Editions BSN press : 10 ans de publications indépendantes (2)

Jean Chauma : du flingue à la plume

C’est le doigt de Jean Chauma, un ancien braqueur, qui s’est appuyé sur la gâchette du pistolet de départ de BSN press. Giuseppe Merrone, le directeur de cette maison d’éditions, dit de lui : « C’est un auteur exceptionnel qui vient du monde du crime. C’est une écriture qui vient de l’intérieur. Il sait écrire. Il a un style à lui, sans la légèreté des fariboles qu’on nous vend sous le label polar. Cela reste sans équivalent ». Premier livre de BSN press, Le Banc de Jean Chauma, a donné les premiers tons de cette maison d’édition. « Il n’avait pas fini sa phrase que je dégainais mon calibre, il a pris la bastos au-dessus de l’œil gauche, un autre coup de feu a tonné, une balle est entrée dans ma poitrine, j’ai tiré une seconde fois, le jeune Corse s’est plié en deux. Les Champs-Élysées étaient encore remplis de monde, le Luger à la main, je me suis mis à courir. » Noire serait l’écriture. Noires seraient les ambiances de BSN press ainsi que Giuseppe le souhaitait.

BSN press : du noir au catalogue diversifié

L’on a parfois soupçonné Giuseppe Merrone de s’être dirigé vers le crime et le roman noir influencé par ses origines napolitaines. Il préfère en rire plutôt que de s’en offusquer. Infatigable travailleur qui a toujours l’impression de commettre une faute morale lorsqu’il se repose, c’est en manager qu’il choisit ses lignes éditoriales. Après avoir créé BSN press en Asie du Sud-Est, souhaitant entre autres publier des auteurs thaïs, birmans, cambodgiens ou laotiens – les meilleurs auteurs japonais et chinois ayant tous été aspirés par les grandes maisons d’éditions parisiennes –, Giuseppe Merrone se rend à l’évidence. Malgré de nombreux voyages, il continue à vivre en Suisse. Cela complique la coordination. Trouver de bons traducteurs s’avère difficile. Il rapatrie donc son entreprise et mène une étude de marché. Il s’aperçoit qu’à l’époque, vers 2009 – 2010, le roman noir, qu’il préfère au polar pur et dur, est peu exploité en Suisse romande. Il se lance dans ce créneau. Condition : qu’il y ait une critique sociale. Que l’écrit mette en lumière les dysfonctionnements de notre société. Mais, rapidement, il s’aperçoit qu’il n’y a pas assez d’auteurs de noir en Suisse romande. Il s’intéresse donc à des écrivains comme Edmond Vullioud, un maître des longues phrases, ou à Claire Genoux dont le style est très littéraire. C’est pourquoi dans sa collection Fictio, le noir côtoie la poésie, le théâtre, des nouvelles et des auteur-e-s comme Abigail Seran. Son récit D’ici et d’ailleurs, paru durant la fermeture des librairies imposée par le confinement, bien que d’une grande mélancolie, apporte une touche de blanc.

 

Abigail Seran : D’ici et d’ailleurs

D’une écriture élégante et posée, les livres d’Abigail Seran se penchent souvent sur les histoires familiales et sur leur impact sur le présent. Sans précipitation, D’ici et d’ailleurs nous invite à reconstituer, en compagnie de Léanne devenue Léa, la vie d’un oncle mourant. Ce voyage, qui commence par un séjour chez la mère de la protagoniste, dans l’appartement ou elle a grandi, l’amènera d’une maison de retraite jusqu’en Irlande. Ce faisant, cette femme d’affaire à qui tout réussi, devra affronter un passé qui l’obligera parfois à se retrouver aussi désemparée qu’une adolescente. Extrait : « D’autorité, ma mère vint s’asseoir au fond de mon lit. Posture ancienne. Je repliai instinctivement mes jambes, me redressai et calai mon dos contre le mur. Réaction adolescente. Ma gestuelle suffit à ce qu’elle poursuive.

– J’espère que tout se passera bien… »

 

BSN press : une grande littérature en petit format

A peine plus grand qu’un poche Folio, cette première édition D’ici et d’ailleurs, comme tous les livres des collections Fictio et Uppercut, est facilement transportable. Constamment assoiffé de lecture, Giuseppe Merrone se déplace toujours avec 3 ou 4 livres qu’il ouvre dès qu’un moment le lui permet. Ce fils de modestes immigrés s’est donc naturellement tourné, durant toute sa vie, vers le livre de poche léger et peu onéreux qui renferme autant de plaisir et de savoir qu’un grand format. C’est ainsi qu’il a choisi d’imprimer de nouvelles parutions dans un format agréable pour le transport et le porte-monnaie. Plus étonnant et séduisant : découvrir que la police de ces ouvrages est aérée et lisible même pour de mauvais yeux.

 

La collection Uppercut

Après une réflexion portant sur le marché du livre, cherchant ce qui y manquait, Giuseppe crée Uppercut. Cette collection allie à la fois le sport, un thème peu abordé en littérature, et tous les autres genres – noir, psychologique, amour, sociologique… – pourvu que l’on nage, escrime, pédale ou tape dans un ballon. Autre exigence de Merrone pour cette collection : des textes courts qu’on reçoit comme un coup de poing et qui peuvent être lus le temps d’un match de foot ou d’un trajet en train Neuchâtel – Zürich. Parmi ces micro-fictions, on trouve deux auteurs genevois à la plume affutée : Lolvé Tillmanns et Florian Eglin. Connu pour la trilogie ayant pour héros Solal Aronowicz – Editions de la Baconnière – Florian Eglin nous entraine sur le RING avec pour toile de fond la politique genevoise et internationale fortement influencées par une pandémie du nom de HAZ. L’histoire : Noah, jeune arménien naturalisé depuis peu et brillant étudiant, entre en politique grâce au soutien de Katia de Constant, la fondatrice du parti genevois La Droite. Les ambitions du jeune homme sont claires : être élu au Grand Conseil. Noah vit depuis un an avec Lashana, une jeune rwandaise. Le jour, les deux jeunes gens mènent des vies très différentes, mais, le soir, ils ont un point commun : leur passion pour la boxe thaïlandaise. Mais, peu à peu, l’on comprend qu’une personne tire les ficelles depuis l’Arménie.

 

J’ai beaucoup apprécié FIT de Lolvé Tillmanns. L’écrivaine encastre chaque phrase dans l’autre pour créer un puzzle parfait. Malgré des moments dramatiques, ce texte qui se déroule dans une salle de fitness et dont le thème est l’obsession du corps idyllique, m’a beaucoup amusée. En effet, je suis toujours hilare lorsqu’on me montre l’être humain sous toutes ses ridicules diversités, ce que Lolvé Tillmanns a très bien su écrire. Extrait : « Je devrais arrêter de fumer, c’est laid les rides et le teint gris des fumeuses. Je transpire dès le premier pas vers la gare, saloperie de canicule. La clim des trains ne fonctionne pas, et l’air des bus assoiffe plus sûrement le mammifère que le sable brûlant du Sahara. Pourtant je n’ai pas envie d’entrer dans le centre, douze heure de salle, fait chier. Je m’installe livres, Stabilo, téléphone. Je sens ces vagues dans mon corps, Stan y a laissé des souvenirs, comme s’il avait fait des ricochets dans mon ventre. Et dire que je pensais que Ralph était un bon amant, je ris toute seule. » Chez BSN press, parmi les livres parus durant la fermeture des librairies, on peut également retrouver Lolvé Tillmanns avec Anne-Sophie Subilia dans Genève – Kin, une correspondance entre deux écrivaines d’ici avec le romancier de Kinshasa Richard Ali A Mutu et la promotrice du livre kinois Miss M. Bangala. Ce projet a été porté par Max Lobe, écrivain genevois d’origine camerounaise.

 

Giuseppe Merrone : l’interview

A vos débuts dans l’édition, pensiez-vous que votre entreprise tiendrait 10 ans ?

Dans ce travail le profit rapide n’existe pas. Selon les informations que j’avais recueillies, je savais qu’il me faudrait souffrir dix ans. C’est le temps qu’il faut pour que l’édition devienne rentable. Il faut constituer un catalogue et ça se fait étape par étape. D’autant qu’au début on n’est pas pris au sérieux or la reconnaissance du milieu est importante. Ceci dit, je n’avais pas compté sur la Covid qui a sérieusement érodé cette échéance de dix ans. Par chance, les parutions académiques me permettent de survivre.

– Et vous survivez facilement ?

J’ai la chance d’être une petite structure. Je travaille seul avec des indépendants : je paie tout le monde, y compris les droits d’auteur, avec un maximum de ponctualité, je tente d’être régulier. (L’écrivaine que je suis sourit, car nombreux sont les éditeurs qui ne paient jamais, ou rarement, les droits d’auteur pour les motifs que nous comprendrons en lisant l’entier de l’entrevue). Une maison d’édition a toujours des problèmes de trésorerie. Ma politique c’est de payer tout le monde et de voir ce qui reste. L’auteur n’est axé que sur son livre mais quand on est de ce côté-ci de l’entreprise, si l’on ne fait pas attention, ça peut vite devenir très difficile. Grâce à ma petite structure souple, malgré les difficultés que je rencontre en cette période, pour l’instant je m’en sors. Mais le livre est un objet complexe qui, malgré ce que tout le monde s’imagine, est vendu très bon marché. Quand on sait le nombre de personnes et d’entreprises qui participent à son élaboration – écrivains, imprimeurs, distributeurs, libraires… – on s’aperçoit que son prix est vraiment dérisoire. Le livre ne pourrait pas exister si éditeurs, graphistes et auteurs ne faisaient pas une grande partie du travail bénévolement.

– Quelle influence la pandémie a-t-elle eue sur BSN press ?

J’ai dû considérablement repenser le calendrier des publications. Pour un éditeur de ma taille, il est difficile de sortir des livres quand les librairies sont fermées. L’alternative supposée de la vente en ligne ne fait qu’accentuer les phénomènes de concentration, et favorise de fait les grandes enseignes. Pour 2021, afin de fêter les 10 ans, j’avais un programme très ambitieux : sortir deux livres par semaine durant un mois, avec des tables rondes, des débats, des dédicaces, des pièces de théâtre. De ce programme, il ne reste qu’une version très réduite. Une bonne partie a dû être annulée ou repoussée, y compris les publications. De plus, le monde de l’édition n’a été soutenu que marginalement par les pouvoirs publics, et pour ce qui me concerne l’arrêt de l’activité n’a pu être compensé que par l’existence de réserves et par la faiblesse de mes charges fixes. Les médias, quant à eux, n’ont pas toujours brillé par leur soutien aux acteurs locaux du livre. Dommage. La Suisse romande compte de très bons éditeurs et d’excellents écrivains qui mériteraient des retombées financières et symboliques plus consistantes. Bien entendu, l’absence de lisibilité sur l’avenir des mesures sanitaires a aggravé cette phase critique.

-Avez-vous des projets malgré la crise ?

Je voudrais continuer à développer la collection Uppercut et les sujets sur le sport. J’en suis loin d’en avoir fait le tour. J’ai aussi envie d’augmenter les publications liées au théâtre. Cet art m’intéresse beaucoup d’autant qu’il me permet d’être partie prenante dans les créations comme avec Après la vague de Mélanie Chappuis. C’est très intéressant et très beau de participer au processus de la création collective. Sinon je vais là ou il me semble qu’il y a un truc à développer. Potentiellement, je peux tout faire.

 

Sources :

  • Entrevue de Giuseppe Merrone par Dunia Miralles
  • Editions BSN press
  • Entre nous soit dit  RTS
  • ViceVersa Littérature
  • Payot librairie

Michel Houellebecq : un poète d’essence baudelairienne

Michel Houellebecq : le Baudelaire des supermarchés

Quand je lis les poèmes de Houellebecq, j’éprouve la même sensation, la même empathie qu’envers ceux de Baudelaire. En investiguant un peu dans la toile, je me suis aperçue que je ne suis pas la seule à trouver une similitude entre l’auteur des Fleurs du Mal et celui des Particules élémentaires. Dans la poésie du moins. Dominique Noguez a été le premier à le souligner. Dans sa monographie de Michel Houellebecq, il le présente comme “le Baudelaire des supermarchés”. D’ailleurs le poète contemporain n’a jamais caché son admiration pour le dandy du 19ème siècle, comme il le confirme dans un entretien donné à Marc Weitzmann pour Les Inrockuptibles :

“J’ai parfois le sentiment que Baudelaire a été le premier à voir le monde posé devant lui. En tout cas, le premier dans la poésie. En même temps, il a considérablement accru l’étendue du champ poétique. Pour lui, la poésie devait avoir les pieds sur terre, parler des choses quotidiennes, tout en ayant des aspirations illimitées vers l’idéal. Cette tension entre deux extrêmes fait de lui, à mon sens, le poète le plus important. Ça a vraiment apporté de nouvelles exigences, le fait d’être à la fois terrestre et céleste et de ne lâcher sur aucun des deux points.”

Ci-dessous, deux poèmes, extraits du recueil Le sens du combat paru aux éditions Flammarion en 1996. Pourtant, ils s’accordent spleenement bien à cet automne 2020, voire à l’année toute entière.

 

Vous pouvez également lire, en cliquant ici, d’autres vers de ce poète baudelairien, contenus dans un article écrit pour ce blog en septembre 2018. Sa poésie complète est réunie en poche aux éditions J’ai lu. Pour l’instant, je vous invite à écouter Blanche Gardin le réciter, dans une vidéo de la chaîne de télévision Arte.

Sources:

  • Michel Houellebecq, poésies, éditions J’ai lu.
  • La poésie urbaine de Michel Houellebecq : sur les pas de Charles Baudelaire ? de Julia Pröll, Université d’Innsbruck.
  • Wikipédia

 

 

François Cheng : le plus français de poètes chinois

De la poésie orientale dans les mots de la poésie française

Tout au long du XXe siècle, la littérature française a bénéficié d’orientalistes qui ont contribué à faire connaître la littérature chinoise et japonaise, pour ne s’en tenir qu’à celles-là, transformant, dans une certaine mesure, la langue poétique elle-même. Grâce, entre autres, à Paul Demiéville, Jacques Roubaud et François Cheng, la littérature et la poésie en langue française contiennent des éléments redevables à la poésie et à la pensée chinoise et japonaise.

La traduction de l’écriture poétique chinoise, écrite et publiée en français par François Cheng est d’une grande importance. En traduisant des auteurs français au chinois, le poète a également largement contribué à introduire la littérature française en chine.

 

François Cheng : de Victor Hugo à René Char

François Cheng est né en Chine, à Nanchang, le 30 août 1929. Issue d’une famille lettrée, il entreprend des études universitaires à Nankin. Il arrive à Paris avec ses parents en 1948 lorsque son père obtient un poste à l’Unesco. Passionné de culture française, quand sa famille émigre aux États-Unis en 1949 en raison de la guerre civile chinoise, il s’installe définitivement en France pour se consacrer à l’étude de la langue et de la littérature françaises. Il vit dans le dénuement et la solitude avant de faire, dans les années 1960, des études universitaires à la Sorbonne tout en préparant un diplôme de l’École pratique des hautes études. Dans les années 60, il enseigne au Centre de linguistique chinoise, le futur Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale. Il réalise également des traductions de poèmes chinois en français.

Toujours dans la décennie des années 1960, il publie sa poésie, en chinois, à Taïwan. Il traduit également des poètes français, de Victor Hugo à René Char en passant par Apollinaire et Henri Michaux. Ce n’est qu’en 1977 qu’il commence à écrire en français, sur la pensée, la peinture, l’esthétique chinoises et aussi des ouvrages poétiques. Jugeant avoir acquis assez d’expérience, il s’aventure dans l’écriture de romans.

François Cheng n’est pas seulement écrivain. Plasticien, il est l’auteur de nombreuses calligraphies. Il évoque cet art dans de nombreux ouvrages tel que Vide et plein : le langage pictural chinois ou encore Et le souffle devient signe. Son œuvre d’essayiste, de traducteur, de calligraphe, de romancier et de poète est désormais traduite dans de nombreux pays.

François Cheng a obtenu le Grand Prix de la francophonie en 2001 et a été élu à l’Académie française en 2002. Il est membre du Haut Conseil de la Francophonie.

 

Sources :

– Éditions Gallimard, La vraie gloire est ici.

– Juan Malpartida, Letras libres.

– Wikipédia

 

 

 

 

Luisa Ballesteros Rosas : une colombienne à Paris

Luisa Ballesteros Rosas: une enfant de la nature

Enfant, Luisa Ballesteros Rosas, vit en contact avec la nature dans une liberté totale. Pour sa fratrie et elle, tout est jeu. Dans les années soixante, elle ne se doute guère qu’un hasard la conduira à passer sa vie dans la capitale française. De nationalité franco-colombienne, elle réside à Paris depuis les années 1980. Elle écrit en espagnol et en français.

Luisa Ballesteros Rosas: de la Colombie à Paris

Essayiste, poétesse, romancière, Luisa Ballesteros Rosas, naît en 1957 à Boavita, en Colombie, petit village fondé en l’an 1600 qui s’est développé d’une manière urbaine et ou l’éducation est très importante. Orpheline de mère à 5 ans, elle ne s’en aperçoit pas immédiatement, puisqu’à 5 ans, selon Luisa Ballesteros Rosas, l’on ne se rend pas compte de la gravité de la mort. Elle continue donc à jouer et à mener une vie heureuse avec sa fratrie. Mais peu à peu des événements commencent à la perturber, comme le jour de la fête des mères, par exemple, où, dans son village, il est coutume d’épingler à chaque enfant, une fleur rouge, destinée à la maman. Or, aux orphelins de mère, on en met une blanche. C’est à ce moment qu’elle commence à se rendre compte de sa différence.

Son grand-père, descend des fondateurs de Boavita et considère que la culture et l’éducation sont primordiales. Dans sa jeunesse, après avoir arrêté le séminaire alors qu’il se destinait au sacerdoce, il retourne chez lui et commence à développer la vie culturelle du village. Il crée des écoles, monte des chorales et des troupes de théâtre. Les années passent sans que cela lui laisse le temps pour fonder la bibliothèque. Les ouvrages dorment dans des caisses, rongés par les souris. Luisa, les découvre. Passionnée de lecture, elle se met à lire tout ce qu’elle trouve ce qui lui permet de voyager mentalement et d’imaginer d’autres horizons.

Jeune femme, elle part en Angleterre pour se perfectionner en anglais, la langue qu’elle a étudié en Colombie. Mais, en arrivant à l’aéroport sur les terres de sa Majesté, cela ne se passe pas prévu. Engagée comme fille au pair, à la douane on lui apprend que cette possibilité n’existe pas pour les non-européens. Qu’elle doit faire demi-tour. La famille qui doit l’accueillir l’envoie à Madrid en imaginant qu’il sera plus facile d’arranger ce problème depuis l’Espagne. Elle y reste 6 mois mais l’Angleterre continue de lui refuser le visa. Elle décide de visiter Paris avant de retourner en Amérique du sud. Dans le train elle rencontre une espagnole qui lui suggère de faire les démarches en France et d’apprendre le français plutôt que l’anglais. Jamais, Luisa Ballesteros Rosas, n’avait imaginé vivre à Paris. Pour elle c’était une ville cinématographique, quelque chose d’un peu surréaliste. En arrivant, elle compte n’y rester qu’une seule année. Elle cherche du travail et s’inscrit à un cours. Elle obtient le certificat supérieur de français, puis réalise son doctorat. Sujet : la place de la femme écrivain dans la société sud-américaine – La Femme écrivain dans la société latino-américaine –essai-, préface de Jean-Paul Duviols, Paris, Éditions L’Harmattan, 1994

– après avoir découvert que la plupart d’entre elles étaient silenciées. Elle met d’autant plus de cœur à l’ouvrage, que le 19ème siècle regorge de grandes écrivaines qui ne figuraient dans aucun programme d’études.

Elle obtient également l’Habilitation à Diriger des Recherches de l’université Paris-Sorbonne. Après avoir enseigné la littérature et la civilisation d’Amérique latine à l’université de Paris-Sorbonne de1995 à 1997, elle est actuellement maître de conférences HDR en Littérature et civilisation d’Amérique latine à l’université de Cergy-Pontoise, où elle est également directrice du département d’études ibériques et latino-américaines. Luisa Ballesteros Rosas consacre ses recherches aux écrivaines de tout le continent latino-américain.

En 2018, elle obtient le Prix International de Littérature “Virginia Woolf” pour son essai Historia de Iberoamérica en las obras de sus escritoras, et l’ensemble de son œuvre.

Sources:

-Radio Francia Internacional

-Wikipédia

Lucette Junod : une poésie en fusion avec le monde

Lucette Junod: mosaïque surexposée

« Fusion poème symphonique pour tire-lignes et corde à noeuds» peut-on lire à la fin d’un cahier, bref mais intense, publié en 1980 par les Éditions du Panorama fondées par Paul Thierrin. Le premier ouvrage de poésie de Lucette Junod, un texte discontinu d’un superbe équilibre , nous emmène dans un monde contemporain qui, finalement, a peu changé en presque quarante-ans. Des bribes de vies, des moments de télévision, des accès de colère féministe quand Chazot parle de Gisèle Halimi, des conversations au restaurant ou des rêves, tout prend une teinte noir-blanc vaguement surexposée qui brûle les yeux sans pour autant les détacher de la lecture. Que la poétesse et l’éditeur me pardonnent, je n’ai pas su résister à la tentation de publier deux pages afin de mieux plonger le lecteur dans les ambiances de Lucette Junod. A noter: ce sont deux pages qui ne se suivent pas.

 

 

Lucette Junod naît le 25 décembre 1932 à La Chaux-de-Fonds d’un père savoyard et d’une mère de la Broye fribourgeoise. Au Technicum du Locle – aujourd’hui CIFOM– elle obtient un diplôme de régleuse dans l’horlogerie, puis fait des études de comédienne aux conservatoires de Neuchâtel et de Genève avant de se consacrer à l’enseignement du théâtre et à son écriture. A partir de 1977, elle donne de nombreux récitals de poésie. En 1983 elle fonde les Rencontres poétiques internationales qu’elle organise à Yverdon-les-Bains et à Neuchâtel et qu’elle dirige jusqu’en 2004.

En 1980 paraît Fusion qui reçoit un excellent accueil de la critique. Suivent d’autres recueils de poèmes. Elle a également écrit plusieurs romans dont Les Grands-Champs qui reçoit le Prix Paul Budry en 1980.

Elle a également écrit des pièces de théâtre radiophoniques. D’autres, écrites pour la scène, ont été adaptées pour la radio.

Elle est une invitée régulière des soirées poétiques de Struga, en Macédoine, ainsi que des Congrés de littérature de Lesbois.

Lucette Junod a également été, de 1977 à 1989, la directrice du Service de Presse Suisse.

Elle était l’épouse de l’écrivain Roger-Louis Junod.

 

Sources :

AENJ

-Fusion, Editions du Panorama

-La nouvelle revue neuchâteloise

-Wikipédia

 

Jérôme Meizoz : un auteur tendre, constant et prolifique

Jérôme Meizoz: érudition et discrétion

Sans tapage, ni déclarations fracassantes, le valaisan Jérôme Meizoz écrit et la liste de ses publications est longue. Essayiste, il s’adonne également à la poésie, aux récits historico-socio-politiques et à la fiction. En 2018, il devient le lauréat du Prix suisse de littérature pour Faire le garçon, un roman documentaire pertinent et tendre, sur les contraintes que l’on impose aux hommes, dès leur plus jeune âge, afin d’en faire de vrais modèles de masculinité selon les normes sociales en vigueur à la fin du XXème siècle dans une campagne catholique. En ce jour de St-Valentin où quitter, partir ou être seul-e, semble souvent plus pesant qu’un autre jour, j’ai choisi de vous présenter un poème qui décrit le désœuvrement que l’on éprouve parfois dans les gares. Paru dans Terrains vagues, éditions de L’Aire -2007-, un recueil réédité par L’Âge d’Homme – «Poche suisse », 2015.

 

Jérôme Meizoz :  biographie succincte

Jérôme Meizoz, né en 1967 en Valais, vit à Lausanne. Ecrivain et professeur de littérature française à l’Université de Lausanne, auteur de diverses études consacrées à Rousseau, Töpffer, Ramuz, Céline, à des auteurs suisses (Chappaz, Bille, Cherpillod, Nessi, Lovay) comme à la littérature française contemporaine (Annie Ernaux, Pierre Bergounioux). Son premier récit, Morts ou vif (Zoé, 1999) a reçu la mention «Livre de la Fondation Schiller Suisse 2000». Il a publié notamment Les Désemparés (Zoé, 2005), Terrains vagues (L’Aire, 2007), Fantômes (En bas, 2010), Séismes (Zoé, 2013), Haut Val des loups (Zoé, 2015). En 2018, le roman Faire le garçon (Zoé), reçoit un Prix suisse de littérature.

Pour davantage d’information, vous pouvez consultez son site où écouter l’entretien accordé à Mélanie Croubalian dans son émission Entre nous soit dit – RTS- lors de la réédition de Terrains Vagues. Meizoz y déclare aimer écrire -ou plutôt prendre des notes- dans les trains.

Afin de rester dans l’ambiance de l’auteur et de donner un écho au poème de ce 14 février, je vous invite à découvrir une vidéo tournée à la gare Genève-Cornavin d’où, Jérôme Meizoz, nous explique l’importance que l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau revêt encore aujourd’hui.

 

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya: littérature orale et interculturalité

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya : la tradition orale pour inspiration

Les premiers vers de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya, professeure, philosophe, écrivaine et poétesse kino-congolaise paraissent en 1967.

Sa poésie inspirée de la tradition orale, érotique, souvent voluptueuse, se réfère au pays natal, à la femme, la mère, l’amante et l’épouse. Elle décrit aussi certaines situations tragiques comme dans le poème ci-dessous :

 

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya est née à Tshofa le 21 janvier 1944 dans la province du Kasaï-Oriental, en République démocratique du Congo. Elle fait ses études à l’institut religieux du Sacré-Cœur, puis à l’École normale moyenne de Kinshasa. Au début des années 1960, elle obtient une licence en philologie africaine de l’Université nationale du Zaïre et commence sa carrière de poétesse. De 1964 à 1966, elle dirige le « cercle culturel de la Pléiade » à l’Université Lovanium. Son amour pour la poésie l’amène, en 1969, au Festival de Dakar où elle remporte le premier prix du concours de poésie Léopold Sédar Senghor. Elle réalise des études à l’Université de la Sorbonne Paris III et devient Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines. Elle enseigne les littératures orales et la stylistique africaines, d’abord à l’Université Nationale du Zaïre de 1972 à 1978, puis à l’Université de Niamey de 1978 à 1980. Depuis 1981, elle enseigne la linguistique, les littératures orales et les cultures africaines à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique.

De 1986 à 2016, elle a dirigé le Centre international des langues, littératures et traditions d’Afrique au service du développementCILTADE-  qu’elle avait fondé, et au sein duquel elle a poursuivi ses recherches dans les domaines de la linguistique bantu générale, et dans ceux de la symbologie, des tatouages et des scarifications. Cette organisation a été dissoute en 2016.

Actuellement, elle continue des recherches à titre personnel et collabore avec des institutions universitaires africaines, notamment avec la Faculté de Philosophie Saint-Pierre Canisius Kimwenza, à Kinshasa, RD Congo et à  l’IFAN – Institut fondamental d’Afrique noire- à Dakar au Sénégal. Elle est régulièrement invitée dans des institutions universitaires européennes pour des consultations et des expertises. Ses nombreuses publications scientifiques se regroupent essentiellement dans les domaines des littératures orales, de la symbolique africaines et de l’interculturalité. Ces recherches l’ont l’amenée à participer à de multiples rencontres scientifiques internationales, à donner de nombreuses conférences et à animer des séminaires sur ses thèmes de recherche.

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya a aussi été lauréate au Concours de nouvelles en langues africaines de l’Afrique centrale, organisé par l’Académie Royale des Sciences d’Outre-Mer -Belgique, 1987- et lauréate au Concours de la Meilleure Nouvelle de langue française organisé par Radio France-International à Paris en 1990.

 

Vous pouvez consulter le site de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya en cliquant ici.

Sources :

-Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

– Wikipédia

-Groupe culturel et artistique “Kamikaze”.

 

Jürg Schubiger : la philosophie et la psychologie au service de la littérature jeunesse

Des poèmes doux pour tous les âges

Psychologue, Jürg Schubiger, fils d’un éditeur suisse alémanique, a toujours vécu dans le monde du livre. Bien qu’il soit l’auteur d’une thèse sur Franz Kafka et d’œuvres s’adressant aux adultes, on le connaît principalement pour ses livres pour enfants, des livres si charmants qu’ils séduisent aussi les grands.

Le poème ci-dessous est extrait de « Deux qui s’aiment ». Conseillé dès 6 ans, ce recueil comprend une vingtaine de poèmes sur le thème de l’amour. Wolf Erlbruch, qui l’a illustré, a choisi de coupler des animaux amoureux avec qui faire la paire semble improbable : oie et chat, lièvre et sauterelle, chien et poisson rouge ! Seuls lapins, canards et ours restent entre eux. Une manière tendre, pleine de tact, d’apprendre à s’ouvrir à l’autre quelle que soit son allure, sa provenance ou son genre. Par ailleurs, si vous avez gardé une âme douce, vous pouvez lire ces poèmes à l’élu-e de votre cœur, quel que soit votre âge.

 

 

Jürg Schubiger est né en 1936 à Zurich et a grandi à Winterthur. Après une adolescence et une entrée dans l’âge adulte riches de diverses expériences et de séjours dans le sud de l’Europe, il étudie la littérature allemande, la psychologie et la philosophie. Après ses études, il a travaillé dans une maison d’édition spécialisée dans les manuels scolaires, jusqu’à ce qu’il ouvre, en 1979, son propre cabinet de psychologie auquel il consacre la majeure partie de son temps. A sa retraite, il reprendra l’écriture de manière intensive.

Jürg Schubiger a surtout écrit de la littérature jeunesse, mais également de nombreux contes et romans pour adultes. Son œuvre poétique et philosophique s’adresse également à un public moins jeune sans doute parce que l’auteur, comme il le disait lui-même, écrit ses histoires sur deux niveaux : « Les enfants doivent trouver leurs propres points de contact et les adultes ne doivent pas perdre la joie du texte. Par conséquent, écrire pour les enfants signifie toujours “aussi pour les enfants” ».

Son œuvre littéraire pour la jeunesse est complète: de 1978 à 2013,  19 livres sont publiés indépendamment de nombreux articles dans des journaux, des magazines et des anthologies. Traduite dans de nombreuses langues, elle a été couronnée par le prix “Hans Christian Andersen“ en 2008.

Jürg Schubiger est décédé le 15 septembre 2014 .

Sources :

Éditions La joie de lire

– Wikipédia

 

SIFAW: dans le corps de Lilian Schiavi

Les Fables de l’Origine

Parfois deux esprits habitent un seul corps. J’ai connu l’essayiste Lilian Schiavi, le voici à présent habité par Sifaw. Le poème choisi est paru dans le recueil Landscape Solitudo aux Éditions Torticolis et Frères. Ensuite, je laisserai la parole au poète lui-même. Vraiment lui-même?

 

 

“Sifaw est né dans la vallée Dadès au Maroc. Il est né d’un désir de vérité et d’une adresse bienveillante. Il est né, au-delà du biologique, au regard de l’amazighité. L’accueil et l’amitié qu’on lui porte, sans questions, ni impudeur, le souffle. Il part dans le désert habité de musique et de paroles soufi. Sifaw est l’éveilleur en tamazight, un dialecte berbérophone, c’est-à-dire et plus amicalement : amazigh. Le prénom Sifaw pour les imazighen est habité du souffle de Saïd Sifaw, poète lybien qui résista au pouvoir du colonel Kadhafi. Saïd El- Sifaw est né à Jadou dans les montagnes de Néfoussa au Nord Ouest de la Lybie, il est mort à Tunis où il s’exila à la suite d’un grave accident de la route, accident mais attentat.

Aujourd’hui Sifaw vit dans la vallée des Ormonts aux Diablerets. Cette vallée sans dessus-dessous réveille en lui, un désir de poésie, jamais disparu, mais ténu. Les montagnes qui l’entourent n’attirent aucune protection, ni limitation, il ne se sent pas au creux d’une vallée qui se termine. Le Scex Rouge qui culmine à plus de 3000 mètres a le nom du désir.

Les ombres portées de chaque roche, pointe et pic menacent la silhouette de l’essayiste qu’il fut. En 2006, sous le nom Lilian Schiavi, qui est aussi celui de sa fiche d’état civil, il publie un essai de théorie esthétique sur la croyance dans l’image. Puis il entreprend un vaste chantier de recherche philosophique sur la représentation, l’image, le sensible et la pensée, intitulé : Les enjeux du sensible dans la représentation. Son travail est ponctué par un essai sur le sensible au bout de dix années, Les Déferlements de l’image étant lui, un essai sur la saturation des images et des concepts, publié en 2011 et écrit en 2008. Essai dont certaines pages sautent aux yeux de Sifaw sur les problématiques de l’altérité et partant de l’exil et celle de la censure religieuse et ainsi du blasphème.

Lilian Schiavi est né en 1980 dans le Jura français. Il meurt à 33 ans et sa posture sacrificielle avec lui lors d’une performance où il déclame, éructe et crie son Tuer.

La poésie de Sifaw est habité de terres lointaines ou invisibles. Elle cherche l’expression d’une conscience née de la matière. Elle soulève des approches pudiques faites de mystères, de peurs et de courage. Elle ne se réfugie pas sur les territoires actuels du geste poétique furtif qu’elle ironise. Elle ne clive pas le concept et la sensation. Le concept tout comme l’image est aussi une charge sensible. Elle se donne des inspirations sans tutelles : Okoundji, Adonis, Darwish, Du Bouchet ou Joe Bousquet… La quête de Sifaw est une transformation de la langue philosophique en langue poétique. Dans ce jeu de langues, s’imprègne une sensualité qui est aussi une conception philosophique du monde où l’esthétique est le procès sensuel de la pensée”.

 

Bibliographie

Aux Éditions Torticolis et Frères, La Chaux-de-Fonds

Landscape solitudo, Sifaw

  1. Les Fables de l’origine, Sifaw

Couplé avec Sensible (d’outre-tombe), Lilian Schiavi

  1. Tuer

Aux Éditions de L’Harmattan, Paris :

  1. Les Déferlements de l’image ; situations ironiques, théoriques et critiques.
  2. Spectre-chair, essai sur l’expérience des images.

Patti Smith: amoureuse des poètes français du XIXe siècle

Passionnée par les Arts

Alliant poésie Beat et garage rock des années 1960 et 1970, l’on considère Patti Smith comme la « marraine » du mouvement punk. Toutefois, depuis son enfance, ses passions sont le dessin et la littérature, en particulier la poésie. Le poème qui suit est extrait du recueil Présages d’innocence.

 

Traduction de Jacques Darras.

 

Issue d’un quartier très pauvre du New-Jersey, rien ne destinait Patti Smith à devenir l’auteure-compositrice, interprète, poétesse, écrivaine, guitariste, chanteuse, humaniste… que l’on connaît, même si dès l’enfance elle sut qu’elle voulait faire de l’art.

Fille d’une serveuse et d’un ouvrier, Patti Smith – Patricia Lee Smith -, est née à Chicago en 1946, dans une famille extrêmement religieuse. A 18 ans, elle tombe enceinte : on la radie de l’Ecole Normale. Son projet de devenir institutrice prend fin. En 1967, elle part à New-York où elle rencontre le photographe Robert Mapplethorpe. Pendant la première partie des années 1970, Patti Smith se livre intensivement à la peinture et à l’écriture, se produit en tant qu’actrice au sein d’un groupe poétique.

Au cours des années suivantes, elle s’adonne à la musique, en conjuguant rock et performances poétiques. Les paroles de ses chansons font découvrir la poésie française du XIX siècle aux jeunes Américains. Conjointement, elle devient une icône de la scène underground new-yorkaise.

Durant les années 1980-90, parallèlement à ses créations musicales, elle poursuit son travail artistique, mêlant dessin, photographie et écriture.

En 2007, les éditions Christian Bourgeois publient, en bilingue, son premier recueil de poésie : Présages d’innocence.

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille, en 2008, à Paris, une grande exposition de ses œuvres, intitulée “Land 250”, comprenant des pièces réalisées entre 1967 et 2007.

En 2010, elle publie Just Kids, qui relate son amitié avec Robert Mapplethorpe, qui recevra le National Book Award.

Version originale.

 

Sources:

Éditions Christian Bourgeois

Just Kids, Patti Smith, éditions Denoël

-Wikipédia