A relire ou à lire: “Rue des Boutiques Obscures” de Patrick Modiano

Rue des Boutiques Obscures: un prix Goncourt avant le Nobel

Alors qu’Encre Sympathique, le dernier ouvrage de Patrick Modiano, vient de paraître, je me retourne sur Rue des Boutiques Obscures, le récit pour lequel l’auteur a reçu le Prix Goncourt en 1978. Cette histoire fait partie des dix “romans” réunis par Patrick Modiano en un volume de la collection Quarto en mai 2013.

Le récit se déroule en 1965 même si la mémoire nous mènera bien plus loin. A la retraite de son patron Hutte, le détective privé qui lui a donné du travail malgré les flous de son passé et de l’amnésie, Guy Roland enquête sur sa vie en remontant des pistes qui s’arrêtent soudainement à la seconde guerre mondiale.

La quatrième de couverture:

“Qui pousse un certain Guy Roland, employé d’une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d’un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d’amnésie ?
Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s’identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître: Denise Coudreuse, Freddie Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d’autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l’intrusion des âmes errantes dans le roman policier.”

Dans ce 6ème  ouvrage – Encre Sympathique est son 29ème récit –  à l’instar de tous les autres puisque l’on prétend que Patrick Modiano n’écrit qu’un seul livre pour composer une seule œuvre, l’écrivain nous entraîne dans les zones d’ombre des souvenirs. Pourtant rien ne garantit la véracité de la mémoire qu’ils évoquent. Les témoins du passé donnent des indices, font cadeau de photos vieillissantes enfermées dans des boîtes à biscuits, mais semblent pressés de se débarrasser de Guy Roland comme si le douloureux abîme, qui ramène toutes ces personnes à la Seconde Guerre Mondiale, les encombrait. Tous les personnages, qui ne sont rattachés au protagoniste que par de menus liens, disparaissent. Le noyau de ce qu’il cherche ne les regarde pas. L’intrigue, pourtant simple, gardera son mystère.

Guy Roland ne sera jamais sûr de sa véritable identité et accepte cet état de fait. Au final, l’identité n’est-elle pas un carcan? Entre les lignes, Patrick Modiano pose la question: que reste-t-il de nos vies ? Pas grand-chose, mais un pas grand chose d’un dérisoire émouvant.

Extrait de Rue des Boutiques Obscures:

“Drôles de gens. De ceux qui ne laissent sur leur passage qu’une buée vite dissipée. Nous nous entretenions souvent, Hutte et moi, de ces êtres dont les traces se perdent. Ils surgissent un beau jour du néant, et y retournent après avoir brillé de quelques paillettes. Reines de beauté. Gigolos. Papillons. La plupart d’entre eux, même de leur vivant, n’avaient pas plus de consistance qu’une vapeur qui ne se condensera jamais”.

Un roman sur la vie qui nous échappe, sur la perte du souvenir et de sa reconstruction fusse-t-il faussé par la mémoire des autres. Par ailleurs, l’auteur dit lui-même que, pour écrire un livre, il doit devenir amnésique de ses ouvrages précédents afin d’entièrement pouvoir se consacrer au présent de son nouveau projet.

Patrick Modiano: brève biographie

Patrick Modiano, né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt, décide de se consacrer à la littérature après ses études secondaires. Gallimard publie son premier roman La Place de l’Etoile en 1968, grâce à l’intervention de l’écrivain Raymond Queneau, ami de la famille, qui fut aussi l’un de ses professeurs.

Son travail se caractérise par une sonorité nette et directe, précise mais légèrement irréelle, accompagnée d’une sensibilité hors du commun. Un thème récurrent dans ses écrits introspectifs est la recherche de sa propre identité à travers une certaine désolation. Ses œuvres se déroulent souvent à Paris, pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment de l’occupation allemande.

Modiano est considéré comme l’un des grands écrivains français contemporains. Parmi les prix les plus prestigieux qu’on lui a décerné figurent le Grand prix du roman de l’Académie Française en 1972 pour Les Boulevards de ceinturele Prix Goncourt en 1978 pour La rue des Boutiques Oscures et, en 2014, le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre.

Sources:

  • Rue des Boutiques Obscures, Patrick Modiano, Folio
  • France Culture
  • Anne-Marie Cornu que je remercie pour le partage de son savoir.

Robert Desnos : entre rêves, hypnose et crue réalité

Robert Desnos : surréalisme et inconscient

« Pour nous, pour nous seuls, les frères Lumière inventèrent le cinéma. Là nous étions chez nous, cette obscurité était celle de notre chambre avant de nous endormir, l’écran pouvait peut-être égaler nos rêves ». Robert Desnos appartient à la génération qui a vu naître le cinéma. Cet art comblait l’homme qui explorait le terrain de l’inconscient en compagnie de ses amis surréalistes. Les poèmes ci-dessous sont issus du recueil Domaine public, paru chez Gallimard en 1953 et réédité en 1998. Ce livre contient l’intégralité de Corps et Biens et Fortunes, les deux plus importants volumes de poésie que Desnos ait publiés lui-même de son vivant.

 

Robert Desnos : un autodidacte surdoué

Le poète Robert Desnos est né le 4 juillet 1900 à Paris, non loin de la Bastille. Son père était mandataire aux Halles. Après s’être longtemps ennuyé sur les bancs de ses classes, à seize ans il quitte ses parents et l’école avec pour seuls bagages un certificat d’études et un brevet élémentaire. Il multiplie les petits boulots. Après la Première Guerre mondiale, en 1918, il commence à écrire ses premiers poèmes. Il les publie dans la revue dadaïste Littérature en 1919, et en 1922, sort son premier livre, Rrose Selavy, un recueil d’aphorismes surréalistes inspirés par le personnage fictif inventé par Marcel Duchamp qu’il reprend à son compte lors des séances de sommeil hypnotique qu’il pratique avec ses amis surréalistes.

Au Maroc, où il passe ses deux années obligatoires de service militaire pour l’armée française, Desnos se lie d’amitié avec le poète André Breton. Avec les écrivains Louis Aragon et Paul Eluard, Breton et Desnos formeront l’avant-garde du surréalisme littéraire. Ils pratiquent une technique connue sous le nom « d’écriture automatique », et beaucoup considèrent Desnos comme le praticien le plus habile. Breton, dans le Manifeste du surréalisme de 1924, loue particulièrement l’habileté de Desnos. La technique consistait à se mettre en transe puis à transcrire les associations et les sauts du subconscient. Les poèmes de Desnos de cette période sont ludiques (souvent avec des jeux de mots et des homonymes), sensuels et sérieux. Les années 1920 sont une période extrêmement créative pour Desnos. Entre 1920 et 1930, il publie plus de huit recueils de poésie, dont Langage cuit (1923), Deuil pour deuil (1924), La Liberté ou l’Amour (1927) et Les Ténèbres (1927).

 

Robert Desnos : de la poésie à la Résistance

Peu à peu, Desnos s’éloigne des surréalistes. Breton, dans le Second Manifeste du surréalisme de 1930, ne manque pas de le lui reprocher. En vérité, Desnos s’est lassé de ses propres excès, tant dans sa vie créative que personnelle. C’est à cette époque qu’il épouse Youki Foujita, qu’il surnomme La Sirène, et qu’il commence une carrière radiophonique en tant que chroniqueur musical et créateur de slogans publicitaires pour divers médias. Ses poèmes deviennent plus directs et musicaux, tout en conservant certains de ses styles antérieurs. Tout au long de cette décennie il écrit sans relâche. En 1936, il écrit un poème par jour. Parmi les œuvres publiées à cette époque, mentionnons Corps et biens (1930) et Sans cou (1934).

En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, Desnos sert à nouveau dans l’armée française. Pendant l’occupation allemande, il revient à Paris. Sous des pseudonymes comme Lucien Gallois et Pierre Andier, il publie une série d’essais qui se moquent subtilement des Nazis. Ces articles, combinés à son travail pour la Résistance, conduisent à son arrestation. D’abord envoyé à Auschwitz, il est transféré dans un camp de concentration en Tchécoslovaquie. Les Alliés libèrent ce camp en 1945 mais Desnos, qui contracté le typhus, décède le 8 juin de la même année.

 

Sources:

-Dictionnaire des mythes du fantastique

Domaine public, Gallimard, préface de René Bertelé

-La Nacion.com.ar

-Biografias.es

-Wikipedia

Lorinc Szabo: un poète interdit de poésie

Lorinc Szabo: poète d’extrême-droite ou dans le camp des vaincus?

Durant la Seconde Guerre mondiale, le poète hongrois Lőrinc Szabó combat dans l’armée de son pays qui fait partie de l’Axe Rome-Berlin-Tokyo. En 1942, il rejoint la ” Europäische Schriftstellervereinigung ” – la Ligue européenne des écrivains -, créée par Joseph Goebbels. La correspondance avec son secrétaire principal, Carl Rothe, témoigne de leur étroite amitié.

Cela le conduit à être considéré comme un homme d’extrême droite. Motif qui, après la guerre, l’exclu de la vie culturelle hongroise. Ayant l’interdiction de publier ses propres écrits, il ne peut faire que des traductions. L’importance de son œuvre poétique, d’où il se dégage un profond pessimisme existentiel, n’a été reconnue que peu de temps avant sa mort, quand il reçu le prix Kossuth.

 

Fils de mécanicien, Lorinc Szabo naît le 31 mars 1900 à Miskolc. La famille déménage à Balassagyarmat quand il a 3 ans. Il fréquente l’école de Balassagyarmat et de Debrecen. A l’Université de Budapest, il se lie d’amitié avec Mihály Babits. Ses premiers poèmes publiés paraissent dans les années 1920 dans le Nyugat – L’Ouest. Son premier livre de poésie sort en 1922 sous le titre Föld, erdő, Isten -Terre, Forêt, Dieu- et rencontre un succès considérable. En 1921, peu de temps après son mariage avec Klára Mikes, fille de Lajos Mikes, il interrompt ses études et commence à travailler pour le périodique littéraire Az Est . Il y reste jusqu’en 1944.

Entre 1927 et 1928, il est l’un des fondateurs et rédacteurs du périodique Pandora .

Il reçoit le Prix Baumgarten en 1932, 1937 et 1943.

Il a traduit plusieurs œuvres de Shakespeare, Les Fleurs du mal de Baudelaire -avec Babits et Árpád Tóth – ; Le Testament de François Villon , L’École des femmes de Molière, Goethe et des œuvres de Verlaine, Pouchkine, Nietzsche, Rilke et bien d’autres.

Plusieurs de ses poèmes ont été écrits pour ses enfants Lóci et Klári. Dans d’autres, il se souvient de sa propre enfance.

En 1950, sa muse et maîtresse, Erzsébet Korzáti avec qui il a entretenu, durant de longues années, une relation agitée et passionnée, se suicide. Les sonnets qu’il écrit en sa mémoire A huszonhatodik év  sont publiés en 1957. Lorinc Szabo meurt, à Budapest, le 3 octobre de la même année.

Sources:

-Wikipedia

-Biografias y Vidas

-Guillevic, Mes poètes hongrois, Éditions Corvina Budapest

 

Marguerite Burnat-Provins : la passion à fleur de peau

Marguerite Burnat-Provins: l’exaltation de l’amour et de la volupté

En 1906 paraît, chez Säuberlin & Pfeiffer à Vevey, une publication intitulée Le Livre pour toi. S’ensuit un énorme scandale, non seulement sur la Riviera mais également en Valais. L’esclandre est rapidement étouffé, mais le livre est réédité à Paris en 1907 ce qui contribuera à donner de la visibilité à son auteure. Écrit par l’artiste peintre et dessinatrice Marguerite Burnat-Provins, une femme mariée à un notable veveysan, il s’adresse à l’amant de celle-ci, Paul Kalbermatten, un jeune ingénieur dont la famille réside à Sion. Ce livre, vibrant de passion et d’un désir sexuel que la bienséance et «l’honneur» interdit aux femmes de cette époque – de nos jours il ne sera pas moins malvenu et inconvenant qu’une personne mariée affiche publiquement son inclination pour une amante ou un amant – est une magnifique déclaration d’amour empreinte de lumière, que la jalousie et le manque de l’être aimé enténèbrent parfois.

Marguerite Burnat-Provins: de Paris à la Suisse

Marguerite Burnat-Provins naît à Arras en 1872, dans le Pas-de-Calais, en France, dans une famille riche et cultivée qui deviendra nombreuse. Soutenue par son père, elle s’adonne à l’écriture et la peinture. En 1891, elle monte à Paris suivre une formation artistique au sein d’institutions privées – l’École des beaux-arts étant encore fermée aux femmes. À vingt-quatre ans, elle se marie avec Adolphe Burnat, un architecte suisse. Le couple emménage à Vevey, d’où l’époux est originaire. De santé fragile, dès 1898, conseillée par l’artiste Ernest Biéler, l’un de ses amis, Marguerite fait de nombreux séjours à Savièse. Le soleil et le climat du Valais conviennent à sa santé. La créativité de Marguerite Burnat-Provins s’en trouve accrue. Elle réalise peintures, broderies, affiches et poursuit plusieurs projets littéraires.

Marguerite Burnat-Provins: amoureuse et libre à la folie

En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur de la région avec qui elle entretient une liaison extraconjugale passionnée dans la maison mise à disposition par Ernest Biéler. Leur liaison offusque et fait un tel tapage, que l’artiste se voit obligée de renoncer aux séjours valaisans qu’elle aime tant. Elle divorce d’Adolphe Burnat en 1908 et se remarie avec Paul. Le couple voyage puis vit à Bayonne. Lors de la Première Guerre mondiale Paul est mobilisé en Suisse. Marguerite reste en seule France. Un choc dont elle ne se remettra pas. Rongée par la maladie, saisie par des crises d’angoisses morbides, elle exécute une série d’œuvres picturales hallucinées qu’elle prétend réaliser sous dictée. Cette période est également perturbée par les problèmes qu’elle rencontre avec ses éditeurs et l’indifférence de sa famille envers sa carrière. Toutefois, elle fait de nombreux voyages qui l’amènent à rencontrer des gens de lettres en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud.

En 1925, Marguerite apprend que Paul est épris de Jeanne Cartault d’Olive. La mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus présents la perturbent beaucoup. Ébranlée par les monstrueuses retombées de la guerre, elle trouve un peu de consolation dans la religion. En parallèle à la publication de ses livres, Marguerite Burnat-Provins poursuit sa création picturale jusqu’à son décès en 1952, quinze ans avant Paul qui, entre temps s’est remarié avec Jeanne.

Une vidéo réalisée par L’UNIL et L’ECAL. Poèmes et œuvres picturales de Marguerite Burnat-Provins.

 

Sources :

-Le livre pour toi, Editions L’Aire bleue

Catherine Dubuis

Association des amis de Marguerite Burnat-Provins

Site de la Collection de L’art Brut, Lausanne

Le poète David Diop : figure emblématique de la décolonisation

David Diop: poète et militant

Le 29 août 1960, le vol 343 Air France, pris dans une tempête, sombre en face des Almadies au large de Dakar, avec 55 passagers à bord et 8 membres d’équipage. Parmi eux se trouvent David Diop, un poète sénégalais de 33 ans, et ses manuscrits. Aucun passager ni membre de l’équipage ne survit et la commission d’enquête ne parvient pas à déterminer les causes du drame. Les écrits engagés de David Diop, militant des Indépendances Africaines et dénonciateur de la colonisation, qui ont secoué le monde politique et littéraire, alimentent l’idée que l’avion a été abattu afin de se débarrasser du poète. Rien n’a jamais pu être prouvé même s’il est certain qu’il dérangeait beaucoup de monde.

David Diop: neveu de Léopold Sédar Senghor

David Mandessi Léon Diop, naît à Bordeaux le 9 juillet 1927 d’une mère camerounaise et d’un père sénégalais qui décède quand il a huit ans. Sa mère reste seule avec six enfants dont le jeune David qui a la santé fragile. De longs séjours à l’hôpital lui permettent de découvrir la littérature, en particulier la poésie. Il connaît la guerre puis l’occupation allemande. Il commence des études de médecine puis se réoriente vers les lettres modernes. Élève de son oncle Léopold Sédar Senghor, son ainé non seulement l’inspire mais le rend également fier de ses origines africaines. Licence en poche, il décide d’enseigner au Sénégal, le pays de ce père qu’il a peu connu. Il se marie à une Sénégalaise et observe les déplorables conditions de vie des Africains.

Il se détache alors de l’influence de son oncle et se lance, au travers de ses écrits, dans la lutte anticoloniale. En effet, Léopold Sédar Senghor vénère la langue française, au point de la considérer comme la langue des dieux, or David Diop estime que cette langue n’est qu’un moyen d’expression provisoire, imposé provisoirement par la colonisation. Il existe une différence fondamentale entre la poésie de David Diop et celle de Senghor. David Diop est le poète de la radicalité qui a opté pour une démarche contestataire que certains qualifient de «révolutionnaire». Ses premiers poèmes sont publiés aux éditions Présence Africaine en 1956, dans un recueil intitulé Les coups de pilon.

En 1958, David Diop répond à l’appel lancé par Sékou Touré aux intellectuels et part enseigner en Guinée. Le poète se radicalise en intégrant le Parti Africain de l’Indépendance. Il croit en son combat et voit peu à peu la naissance des États africains. En 1960, les Africains sont sur la voie de la décolonisation. Il accompagne leurs efforts en préparant de nouvelles œuvres. Le 29 août 1960, l’avion de David Diop, pris dans une tornade, tombe en mer le long des côtes du Sénégal. Le corps du poète  est repêché et inhumé au cimetière catholique de Bel-Air à Dakar. Ses manuscrits n’ont jamais été retrouvés.

Autre poème de David Diop : AFRIQUE MON AFRIQUE récité par Chantal Epée.

Sources :

– Le nouvel Afrik.com

– Médiapart

– France Bleu

– Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

Olivier et Coco: Art, amour, passion et tragédie

Coco  : égérie transgenre de l’underground helvétique

Coco était belle, charismatique, talentueuse. Née dans un corps assigné masculin, dans les années 1980-1990 elle fut l’une des reines de la scène underground helvétique. Le photographe Olivier Fatton en tomba amoureux et la suivit avec son appareil durant quelques années. Ces photographies, à la fois fashion et d’un troublant naturel, se voient à présent réunies dans un livre d’art qui raconte l’histoire d’amour entre un photographe et son modèle. La vidéo ci-dessous nous en révèle quelques-unes.

Coco : mode et passion

Coco vivait pied au plancher, toujours percutante, survoltée par la perspective de multiples projets. Transgenre, ne pouvant vivre de son talent, elle travaillait dans une clinique psychiatrique en tant que femme de ménage, mais consacrait ses loisirs à ses passions : la mode – elle était mannequin pour Marianne Alvoni – les performances, le happening, le show.

Coco : vivre vite et mourir jeune

 Elle rencontra le photographe dans un club gay, à Berne, en 1989. Elle avait vingt ans et lui trente-deux. Coco, née Marc-Patrick, demanda à Olivier de faire un travail documentaire sur sa transition d’homme à femme. Depuis l’âge de 13 ans elle prenait des hormones, qu’elle achetait au marché noir, et s’apprêtait à subir une opération chirurgicale de réassignation. Le photographe accepta. Leur pacte se transforma rapidement en une brûlante relation sentimentale. L’homme vivait au rythme et au service de sa dame, réalisait des portraits d’elle, souvent personnels et touchants, dans des lieux divers : à la maison, à la montagne, lors de défilés de mode, durant les spectacles. Des clichés qui montrent les multiples facettes d’une femme superbe, mystérieuse et mélancolique.

Coco vécut vite et mourut jeune. La drogue, qui s’immisça dans la vie du couple, anéantit la relation amoureuse. D’autant plus qu’au début des années 1990, les personnes souffrant d’incongruence du genre n’étaient guère soutenues. Elle ne vit jamais l’an 2000 mais laissa un souvenir impérissable aux personnes qui la côtoyèrent.

Coco eut une vie romanesque dont elle se serait probablement passée. Reste le mythe, des photos magnifiques et les mots – notamment une émouvante lettre d’amour d’Olivier, insérée entre le pages – pour rendre un hommage posthume à celle dont l’existence fut d’une enflammée et tragique poésie. Cioran écrivait « La mélancolie ? Être enterré vivant dans le cœur d’une rose ». Peut-être l’impression d’ensevelissement qu’éprouvait Coco qui, malgré son talent et sa beauté, ne sut jamais être en accord avec son corps.

Au travers des photos d’Olivier G. Fatton et d’un récit intimiste de Dunia Miralles, le livre « Coco » – Edition Patrick Frey, Zurich, 2019 – raconte la mode, le spectacle, l’amour, l’exaltation, les peines et la souffrance. La splendeur et la chute d’un ange.  

Le livre, dont le texte en français est également traduit à anglais, a déjà commencé son cheminement en Allemagne et aux Etats-Unis. On peut le commander chez l’éditeur ou dans toutes les librairies.

Signatures
Olivier G. Fatton et Dunia Miralles dédicaceront le livre Coco à La Chambre Noire, vendredi 1ermars. Adresse: rue César-Roux 5, Lausanne. Horaire: 17h-20h.

 Sources :

-Olivier G. Fatton

Edition Patrick Frey, Zurich

-Cioran « Le Crépuscule des pensées »

 

Un merci à Stéphanie Pahud pour ses publications poétiques.

Jacques Prévert : poète indépendant et libre penseur

Jacques Prévert poète libertaire et antisystème

Jacques Prévert, l’un des poètes les plus enseignés dans les écoles de langue française, était un virulent antimilitariste doublé d’un anticléricaliste exacerbé, ce que l’on a souvent caché au public en préférant faire valoir ses textes sur l’enfance et la nature plutôt que ceux jugés polémiques. Admiré et encensé par les libertaires, engagé mais trop autonome pour faire partie d’un mouvement, il revendiquait une liberté de penser indépendante. Il ne s’est jamais engagé dans un parti et a toujours refusé de se laisser assimiler aux surréalistes bien qu’il ait participé à leur mouvement.

Sans doute parce qu’il m’évoque quelque souvenir personnel, je rends hommage à son poème Alicante dans mon livre CD intitulé à l’identique. Mes textes poétiques, mis en musique et chantés, se situent tous dans une ville touristique de cette province d’Espagne. La logique aurait voulu que j’intitule cette œuvre Benidorm. A ma connaissance, Jacques Prévert n’a rien écrit sur ce qui, à l’époque, était un village de pêcheurs. Appeler une poésie et mon livre comme le poème qui suit, m’inspirait davantage que de les nommer comme ce qui est devenu une station balnéaire de tourisme de masse. Ainsi, je me sens soutenue par le velours et la simplicité des mots d’un poète populaire.

Jacques Prévert : un proche des surréalistes

Né à Neuilly-sur-Seine le 4 février 1900, sa famille l’élève entouré de littérature et de théâtre. Les études l’ennuient. Il quitte l’école à l’âge de 15 ans. Lors de son service militaire à Istanbul, il rencontre Marcel Duhamel qui le présente aux cercles littéraires de l’époque. A leur retour à Paris, Marcel Duhamel héberge Jacques Prévert dans l’hôtel familial qui devient le quartier général des surréalistes, à commencer par Raymond Queneau. Peu argentés, logés gratuitement, ils inventent et s’adonnent au jeu des cadavres exquis dont le nom est trouvé par Prévert.

Prévert auteur pour le théâtre prolétarien

Au début des années 1930, le collectif théâtral Octobre, qui intervient notamment parmi les ouvriers en grève, le contacte. Face au théâtre bourgeois, Octobre, adepte de l’agitprop, souhaite favoriser l’émergence d’un théâtre du peuple et prolétarien. Prévert écrit alors à charge contre l’ordre établi, caricaturant les politiciens et les gros industriels, ridiculisant la bourgeoisie, valorisant les ouvriers.

Prévert artiste et scénariste

Jacques Prévert commence également à écrire des scénarios pour le cinéma, entre autres pour son ami Jean Renoir, et devient l’auteur des films français les plus célèbres des années 1930-1940, comme Le Crime de Monsieur Lange ou Les Enfants du paradis de Marcel Carné. Auteur de plusieurs recueils de poèmes, dont l’incontournable Paroles paru en 1946, d’où est tiré Alicante, sa poésie devient populaire grâce au langage familier qu’il utilise et aux divers jeux de mots qu’il imagine. Il a également réalisé de nombreux collages.

Jacques Prévert décède le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite.

 

Sources:

Editions Gallimard, collection Folio

-Éternels Éclairs

Stéphen Moysan

-Un jour un poème

-Wikipédia

Mitsuhashi Takajo: l’une des créatrices du haïku expérimental

Mitsuhashi Takajo: pilier de la poésie moderne japonaise

Le 24 janvier 1899, naissait dans le village de Tabachi, près de Narita, l’une des plus grandes poétesses japonaises du haïku de la période Shōwa : Mitsuhashi Takajo.

 

 

 

Mitsuhashi Takajo, admiratrice et disciple de l’essayiste et poétesse Akiko Yosano, se marie, en 1922, à un dentiste qui s’adonne à la poésie. Sous l’influence de son mari, elle commence à écrire du haïku. Cependant, très vite elle se tourne, avec d’autres femmes poètes, vers le haïku expérimental. En 1936, elle devient membre du groupe qui fonde la publication éphémère de Kon (bleu foncé). En 1940, elle fait publier la collection Himawari ou Tournesols.

En 1953, elle s’engage dans Bara, un magazine composé de poètes d’avant-garde qui autorise le haïku expérimental.

Bien que ses haïku débordent d’imagination et de vitalité,  l’on considère Mitsuhashi Takajo comme une personne ascétique totalement concentrée sur la spiritualité. Dans ses œuvres l’ego disparaît dans le vide. Selon Kenneth Rexroth, la  spiritualité qui émane des poèmes de Takajo “ressemble à celle de Kierkegaard plutôt qu’au concept bouddhiste “. Seule et malade durant de longues années, ses dernières parutions, en 1970, se penchent sur la mort.

Elle est décédée le 7 avril 1972.

Takajo Mitsuhashi est, avec Tatsuko Hoshino, Teijo Nakamura et Takako Hashimoto, désignée comme l’une des « Quatre T » de la poésie féminine haïku moderne qu’elles ont créée ensemble.

Une statue d’elle a été placée au temple Shinshoji. Littéralement, son nom signifie femme faucon.

Sources:

-Introducing Haiku poets

-The living haïku anthology

-Wikipédia

Apollinaire: parce que tu m’as parlé de vice…

Apollinaire : un poète devenu héros

Guillaume Apollinaire serait né à Rome en août 1880, et mourut à Paris le 9 novembre 1918, d’une grippe aviaire dite “grippe espagnole“. La faiblesse induite par une blessure à la tête, occasionnée par un éclat d’obus, l’empêcha de surmonter la maladie. A cause de son engagement durant le conflit 1914-1918, on le déclara mort pour la France. On en parle beaucoup, ce mois-ci, où l’on commémore le centenaire de la fin de la Grande Guerre  et… le centenaire de la disparition du poète. Ainsi, je me contenterai de présenter le poème que je préfère de lui, et d’en invoquer les motifs.

Apollinaire et la guerre

L’on prétend qu’Apollinaire aimait la guerre. En homme curieux, ses mécanismes, ses enjeux, ses conséquences, la façon dont elle change les paysages et le comportement humain, le fascinaient probablement. Mais, quand je lis ce poème, je ressens surtout qu’il l’a trouvait aussi vulgaire qu’une certaine hypocrisie bienséante envers les affaires de sexe. Certes, il s’était engagé de son propre chef mais – selon Daniel Delbreil, professeur à l’université Sorbonne nouvelle-Paris III, spécialiste du chantre de la poésie moderne – afin d’obtenir la nationalité française, comme beaucoup d’étrangers qui vivaient en France à l’époque. Par ailleurs, personne ne pouvait prévoir l’hécatombe qu’allait devenir la Première Guerre mondiale.

Apollinaire et le sexe

J’ai découvert ce poème quand j’étais élève au Cours de l’acteur Florent, à Paris. Nous devions étudier une poésie et la présenter sur scène. Nous avions le choix du poème, pas du poète. Ma professeure de théâtre Michèle Harfaut m’a attribué Apollinaire. J’avais envie qu’il soit question d’amour. J’ai acheté Poèmes à Lou. J’ai toujours défendu la liberté sexuelle et ses diverses pratiques à condition qu’elles s’effectuent entre adultes consentants. Ce poème correspond exactement à ce que je pense : lorsque deux personnes – ou davantage – sont d’accord sur les règles du jeu, il ne saurait y avoir de débauche. Certaines choses de par le monde, à commencer par le peu de cas que l’on fait de sa destruction –par exemple – s’avèrent bien plus choquantes, à mes yeux, que ce qui se passe dans une alcôve entre adultes consentants. Mon choix s’était porté sur Parce que tu m’as parlé de vice dans ta lettre d’hier parce qu’Apollinaire y suggère clairement la sodomie et le SM.

Le Poèmes à Lou que j’emmenais au cours.

Extrait de la préface de Poèmes à Lou et d’ Il y a

“Amant persuadé que
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
il chante la joie et la douleur des corps sans oublier que “le corps ne va pas sans l’âme”, à la fois rêvant d’un inaccessible absolu et acceptant les partages les plus dérisoires.
Soldat vivant au jour le jour les misères des premières lignes, il a le courage de contempler l’insolite beauté que suscite la guerre, et de la dire.
Mais dans la magnificence de l’amour comme dans l’émerveillement qu’il ressent, artilleur, sur la ligne de feu, il reste, proche de nous, l’homme qui sait sa faiblesse et le prix de l’attente:
Je donne à mon espoir tout l’avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.

Michel Décaudin

 

Article sur la grippe espagnole dans le journal Le Temps:

“Aucune autre pandémie dans l’Histoire n’a autant tué”.

 

Sources:

-Éditions Gallimard

-Télérama

-Wikipédia

 

Endre Ady: l’influence de Baudelaire et Verlaine

Le symbolisme français pour décrire la Hongrie

Issu d’une famille noble désargentée, Endre Ady de Diósad né en 1877 à Érmindszent et décédé à Budapest en 1919, est un poète hongrois également connu sous le nom d’André  Ady, chef de file du renouveau de la poésie et de la pensée sociale progressiste en Hongrie au début du XXe siècle. Le poème suivant se situe à Paris où le poète a découvert le symbolisme français.

Après des études de droit, Endre Ady travaille comme journaliste puis, avec son amante, une femme mariée appelée Léda dans ses poèmes, il se rend à Paris où il reste un an, ce qui lui permet de s’initier aux nouveaux courants de la littérature européenne.

À son retour, Ady recommence à travailler comme journaliste tout en écrivant de nombreux poèmes. Il s’intéresse aussi à la politique. Grâce à ses expériences parisiennes, il élabore un nouveau style, à savoir le patriotisme critique. A travers sa poésie il souhaite révéler les problèmes socio-politiques de la Hongrie et amener une transformation politique.

Cependant Ady est âprement attaqué non seulement pour son attitude politique, considérée comme non patriotique, mais aussi pour ses poésies érotiques. Atteint de syphilis, sa créativité faiblit, ce qui ne l’empêche pas de s’insurger contre le nationalisme hongrois durant la première guerre mondiale.

La poésie d’Endre Ady est fortement influencée par le symbolisme français, en particulier par Baudelaire et Verlaine. Son œuvre reflète la décadence et les injustices sociales de la monarchie hongroise.

Rarement dans l’histoire, un poète aura autant embrasé et embrassé un pays, un peuple, une langue, tout en culminant dans l’universel. Livré à la rage d’aimer et d’être aimé, le poète sera la proie d’une angoisse existentielle, qui ne le quittera jamais : « Celui qui voit avec mes yeux le monde et soi-même dans le monde, accepte par là même la mort, le dépérissement, l’anéantissement ».

Le poème publié est issu du livre Mes poètes Hongrois, de Guillevic, aux Editions Corvina Budapest, 1967.

Sources:

– Christophe DAUPHIN dans la Revue Les Hommes sans Epaules.

– Wikipédia