livre. Bien qu’il soit l’auteur d’une thèse sur Franz Kafka et d’œuvres s’adressant aux adultes, on le connaît principalement pour ses livres pour enfants, des livres si charmants qu’ils séduisent aussi les grands.

Le poème ci-dessous est extrait de « Deux qui s’aiment ». Conseillé dès 6 ans, ce recueil comprend une vingtaine de poèmes sur le thème de l’amour. Wolf Erlbruch, qui l’a illustré, a choisi de coupler des animaux amoureux avec qui faire la paire semble improbable : oie et chat, lièvre et sauterelle, chien et poisson rouge ! Seuls lapins, canards et ours restent entre eux. Une manière tendre, pleine de tact, d’apprendre à s’ouvrir à l’autre quelle que soit son allure, sa provenance ou son genre. Par ailleurs, si vous avez gardé une âme douce, vous pouvez lire ces poèmes à l’élu-e de votre cœur, quel que soit votre âge.

 

 

Jürg Schubiger est né en 1936 à Zurich et a grandi à Winterthur. Après une adolescence et une entrée dans l’âge adulte riches de diverses expériences et de séjours dans le sud de l’Europe, il étudie la littérature allemande, la psychologie et la philosophie. Après ses études, il a travaillé dans une maison d’édition spécialisée dans les manuels scolaires, jusqu’à ce qu’il ouvre, en 1979, son propre cabinet de psychologie auquel il consacre la majeure partie de son temps. A sa retraite, il reprendra l’écriture de manière intensive.

Jürg Schubiger a surtout écrit de la littérature jeunesse, mais également de nombreux contes et romans pour adultes. Son œuvre poétique et philosophique s’adresse également à un public moins jeune sans doute parce que l’auteur, comme il le disait lui-même, écrit ses histoires sur deux niveaux : « Les enfants doivent trouver leurs propres points de contact et les adultes ne doivent pas perdre la joie du texte. Par conséquent, écrire pour les enfants signifie toujours “aussi pour les enfants” ».

Son œuvre littéraire pour la jeunesse est complète: de 1978 à 2013,  19 livres sont publiés indépendamment de nombreux articles dans des journaux, des magazines et des anthologies. Traduite dans de nombreuses langues, elle a été couronnée par le prix “Hans Christian Andersen“ en 2008.

Jürg Schubiger est décédé le 15 septembre 2014 .

Sources :

Éditions La joie de lire

– Wikipédia

 

Mitsuhashi Takajo: l’une des créatrices du haïku expérimental

Mitsuhashi Takajo: pilier de la poésie moderne japonaise

Le 24 janvier 1899, naissait dans le village de Tabachi, près de Narita, l’une des plus grandes poétesses japonaises du haïku de la période Shōwa : Mitsuhashi Takajo.

 

 

 

Mitsuhashi Takajo, admiratrice et disciple de l’essayiste et poétesse Akiko Yosano, se marie, en 1922, à un dentiste qui s’adonne à la poésie. Sous l’influence de son mari, elle commence à écrire du haïku. Cependant, très vite elle se tourne, avec d’autres femmes poètes, vers le haïku expérimental. En 1936, elle devient membre du groupe qui fonde la publication éphémère de Kon (bleu foncé). En 1940, elle fait publier la collection Himawari ou Tournesols.

En 1953, elle s’engage dans Bara, un magazine composé de poètes d’avant-garde qui autorise le haïku expérimental.

Bien que ses haïku débordent d’imagination et de vitalité,  l’on considère Mitsuhashi Takajo comme une personne ascétique totalement concentrée sur la spiritualité. Dans ses œuvres l’ego disparaît dans le vide. Selon Kenneth Rexroth, la  spiritualité qui émane des poèmes de Takajo “ressemble à celle de Kierkegaard plutôt qu’au concept bouddhiste “. Seule et malade durant de longues années, ses dernières parutions, en 1970, se penchent sur la mort.

Elle est décédée le 7 avril 1972.

Takajo Mitsuhashi est, avec Tatsuko Hoshino, Teijo Nakamura et Takako Hashimoto, désignée comme l’une des « Quatre T » de la poésie féminine haïku moderne qu’elles ont créée ensemble.

Une statue d’elle a été placée au temple Shinshoji. Littéralement, son nom signifie femme faucon.

Sources:

-Introducing Haiku poets

-The living haïku anthology

-Wikipédia

Apollinaire: parce que tu m’as parlé de vice…

Apollinaire : un poète devenu héros

Guillaume Apollinaire serait né à Rome en août 1880, et mourut à Paris le 9 novembre 1918, d’une grippe aviaire dite “grippe espagnole“. La faiblesse induite par une blessure à la tête, occasionnée par un éclat d’obus, l’empêcha de surmonter la maladie. A cause de son engagement durant le conflit 1914-1918, on le déclara mort pour la France. On en parle beaucoup, ce mois-ci, où l’on commémore le centenaire de la fin de la Grande Guerre  et… le centenaire de la disparition du poète. Ainsi, je me contenterai de présenter le poème que je préfère de lui, et d’en invoquer les motifs.

Apollinaire et la guerre

L’on prétend qu’Apollinaire aimait la guerre. En homme curieux, ses mécanismes, ses enjeux, ses conséquences, la façon dont elle change les paysages et le comportement humain, le fascinaient probablement. Mais, quand je lis ce poème, je ressens surtout qu’il l’a trouvait aussi vulgaire qu’une certaine hypocrisie bienséante envers les affaires de sexe. Certes, il s’était engagé de son propre chef mais – selon Daniel Delbreil, professeur à l’université Sorbonne nouvelle-Paris III, spécialiste du chantre de la poésie moderne – afin d’obtenir la nationalité française, comme beaucoup d’étrangers qui vivaient en France à l’époque. Par ailleurs, personne ne pouvait prévoir l’hécatombe qu’allait devenir la Première Guerre mondiale.

Apollinaire et le sexe

J’ai découvert ce poème quand j’étais élève au Cours de l’acteur Florent, à Paris. Nous devions étudier une poésie et la présenter sur scène. Nous avions le choix du poème, pas du poète. Ma professeure de théâtre Michèle Harfaut m’a attribué Apollinaire. J’avais envie qu’il soit question d’amour. J’ai acheté Poèmes à Lou. J’ai toujours défendu la liberté sexuelle et ses diverses pratiques à condition qu’elles s’effectuent entre adultes consentants. Ce poème correspond exactement à ce que je pense : lorsque deux personnes – ou davantage – sont d’accord sur les règles du jeu, il ne saurait y avoir de débauche. Certaines choses de par le monde, à commencer par le peu de cas que l’on fait de sa destruction –par exemple – s’avèrent bien plus choquantes, à mes yeux, que ce qui se passe dans une alcôve entre adultes consentants. Mon choix s’était porté sur Parce que tu m’as parlé de vice dans ta lettre d’hier parce qu’Apollinaire y suggère clairement la sodomie et le SM.

Le Poèmes à Lou que j’emmenais au cours.

Extrait de la préface de Poèmes à Lou et d’ Il y a

“Amant persuadé que
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
il chante la joie et la douleur des corps sans oublier que “le corps ne va pas sans l’âme”, à la fois rêvant d’un inaccessible absolu et acceptant les partages les plus dérisoires.
Soldat vivant au jour le jour les misères des premières lignes, il a le courage de contempler l’insolite beauté que suscite la guerre, et de la dire.
Mais dans la magnificence de l’amour comme dans l’émerveillement qu’il ressent, artilleur, sur la ligne de feu, il reste, proche de nous, l’homme qui sait sa faiblesse et le prix de l’attente:
Je donne à mon espoir tout l’avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.

Michel Décaudin

 

Article sur la grippe espagnole dans le journal Le Temps:

“Aucune autre pandémie dans l’Histoire n’a autant tué”.

 

Sources:

-Éditions Gallimard

-Télérama

-Wikipédia

 

SIFAW: dans le corps de Lilian Schiavi

Les Fables de l’Origine

Parfois deux esprits habitent un seul corps. J’ai connu l’essayiste Lilian Schiavi, le voici à présent habité par Sifaw. Le poème choisi est paru dans le recueil Landscape Solitudo aux Éditions Torticolis et Frères. Ensuite, je laisserai la parole au poète lui-même. Vraiment lui-même?

 

 

“Sifaw est né dans la vallée Dadès au Maroc. Il est né d’un désir de vérité et d’une adresse bienveillante. Il est né, au-delà du biologique, au regard de l’amazighité. L’accueil et l’amitié qu’on lui porte, sans questions, ni impudeur, le souffle. Il part dans le désert habité de musique et de paroles soufi. Sifaw est l’éveilleur en tamazight, un dialecte berbérophone, c’est-à-dire et plus amicalement : amazigh. Le prénom Sifaw pour les imazighen est habité du souffle de Saïd Sifaw, poète lybien qui résista au pouvoir du colonel Kadhafi. Saïd El- Sifaw est né à Jadou dans les montagnes de Néfoussa au Nord Ouest de la Lybie, il est mort à Tunis où il s’exila à la suite d’un grave accident de la route, accident mais attentat.

Aujourd’hui Sifaw vit dans la vallée des Ormonts aux Diablerets. Cette vallée sans dessus-dessous réveille en lui, un désir de poésie, jamais disparu, mais ténu. Les montagnes qui l’entourent n’attirent aucune protection, ni limitation, il ne se sent pas au creux d’une vallée qui se termine. Le Scex Rouge qui culmine à plus de 3000 mètres a le nom du désir.

Les ombres portées de chaque roche, pointe et pic menacent la silhouette de l’essayiste qu’il fut. En 2006, sous le nom Lilian Schiavi, qui est aussi celui de sa fiche d’état civil, il publie un essai de théorie esthétique sur la croyance dans l’image. Puis il entreprend un vaste chantier de recherche philosophique sur la représentation, l’image, le sensible et la pensée, intitulé : Les enjeux du sensible dans la représentation. Son travail est ponctué par un essai sur le sensible au bout de dix années, Les Déferlements de l’image étant lui, un essai sur la saturation des images et des concepts, publié en 2011 et écrit en 2008. Essai dont certaines pages sautent aux yeux de Sifaw sur les problématiques de l’altérité et partant de l’exil et celle de la censure religieuse et ainsi du blasphème.

Lilian Schiavi est né en 1980 dans le Jura français. Il meurt à 33 ans et sa posture sacrificielle avec lui lors d’une performance où il déclame, éructe et crie son Tuer.

La poésie de Sifaw est habité de terres lointaines ou invisibles. Elle cherche l’expression d’une conscience née de la matière. Elle soulève des approches pudiques faites de mystères, de peurs et de courage. Elle ne se réfugie pas sur les territoires actuels du geste poétique furtif qu’elle ironise. Elle ne clive pas le concept et la sensation. Le concept tout comme l’image est aussi une charge sensible. Elle se donne des inspirations sans tutelles : Okoundji, Adonis, Darwish, Du Bouchet ou Joe Bousquet… La quête de Sifaw est une transformation de la langue philosophique en langue poétique. Dans ce jeu de langues, s’imprègne une sensualité qui est aussi une conception philosophique du monde où l’esthétique est le procès sensuel de la pensée”.

 

Bibliographie

Aux Éditions Torticolis et Frères, La Chaux-de-Fonds

Landscape solitudo, Sifaw

  1. Les Fables de l’origine, Sifaw

Couplé avec Sensible (d’outre-tombe), Lilian Schiavi

  1. Tuer

Aux Éditions de L’Harmattan, Paris :

  1. Les Déferlements de l’image ; situations ironiques, théoriques et critiques.
  2. Spectre-chair, essai sur l’expérience des images.

Patti Smith: amoureuse des poètes français du XIXe siècle

Passionnée par les Arts

Alliant poésie Beat et garage rock des années 1960 et 1970, l’on considère Patti Smith comme la « marraine » du mouvement punk. Toutefois, depuis son enfance, ses passions sont le dessin et la littérature, en particulier la poésie. Le poème qui suit est extrait du recueil Présages d’innocence.

 

Traduction de Jacques Darras.

 

Issue d’un quartier très pauvre du New-Jersey, rien ne destinait Patti Smith à devenir l’auteure-compositrice, interprète, poétesse, écrivaine, guitariste, chanteuse, humaniste… que l’on connaît, même si dès l’enfance elle sut qu’elle voulait faire de l’art.

Fille d’une serveuse et d’un ouvrier, Patti Smith – Patricia Lee Smith -, est née à Chicago en 1946, dans une famille extrêmement religieuse. A 18 ans, elle tombe enceinte : on la radie de l’Ecole Normale. Son projet de devenir institutrice prend fin. En 1967, elle part à New-York où elle rencontre le photographe Robert Mapplethorpe. Pendant la première partie des années 1970, Patti Smith se livre intensivement à la peinture et à l’écriture, se produit en tant qu’actrice au sein d’un groupe poétique.

Au cours des années suivantes, elle s’adonne à la musique, en conjuguant rock et performances poétiques. Les paroles de ses chansons font découvrir la poésie française du XIX siècle aux jeunes Américains. Conjointement, elle devient une icône de la scène underground new-yorkaise.

Durant les années 1980-90, parallèlement à ses créations musicales, elle poursuit son travail artistique, mêlant dessin, photographie et écriture.

En 2007, les éditions Christian Bourgeois publient, en bilingue, son premier recueil de poésie : Présages d’innocence.

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille, en 2008, à Paris, une grande exposition de ses œuvres, intitulée “Land 250”, comprenant des pièces réalisées entre 1967 et 2007.

En 2010, elle publie Just Kids, qui relate son amitié avec Robert Mapplethorpe, qui recevra le National Book Award.

Version originale.

 

Sources:

Éditions Christian Bourgeois

Just Kids, Patti Smith, éditions Denoël

-Wikipédia