Un livre 5 questions : « Grenier 8 » la rue des souvenirs d’Emanuelle Delle Piane

Un voyage dans une Suisse populaire et d’antan

Certaines lectures nous rappellent nos propres souvenirs : le cagibi secret où l’on se cachait avec nos cousins ou les vêtements que nous portions le dimanche quand c’était encore un jour exceptionnel et sacré. C’est le cas du roman Grenier 8 d’Emanuelle Delle Piane, connue pour ses scénarios de séries télévisées ou ses pièces de théâtre.

L’action se situe principalement à La Chaux-de-Fonds, dans les années 1960-1970, à la rue et au numéro où se trouve l’actuel mais très ancien restaurant La Pinte Neuchâteloise. D’où le nom du roman : Grenier 8. En compagnie d’Éli, la narratrice, on entre dans la machine à remonter le temps. Rafraîchie, notre mémoire retrouve les gens, les habitudes, les mots populaires et les objets de l’époque. Les qué, pétler, kratz, bringuer et fouzytout, ce parler d’antan qui s’utilisait encore, nous revient en tête. On se souvient des heures passées à jouer au flipper. On entend la musique de ces 45 tours que l’on écoutait au mange-disque. On se souvient du ronronnement de la vieille machine à coudre Pfaff, des peintures qui décoraient les boîtes à biscuits en métal blanc et des recettes de cuisine de grand-mère qui ne s’encombraient pas des adjectifs « légère » ou « détox ». Grenier 8 est un roman humoristique et nostalgique assaisonné d’un suspens exempt d’innocence.

Grenier 8 : résumé

L’héroïne de l’histoire aurait pu continuer à vivre paisiblement en dessinant ses BD, mais elle n’a jamais su refuser un service. Alors, quand son cousin lui demande d’aller récupérer des documents compromettants dans la maison de son enfance, elle s’exécute. La bâtisse, qui en plus des souvenirs de la narratrice a pendant longtemps abrité un café-restaurant, et dans ses combles, de sulfureuses affaires (que l’on découvrira en même temps qu’Éli) est un personnage à part entière du roman.

Grenier 8 vient de paraître aux Éditions Livreo-Alphil dans la collection Lieu et temps, supervisée par l’Association pour l’aide à la création littéraire qui vise à constituer, à raison d’un livre par an, une collection d’auteur-e-s du canton de Neuchâtel, invités à traiter du thème du temps en résonance avec un lieu vernaculaire de leur choix.

Emanuelle Delle Piane : l’interview

Comment est né le roman « Grenier 8 » ?

Il est né en pleine pandémie. Alors que tous mes projets théâtraux s’annulaient les uns après les autres du fait de la fermeture des salles de spectacle, l’AACL (l’Association des

Auteurs neuchâtelois pour la Création Littéraire) m’a approchée pour relever ce défi longtemps inimaginable pour moi : me lancer dans l’écriture d’un premier roman ! Pourquoi inimaginable ? Parce que j’avais jusqu’ici privilégié des formes d’écriture courte, vive, percutante. L’écriture a toujours été pour moi un processus plutôt fulgurant. Travailler à un roman m’angoissait. Je craignais de ne pas être capable d’un investissement sur le long terme.

Grenier 8 se situe en partie dans les années 1960-1970, comment avez-vous procédé pour retrouver les ambiances, les expressions et le vocabulaire de ces années-là ?

J’ai vécu une partie de ma petite enfance à La Chaux-de-Fonds. Certaines expressions et plusieurs souvenirs étaient encore très présents à mon esprit. D’autres, je les ai inventés, imaginés tout exprès pour l’histoire que raconte ce roman. Pour vérifier mes sources et « mes dires », j’ai également eu la chance de pouvoir séjourner dans l’appartement de la Fondation Velan (APOYV) durant plusieurs jours pour m’imprégner de l’atmosphère de la ville et peaufiner « in situ » certains passages qui concernent non seulement La Chaux-de-Fonds d’hier, mais aussi celle d’aujourd’hui.

 

Pourquoi avez-vous choisi de faire parler Éli à la 2ème personne du singulier, comme si elle se parlait à elle-même, plutôt qu’à la première ou à la troisième ?

Je ne suis pas une fanatique du « Je » et je voulais éviter que mon personnage fasse étalage de ses états d’âme. Si j’ai choisi d’utiliser le « tu », c’est d’abord pour offrir une sonorité et une oralité à l’écriture. Pour que le lecteur se sente proche, complice et au plus près de l’intrigue et de mon personnage principal. En optant pour cette forme, j’ai peut-être eu envie aussi de me forcer à sortir des sentiers battus…

Vous avez écrit des scénarios de séries télévisées et vous travaillez surtout pour le théâtre. Quelles différences il y a-t-il entre écrire des séries télévisées, du théâtre ou du roman ?

Peu importe la forme ou le fond, il faut avant tout que j’aie en tête des personnages qui me racontent leur histoire. Une histoire originale, cohérente, qui me surprenne et qui me tienne en haleine de bout en bout. Tant que je n’ai pas réussi à réunir ces principaux ingrédients, je suis incapable d’écrire quoi que ce soit.

La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage de la littérature pourriez-vous vous identifier ?

Je ne sais pas si « identifier » est le mot juste, mais il y a sans doute plusieurs personnages nés de la littérature qui m’interpellent. Celui qui me vient tout à coup à l’esprit est Cyrano de Bergerac. J’apprécie son côté frondeur, idéaliste, téméraire, fier, qui se bat coûte que coûte pour défendre ses convictions. J’aime aussi son côté « personne de l’ombre » hypersensible qui se cache, s’efface, se sacrifie pour des causes qu’il croit belles et importantes… même si elles sont désespérées !

Emanuelle Delle Piane : biographie

Née un 24 décembre à La Chaux-de-Fonds, d’origine suisse et italienne, Emanuelle Delle Piane a suivi des études de lettres et des formations variées en écriture de scénarios en France et aux États-Unis. Elle a enseigné aux étudiants en audiovisuel de l’Université de la Sorbonne-Paris IV et donné des ateliers à des professionnels ou des enseignants. Elle est l’auteure de plus d’une trentaine de pièces pour adultes et pour enfants, mais aussi de scénarios, de pièces radiophoniques et de nouvelles. Ses textes ont fait l’objet de créations en France, en Suisse, en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Pologne, au Canada, en Arménie, et sont régulièrement joués.

Pour en savoir plus visitez son site en cliquant ici.

Crédit de la photographie d’Emanuelle Delle Piane en début d’article : N.Sabato

 

Dessins de presse : quand La Torche enflamme le papier

Fous et bouffons : les médecins de l’esprit

Dans l’Antiquité la moquerie, élevée jusqu’à des sphères divines, figurait à la table des dieux. Par la suite, elle s’est transformée en divertissement royal tout en invitant le peuple à se taper les cuisses.

Dans la mythologie grecque, Momos est le dieu de la raillerie et des taquineries, le représentant de l’ironie et de la moquerie. Il endosse le rôle de bouffon pour les divinités de l’Olympe. Toutefois, après s’être gaussé de toutes les créations des dieux, ces derniers le bannissent. Dionysos, le seul dieu qui le supporte, l’accueille.

Au Moyen Âge et jusqu’à la Renaissance, le bouffon, également nommé fou du roi  – ou la folle, Cathelot, par exemple, amusait Catherine de Médicis – était un divertissement prisé de la bonne société fortunée. On manque d’information à son sujet mais tout laisse supposer que son existence remonte à très loin. Les documents révèlent qu’Attila disposait d’un bouffon pour égayer ses convives. Les fous usaient généralement d’un humour trivial. Souvent très bien payés pour se moquer du souverain, ce travail s’avérerait parfois risqué.

Humoristes : les bouffons contemporains

L’une de leur mission consistait à faire apparaître la dualité de chacun. Dans le tarot, le fou représente la folie et l’errance, mais aussi la liberté et l’insouciance. De nos jours les humoristes, et parmi eux les dessinateurs de presse, font office non seulement de fous du roi – c’est-à-dire des personnes qui détiennent un pouvoir – mais également de bouffons du peuple. Hélas, leur humour est souvent mal perçu, donc décrié. A l’heure où le monde entier s’ingénie à les éliminer du paysage médiatique, certains n’hésitent pas à les soutenir, à l’instar du journaliste Luc Schindelholz et des Éditions du ROC. Sans doute avec raison, puisqu’il est prouvé que se détacher des choses sérieuses et d’en rire, déclenche une augmentation de la sécrétion d’hormones qui régularisent l’humeur, éloignent la dépression, boostent le système immunitaire et augmentent le seuil de tolérance à la douleur. Selon certaines études, dans les années 1930, pendant la Grande Dépression alors que des guerres se profilaient, on riait plus de 15 minutes par jour. Actuellement, notre rire quotidien ne dépasse pas les 5 minutes. Au moment où la sinistrose s’infiltre de partout, il serait peut-être sage d’en revenir à la meilleure thérapie que la nature nous offre.

 

La Torche 2.0 / Deux ans de dessin de presse, éd. du ROC.

La Torche 2.0 : un album pour changer du numérique

Imaginée par Luc Schindelholz La Torche 2.0 est composée de 25 dessinateurs et dessinatrices de presse et de 15 rédactrices et rédacteurs. Ensemble, ils travaillent depuis mai 2018 pour un média satirique et innovant, qui envoie des dessins humoristiques directement sur le Smartphone des abonnés. La formule, exempte des inévitables commentaires que les habitués peuvent faire sur la plupart des supports numériques, permet à chacun de sourire sans être parasité par d’éventuelles désobligeantes remarques envers les créateurs. La Torche 2.0 compte six rédactions virtuelles dans les six cantons romands. Elles ont, à ce jour, produit près de deux mille dessins et autant de textes satiriques de proximité. Chaque canton à ses propres dessinateurs, bien au fait de la politique et des anecdotes locales ainsi que de ses acteurs.

Cent pour cent indépendante, sans publicité ni mécène, la Torche 2.0 se bat pour survivre sans subvention, grâce à ses abonnements et au soutien moral de son parrain, le dessinateur Chappatte. Elle compte environ mille fidèles dans toute la Suisse romande.

Le meilleur de cette brûlante production a été réuni aux éditions du ROC dans un florilège de 112 pages comportant les 100 meilleurs dessins ainsi qu’un texte par rédacteur ou rédactrice. Patrick Chappatte a préfacé l’album :

« La Torche n’est pas seulement un service rendu à la satire, c’est aussi une bonne idée de start-up : le dessin d’actualité, ce déclic de l’esprit, se prête parfaitement au clic de l’écran. Quand il surgit sur votre Smartphone et vous bondit à la figure, l’humour déploie tout son effet. Une preuve que les nouvelles technologies ne sont pas (toujours) les ennemies des médias, mais (parfois) leurs nouvelles chances.

Cette chance il faut continuer à la donner à Luc et aux dessinateurs de talent qui animent La Torche. Ce marché est rude, et le pari est loin d’être gagné. Alors pour chasser la morose noirceur de notre époque, allumez quelques torches autour de vous : abonnez vous et vos amis à La Torche. »

Actuellement, La Torche intéresse les dessinateurs français et tente un financement par la plateforme de Ulule auquel vous pouvez encore y participer d’ici demain.

 

Rétrospective du dessin de presse Suisse 2020

Dans la même veine, les éditions du Roc ont également fait paraître la rétrospective du dessin de presse 2020. Chaque fin d’année, la Maison du Dessin de Presse expose le meilleur de la production annuelle suisse publiée dans les médias, principalement papier. Car il s’agit du travail premier des dessinateurs de presse : commenter l’actualité au jour le jour. Ainsi, le dessin demeure un instantané satirique de l’histoire en cours, un témoin des événements dans le monde.

Sur plus de 1500 dessins réceptionnés, la Maison du Dessin de Presse en sélectionne 250. Une sélection encore réduite de moitié concernant l’ouvrage sur lequel l’on se penche aujourd’hui. Naturellement, le SARS-CoV-2 s’y taille une bonne place tout comme les votations sur l’acquisition des avions de combat.

Souriez ! On vous dessine !

 

Retro du dessin de presse suisse 2020, éd. du ROC

Sources :

  • Editions du ROC
  • La Torche 2.0 / Deux ans de dessin de presse, éd. du ROC
  • Retro du dessin de presse suisse 2020, éd. du ROC
  • Communiqués de presse des éditions du ROC
  • RTS
  • Wikipédia

Un livre 5 questions : Catherine Aeschlimann illustre « L’Horizon et après » de B. Richard

L’Horizon et après : un livre de poche illustré

A première vue, bien qu’il vienne de paraître, L’Horizon et après est un livre de poche vendu au prix d’un livre de poche. Signé Bernadette Richard, une écrivaine qui depuis septembre 2019 semble courir un marathon littéraire puisque après avoir publié Du Sang sous les AcaciasEd. Favre – s’être fait rééditer Quêteur de vent, l’un de ses best-sellers – Ed. L’Âge d’Homme – elle arrive avec L’Horizon et après –Ed. Torticolis et Frères. En outre, elle nous réserve encore quelques surprises pour la rentrée ainsi que pour Noël. Son dernier Opus rassemble des nouvelles inédites et des récits publiés dans divers livres collectifs, journaux et magazines : le journal Longines, Montres Passion, Hull et Erti Editeur à Paris, le site des Éditions Cousu Mouche… et j’en passe. A travers ces nouvelles souvent acides, visionnaires, glauques ou même érotiques, Madame Richard m’aura fait rire, pleurer et réfléchir. Attention: avec elle le rire, comme les larmes, se trouvent au 18ème degré. Mais la particularité de ce livre à la portée de toutes les bourses, c’est d’être richement illustré par l’artiste Catherine Aeschlimann. Non seulement elle a imaginé un dessin pour chaque nouvelle, mais elle a également créé des lettrines méticuleusement décorées. Sur la rugosité de ce support, que l’on ne peut guère qualifier de précieux, cela donne un côté décalé des plus surprenants.

Bernadette Richard n’a pas le clavier dans sa poche.

Catherine Aeschlimann : une artiste de terrain

Quatre lettrines de Catherine Aeschlimann.

Habituée aux séjours de longue durée à l’étranger jusqu’au début des années 2000, cette amoureuse de New-York a parcouru les États-Unis d’Est en Ouest et de musée en musée. Possédant un brevet d’instructrice suisse de ski, elle a notamment enseigné ce sport dans le Colorado. Fascinée par les jardins du Darjeeling pour le parfum du thé, plus près de chez nous, elle a été adjointe à la déléguée culturelle du Centre Culturel Suisse Poussepain à Paris. Adepte de la peinture sur toile ou murale, des interventions et installations, de l’illustration de livres ou des montages de spectacles, tous les projets artistiques l’intéressent, en particulier s’ils sont éphémères ou susceptibles de changer avec le temps. Fascinée par les métropoles dont elle aime voir l’évolution à travers les ans, cette artiste qui s’adonne également corps et âme à la poudreuse, a pour terrain de prédilection la ville : peintures géantes contre les façades ou dans les passages publics, interventions sur les protections d’échafaudages ou impressions du mobilier urbain comme les plaques d’égout, par exemple. Côté campagne, elle est responsable de l’animation culturelle de la ferme du Grand-Cachot-de-Vent, dans la vallée de La Brévine ou, en juillet, aura lieu le vernissage de L’Horizon et après.

Interview de Catherine Aeschlismann

Vous êtes une artiste qui depuis toujours touche à tout : qu’est-ce qui vous pousse à changer sans cesse de support et de technique ?

En 40 ans de créations, il est normal de changer de technique et de support, mais il y a aussi les modes. Dans les années 1970-1980, aux Etats-Unis, on a commencé à peindre les façades des immeubles, notamment à New-York, afin d’égayer la morosité de la ville. Du coup, tout le monde en voulait y compris à Neuchâtel, St-Imier ou La Chaux-de-Fonds. Même si j’ai une préférence pour l’art éphémère, comme les interventions ou les installations parce que j’y mets le monde dans lequel on vit, la peinture sur toile reste un moyen de pouvoir diffuser son art afin que les amateurs d’art puissent avoir une œuvre chez eux. Ce moyen de transmission date de la Renaissance. Cela fait partie de la continuité, de ce que travaille un artiste en deux dimension. Je n’ai pas abandonné ce support car on peut agir, sur une toile, autrement qu’avec un pinceau. De plus, les galeries qui doivent pouvoir vivre, ne sont pas pour les installations éphémères puisqu’il n’y rien à vendre. Cependant, pour moi, une installation ou une intervention c’est plus stimulant que de travailler sur une toile. Concernant le dessin, je considère que c’est la base. Un projet commence toujours par un dessin, des croquis, afin de le mettre en scène et de prévoir comment le sujet peut évoluer. Il m’est indispensable de ne pas m’arrêter de dessiner. Quand je pars en vacances, j’ai toujours, sur moi, un carnet pour dessiner. Si je dois attendre à une file pour voir une expo, je dessine. Ça change le temps d’attente et cela maintient la main et le cerveau toujours exercés. Le dessin est le seul recours pour être toujours en état de création. Il fait entièrement partie de ma vie. Par exemple, concernant l’illustration d’un livre, je lis le manuscrit, et une image me vient parfois immédiatement. D’autres fois c’est à la fin de la lecture. Je sais toujours quoi dessiner. Je ne connais pas de « panne » de la créativité.

Pour l’ouvrage de Bernadette Richard, vous avez également imaginé des lettrines. Comment vous est venue cette idée ?

Récemment, j’ai vu un recueil de Charles Humbert qui a illustré le Gargantua de Rabelais vers 1920. Pour chaque chapitre, il a peint des lettrines avec beaucoup de détails tout autour du texte retranscris à la main. J’ai eu ça sous les yeux et je me suis dit : je vais aussi faire des lettrines c’est tellement magnifique. J’ai toujours aimé cet art du copiste, du moine qui raconte les histoires de la Bible en images.

Quelles sont les différences entre organiser des animations dans un Centre Culturel qui doit représenter la Suisse à l’étranger ou à la Ferme du Grand-Cachot-de-Vent ?

A Paris, j’ai appris comment fonctionnait l’organisation d’évènements culturels d’une envergure européenne et au Grand-Cachot je me suis fixé des buts : exposer des gens qui n’ont jamais exposé, des personnes hors circuit. Les mettre côte à côte avec des choses inhabituelles et en même temps travailler avec des gens de la région, des montagnards, des agriculteurs de la vallée de la Brévine, puisque les personnes qui collaborent au fonctionnement du Grand-Cachot sont principalement des gens de la vallée ou du Locle. Des personnes fières que cette ferme, la plus vieille du canton, soit un lieu culturel qui depuis plus de 50 ans permet de porter un autre regard sur nos montagnes et de mettre en valeur ce qu’on a dans la région. D’autant, qu’autour de chaque exposition, il y a toujours quelque chose de musical. De temps en temps, des spectacles divers s’ajoutent, comme du cabaret, par exemple, pendant l’expo et sur les lieux de l’exposition. Le jour du vernissage, il y a un évènement musical et les week-ends suivants c’est différent. Lors du vernissage de L’Horizon et après, le comédien Manu Moser fera des lectures, tout comme l’auteure de l’ouvrage. On présentera aussi les dessins du livre sur un support numérique.

Vous avez un brevet d’instructeur suisse de ski. Pouvez-vous faire un lien entre le ski et l’art ?

Actuellement, je fais surtout du télémark, ce qui me permet de faire de très beaux virages. J’ai découvert le télémark lorsque je donnais des leçons de ski dans le Colorado. Le télémark me permet de changer d’univers, d’être dans la nature. C’est à la fois le plaisir de l’effort et de la méditation puisque je monte souvent sur les cimes les skis aux pieds, chargée de mon équipement. J’ai autant de plaisir à réfléchir à un projet artistique qu’à laisser des traces dans une neige vierge. La poudreuse à quelque chose de magique. Faire des virages, des courbes dans des endroits qui n’ont pas été touchés par d’autres skieurs, me permet de m’exprimer sur quelque chose qui est vierge, un peu comme sur une toile ou sur du papier, avec en plus l’effort physique plutôt qu’intellectuel. Quand je descends dans de la poudreuse en télémark et que la neige vole et me caresse les cuisses, j’éprouve un sentiment de suspension qui me détache de la terre. Une impression de flottaison, comme si je nageais au milieu d’un lac.

A quel personnage pictural vous identifiez-vous ?

J’ai plusieurs réponses car je n’ai pas de peinture absolue. Je pense d’abord à deux Goya : Le 2 mai et Le 3 mai 1808 à Madrid. Surtout Le 3 mai, le personnage central qui se fait fusiller par les Français. C’est un personnage que j’aime. Ensuite, il y une peinture d’Ingres Le Bain Turc, une femme de dos avec, tout autour, des femmes qui prennent le bain. Mais je pense aussi à une sculpture d’une plasticienne française, Louise Bourgeois, intitulée Maman mais surtout connue comme L’Araignée. En effet, Louise Bourgeois a imaginé une araignée monumentale, en bronze, pour représenter sa propre mère.

Interview: Dunia Miralles

Vernissage de L’Horizon et après

Le 5 juillet aura lieu le vernissage de L’Horizon et après à la ferme du Grand-Cachot, à La Chaux-du-Milieu. Pour cause de COVID, les visites seront autorisées jusqu’à 60 personnes maximum, et en deux fois : 11h et 14h. Un apéro sera servi pour autant que chaque visiteur amène son propre verre. Aucune nourriture physique ne sera disponible. La nourriture spirituelle pourra être autorisée. Au programme : lectures par Bernadette Richard et le comédien Manu Moser, également organisateur de La Plage des Six-Pompes, et présentations des dessins de Catherine Aeschlimann. Inscriptions obligatoires : [email protected] ou par SMS au 079 611 24 99.

 

L’artiste Catherine Aeschlimann s’adonnant au télémark, son sport de prédilection.

Lucette Junod : une poésie en fusion avec le monde

Lucette Junod: mosaïque surexposée

« Fusion poème symphonique pour tire-lignes et corde à noeuds» peut-on lire à la fin d’un cahier, bref mais intense, publié en 1980 par les Éditions du Panorama fondées par Paul Thierrin. Le premier ouvrage de poésie de Lucette Junod, un texte discontinu d’un superbe équilibre , nous emmène dans un monde contemporain qui, finalement, a peu changé en presque quarante-ans. Des bribes de vies, des moments de télévision, des accès de colère féministe quand Chazot parle de Gisèle Halimi, des conversations au restaurant ou des rêves, tout prend une teinte noir-blanc vaguement surexposée qui brûle les yeux sans pour autant les détacher de la lecture. Que la poétesse et l’éditeur me pardonnent, je n’ai pas su résister à la tentation de publier deux pages afin de mieux plonger le lecteur dans les ambiances de Lucette Junod. A noter: ce sont deux pages qui ne se suivent pas.

 

 

Lucette Junod naît le 25 décembre 1932 à La Chaux-de-Fonds d’un père savoyard et d’une mère de la Broye fribourgeoise. Au Technicum du Locle – aujourd’hui CIFOM– elle obtient un diplôme de régleuse dans l’horlogerie, puis fait des études de comédienne aux conservatoires de Neuchâtel et de Genève avant de se consacrer à l’enseignement du théâtre et à son écriture. A partir de 1977, elle donne de nombreux récitals de poésie. En 1983 elle fonde les Rencontres poétiques internationales qu’elle organise à Yverdon-les-Bains et à Neuchâtel et qu’elle dirige jusqu’en 2004.

En 1980 paraît Fusion qui reçoit un excellent accueil de la critique. Suivent d’autres recueils de poèmes. Elle a également écrit plusieurs romans dont Les Grands-Champs qui reçoit le Prix Paul Budry en 1980.

Elle a également écrit des pièces de théâtre radiophoniques. D’autres, écrites pour la scène, ont été adaptées pour la radio.

Elle est une invitée régulière des soirées poétiques de Struga, en Macédoine, ainsi que des Congrés de littérature de Lesbois.

Lucette Junod a également été, de 1977 à 1989, la directrice du Service de Presse Suisse.

Elle était l’épouse de l’écrivain Roger-Louis Junod.

 

Sources :

AENJ

-Fusion, Editions du Panorama

-La nouvelle revue neuchâteloise

-Wikipédia

 

Alice de Chambrier : petite sœur de Rimbaud au talent hugolien

Alice de Chambrier : une vie consacrée à la poésie

Les poèmes d’Alice de Chambrier sont l’antithèse de ceux d’Arthur Rimbaud. Pourtant celles et ceux qui connaissent leurs deux œuvres n’hésitent pas à comparer la jeune poétesse au jeune poète.

Elle pourrait être sa petite sœur. Seulement six ans les séparent. Tous deux, hardis dans le thèmes abordés et précoces en littérature, ont commencé à écrire entre 15 et 16 ans. Tous deux ont cessé leur activité littéraire six ans plus tard. Arthur par décision propre. Alice emportée par la mort. Je présente les vers suivants car, bien qu’écrits au 19èmesiècle, le thème en est toujours d’actualité. Ils abordent la vanité de l’être humain, le mystère de la vie et surtout celui de la mort, comme si de Chambrier pressentait son départ prématuré. C’est dans « Poèmes choisis », livre consacré à la poétesse et préfacé par Guy de Chambrier – Editions L’Âge d’Homme 1998 – qu’est parue cette poésie.

 

 

Alice de Chambrier : une poétesse romantique

Née à Bevaix, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, le 28 septembre 1861, Alice de Chambrier écrit, très tôt, de nombreuses poésies, des contes et des nouvelles. En dépit de son jeune âge, selon Guy de Chambrier, elle soutient la comparaison avec les plus grands écrivains du romantisme français, à savoir Hugo ou Lamartine. Les poèmes d’Alice de Chambrier évoquent la nature et le cycle des saisons, l’homme et sa destinée, l’énigme de l’univers et de la divinité. Dans les dernières semaines de sa vie, la poétesse travaillait avec passion à un Eloge de Lamartine destiné au concours de l’Académie française. En effet, elle rêvait d’être couronnée par la vénérable institution. Malheureusement, elle tombe malade le samedi 16 décembre 1882. Elle continue de travailler avec acharnement à l’Eloge de Lamartine. Le dimanche rien n’indique que les choses se précipiteront. Elle reçoit une amie et lui fait part de son projet de voyager autour du monde. Le lundi son état s’aggrave mais elle continue son travail poétique. Après de longues heures consacrées à retoucher ses poèmes, elle doit se résoudre à se mettre au lit. A cinq heures, son agonie commence. Elle meurt le lendemain matin, à vingt-et-un ans à peine, d’un coma diabétique alors qu’un éditeur de Lausanne s’apprêtait à publier un recueil de poésies romandes – Chants du Pays– où devaient figurer quelques-uns de ses poèmes. Enfant prodige des lettres suisses de langue française, Alice de Chambrier a connu à titre posthume une réputation littéraire de dimension européenne.

Dans l’un de ses poèmes, elle avait écrit :

Oui la mort s’approche implacable et farouche,

La mort, noir ennemi grandit ce qu’elle touche.

 

Sources :

Alice de Chambrier par Philippe Godet

Poèmes choisis, Editions L’Âge d’Homme, préface Guy de Chambrier

-Wikipédia

 

Je vous propose également de découvrir le poème Qui es-tu? lu par le poète Yvon Jean.

Monique Laederach

Une exploratrice des mythes

Ce poème est le premier du recueil Ce chant mon amour de Monique Laederach, paru aux Editions L’Âge d’Homme en 2001, où la poétesse explore les perceptions féminines dans le couple à travers les mythes d’Eros-Psyché et d’Orphée-Eurydice.

 

 

Monique Laederach (1938-2004), poétesse, écrivaine, critique littéraire, traductrice et professeure, est née aux Brenets, à la frontière franco-suisse, et morte à Peseux. Elle a fait ses classes à Serrières, une banlieue ouvrière de Neuchâtel ; maturité à Neuchâtel puis des études de musique à Vienne et à Lausanne. En 1972, elle obtient une licence ès Lettres à l’Université de Neuchâtel.  Elle a notamment traduit  La princesse blanche de Rilke, Lamioche de Mariella Mehr (1999) et La lettre au père de Franz Kafka (2003).

 

Sources :
Editions L’Âge d’Homme
-Fonds de manuscrits de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds
-Wikipédia