Un livre 5 questions: “Du sang sous les Acacias” de Bernadette Richard

Du sang sous les Acacias de Bernadette Richard: un polar d’un genre nouveau

 

Aujourd’hui, paraît en librairie le dernier livre de Bernadette Richard, une écrivaine globe-trotteuse et prolifique qui compte une trentaine de livres à son actif et des séjours prolongés dans tout le sud de la planète ainsi que dans quelques villes et endroits périlleux de l’hémisphère nord. En revanche, elle n’avait pas encore  écrit de roman policier. C’est à présent chose faite avec Du sang sous les acacias, Éditions Favre.

Dans un polar on torture, on tue, on enquête. Normal. Le genre est fait pour ça. Mais, pour la première fois, les principales victimes sont des mammifères à quatre pattes. Dans le thriller Du sang sous les acacias, l’IOWP, une unité spéciale, poursuit au niveau mondial les violences faites aux animaux. Les trafics d’ivoire ou de serpents par exemple. Cette fois, Yànnis Cortat, policier hors-normes, est chargé de démasquer la personne qui tue dans le parc national de Ruaha. Dans un rythme effréné, l’auteure nous emmène entre La Chaux-de-Fonds, Moutier, Lausanne, Paris, La Haye, le lac de Paladru et la Tanzanie. Toute une géographie pleine de personnages atypiques comme la journaliste Violette MacIntosh qu’un drame personnel a rendu explosive ou Amélie, la biologiste parisienne qui n’hésite pas à s’aventurer dans la savane en talons aiguille. Les soupçons se portent sur une secte coutumière des sacrifices rituels.

Dans ce roman les principales victimes sont les animaux mais l’on agresse et tue également des humains. Deux enquêtes parallèles, en toile de fond, concernent des personnes. Original, émouvant, drôle, ce polar ne manque ni de piquant, ni d’humour, ni de suspens. Il peut être lu par tous les amateurs du genre, notamment par ceux qui ne goûtent guère que l’on détaille trop précisément les scènes de violence. Avec Bernadette Richard, pas de scènes trash à la Pierre Lemaître ou à la Jean-Christophe Grangé mais une intrigue à démêler et des personnages hauts en couleurs pour nous attendrir, nous faire rire, sourire, pleurer ou réfléchir.

 Du sang à la une est le premier volume d’une série à venir où l’on retrouvera, à n’en point douter, Yànnis Cortat le flic de choc de l’IOWP et Violette MacIntosh la journaliste irascible.

La phrase extraite du livre:

« En susurrant ces quatre mots, il entreprit de déshabiller sa conquête, mais elle se déroba encore une fois, lui signalant qu’elle préférait baiser sur le tapis de laine bouclée en face de la télé ».

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Du sang sous les Acacias interview de Bernadette Richard

En vous penchant sur les tueurs d’animaux vous créez un style nouveau et original d’autant que le fil rouge du roman est un chien. Comment vous est venue cette idée ?

J’ai toujours été fascinée par le monde animal. Mon empathie s’est révélée à la suite d’un séjour en Espagne. J’avais 12 ans. Mes parents m’ont obligée à voir des corridas. Je pleurais durant ces abominables tortures. La dernière fois, j’ai commencé à hurler dans les arènes et à insulter le public. En français dans le texte, bien entendu ! Mon père est sorti avec moi et a tenté de comprendre ma réaction. Depuis lors, je n’ai plus voulu manger de viande et je ramenais à la maison les animaux blessés que je rencontrais. Mes parents ne voulaient pas de chats, j’ai adopté des hamsters et des souris blanches, puis des cochons d’Inde. Je passais beaucoup de temps à les regarder vivre et à leur installer des cages confortables. Plus tard, durant mes voyages, je n’ai jamais supporté la maltraitance faite aux animaux. J’ai toujours imaginé une police réellement dévouée à la cause animale et à la nature. L’idée de ce polar animalier m’est venue lors d’un long voyage en Tanzanie avec une amie qui a vécu là-bas. En l’écrivant, j’ai réalisé que je connaissais mal les mœurs animales, j’ai passé deux ans à me renseigner, à lire, à regarder des documentaires. Un ami qui a travaillé durant 20 ans avec les animaux, en Suisse, au Québec et en Asie, m’a conseillée et corrigée quand je m’égarais.

Êtes-vous une lectrice de romans policiers ?

Je lis des polars depuis l’adolescence. J’aimais bien passer de Stendhal à Dashiell Hammett. Le roman noir me fascine, il explore l’âme humaine dans ses pires recoins. Manchette l’a très bien dit : « Le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale… ». Je dois au gauchiste Manchette et au réac ADG quelques heures de mémorables lectures, auxquels s’est très vite ajouté le Belge Steeman, porté à l’écran. Alors que le polar était considéré comme un genre mineur, tout à coup, les éditeurs en ont fait leurs choux gras. Les Nordiques ont largement contribué à offrir des lettres de noblesse à ce genre méprisé. Malheureusement, des écrivants d’une rare médiocrité se sont engouffrés dans la brèche. De même que des vagues de scribouillards qui se plaisent à décrire des scènes d’horreur comme si l’hémoglobine remplaçait l’encre. J’ai fini par en faire une indigestion, et en suis revenue aux classiques, Mankell, les incontournables Agatha, Patricia Highsmith, Brigitte Aubert, Léo Malet, Simenon, Benacquista, etc. Parmi les modernes, Thilliez et Minier proposent de vrais personnages et l’écriture est potable. Je déteste les polars écrits entre la poire et le fromage avec redondances et clichés toutes les deux pages.

J’en lis tellement que je ne sais même plus le nom des auteurs. Ces temps, je dévore les James Rollins, qui marie l’histoire et les technologies de pointe. Fascinant. Et bien entendu, je suis amoureuse de l’agent de Pendergast, adorable personnage de Preston et Child !

Je suis archi fan des séries polar, de Lucifer à Capitaine Marleau, en passant Bracquo et le génial Engrenages, je savoure…

En 2018 vous avez reçu le Prix Rod pour « Heureux qui comme » un livre très littéraire. Avec “Du sang sous les acacias” vous écrivez pour la première fois, souvent avec humour, au roman policier tout en créant un genre nouveau. N’avez-vous pas peur de discréditer votre œuvre en vous lançant dans ce que d’aucuns considèrent encore comme une littérature de peu de valeur? D’autant que les animaux ne sont pas la préoccupation première de l’être humain.

Depuis que je publie (j’ai écrit pour la presse bien avant de publier des livres), je me suis dit que je serais vraiment écrivain (je n’aime pas la systématique des féminins, autrice est absolument atroce, comme doctoresse d’ailleurs !) le jour où je publierai un polar. Dans bon nombre de mes romans, il y a des moments très atmosphère polar. J’ai écrit beaucoup de nouvelles franchement polardisées. Et cela depuis plus de 25 ans. Mêler l’utopie d’une police pour la nature et la faune à mes passions de l’écriture et des animaux m’a semblé tout à coup évident. Le roman est très décalé par rapport aux ficelles du genre. Si je ne varie pas les approches littéraires, je perds l’envie d’écrire. Explorer les genres me titille les neurones. J’espère que les lecteurs, habitués à mes sautes d’humeur, aimeront ce récit. Et je compte sur les amoureux des animaux pour le faire connaître.

Dans votre livre les femmes, voire les jeunes filles, tiennent une place très importante qu’elles soient écolières, chercheuse, journaliste, criminelle, enseignante à L’UNIL ou victime. Dans la vie courante rencontrez-vous autant de femmes exceptionnelles ou est-ce votre façon de promouvoir le féminisme ?

Maintenant que vous le dites… je n’en avais pas conscience, d’autant moins que j’ai souvent créé un personnage masculin pour prendre de la distance avec moi, mon vécu personnel qui n’a pas à être divulgué. Pour « Quêteur de vent », un journaliste avait écrit que j’étais tous les personnages, y compris le ballon rouge qui tient une place privilégiée dans le livre, l’histoire de deux mecs et d’une psy complètement ravagée. Mais j’aime créer des personnages féminins, aller plonger profondément dans la psyché des femmes, que souvent je ne comprends ni n’approuve, pour en sculpter avec les mots des héroïnes plus vraies que vivantes.

La question que je pose à toutes les écrivaines et écrivains : à quel personnage littéraire pourriez-vous vous identifier?

J’ai beau lire, lire et encore lire, le seul personnage de fiction auquel je m’identifie un peu – même si je ne suis pas assez zen pour lui ressembler –, c’est toujours Corto Maltese. Et si je cherche un personnage féminin, c’est encore dans la BD que je le trouve, en la personne de la très boudeuse Adèle Blanc-Sec (je l’aime tellement que je me suis offert une lithographie de Tardi). Précisons que j’ai détesté le film, la comédienne n’est pas crédible, elle dessert complètement le personnage de la BD. Je n’ai plus le temps de lire des BD et je le regrette, il fut une époque où j’avais accumulé une très belle collection que j’ai finalement offerte à mon fils, autre passionné. Il me fait découvrir de temps en temps une BD à côté de laquelle je ne peux passer – il connaît très bien mes goûts. Mais Adèle et Corto sont mes amours, j’y ajoute Hypocrite, l’adolescente délurée de Jean-Claude Forest. La BD fait le lien, pour moi, entre les arts plastiques et l’écriture, d’où pour moi son rôle essentiel dans ma vie. Pour le roman que je suis en train de terminer, qui se déroule dans la Zone interdite de Tchernobyl, où je me suis rendue, c’est encore la BD qui m’a aidée à débroussailler les infos tellement contradictoires que l’on récolte à ce sujet.

Bernadette Richard. Photographie: Shelley Aebi

Prochains rendez-vous autour du roman Du sang sous les acacias

Le 28 septembre:  dédicaces à la librairie Payot de La Chaux-de-Fonds .
Horaire:                 15h-16h30
Le 7 octobre:  radio RTS la 1ère, émission Entre nous soit dit.
Horaire:                 20h-21h
Le 12 octobre: dédicaces à la librairie Payot de Sion.
Horaire:                 14h-16h
Le 1er novembre à la Bibliothèque de St-Imier :
Rencontre avec les lecteurs à Bibliothèque de Saint-Imier. Bernadette Richard parlera de son actualité, du mélange des genres et lira quelques passages d’un roman qu’elle a en préparation. Scoop garanti.  Horaire:   19h-21h
Le 16 novembre:  dédicaces à la librairie Payot de Neuchâtel.
Horaire:                 15h30-17h

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Biographie de Bernadette Richard

Une existence difficile à résumer autrement qu’au travers de quelques chiffres: née à La Chaux-de-Fonds un  1er mai, 5 professions dont 38 ans de presse à ce jour, 1 mariage, 1 enfant, 1 divorce, 1 petite-fille, 58 déménagements dans 7 pays sur 3 continents, 29 romans et nouvelles, 1 biographie, 3 livres pour enfants, 4 pièces de théâtre publiées ou jouées dans 3 pays. 4  participations à des spectacles et performances. 256 textes littéraires ou essais sur les arts plastiques parus dans des médias et anthologies, 28 discours pour des vernissages d’expositions. N’utilise que l’un de ses 12 stylo-plumes pour écrire. Travaille sur 2 Mac et un PC. S’est trouvée à 5 reprises sur des lieux de prises de pouvoir politique ou attentats meurtriers, dont le 11 septembre 2001 à New York. A vécu dans 8 mégapoles ou très grandes villes. Actuellement dans une ville horlogère à l’agonie. A passé 2 ans dans une forêt, entourée de 17 chats, 4 chiens, 3 cochons noirs, 3 pogonas, 3 paons, 5 mygales, 10 serpents, 3 hamsters de Podorovski, 20 rats et plus, 1 chèvre, 5 poules, 2 coqs, 2 perroquets, 2 inséparables, 3 lapins et autres bestioles sauvées de maltraitance. Vit actuellement avec 5 chats et 1 hamster. En travail : 2 romans en cours, un 3ème en gestation, ainsi qu’un livre pour enfants en voie d’être terminé. Et toujours le travail pour 2 médias.

 

Un livre 5 questions: “Le beau monde” de Laure Mi Hyun Croset

Le beau monde de Laure Mi Hyun Croset : introduction

« Tout est prêt pour un mariage parfait. Le beau monde est réuni, l’atmosphère pétillante, l’élégance au rendez-vous. Il ne manque que la mariée. Impatience, inquiétude… Que se passe-t-il ? Où est-elle ? »

Le décor est en place mais la mariée ne viendra pas.

Drôle, cinglant, insolent, c’est ainsi que l’on a souvent qualifié le roman Le Beau Monde de Laure Mi Hyun Croset. Pour ma part je l’ai trouvé acide, mais certainement pas drôle. En le lisant, j’ai eu l’impression qu’une meute sauvage, affamée, se jetait sur Louise, la non-mariée, chaque membre de la meute souhaitant s’approprier d’un bout de sa vie, ou de sa chair, ou de son savoir, ou de son éducation, comme si cette femme n’avait jamais eu de corporalité ou de personnalité propre, hormis peut-être durant son enfance. Un récit où les intervenants s’acharnent opiniâtrement à la réduire à un objet créé par eux. Quant à ceux qui se désolent de n’avoir su la façonner, ils la considèrent comme une castratrice ou une froide arriviste. Le Beau Monde, roman écrit avec douceur dans une langue classique, est plus profond et cruel qu’il ne semble à première vue.

Interview de Laure Mi Hyun Croset :

– Comment vous est venue l’idée d’écrire “Le Beau Monde” ?

J’ai d’abord été contactée par Richard Ducousset, le directeur éditorial d’Albin Michel, qui avait lu mon recueil de nouvelles Les Velléitaires et l’avait beaucoup apprécié. Il m’a demandé si je pouvais écrire un roman pour sa maison d’édition. Je n’avais pas encore rédigé de véritable roman, mais j’ai accepté le challenge. J’avais un peu la hantise de devoir cohabiter avec un personnage tout au long d’un premier texte si étendu. Devoir le faire évoluer vers le meilleur ou vers le pire me semblait assez fastidieux. L’idée de créer une arlésienne, à savoir un récit où le personnage principal est absent, m’est venue en discutant avec un ami à propos du film Chaînes conjugales de Mankiewicz. J’ai aussi pensé qu’un portrait subjectif, parfois même contradictoire, assumé par plusieurs personnages, serait intéressant. J’adore jouer sur les points de vue, car cela reflète la complexité du monde qui est avant tout une histoire de perception. Je souhaitais aussi rappeler l’importance de la vérification de la source des informations qu’on nous propose. Un mariage m’a semblé un événement idéal pour rassembler des personnes très différentes et pour créer un contexte où les langues pourraient, l’alcool aidant, se délier.

– Connaissez-vous les milieux que vous décrivez, à savoir l’aristocratie française, les milieux argentés ou la roture genevoise ?  

Oui, forcément, car je suis une écrivaine sans imagination. J’ai plus d’aisance à me souvenir de quelque chose que j’ai vécu où que l’on m’a raconté qu’à le créer ex nihilo. J’ai besoin d’avoir ressenti, d’une manière ou d’une autre, même par le truchement d’une œuvre, ce que je décris. Ça me permet aussi d’être cruelle sans juger, car une part de ce que je montre sous un jour défavorable ne m’est pas étrangère. Je n’aime pas surplomber mes personnages. Leurs failles sont aussi les miennes.

– En lisant le portrait que vous faites de la gent masculine issue des milieux aristocratiques et argentés – parfois uniquement aristocratiques, d’autres seulement argentés – j’ai eu l’impression que votre livre était écrit par une militante féministe de gauche. Est-ce le cas ?

Si je suis loin d’être une artiste déconnectée du monde, je voudrais éviter de faire des sermons. C’est pour cela que j’ai choisi la littérature, matière complexe et polysémique, qui ne devrait pas pouvoir être récupérée. J’aime laisser le lecteur libre de se faire son opinion, c’est le moyen de le réveiller sans l’endoctriner. Toutefois, en tant que personne, j’ai des valeurs claires. Et aussi longtemps que les femmes n’auront pas dans tous les endroits de la planète les mêmes droits que les hommes, je serai, oui, féministe. Si avoir une préoccupation sociale et un amour de la culture, y compris subversive, c’est être de gauche, je peux affirmer que ma sensibilité va nettement de ce côté-là. C’est rigolo que mes valeurs politiques se lisent en creux dans ce roman qui tire pourtant un peu sur tout le monde.

– Qu’ils soient de condition modeste ou élevée, poètes, conquérants, ou insignifiants, à l’instar du fiancé, un homme faible qui a préféré séduire une roturière qui lui semblait plus malléable qu’une femme de sa condition, le portrait que vous peignez des hommes est désolant. Est-ce ainsi que vous percevez tous les hommes ?

Non, heureusement. Rires. Je suis en paix avec les hommes. En général, ce sont pour moi de bons camarades. Je n’arrive tout simplement pas à faire de la littérature sur le bonheur, j’écris donc des romans sur ce qui pose problème. Je ne ressens cependant aucune amertume. Je crois que je ne peux pas parler de ce qui n’est pas réglé pour moi. Un roman n’est pas un tribunal.

– Louise, la protagoniste absente, est une romancière qui vit de sa plume. Or, elle s’identifie au Dr. Frankenstein « qui a cousu ensemble des fragments de réel ». Et vous? De quel personnage littéraire vous rapprochez-vous ? Et pourquoi ?

Je m’identifie à tous les personnages avec lesquels j’ai vibré quand le roman ou l’essai était puissant : Swann, Oblomov, Emma Bovary, Magellan, Anna , les antihéros précaires de L.A. story de James Frey et même l’ivrogne de L’Assommoir.

Biographie

Née à Séoul, Laure Mi Hyun Croset est une romancière et coach littéraire suisse. Sa novella Pop-corn girl vient de paraître au mois de mai aux éditions BSN Press.

Bibliographie

2019   Pop-corn girl, BSN Press, Suisse

2018 Le beau monde, Albin Michel, France

2017 S’escrimer à l’aimer, roman, BSN Press, Suisse, sélection finale du prix franco-suisse Lettres frontière 2018

2016 Après la pluie, le beau temps et autres contes, contes, Éditions Didier, France

2014 On ne dit pas « je » !, récit, BSN Press, Suisse

2011 Polaroïds, autofiction, Éditions Luce Wilquin, Prix Ève de l’Académie Romande 2012, Belgique

2010 Les Velléitaires, recueil de nouvelles, Éditions Luce Wilquin, Belgique

I

Interview réalisée par Dunia Miralles

François Cheng : le plus français de poètes chinois

De la poésie orientale dans les mots de la poésie française

Tout au long du XXe siècle, la littérature française a bénéficié d’orientalistes qui ont contribué à faire connaître la littérature chinoise et japonaise, pour ne s’en tenir qu’à celles-là, transformant, dans une certaine mesure, la langue poétique elle-même. Grâce, entre autres, à Paul Demiéville, Jacques Roubaud et François Cheng, la littérature et la poésie en langue française contiennent des éléments redevables à la poésie et à la pensée chinoise et japonaise.

La traduction de l’écriture poétique chinoise, écrite et publiée en français par François Cheng est d’une grande importance. En traduisant des auteurs français au chinois, le poète a également largement contribué à introduire la littérature française en chine.

 

François Cheng : de Victor Hugo à René Char

François Cheng est né en Chine, à Nanchang, le 30 août 1929. Issue d’une famille lettrée, il entreprend des études universitaires à Nankin. Il arrive à Paris avec ses parents en 1948 lorsque son père obtient un poste à l’Unesco. Passionné de culture française, quand sa famille émigre aux États-Unis en 1949 en raison de la guerre civile chinoise, il s’installe définitivement en France pour se consacrer à l’étude de la langue et de la littérature françaises. Il vit dans le dénuement et la solitude avant de faire, dans les années 1960, des études universitaires à la Sorbonne tout en préparant un diplôme de l’École pratique des hautes études. Dans les années 60, il enseigne au Centre de linguistique chinoise, le futur Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale. Il réalise également des traductions de poèmes chinois en français.

Toujours dans la décennie des années 1960, il publie sa poésie, en chinois, à Taïwan. Il traduit également des poètes français, de Victor Hugo à René Char en passant par Apollinaire et Henri Michaux. Ce n’est qu’en 1977 qu’il commence à écrire en français, sur la pensée, la peinture, l’esthétique chinoises et aussi des ouvrages poétiques. Jugeant avoir acquis assez d’expérience, il s’aventure dans l’écriture de romans.

François Cheng n’est pas seulement écrivain. Plasticien, il est l’auteur de nombreuses calligraphies. Il évoque cet art dans de nombreux ouvrages tel que Vide et plein : le langage pictural chinois ou encore Et le souffle devient signe. Son œuvre d’essayiste, de traducteur, de calligraphe, de romancier et de poète est désormais traduite dans de nombreux pays.

François Cheng a obtenu le Grand Prix de la francophonie en 2001 et a été élu à l’Académie française en 2002. Il est membre du Haut Conseil de la Francophonie.

 

Sources :

– Éditions Gallimard, La vraie gloire est ici.

– Juan Malpartida, Letras libres.

– Wikipédia

 

 

 

 

Luisa Ballesteros Rosas : une colombienne à Paris

Luisa Ballesteros Rosas: une enfant de la nature

Enfant, Luisa Ballesteros Rosas, vit en contact avec la nature dans une liberté totale. Pour sa fratrie et elle, tout est jeu. Dans les années soixante, elle ne se doute guère qu’un hasard la conduira à passer sa vie dans la capitale française. De nationalité franco-colombienne, elle réside à Paris depuis les années 1980. Elle écrit en espagnol et en français.

Luisa Ballesteros Rosas: de la Colombie à Paris

Essayiste, poétesse, romancière, Luisa Ballesteros Rosas, naît en 1957 à Boavita, en Colombie, petit village fondé en l’an 1600 qui s’est développé d’une manière urbaine et ou l’éducation est très importante. Orpheline de mère à 5 ans, elle ne s’en aperçoit pas immédiatement, puisqu’à 5 ans, selon Luisa Ballesteros Rosas, l’on ne se rend pas compte de la gravité de la mort. Elle continue donc à jouer et à mener une vie heureuse avec sa fratrie. Mais peu à peu des événements commencent à la perturber, comme le jour de la fête des mères, par exemple, où, dans son village, il est coutume d’épingler à chaque enfant, une fleur rouge, destinée à la maman. Or, aux orphelins de mère, on en met une blanche. C’est à ce moment qu’elle commence à se rendre compte de sa différence.

Son grand-père, descend des fondateurs de Boavita et considère que la culture et l’éducation sont primordiales. Dans sa jeunesse, après avoir arrêté le séminaire alors qu’il se destinait au sacerdoce, il retourne chez lui et commence à développer la vie culturelle du village. Il crée des écoles, monte des chorales et des troupes de théâtre. Les années passent sans que cela lui laisse le temps pour fonder la bibliothèque. Les ouvrages dorment dans des caisses, rongés par les souris. Luisa, les découvre. Passionnée de lecture, elle se met à lire tout ce qu’elle trouve ce qui lui permet de voyager mentalement et d’imaginer d’autres horizons.

Jeune femme, elle part en Angleterre pour se perfectionner en anglais, la langue qu’elle a étudié en Colombie. Mais, en arrivant à l’aéroport sur les terres de sa Majesté, cela ne se passe pas prévu. Engagée comme fille au pair, à la douane on lui apprend que cette possibilité n’existe pas pour les non-européens. Qu’elle doit faire demi-tour. La famille qui doit l’accueillir l’envoie à Madrid en imaginant qu’il sera plus facile d’arranger ce problème depuis l’Espagne. Elle y reste 6 mois mais l’Angleterre continue de lui refuser le visa. Elle décide de visiter Paris avant de retourner en Amérique du sud. Dans le train elle rencontre une espagnole qui lui suggère de faire les démarches en France et d’apprendre le français plutôt que l’anglais. Jamais, Luisa Ballesteros Rosas, n’avait imaginé vivre à Paris. Pour elle c’était une ville cinématographique, quelque chose d’un peu surréaliste. En arrivant, elle compte n’y rester qu’une seule année. Elle cherche du travail et s’inscrit à un cours. Elle obtient le certificat supérieur de français, puis réalise son doctorat. Sujet : la place de la femme écrivain dans la société sud-américaine – La Femme écrivain dans la société latino-américaine –essai-, préface de Jean-Paul Duviols, Paris, Éditions L’Harmattan, 1994

– après avoir découvert que la plupart d’entre elles étaient silenciées. Elle met d’autant plus de cœur à l’ouvrage, que le 19ème siècle regorge de grandes écrivaines qui ne figuraient dans aucun programme d’études.

Elle obtient également l’Habilitation à Diriger des Recherches de l’université Paris-Sorbonne. Après avoir enseigné la littérature et la civilisation d’Amérique latine à l’université de Paris-Sorbonne de1995 à 1997, elle est actuellement maître de conférences HDR en Littérature et civilisation d’Amérique latine à l’université de Cergy-Pontoise, où elle est également directrice du département d’études ibériques et latino-américaines. Luisa Ballesteros Rosas consacre ses recherches aux écrivaines de tout le continent latino-américain.

En 2018, elle obtient le Prix International de Littérature “Virginia Woolf” pour son essai Historia de Iberoamérica en las obras de sus escritoras, et l’ensemble de son œuvre.

Sources:

-Radio Francia Internacional

-Wikipédia

Lucette Junod : une poésie en fusion avec le monde

Lucette Junod: mosaïque surexposée

« Fusion poème symphonique pour tire-lignes et corde à noeuds» peut-on lire à la fin d’un cahier, bref mais intense, publié en 1980 par les Éditions du Panorama fondées par Paul Thierrin. Le premier ouvrage de poésie de Lucette Junod, un texte discontinu d’un superbe équilibre , nous emmène dans un monde contemporain qui, finalement, a peu changé en presque quarante-ans. Des bribes de vies, des moments de télévision, des accès de colère féministe quand Chazot parle de Gisèle Halimi, des conversations au restaurant ou des rêves, tout prend une teinte noir-blanc vaguement surexposée qui brûle les yeux sans pour autant les détacher de la lecture. Que la poétesse et l’éditeur me pardonnent, je n’ai pas su résister à la tentation de publier deux pages afin de mieux plonger le lecteur dans les ambiances de Lucette Junod. A noter: ce sont deux pages qui ne se suivent pas.

 

 

Lucette Junod naît le 25 décembre 1932 à La Chaux-de-Fonds d’un père savoyard et d’une mère de la Broye fribourgeoise. Au Technicum du Locle – aujourd’hui CIFOM– elle obtient un diplôme de régleuse dans l’horlogerie, puis fait des études de comédienne aux conservatoires de Neuchâtel et de Genève avant de se consacrer à l’enseignement du théâtre et à son écriture. A partir de 1977, elle donne de nombreux récitals de poésie. En 1983 elle fonde les Rencontres poétiques internationales qu’elle organise à Yverdon-les-Bains et à Neuchâtel et qu’elle dirige jusqu’en 2004.

En 1980 paraît Fusion qui reçoit un excellent accueil de la critique. Suivent d’autres recueils de poèmes. Elle a également écrit plusieurs romans dont Les Grands-Champs qui reçoit le Prix Paul Budry en 1980.

Elle a également écrit des pièces de théâtre radiophoniques. D’autres, écrites pour la scène, ont été adaptées pour la radio.

Elle est une invitée régulière des soirées poétiques de Struga, en Macédoine, ainsi que des Congrés de littérature de Lesbois.

Lucette Junod a également été, de 1977 à 1989, la directrice du Service de Presse Suisse.

Elle était l’épouse de l’écrivain Roger-Louis Junod.

 

Sources :

AENJ

-Fusion, Editions du Panorama

-La nouvelle revue neuchâteloise

-Wikipédia

 

Un livre 5 questions: Miradie d’Anne-Frédérique Rochat

Miradie d’Anne Frédérique Rochat: introduction

Editions Luce Wilquin

« Miradie a la curieuse sensation que sa peau s’affine durant la nuit, qu’elle en égare des minuscules particules, des tout petits bouts, mais pourquoi ne trouve-t-elle jamais, en s’agenouillant au pied de son lit et en scrutant ses draps, de preuves concrètes de ce dénuement ? » Miradie a perdu ses parents très jeune. Sa tante l’a recueillie. Cette dernière lui fait payer cet accueil par des reproches assez communs dans les milieux familiaux. Quant à son collègue de travail, il ne cesse de profiter de sa gentillesse.  Miradie s’évade grâce à Patrice, son ami d’enfance. C’est dans ce contexte qu’apparaît Benoît. Un roman sensible qui ne manque pas de cruauté. Aux éditions Luce Wilquin.

 

Une phrase du livre :

« Un goût d’humus, de sueur et de poussière persistait sur sa langue ».

 

Miradie: interview d’Anne-Frédérique Rochat

Le prénom Miradie, fort rare, me fait penser à «regarder le jour». D’autant qu’elle est persuadée que la nuit, durant son sommeil, sa peau s’affine. Le manque d’amour, de lumière, pousse-t-il le corps à se déliter ? Une raison particulière vous a-t-elle incité à choisir ce prénom pour votre protagoniste?

Dans ce septième roman, j’ai eu envie de faire le portrait d’une femme un peu en décalage, une femme poreuse qui peine à mettre la bonne distance entre elle et le monde extérieur, et je souhaitais que son prénom raconte quelque chose d’elle, de cette sensibilité. J’étais prête à inventer un prénom, je cherchais, j’assemblais des syllabes, et Miradie m’est venu, c’est après que j’ai vu sur Internet que ce prénom existait. Pour moi, il fait écho au verbe « irradier », mais chacun peut y entendre ce qu’il veut. J’aime beaucoup « regarder le jour » ; plusieurs personnes m’ont dit que ça leur évoquait le mot « maladie », ce qui va aussi très bien pour mon personnage qui a l’impression de s’effriter. Cette curieuse sensation me permet de parler de son manque de protection face aux agressions de façon poétique, mais on peut également y voir une sorte de dessèchement dû au manque d’amour, de lumière, oui. Elle perd ses pétales comme une fleur en manque d’eau.

La nuit, est-ce un moment idoine pour crier?

Oui, pour Miradie en tout cas. Quand elle n’en peut plus, qu’elle s’est fait humilier, engueuler toute la journée par des clients mécontents, qu’elle déborde, fulmine, alors il lui arrive, dans l’obscurité du parc, si personne ne s’y balade (elle ne veut surtout pas déranger), de crier. L’avantage de la nuit est qu’on ne la voit pas, on ne peut pas la reconnaître. Elle se révolte incognito, lâche la vapeur, afin de pouvoir, dès le lendemain, se retrouver derrière le bureau de réception de l’hôtel du Canier avec son plus charmant sourire pour faire face aux nombreuses réclamations.

Miradie et Patrice sont amis depuis le jardin d’enfant. Ils sont très possessifs l’un envers l’autre. L’amitié homme-femme est-elle illusoire, ou prêtez-vous à l’amitié –en général- les mêmes mécanismes que l’on prête à l’amour « conjugal »: un terrible instinct de possession ?

Je ne crois pas que l’amitié homme-femme soit illusoire, tout est possible, mais il me semble plus facile que cette amitié naisse après avoir vécu une histoire, ainsi le désir a été assouvi, mais cela dépend de chaque personne, de chaque lien, on ne peut pas faire de généralités. Ah, l’instinct de possession, le sentiment d’appartenance, comment s’en débarrasser ? Dans plusieurs de mes textes, j’ai travaillé sur cet instinct qui est assez effrayant mais tellement humain. Comment aimer l’autre sans vouloir le posséder, sans projeter sur lui ses attentes ? Vaste question, et gros travail, mais c’est une quête qui me plaît. Dans le roman, la jalousie qu’éprouvent Patrice et Miradie envers les « nouveaux arrivants » raconte l’ambiguïté de leur rapport, de leurs sentiments. Ils ne sont pas ensemble, mais se comportent comme tel. Je crois que Patrice est amoureux de Miradie, et serait prêt à vivre une histoire avec elle, et je crois que Miradie éprouve aussi du désir pour Patrice, en plus de la tendresse et de l’amitié, mais elle le refuse, le nie totalement, peut-être par peur de détruire leur lien qui est si important pour elle : il est son être cher, son confident, son proche, elle n’en a pas vraiment d’autre.

Benoît, l’amant de Miradie, a une attitude totalement détachée. Les maltraitances subies durant son enfance expliquent-elles sa désinvolture ou est-ce simplement une recherche de plaisir immédiat et sans lendemain ?

Benoît est assez lourd par moments, je ne l’épargne pas et prends même plaisir à grossir un peu ses traits, donc j’avais envie qu’on entrevoie – durant un court instant – une blessure, un traumatisme, qu’il ne soit pas complètement détestable. Tout n’est pas toujours explicable, justifiable dans un caractère, que ce soit dans la vie ou dans les romans, et c’est très bien ainsi, mais je pense quand même que le rapport que l’on a à l’amour, la peur ou le désir d’attachement, prend ses racines dans l’enfance, dans le lien qu’on a créé, ou pas, avec les personnes qui nous ont élevées.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

Voilà une question difficile, j’y ai réfléchi et je ne sais pas quoi répondre. Il y a de nombreux personnages littéraires qui m’ont bouleversée, marquée, mais ils ont toujours un destin tragique, je n’ai pas du tout envie de m’y identifier !, ou alors juste le temps du roman et d’une catharsis…

Biographie d’Anne-Frédérique Rochat

Photo: Marika Dreistadt

Anne-Frédérique Rochat est née le 29 mars 1977 à Vevey, elle a grandi à Clarens sur Montreux. En juin 2000, elle obtient un diplôme de comédienne au Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne, depuis elle joue régulièrement en Suisse romande. Elle a commencé par écrire des pièces de théâtre, puis a eu envie de s’essayer à un autre genre qu’elle aime et admire particulièrement, le roman. Aujourd’hui, elle continue de jouer et d’écrire. Elle vit à Lausanne.

Découvrez sa biographie complète, ses romans, ses pièces de théâtre sur le site personnel d’Anne-Frédérique Rochat en cliquant ici.

 

 

Interview réalisée par Dunia Miralles  pour “Ecrire à mille”.

Alexandre Pouchkine : duels, littérature et politique

Alexandre Pouchkine : un fatal sens de l’honneur

Se sentant offensé lorsque son oncle lui enlève sa partenaire de danse, Alexandre Pouchkine lance son premier défi en duel alors qu’il n’a que 17 ans.

Durant sa vie, le poète aurait défié ses adversaires à plus de vingt reprises et il aurait été défié sept fois. Quatre affrontements ont lieu. Les autres sont évités grâce à l’intervention de ses amis.

Toutefois, le 10 février 1837, il meurt à St-Petersbourg des suites d’un duel avec Georges d’Anthès, un officier français servant dans la Garde russe. Ce dernier combat aurait été fomenté par ses détracteurs, qui souillent la réputation de son épouse – comme on dit à l’époque –, afin de le provoquer.

Alexandre Pouchkine est considéré comme le père de la littérature russe moderne. Ses œuvres, écrites en russe, ont influencé d’importants écrivains : Tolstoï, Gogol ou Dostoïevski, ainsi que des compositeurs tels que Tchaïkovski ou Moussorgski.

 

 

Pouchkine : un lycéen romantique

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine naît Moscou, en 1799. Selon la coutume dans l’aristocratie russe au début du XIXe siècle, ses frères et lui reçoivent une éducation basée sur la langue et la littérature françaises. A l’âge de douze ans, il est admis au Lycée Impérial nouvellement créé – rebaptisé plus tard Lycée Pouchkine – où il découvre sa vocation poétique. Parfaitement bilingue ses amis le surnomment « Le Français ».

Encouragé par ses professeurs, il publie ses premiers poèmes dans la revue Le Messager de l’Europe. Leur ton romantique relève l’influence des poètes russes contemporains et celle de la poésie française des XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier celle du vicomte de Parny. C’est également au lycée qu’il commence à écrire sa première œuvre majeure, le poème romantique Rouslan et Ludmila, qui sera publié en 1820.

Peu avant, en 1817, Pouchkine accepte un emploi à Saint-Pétersbourg, où il entre en contact avec un cercle littéraire restreint qui devient progressivement un groupe politique clandestin. Il fait également partie de La Lampe Verte, un autre mouvement d’opposition au régime tsariste qui sera finalement le germe du parti révolutionnaire qui mène à la rébellion de 1825.

Pouchkine : une vie d’exilé

Bien que sa poésie de jeunesse ait été plus sentimentale qu’idéologique, certains des poèmes écrits à l’époque attirent l’attention des services secrets tsaristes, qui ne les lisent qu’en termes politiques. Accusé d’activités subversives, il est contraint à l’exil. D’abord confiné en Ukraine, puis en Crimée, où il compose plusieurs de ses principaux poèmes.

En 1824, les autorités russes interceptent une lettre adressée à un ami dans laquelle il se déclare athée, ce qui lui vaut un nouvel éloignement, cette fois à Pskov, où sa famille a des biens. Il consacre les deux années qu’il y passe, à étudier l’histoire et à recueillir des récits traditionnels. Cela se reflète dans son travail qui se distancie du romantisme pour s’approcher progressivement du réalisme.

Pouchkine : le tsar pour censeur

En 1826, il fait une demande de visite à Nicolas Ier de Russie, qui est obligé de le recevoir, en partie parce que des preuves fiables démontrent que Pouchkine n’a pas pu participer aux révoltes anti tsaristes de 1825 – à ces dates il se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres de Moscou – mais aussi parce qu’il craint qu’un refus n’amène le poète à utiliser sa popularité pour entreprendre une campagne anti-gouvernementale. Après l’entretien, le tsar accepte de lui accorder la grâce, à condition que lui-même, Nicolas Ier, devienne désormais son censeur privé.

En 1831, Pouchkine épouse Natalia Gontcharova avec qui il aura plusieurs enfants. En 1833, il est nommé membre de l’Académie russe. Malgré son prestige croissant, il est hanté par les dettes toute sa vie, jusqu’à ce qu’il fonde la revue Le Contemporain, qui deviendra la publication la plus influente de la littérature russe. Il écrit ses dernières œuvres principalement en prose. Pouchkine est également connu pour avoir écrit de la poésie érotique.

 

Sources :

– Russia Beyond

– Biografias y Vidas

Lecturalia

– Wikipédia

– La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents, Edouard Glissant, Galaade Editions

Marguerite Burnat-Provins : la passion à fleur de peau

Marguerite Burnat-Provins: l’exaltation de l’amour et de la volupté

En 1906 paraît, chez Säuberlin & Pfeiffer à Vevey, une publication intitulée Le Livre pour toi. S’ensuit un énorme scandale, non seulement sur la Riviera mais également en Valais. L’esclandre est rapidement étouffé, mais le livre est réédité à Paris en 1907 ce qui contribuera à donner de la visibilité à son auteure. Écrit par l’artiste peintre et dessinatrice Marguerite Burnat-Provins, une femme mariée à un notable veveysan, il s’adresse à l’amant de celle-ci, Paul Kalbermatten, un jeune ingénieur dont la famille réside à Sion. Ce livre, vibrant de passion et d’un désir sexuel que la bienséance et «l’honneur» interdit aux femmes de cette époque – de nos jours il ne sera pas moins malvenu et inconvenant qu’une personne mariée affiche publiquement son inclination pour une amante ou un amant – est une magnifique déclaration d’amour empreinte de lumière, que la jalousie et le manque de l’être aimé enténèbrent parfois.

Marguerite Burnat-Provins: de Paris à la Suisse

Marguerite Burnat-Provins naît à Arras en 1872, dans le Pas-de-Calais, en France, dans une famille riche et cultivée qui deviendra nombreuse. Soutenue par son père, elle s’adonne à l’écriture et la peinture. En 1891, elle monte à Paris suivre une formation artistique au sein d’institutions privées – l’École des beaux-arts étant encore fermée aux femmes. À vingt-quatre ans, elle se marie avec Adolphe Burnat, un architecte suisse. Le couple emménage à Vevey, d’où l’époux est originaire. De santé fragile, dès 1898, conseillée par l’artiste Ernest Biéler, l’un de ses amis, Marguerite fait de nombreux séjours à Savièse. Le soleil et le climat du Valais conviennent à sa santé. La créativité de Marguerite Burnat-Provins s’en trouve accrue. Elle réalise peintures, broderies, affiches et poursuit plusieurs projets littéraires.

Marguerite Burnat-Provins: amoureuse et libre à la folie

En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur de la région avec qui elle entretient une liaison extraconjugale passionnée dans la maison mise à disposition par Ernest Biéler. Leur liaison offusque et fait un tel tapage, que l’artiste se voit obligée de renoncer aux séjours valaisans qu’elle aime tant. Elle divorce d’Adolphe Burnat en 1908 et se remarie avec Paul. Le couple voyage puis vit à Bayonne. Lors de la Première Guerre mondiale Paul est mobilisé en Suisse. Marguerite reste en seule France. Un choc dont elle ne se remettra pas. Rongée par la maladie, saisie par des crises d’angoisses morbides, elle exécute une série d’œuvres picturales hallucinées qu’elle prétend réaliser sous dictée. Cette période est également perturbée par les problèmes qu’elle rencontre avec ses éditeurs et l’indifférence de sa famille envers sa carrière. Toutefois, elle fait de nombreux voyages qui l’amènent à rencontrer des gens de lettres en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud.

En 1925, Marguerite apprend que Paul est épris de Jeanne Cartault d’Olive. La mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus présents la perturbent beaucoup. Ébranlée par les monstrueuses retombées de la guerre, elle trouve un peu de consolation dans la religion. En parallèle à la publication de ses livres, Marguerite Burnat-Provins poursuit sa création picturale jusqu’à son décès en 1952, quinze ans avant Paul qui, entre temps s’est remarié avec Jeanne.

Une vidéo réalisée par L’UNIL et L’ECAL. Poèmes et œuvres picturales de Marguerite Burnat-Provins.

 

Sources :

-Le livre pour toi, Editions L’Aire bleue

Catherine Dubuis

Association des amis de Marguerite Burnat-Provins

Site de la Collection de L’art Brut, Lausanne

Le poète David Diop : figure emblématique de la décolonisation

David Diop: poète et militant

Le 29 août 1960, le vol 343 Air France, pris dans une tempête, sombre en face des Almadies au large de Dakar, avec 55 passagers à bord et 8 membres d’équipage. Parmi eux se trouvent David Diop, un poète sénégalais de 33 ans, et ses manuscrits. Aucun passager ni membre de l’équipage ne survit et la commission d’enquête ne parvient pas à déterminer les causes du drame. Les écrits engagés de David Diop, militant des Indépendances Africaines et dénonciateur de la colonisation, qui ont secoué le monde politique et littéraire, alimentent l’idée que l’avion a été abattu afin de se débarrasser du poète. Rien n’a jamais pu être prouvé même s’il est certain qu’il dérangeait beaucoup de monde.

David Diop: neveu de Léopold Sédar Senghor

David Mandessi Léon Diop, naît à Bordeaux le 9 juillet 1927 d’une mère camerounaise et d’un père sénégalais qui décède quand il a huit ans. Sa mère reste seule avec six enfants dont le jeune David qui a la santé fragile. De longs séjours à l’hôpital lui permettent de découvrir la littérature, en particulier la poésie. Il connaît la guerre puis l’occupation allemande. Il commence des études de médecine puis se réoriente vers les lettres modernes. Élève de son oncle Léopold Sédar Senghor, son ainé non seulement l’inspire mais le rend également fier de ses origines africaines. Licence en poche, il décide d’enseigner au Sénégal, le pays de ce père qu’il a peu connu. Il se marie à une Sénégalaise et observe les déplorables conditions de vie des Africains.

Il se détache alors de l’influence de son oncle et se lance, au travers de ses écrits, dans la lutte anticoloniale. En effet, Léopold Sédar Senghor vénère la langue française, au point de la considérer comme la langue des dieux, or David Diop estime que cette langue n’est qu’un moyen d’expression provisoire, imposé provisoirement par la colonisation. Il existe une différence fondamentale entre la poésie de David Diop et celle de Senghor. David Diop est le poète de la radicalité qui a opté pour une démarche contestataire que certains qualifient de «révolutionnaire». Ses premiers poèmes sont publiés aux éditions Présence Africaine en 1956, dans un recueil intitulé Les coups de pilon.

En 1958, David Diop répond à l’appel lancé par Sékou Touré aux intellectuels et part enseigner en Guinée. Le poète se radicalise en intégrant le Parti Africain de l’Indépendance. Il croit en son combat et voit peu à peu la naissance des États africains. En 1960, les Africains sont sur la voie de la décolonisation. Il accompagne leurs efforts en préparant de nouvelles œuvres. Le 29 août 1960, l’avion de David Diop, pris dans une tornade, tombe en mer le long des côtes du Sénégal. Le corps du poète  est repêché et inhumé au cimetière catholique de Bel-Air à Dakar. Ses manuscrits n’ont jamais été retrouvés.

Autre poème de David Diop : AFRIQUE MON AFRIQUE récité par Chantal Epée.

Sources :

– Le nouvel Afrik.com

– Médiapart

– France Bleu

– Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

Un livre 5 questions: “Ce que révèle la nuit” de Sylvie Blondel

Ce que révèle la nuit de Sylvie Blondel : introduction

Dans son roman Ce que révèle la nuit, paru chez PEARLBOOKSEDITION à Zurich, Sylvie Blondel imagine la vie et les derniers jours de l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux, réputé scientifique du XVIIIe siècle. Né en 1718 dans une noble famille vaudoise, considéré par ses pairs européens comme l’un des plus grands scientifiques de son temps, il mourut à Paris en 1751.

À l’histoire de ce savant, Sylvie Blondel intercale un moment de la vie d’Hector, un homme de notre époque, qui souhaite écrire un livre sur cet astronome de nos jours oublié. Rapidement, il se voit confronté au manque d’information et aux interrogations que soulèvent ces lacunes, tout comme il tourne et retourne, dans son esprit, les questions qu’il se pose sur les mystérieux motifs qui ont incité sa femme à quitter le domicile conjugal sans plus donner de nouvelles.

Ce que révèle la nuit : interview de Sylvie Blondel

Une phrase du livre :

« … je me sens comme un poisson rouge dans le bocal de l’Univers avec la Lune et le silence ».

***

Merveilleuse question, car elle reflète mon état d’esprit au moment de l’écriture de ce roman, et je la place dans la bouche d’Hector : il exprime, en partie, mon désarroi.

Ce que révèle la nuit, Sylvie Blondel, PEARLBOOKSEDITION 2015.

Cette question existentielle parcourt le livre, en ces temps troublés par le changement climatique qui menace l’humanité. Je confronte l’étroitesse de vue de bon nombre de contemporains, dont nous faisons partie, et l’immensité de l’Univers. L’infiniment petit et l’infiniment grand. Entre ces extrêmes, l’individu se sent impuissant, humble, minuscule, avec ses soucis dérisoires. Il tourne en rond comme un poisson dans un bocal sans espoir d’une issue vers la liberté. À ce propos, je viens de rêver que j’étais un poisson dans l’océan et que je nageais et communiquais avec mes congénères ! Je dois dire que ce rêve m’a redonné la pêche (si l’on peut dire !) Je pense aussi souvent à l’axolotl de Julio Cortazar, à cette perméabilité entre le dedans et le dehors. Ainsi je considère ce poisson rouge comme un avatar du moi : il se croit enfermé alors que son espace vital est immense, l’Univers entier l’entoure de sa beauté absolue : la Lune. La dimension onirique est essentielle, ainsi que la dimension spirituelle. D’où l’importance de faire silence en soi et d’écouter. C’est ce que font Hector et Loÿs par moments : ressentir cet enveloppement, cette mère universelle chère aux peuples premiers (les kogis de Colombie), cet amour de l’Univers est ce qui nous porte, c’est le mystère de la création. Malheureusement bon nombre de gens ont perdu ce contact et saccagent leur environnement, se saccagent eux-mêmes. Au contact de la nature, je peux parfois éprouver ce sentiment d’unité.

Pourquoi votre choix s’est-il porté sur l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux ? En particulier sur les derniers moments de sa vie ?

J’ai envisagé le point de vue le plus large pour arriver au plus petit. J’ai tapé sur Google le mot «  Nuit » et je suis tombée sur J-P L de Cheseaux. J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur lui, et sa brève destinée m’a frappée. On s’identifie toujours un peu aux personnages qu’on crée. J’ai été impressionnée par sa passion des études scientifiques, son rôle de chercheur, son courage et sa modestie. J’ai volontairement laissé de côté d’autres aspects de sa vie (la religion.) Dans mon aventure d’écrivaine, j’aime ce côté voyage dans le temps, cet aspect fantastique propice à l’invention. Et j’aime particulièrement le 18e siècle pour une certaine forme d’optimisme et de liberté, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Siècle des Lumières. Il a aussi sa dimension tragique, raison pour laquelle je me suis également attachée à la figure de Davel qui a donné sa vie pour la liberté du canton de Vaud, lui aussi fut un héros méconnu en son temps. J’ai imaginé qu’il aurait pu être admiré par le grand-père de Loÿs. Écrire une biographie historique n’est pas ma tasse de thé, raison pour laquelle j’ai relaté seulement certaines scènes de la vie du personnage. Je me suis inspirée des faits historiques (canevas), mais le contenu est purement imaginaire. Je me suis limitée à ses dix derniers jours, car c’est un concentré de la vie humaine : l’espoir et la souffrance, les amours et les regrets, la question de la vie après la mort (qui reste ouverte). Le récit est fait de va-et-vient entre présent et passé (on dit que notre vie défile à toute allure avant de mourir). En me concentrant sur quelques heures dans la vie d’un homme, mon sujet pouvait être appréhendé sans me perdre. Chaque chapitre forme une unité, comme un découpage cinématographique (scénario pour un téléfilm !) D’emblée, j’ai été révoltée par la manière dont la France de l’époque a traité ce grand savant en le jetant dans une fosse commune, car tel était le sort des protestants, des comédiens ( Molière) et des parias. Loÿs de Cheseaux était pourtant membre de l’Académie royale des Sciences à Paris ! N’oublions pas le massacre des protestants après la révocation de l’Édit de Nantes ; on parle beaucoup du génocide arménien, du génocide des Juifs, etc… il y eut en France le génocide des protestants. S’il n’avait pas eu lieu, la France actuelle serait peut-être plus ouverte, mieux gérée, tant la vision de l’État de la part des protestants est à l’opposé du pouvoir royaliste et centralisé d’aujourd’hui.

Ce que je veux dire c’est que Loÿs de Cheseaux est resté assez méconnu alors que ses travaux scientifiques ont joué un rôle éminent : découvreur de comète avec une simple lunette astronomique ! Bon nombre d’artistes suisses restent aujourd’hui méconnus également tant notre territoire est restreint. Les pouvoirs publics ne s’intéressent pas beaucoup à la plus value que représente la littérature.

Dans votre ouvrage, Hector vit au XXIe siècle et souhaite écrire un livre sur l’astronome vaudois. Les documents existants sur ce personnage historique sont-ils aussi lacunaires que dans votre roman? Si oui, cela vous a-t-il laissé beaucoup d’espace de liberté ou au contraire était-ce une contrainte?

Oui, hélas, c’est véridique : tous ses instruments et documents ont été détruits. À une époque pas si lointaine, on n’avait aucune conscience de la nécessité de conserver le patrimoine. De plus, lorsqu’on a passé au système métrique, toutes les anciennes mesures sont devenues caduques. Comme dit dans le livre, ma principale source est le professeur d’astrophysique Georges Meylan qui fait de nombreuses conférences sur J-P L de Cheseaux et dispose de copies des documents qui restent de ce savant : on a donc à la BCU le « traité de la comète » (illisible pour un non scientifique) et quelques autres œuvres assez ardues et très techniques destinées à un public restreint d’hommes de science. Ses dessins sont magnifiques. Il y a aussi un historien, que je cite dans les références de mon roman, qui a résumé cela mais de manière plate et non fictionnelle. Cela n’était donc pas une contrainte, mais une liberté, car il n’existe aucune anecdote sur la vie personnelle de Loÿs. Je lui ai inventé un amour impossible pour lui donner un peu d’humanité, mais comme il s’est épuisé à la tâche, il a été souvent malade et déprimé (en burn-out, dirait-on aujourd’hui.) J’ai fait une assez large place à la médecine de l’époque. N’oublions pas que l’espérance de vie était d’à peu près 40 ans. Les voyages étaient épuisants et très longs. J’ai des centaines de pages de documents, mais ne les ai pas fait apparaître dans le roman pour ne pas alourdir le propos.

Hector considère l’astronome comme un jumeau d’un autre âge. Et vous ? Avez-vous une jumelle – ou un jumeau – dans une autre époque ?

Je trouve cette idée très romanesque. J’aime beaucoup Julio Cortazar. Il articule bon nombre de ses nouvelles des Armes secrètes sur ce mélange des strates temporelles. Si l’on en croit les astrophysiciens et les bouddhistes, le temps n’existe pas, nous sommes dans un éternel présent (enfin si j’ai bien compris.) J’aime à penser, mais ce n’est qu’une croyance, que des esprits peuvent communiquer avec nous par le biais des rêves, des synchronicités. Cf le réalisme magique de Garcia Marquez, Isabel Allende, notamment. Les anciennes civilisations d’Amérique latine font état aussi de cette présence des esprits des morts, c’est une hypothèse artistique pour moi, pas une conviction, mais je pense que les artistes sont habités par plusieurs vies, sont des éponges qui captent diverses ondes émanent de leur environnement. J’ai mis ces hallucinations d’Hector sur le compte de son état dépressif suite à un deuil… Donc je n’en sais rien, mais cela m’inspire pour l’écriture. Il m’a paru intéressant de mêler l’esprit rationnel, scientifique et le paranormal. Beaucoup de phénomènes nous échappent.

Je ne crois pas avoir un jumeau dans une autre époque. J’ai bien souvent cru à l’âme sœur – tomber amoureuse d’un type impossible parce que nous nous étions connus dans une vie antérieure et que le destin nous avait séparés et qu’il fallait revivre cette histoire au présent pour libérer nos âmes du chagrin – beaucoup de voyantes disent cela.

Pensez-vous que deux personnes de deux époques différentes puissent se rencontrer ? Que le temps puisse se plier comme le prétendent certains physiciens ?

Réponse, j’y crois et j’y crois pas. Pour la deuxième partie, cela défie la raison, mais en effet la notion du temps est subjective et les physiciens ont encore bien des choses à nous révéler. Comme dit plus haut, notre connaissance du temps est partielle. Il est théoriquement possible qu’on puisse remonter le temps avec des instruments de plus en plus sophistiqués jusqu’au big bang, mais certains en doutent, car nous n’aurons jamais de télescopes aussi puissants, c’est le résultat d’extrapolations. Je pense comme eux qu’il est plus important de poser des questions que d’apporter des réponses lorsqu’on parle d’astrophysique et de spiritualité.

En ce moment j’ai de gros doutes quand à la survie de l’âme : j’ai vu ma mère dévorée par la maladie d’Alzheimer, perdre peu à peu la mémoire et la capacité de penser. Si le cerveau est détruit, que reste-t-il de l’esprit ? La vie se résume-t- elle à un tas de cendres ? Je crois que c’est inadmissible pour un écrivain dont le rôle est de faire vivre l’humain et toute forme d’existence à travers l’imaginaire.

Donc mon roman est le résultat de ce questionnement sur le caractère à la fois poignant et éphémère de la vie humaine dans l’immensité de l’univers.

La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

J’aime beaucoup Stendhal et son style haletant. Je dirais Clélia dans la Chartreuse de Parme. Une héroïne prisonnière d’un secret, d’un vœu, très puissant ressort romanesque. La légende de Tristan et Iseut, comme l’a bien montré Denis de Rougemont, façonne encore aujourd’hui la vision tragique de l’amour en Occident. La soif de passion à l’opposé d’une vie tranquille et sans histoire, c’est peut-être pour cela que, dans les films, les femmes choisissent les mauvais garçons ! (cf aussi Marguerite Duras.) Stendhal termine ses romans de cette façon : les amants sont enfin réunis…mais il est trop tard, la mort emporte l’un des deux. Idem dans Tristan et Iseut.

Mon personnage, J-P L de Cheseaux, vit aussi un amour impossible. Le tragique de l’histoire, c’est que son Isabelle, devenue enfin veuve, pourrait l’épouser, mais il meurt avant de connaître la vie tranquille sur cette Terre, mais peut-être dans l’au-delà.

 

Début du roman lu par l’auteure Sylvie Blondel.

Biographie de Sylvie Blondel:

Sylvie Blondel, professeur de français et journaliste radio, est née à Lausanne.

Sa vie est jalonnée par de nombreux voyages qui ont inspiré le recueil de nouvelles : “Le Fil de soie ”  éditions de l’Aire, 2010. En 2015, elle publie le roman « Ce que révèle la nuit », PEARLBOOKSEDITION. D’autres textes figurent dans des recueils collectifs.

Actualité et projets à venir de Sylvie Blondel:

Une nouvelle parue dans « Le livre des Suites « , éditions l’Age d’Homme, 2018.

Une nouvelle à paraître dans un recueil collectif d’écrivaines de Suisse romande à l’occasion de la future grève des femmes du 14 juin 2019.

La sortie de son prochain livre est prévue pour début 2020.

 

Cette entrevue, réalisée par Dunia Miralles, est extraite du blog : “Écrire à mille: littérature romande et autres art”.