Lecture: “Journal de L. (1947-1952)” de Christophe Tison

Christophe Tison: l’écrivain qui donne la parole à Lolita

l’enfant abusée du roman de Vladimir Nabokov

Le 19 novembre, le Prix du Style, qui récompense explicitement le style littéraire d’une œuvre, était décerné à Christophe Tison pour son livre “Journal de L. (1947-1952)”, paru aux Éditions Goutte d’Or au dernier mois d’août. Un récit audacieux où l’écrivain donne la parole à Lolita, l’enfant kidnappée et abusée sexuellement dans le roman éponyme de Vladimir Nabokov. Un personnage fictif mondialement connu mais dont personne ne sait les pensées.

Vladimir Nabokov: Lolita ou les délires d’un pédophile

« Je possède toutes les caractéristiques qui, selon les auteurs traitant des goûts sexuels des enfants, éveillent des réactions libidineuses chez une petite fille : la mâchoire bien dessinée, la voix grave et sonore, les mains musclées, les épaules larges. De plus je ressemble, paraît-il à un chanteur de charme ou à un acteur pour qui Lo a le béguin ».

Lolita a 12 ans quand Humbert Humbert la voit pour la première fois. Immédiatement son désir s’éveille. Un émoi qu’il confond parfois avec de l’amour. Cependant, à aucun moment, on ne sent le moindre respect ou le plus petit sentiment envers la fillette. A part son physique de nymphette, presque tout, en elle, l’irrite: sa vulgarité d’enfant américaine, son manque de culture, son goût pour la nourriture vite ingurgitée… Qu’à cela ne tienne! A la mort accidentelle de la mère, Hum – comme Lolita l’appelle- s’arrange pour la kidnapper et la garder à sa merci, notamment en la menaçant de la placer dans un orphelinat.

Pour écrire son roman, Vladimir Nabokov s’était inspiré d’un fait divers. Au plaisir de la langue – dans la traduction de Maurice Couturier – et à celui de la construction de l’histoire, proches de la perfection, s’ajoute un autre motif pour lequel Lolita mérite d’être lu: on s’immerge totalement dans l’esprit du pédophile Humbert Humbert. A qui l’on a souvent envie de casser la figure. Ou autre chose. Toutefois, sans l’approuver, sa psychologie mérite d’être analysée et approfondie.

Malgré les maintes excuses qu’il cherche à sa pédophilie, Humbert Humbert évoque sans cesse, avec effroi, son penchant pour les très jeunes filles. “Pourquoi alors ce sentiment d’horreur dont je ne puis me défaire? Lui ai-je subtilisé sa fleur?” A travers les yeux du protagoniste toutes les femmes sont insipides et tous les hommes porcins. Des sentiments de Lolita que dit-il? Rien. Pour son agresseur, elle n’est que chair à consommer.

 

Christophe Tison: la voix de Lolita

Le roman de Vladimir Nabokov se présente comme la confession de Humbert Humbert, rédigée en prison avant son procès pour meurtre. De cette confession, il attend la compréhension et la mansuétude des jurés. Ce détail n’a pas échappé à Christophe Tison: pourquoi un criminel serait-il sincère? Honnête? Pourquoi dirait-il la vérité? La plupart des pédophiles prétendent que l’enfant les a séduit. Eux ne voulaient pas. L’enfant voulait. C’est, d’ailleurs, ce que tout le monde a retenu, puisque, le surnom Lolita – du prénom Dolores qui signifie Douleurs en espagnol, ce qui n’est probablement pas un hasard, Nabokov était un écrivain trop cultivé, minutieux et intelligent pour laisser une telle énormité s’immiscer inopinément dans ses lignes – est devenu synonyme de jeune fille qui aguiche les adultes. Définition contre laquelle Christophe Tison s’insurge. En imaginant que Lolita tenait un journal, comme beaucoup de préadolescentes de ces années-là, il nous conte l’histoire avec le regard et les sentiments de l’enfant. En découleront des évènements d’une logique implacable. Sans voyeurisme, rien ne lui sera épargné: ni l’ennui, ni le dégoût, ni le manque de sa mère, ni les moqueries des adolescents, ni le viol, ni … je n’en écrirai pas davantage afin de ne pas dévoiler le livre.

Christophe Tison connaît parfaitement son sujet et les trajectoires, souvent tragiques, des personnes violées durant leur enfance. Lui-même abusé par un adulte de l’âge de 9 à 15 ans, il avait déjà écrit un premier livre sur ce thème “Il m’aimait“. Une autobiographie qui montre l’emprise exercée par les abuseurs et le système d’autodéfense que développe l’enfant violé. Cette -mauvaise- expérience vécue dans le corps et le psychisme de l’écrivain, donne toute sa vraisemblance au “Journal de L. (1947-1952)”. L’auteur nous rappelle également qu’à la fin des années 1940 la parole d’une personne mineure n’avait aucune valeur.

“Je tourne devant la porte. Je demande quoi à l’intérieur? Appeler la police? Et pour dire quoi? Je prépare mes phrases. On va me demander d’où je viens et si je suis perdue, on va appeler le motel, et Hum, avant même la police. Si ça se trouve, la police dort elle aussi. Je ne sais pas à quoi sert la police! Arrêter les méchants? Mais Hum n’est pas un vrai méchant, je veux dire, pas comme dans les films.”

Malgré la violence du sujet, le récit est écrit avec délicatesse, pudeur, parfois même avec poésie:

“Je le laisse parler. Il adore ça, parler.

Moi je veux juste aller quelque part. J’en ai assez des fleurs, des papillons, des musées et des leçons de Hum. Assez de lire des livres qu’il m’offre (Madame Bovary, cette truffe), et de porter les robes et les souliers qu’il m’achète. Assez des chambres d’hôtel où il ne faut pas faire de bruit et des haltes dans des chemins creux. Et parader dans des petites villes comme Shakespeare, Nouveau Mexique, avec Hum à mes côtés.

Quand même, je pense souvent à Emma Bovary. A sa mort. Un liquide noir sort de sa bouche. Une femme si belle et tellement perdue. Je l’aime bien. Pourquoi n’a-t-elle pas fui? Je me pose la question pour moi. Elle, enfermée dans sa petite ville française avec son piano et son bovin de mari, et moi perdue sur les routes, assise dans cette voiture à côté de cet homme fin et cultivé… Je ne suis pas un point de crayon sur une carte du guide, même pas portée disparue dans l’immensité anonyme de l’Amérique.

Je suis la jeune fille en cavale, vous ne voyez pas? Évadée de force. Trop douce est ma peau, trop doux mon sourire. Je veux qu’on me rattrape, je veux entendre les sirènes de la police derrière moi. Et qu’on me ramène à la maison où je pourrais enfin dormir.”

“Journal de L. (1947-1952)” est également parcouru par la révolte envers la condition de la femme au milieu du XXe siècle:

“On nous dresse à dire oui. Oui dans la cuisine, oui au salon, oui au lit. Avec le ton adapté: oui, oui chéri, ohhhhh oui! Oui à l’homme qui sera notre mari, seul et unique jusqu’à notre mort, dès qu’on aura prononcé le premier oui à l’église. Est-ce que je veux être ça? Une jument qu’on engrosse, une poule pondeuse, une vache qu’on trait, tout en même temps? C’est ça qui m’attend quand je serai grande? C’est ça mon avenir de rêve quand je serai débarrassée de Hum?”

Nabokov était sans doute un génie. Christophe Tison ne l’est pas moins.

 

Interview de Christophe Tison pour “Journal de L. (1947-1952)”.

Un livre 5 questions : « Nos vies limpides » de Valérie Gilliard

Nos vies limpides de Valérie Gilliard: un mélange de poésie et de crue réalité

Dans une langue tendre et poétique, l’écrivaine Valérie Gilliard nous emmène dans un monde onirique d’une cruauté bien réelle. Pour accorder nos cœurs au diapason de celui de ses personnages, Valérie Gilliard s’est attachée à la lettre E. Chacun des prénoms des dix femmes, dont elle conte un moment de vie, commence par un E. Une lecture ou l’on peut facilement reconnaître une sœur, une voisine ou cette dame que l’on croise tous les samedis au marché.

Edwige amarrée dans ses lignes aspire au changement.

Elisabeth parvenue aux regrets nourrit sa frustration.

Elsuinde sonde le temps et les jours dans sa boule.

Eden, dans les éclats, scrute la brume atomique.

Elke rencontre un être et se met à chanter.

Eulalie aux aguets s’oublie déconnectée.

Elphie nettoie et lustre un peu la ville.

Emérence voudrait bien donner.

Estée décidément s’en va.

Edge refuse et recule.

Entre les pages de Nos vies limpides, paru aux Éditions de L’Aire, il y a des larmes, des hésitations, mais aussi des sourires et des instants de bonheur d’une douceur presque naïve.

La phrase extraite du livre :

“Décidément, les hommes murs ne sont plus si attirants une fois qu’on a passé soi-même la quarantaine, se dit Edwige”.

 

Nos vies limpides: interview de Valérie Gilliard

– Vous êtes enseignante au gymnase d’Yverdon or vos personnages sont souvent des personnes à la dérive, un peu paumées, décrites avec une grande sensibilité comme si vous les souffriez dans votre propre chair. Comment faites-vous pour plonger aussi profondément dans leurs problèmes, leurs vies, alors qu’à première vue vous faites partie de la classe moyenne un peu privilégiée.

Je pense que nous sommes tou(te)s à la dérive, peu importe notre classe sociale ou le montant de notre compte en banque. Collectivement. La dérive, c’est ce sentiment que le sol sous nos pieds est d’une solidité toute relative, qu’il n’est pas loin de se dérober. A quoi tient notre assise de tous les jours ? A nos horaires, aux gens qui dépendent de nous et dont nous devons nous occuper, aux contraintes imposées pas nos jobs, ou à l’autodiscipline que nous avons mise sur pied… tout ceci est très fragile si l’on y pense (d’ailleurs nous passons notre temps à éviter d’y penser).

Mises à part de rares personnes vivant dans de hautes sphères bourgeoises, il me semble que nos destins d’aujourd’hui, en pays occidental, ne sont pas si contrastés qu’à d’autres époques. Ne sommes-nous pas plus ou moins tous des « moyens » ? Pour ma part, j’ai la chance de vivre dans une petite ville plutôt modeste pour la Suisse, une ville qui a été ouvrière et dont le tissu social est à la fois hétéroclite et très serré : je veux dire que nous vivons les uns avec les autres. Il n’y a pas de ghetto. A l’époque où j’ai écrit ce recueil de nouvelles et de textes, j’habitais dans un quartier empli de gens de toutes origines ethniques et sociales. Certains voisins de l’immense l’immeuble sis à côté de ma minuscule maison ont migré dans mon imaginaire à mesure qu’ils passaient dans ma rue.

Pour écrire, j’élargis en quelque sorte une sensation particulière que j’ai éprouvée, je l’explore et je la mets dans un contexte fictif pour que le personnage prenne forme ; parfois il me suffit de suivre du regard une silhouette entrevue dans la rue pour que son allure ou son pas me suggère qui elle est. C’est de la dilatation empathique.

-Dans “Nos vies limpides” les prénoms de toutes les protagonistes commencent par E ? Pourquoi ? Quel rapport entretenez-vous avec la lettre E ?

Les premiers prénoms ont pris la lettre E par hasard – même si le hasard n’existe pas. Ayant remarqué ce méandre de mon inconscient, j’ai décidé de donner la première lettre E aux prénoms de tous mes personnages. Je me suis amusée à en chercher la cause a posteriori, et voilà ce que j’ai trouvé. D’abord, une coquetterie littéraire : la lettre E est celle qui est absente dans le roman de Georges Perec La Disparition. Il me fallait donc d’une certaine manière la retrouver. Ensuite, cette retrouvaille du E est peut-être une occasion d’explorer la féminité du Elle. Enfin, le E est aussi la première lettre du mot Echappée, qui pourrait rassembler thématiquement toutes mes protagonistes. Elles tentent, comme nous, de s’arranger de leurs dérives quotidiennes, de trouver l’échappée pour ne pas tomber dans les failles. Elles sont sœurs, elles sont de la même étoffe ; ces E partagés leur tisse comme un fil en commun. Je pense que nous sommes les larmes d’une même mer humaine. Ce sentiment de communauté subtile m’habite presque à chaque fois que j’arpente ma ville.

– A quel personnage de votre livre êtes-vous le plus attachée?

Certains personnages sont plus ou moins issus de moi ; d’autres sont davantage venus à moi. J’ai un faible pour Elphie parce que, n’ayant rien de ce qui fait les avantages pour réussir dans notre monde, ni beauté physique ni solidité psychologique et par conséquent, ni argent ni place sociale, elle crée un monde idéal d’une force telle que je le vois clairement briller dans les lignes qui lui sont consacrées.

Dans le recueil, il y a les femmes frustrées, arrimées à des manques ou à des complétudes normées (certaines idées du bonheur), qui sont en échec, et celles qui trouvent une échappée autre, le plus souvent dans les pages encore blanches de leur imaginaire. J’aime tous mes personnages.

-En 2018, vous avez obtenu la Bourse à l’écriture décernée par le Canton de Vaud. Cela vous a permis de prendre un congé sabbatique pour écrire un nouveau livre. Quelle différence il y a-t-il entre écrire un livre durant les loisirs que laissent un travail comme l’enseignement, comme cela été le cas pour Nos vies limpides, ou avec du temps devant soi ?

Ayant obtenu cette bourse en 2018, je me suis organisé quatre mois de temps libre au printemps 2019. J’ai expérimenté que ce temps dit libre était aussitôt squatté par des problèmes à résoudre qui n’attendaient que cela pour exploser, occupant tout l’espace et le temps ; de plus, l’inspiration pour la littérature, convoquée en force dans ce temps libre, s’est ingéniée à se dérober et à prendre les masques effrayants du doute et de l’autodénigrement. Ce qui fait qu’au final, j’ai très mal vécu cette période que j’avais d’abord reçue comme un cadeau magnifique (ce qu’est en réalité une bourse !). J’ai travaillé malgré tout, tenue par un sentiment de loyauté face à ceux qui m’avaient fait confiance en sélectionnant mon projet ; mais tout s’est fait dans la douleur. Je voulais produire des pages et mon esprit se refusait à la production. Finalement, ce temps a été bénéfique car le projet a pris corps, mais il me reste encore beaucoup à faire pour achever le livre qui devrait être d’une taille conséquente. Pour l’instant, il est ébauché sur un manuscrit incomplet, mais devenu clair dans ma tête. Enfin, je me suis promis de ne plus tenter une aventure de bourse, en tout cas pour le moment, car je crois que mon travail en tant qu’enseignante sert de ferment pour la littérature, même s’il me vole mon temps. Il faut savoir vivre dans les paradoxes.

– La question que je pose à toutes les écrivaines et écrivains : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

Je dois parfois être un fondu-enchaîné de Madame Bovary et d’Ariane Deume, dans Belle du Seigneur. Nous avons en commun la naïveté et l’amour de l’art. Nous voulons nous sublimer pour vivre une vie sublime. Nous aimons caresser la matière de notre quotidien et nous rouler dedans tout en souhaitant qu’elle soit dans une quatrième dimension romanesque plutôt qu’ici-bas. Nous aspirons à la pureté. Nous habitons dans un livre. Et puis, c’est fini : je les quitte toutes deux autant que je les adore. Basta ! Retour à moi.

 

Propos recueillis par Dunia Miralles

 

L’écrivaine Valérie Gilliard. Photographie de Dominique Gilliard-Lurati.

Actualités

Au Broadway Av. lundi 4 novembre :

Lecture en musique d’extraits de Nos Vies limpides. La musique, spécialement imaginée pour l’œuvre, sera jouée par Davide Di Spirito qui l’a également composée. Cet instant de poésie sera suivi d’une interview de Valérie Gilliard menée par Pierre Fankhauser. Adresse: Au Broadway Av., place du Tunnel, Lausanne, le lundi 4 novembre à 20h

A venir

Décembre: écriture pour les Paniers culturels, association lausannoise qui propose un concept de package culture. Confection, pour le panier de Noël, d’un opuscule original et inédit. Sortie début décembre.

Au printemps:  préface d’un roman de Ramuz, Adam et Eve, commandée par Michel Moret des Éditions de l’Aire.

Biographie

Valérie Gilliard est née en 1970 à Lausanne. Enseignante au gymnase d’Yverdon, elle devient aussi écrivaine dans les années 2000. Son second roman, Le Canal, publié aux éditions de l’Aire en 2014, obtient une sélection Lettres frontière. Valérie Gilliard diversifie sa plume par des chroniques journalistiques, des pièces de théâtre pour adolescents et enfin, par la publication en 2018 d’un recueil de nouvelles et de courtes proses poétiques, intitulé Nos vies limpides. La même année, elle reçoit la bourse à l’écriture du canton de Vaud pour un projet de roman sur le monde disparu des vocations.

 

Rencontre avec Valérie Gilliard par l’Association Tulalu

Un livre 5 questions : « En pleine lumière » de Florian Eglin

En pleine lumière de Florian Eglin : violence sous contrôle

Florian Eglin nous propose un livre qui glorifie le MMA et la violence sous contrôle. Auteur de la trilogie Solal Aronowicz, qui met en scène un dandy alcoolique, esthète et violent, lecteur de Philippe Djian, avec qui il a fait un atelier d’écriture, ainsi que de Paul Auster, Florian Eglin s’est pris au jeu d’écrire un court roman pour la collection Uppercut, des Editions BSN Press. Cette collection propose des histoires de différents genres –noir, romantique, aventure- ayant toutes pour toile de fond le sport. Passionné d’arts martiaux, c’est tout naturellement que l’écrivain genevois, qui travaille dans l’enseignement, a imaginé Luca, mauvais élève bagarreur, dont la seule raison de vivre est le MMA, un sport que son père, qui le bat, lui interdit de pratiquer. En pleine lumière  est un roman prenant, bouleversant, qu’on ne lâche plus une fois commencé. De plus, comme l’annonce son titre, malgré quelques épisodes saisissants, injustes, voire tragiques, il se dirige, grâce à la puissance d’une violence bien gérée, vers une luminosité certaine.

La phrase extraite du livre :

« La violence, c’est surtout des hommes et des femmes qui perdent leur travail alors que des putes en costume s’enrichissent comme des porcs ».

En pleine lumière:  interview de Florian Eglin

Vous êtes enseignant au cycle d’orientation. En pleine lumière raconte l’histoire d’un élève passionné de MMA qui a désinvesti l’école. Avez-vous observé, dans le cadre scolaire, la violence sauvage dans laquelle évolue Luca ?

Je n’ai personnellement jamais observé un tel degré de violence, mais il est clair que certains élèves, très jeunes déjà, plus jeunes que Luca, sont en totale rupture avec ce que l’école et les adultes ont à proposer. Il faut déployer beaucoup d’énergie et de patience, parfois en vain, pour ne pas les perdre.
L’adolescence n’est pas une période paisible et je pense, peut-être de manière contradictoire, qu’une pratique adaptée des arts martiaux pourrait aider à poser les choses. Apprendre à se battre, c’est un savoir-faire, et un savoir-être, à mettre en application avant tout hors de la salle d’entraînement. De manière plus générale encore, tous les élèves auraient besoin de bien plus d’activités sportives et / ou créatrices.

Votre livre semble défendre l’idée qu’avec un enseignant passionné et un bon encadrement, un élève a priori « perdu » pour lui-même et la société peut être  “récupéré”. Pensez-vous que nous sommes tous nés bons et que c’est la société –ou le vécu – qui nous rend mauvais ?

Je pense que l’homme est fondamentalement bon et que c’est son éducation qui le pervertit. Mes enfants sont encore petits et, quand je vois toutes les belles dispositions dont un bébé est gratifié de naissance, je me dis vraiment que, au mieux, nous pouvons juste essayer de limiter les dégâts. Les influences auxquelles nous sommes soumis, majoritairement, ne sont pas bonnes. Notre société nous fragmente et nous rend veules. Trop de bruit, trop de tentations, manque de nature, manque de perspectives, pas la moindre spiritualité.
Alors, très honnêtement, le coup de l’enseignant passionné que je mets en scène, je ne sais pas. J’aimerais y croire, j’imagine. Je pense plutôt qu’on plante des graines qui germeront, peut-être, par la suite. Pour moi, dans l’enseignement, les maîtres-mots sont : bienveillance, humour, autorité élastique.

Vous êtes un passionné de MMA qui, cette année encore, était interdit en France. Qu’est-ce qui vous attire dans ce sport que d’aucuns considèrent comme dangereux et trop violent?

Pour commencer, cette interdiction portait sur les compétitions. Depuis déjà de nombreuses années, il y a en effet des clubs de MMA réputés en France. A ce jour, il existerait plus de 200 clubs chez nos voisins et, en Suisse romande, on peut pratiquer ce sport dans une trentaine de clubs je dirais.
Pour ma part, depuis longtemps, je me passionne pour ce qui touche au combat. J’ai commencé le judo à l’âge de huit ans et je suis parti m’entraîner un an au Japon (au siècle dernier…). Par ailleurs, très tôt, j’ai suivi attentivement le sumo, une pratique martiale que je trouve étonnante et magnifique. Plus tard, j’ai découvert le MMA, les arts martiaux mixtes. Ça s’est passé en deux temps. D’abord à la fin des années 90 avec une organisation japonaise, le Pride, puis, bien plus tard, je m’y suis remis grâce à un ami (en forme d’hommage, il « joue le rôle » du prof dans mon livre) avec l’UFC, l’Ultimate Fighting Championship, sans doute la plus grande organisation mondiale de combat libre.
Je pense que la vision d’hommes et de femmes qui se frappent au visage dans ce qu’on appelle parfois une cage (mais c’est un octogone, une cage est fermée en haut) choque beaucoup de monde. On dit que c’est violent. C’est une réaction sans doute viscérale. Et très clairement hypocrite. Et profondément malhonnête. Parce que c’est faire abstraction du consentement. Ces personnes qui se battent ont signé un contrat. Elles se sont entraînées pour faire le métier qu’elles ont choisi. Le métier de combattante et de combattant. Les matchs auxquels ces personnes se livrent, nul n’est obligé d’y assister. Le MMA, ce n’est pas violent. C’est dur, ça peut faire mal. Mais il y a des règles, un arbitre, des juges, un lieu déterminé. Ce n’est pas n’importe où, n’importe quand.
Vouloir résumer la violence à des coups, même au visage, c’est refuser de voir la violence pour ce qu’elle est vraiment. Juste des mots. Juste un silence. Un fort qui porte la main sur un plus faible. Une femme qui a tellement peur qu’elle n’ose pas dire non. Un enfant qui se recroqueville devant un adulte. Une travailleuse ou un travailleur qui, demain, ne retournera pas au travail. 10% des habitants de notre planète qui possèdent plus que 80% des richesses.
Sinon, pour le côté dangereux du MMA, je me permets juste de glisser que l’équitation, l’alpinisme ou… la pêche sont des pratiques bien plus meurtrières.
Maintenant, j’admets cette contradiction : certains KO me laissent stupéfait. Il y a de la brutalité. Là, je rejoins alors ce que j’écrivais plus haut. Si selon moi la nature humaine est fondamentalement bonne, certains et certaines d’entre nous sont animés d’élans qu’il vaut peut-être mieux laisser sortir dans un milieu déterminé.
Enfin, tout cela concerne le monde de la compétition. Les cinquante mille pratiquants que compte la France ne passent pas leurs soirées à se mettre en pièces.
Ce qui me passionne là-dedans ? C’est tellement simple que c’est presque ridicule. Je donnerais beaucoup pour être un d’entre eux, à ces hommes qui se mettent des tannées homériques. Mais voilà, j’hésite. En bon intellectuel petit bourgeois, je ne fais pas, je me regarde faire. C’est mon drame. Du coup, j’écris des trucs.

Un sport comme le MMA s’adresse-t-il aux femmes ?

Comme tous les arts martiaux et tous les sports de combat, le MMA s’adresse aussi aux femmes, il y a de nombreuses combattantes. Justement, c’est mixte ! Jeu de mot à part, je pense sincèrement que mélanger les sexes, les âges et les niveaux est le meilleur moyen d’aller vers une pratique bienveillante et respectueuse.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

Je vais faire preuve d’un snobisme avéré et répondre que je m’identifie de fort près à Solal Aronowicz, le personnage principal d’une trilogie dont je suis l’auteur.

Interview réalisée par Dunia Miralles

Actualités :

– Rencontre et lecture: vendredi 8 novembre, 14h30, salle Torney, rue Torney 1, au Grand-Saconnex.
– Pour les 100 ans de Payot Genève: dédicaces chez Payot Rive Gauche, le jeudi 21 novembre, 17h30 – 19h, dans le cadre de la Fureur de Lire (en compagnie de Laure Mi Hyun Croset et Claire Genoux).

Biographie:

Florian Eglin est né à Genève en 1974. Après des études classiques, il s’est dirigé vers les Lettres.
Enseignant de français, il travaille au cycle d’orientation depuis vingts ans.
Il a publié six romans et, en 2016, il est co lauréat du Prix du Salon du livre de Genève.
Il a également reçu la Plume d’or des Ecrivains genevois pour un roman à paraitre en mars 2020, Représailles.

Prochaine parution :

Représailles, mars 2020, éditions de la Baconnière.

Un livre 5 questions: “Le cri du lièvre” de Marie-Christine Horn

Le cri du lièvre de Marie-Christine Horn: révolte contre la violence domestique

Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), une personne meurt toutes les deux semaines en Suisse, soit 25 personnes par an, des conséquences de la violence domestique. L’an passé, 27 personnes sont décédées en raison de violence domestique, dont 24 femmes. Un peu plus de la moitié (59%) de ces 27 homicides se sont produits entre partenaires. Les 27 homicides ont été commis par 25 personnes prévenues, dont 88% d’hommes.

D’après des informations obtenues par la RTS, on tue davantage de femmes en Suisse qu’en Espagne, qu’en Grèce ou qu’en Italie. On recense en Suisse 0,40 meurtre de femme pour 100’000 femmes, alors que cette proportion est de 0,13 en Grèce, 0,27 en Espagne, 0,31 en Italie et 0,35 au Royaume-Uni. Plus de féminicides sont en revanche enregistrés en France (0,50) et en Allemagne (0,55).

Le cri du lièvre de Marie-Christine Horn: l’histoire

Ces chiffres douloureux sont rébarbatifs à lire. Pour mieux nous les donner à comprendre, pour que l’on puisse exactement entrer dans une réalité dont la souffrance ne se mesure pas en statistiques, Marie-Christine Horn a écrit « Le cri du lièvre » paru chez BSN Press. Pour échapper aux violences de son mari, une femme maltraitée se réfugie à la montagne où elle retrouve des forces. Malgré cette récupération, elle imagine l’hiver lui prendre la vie sans que cela ne l’émeuve. Mais un lièvre pris dans un piège l’a fait changer d’avis et retourner chez elle.

La phrase extraite du livre:

“Je commençais à réaliser que le prince charmant dont mon coeur était tombé amoureux n’avait jamais réellement existé et la sonnerie du réveil me catapultait en enfer au lieu de m’extraire du cauchemar”.

Le cri du lièvre interview de Marie-Christine Horn

Quels motifs vous ont incité à écrire ce livre ?

Le roman noir a pour ambition de traiter une thématique sociale forte liée à son époque ou son pays. Auteure du genre, sensible à la cause féminine et révoltée par le manque de moyens mis en œuvre pour résoudre la problématique des violences domestiques, il me semblait tout à fait naturel d’apporter ma contribution à la cause par le prisme de la création littéraire dans un style qui m’est familier.

Dans votre roman, l’une victime de violences conjugales tue son mari. Est-ce une façon de venger toutes les victimes de violences par compagnon ou ex-compagnon ?

La réponse à la violence ne devrait jamais être la violence, même si parfois ça titille. Cela revient à donner du prétexte, du grain à moudre à la meule avec pour résultat un partage des torts et une atténuation des faits de base qui ont provoqué l’ire. Je crois profondément que le désir de vengeance est surtout nuisible à celui qui le nourrit, et maintient un lien qui gagnerait à être rompu. A contrario, je ne suis pas une fanatique du pardon, car certains actes ou paroles ne méritent ni compassion, ni empathie. C’est un droit, peut-être le dernier, qui appartient à celui qui est sollicité de le concéder ou non, et c’est faux de croire qu’on ne trouve de répit quand l’accordant. Que chacun porte seul le poids du bagage qu’il a paqueté de la même façon. Mais la vengeance, ça, non. C’est une perte de temps et le temps est précieux. De manière générale, on finit toujours par subir les conséquences de ses actes, parce qu’à la fin du bail, il nous revient à tous de payer ce qu’on a cassé. Cette certitude m’a toujours suffi à refermer la porte derrière moi sans la claquer. Dans Le Cri du lièvre, le mari n’est pas tué par sa femme, c’est sa propre violence qui se retourne contre lui. Elle se contente de laisser faire sans intervenir, comme ce fut le cas lorsque sa propre vie était mise en péril dans l’indifférence générale.

Dans le Cri du lièvre, l’une des victimes de violences conjugales finit par ne plus supporter une autre victime qu’elle accueille pourtant chez elle. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi avez-vous mis en scène cette irritation ?

Cette irritation est également la conséquence d’un tout. Il est nécessaire au préalable de se pencher sur la personnalité de la narratrice, son état d’esprit au moment où elle décide de refuser la société et ses contraintes, dont son mari, ses parents et l’ensemble des autres êtres humains font partie intégrante. Elle n’accueille pas chez elle des victimes, mais opte encore une fois pour la fuite quand il s’agit de soustraire des chairs aux sévices, sans anticiper les enchaînements qui vont suivre. Manu vit l’instant présent depuis le jour où elle a choisi la montagne. Elle n’anticipe rien, accepte la faim, le froid, la douleur, la crasse, l’inconfort matériel et physique du moment où elle n’est plus obligée. Ce ne sont pas ses compagnes d’infortune qu’elle ne supporte plus, mais bien le bruit, les concessions et l’horreur de la violence ordinaire dont elle-même a su s’affranchir et qu’elle n’entend pas revivre.

Auriez-vous des propositions à faire pour que cessent les violences conjugales et les féminicides?

J’aimerais croire qu’on arrivera un jour à faire cesser les féminicides, mais cela me semble toutefois utopique et impossible sans un changement radical du mode de fonctionnement humain et social. Cependant je reste intimement convaincue qu’un durcissement drastique des lois et des peines, qu’elles soient réellement dissuasives, permettrait de réduire le nombre de victimes. Si on est capable de le faire aujourd’hui pour les récidivistes de la route, par exemple, on devrait être apte à adopter la tolérance zéro en matière de violences domestiques également. Aujourd’hui, on empêche plus facilement un homme de conduire après s’être fait arrêté en état d’ébriété que de pénétrer au domicile de la femme qu’il a battue au sang.

La question que je pose à chaque auteur-e: à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

J’adorerais être Elizabeth Bennet dans Orgueil et préjugés, mais je me sens souvent plus proche d’une Fantine, en vérité.

Interview réalisée par Dunia Miralles

Dédicaces de Marie-Christine Horn

Le 17 octobre : bibliothèque de Riddes
Le 14 décembre : Payot Yverdon

Biographie de Marie-Christine Horn

Auteure, chroniqueuse et scénariste née à Fribourg, Marie-Christine Horn a signé son premier roman en 2006, un policier intitulé La Piqûre. Son deuxième ouvrage, La malédiction de la chanson à l’envers, une fiction jeunesse parue en 2008, obtient le prix des Jeunes Lecteurs de Nanterre 2009.

Elle est aussi l’auteure de La Toupie : vivre avec un enfant hyperactif (Xenia, 2011), Le Nombre de fois où je suis morte (Xenia, 2012), Tout ce qui est rouge (L’Âge d’homme, 2015) et 24 Heures (BSN Press, 2018), un roman noir sur fond de course automobile.

Un livre 5 questions: Miradie d’Anne-Frédérique Rochat

Miradie d’Anne Frédérique Rochat: introduction

Editions Luce Wilquin

« Miradie a la curieuse sensation que sa peau s’affine durant la nuit, qu’elle en égare des minuscules particules, des tout petits bouts, mais pourquoi ne trouve-t-elle jamais, en s’agenouillant au pied de son lit et en scrutant ses draps, de preuves concrètes de ce dénuement ? » Miradie a perdu ses parents très jeune. Sa tante l’a recueillie. Cette dernière lui fait payer cet accueil par des reproches assez communs dans les milieux familiaux. Quant à son collègue de travail, il ne cesse de profiter de sa gentillesse.  Miradie s’évade grâce à Patrice, son ami d’enfance. C’est dans ce contexte qu’apparaît Benoît. Un roman sensible qui ne manque pas de cruauté. Aux éditions Luce Wilquin.

 

Une phrase du livre :

« Un goût d’humus, de sueur et de poussière persistait sur sa langue ».

 

Miradie: interview d’Anne-Frédérique Rochat

Le prénom Miradie, fort rare, me fait penser à «regarder le jour». D’autant qu’elle est persuadée que la nuit, durant son sommeil, sa peau s’affine. Le manque d’amour, de lumière, pousse-t-il le corps à se déliter ? Une raison particulière vous a-t-elle incité à choisir ce prénom pour votre protagoniste?

Dans ce septième roman, j’ai eu envie de faire le portrait d’une femme un peu en décalage, une femme poreuse qui peine à mettre la bonne distance entre elle et le monde extérieur, et je souhaitais que son prénom raconte quelque chose d’elle, de cette sensibilité. J’étais prête à inventer un prénom, je cherchais, j’assemblais des syllabes, et Miradie m’est venu, c’est après que j’ai vu sur Internet que ce prénom existait. Pour moi, il fait écho au verbe « irradier », mais chacun peut y entendre ce qu’il veut. J’aime beaucoup « regarder le jour » ; plusieurs personnes m’ont dit que ça leur évoquait le mot « maladie », ce qui va aussi très bien pour mon personnage qui a l’impression de s’effriter. Cette curieuse sensation me permet de parler de son manque de protection face aux agressions de façon poétique, mais on peut également y voir une sorte de dessèchement dû au manque d’amour, de lumière, oui. Elle perd ses pétales comme une fleur en manque d’eau.

La nuit, est-ce un moment idoine pour crier?

Oui, pour Miradie en tout cas. Quand elle n’en peut plus, qu’elle s’est fait humilier, engueuler toute la journée par des clients mécontents, qu’elle déborde, fulmine, alors il lui arrive, dans l’obscurité du parc, si personne ne s’y balade (elle ne veut surtout pas déranger), de crier. L’avantage de la nuit est qu’on ne la voit pas, on ne peut pas la reconnaître. Elle se révolte incognito, lâche la vapeur, afin de pouvoir, dès le lendemain, se retrouver derrière le bureau de réception de l’hôtel du Canier avec son plus charmant sourire pour faire face aux nombreuses réclamations.

Miradie et Patrice sont amis depuis le jardin d’enfant. Ils sont très possessifs l’un envers l’autre. L’amitié homme-femme est-elle illusoire, ou prêtez-vous à l’amitié –en général- les mêmes mécanismes que l’on prête à l’amour « conjugal »: un terrible instinct de possession ?

Je ne crois pas que l’amitié homme-femme soit illusoire, tout est possible, mais il me semble plus facile que cette amitié naisse après avoir vécu une histoire, ainsi le désir a été assouvi, mais cela dépend de chaque personne, de chaque lien, on ne peut pas faire de généralités. Ah, l’instinct de possession, le sentiment d’appartenance, comment s’en débarrasser ? Dans plusieurs de mes textes, j’ai travaillé sur cet instinct qui est assez effrayant mais tellement humain. Comment aimer l’autre sans vouloir le posséder, sans projeter sur lui ses attentes ? Vaste question, et gros travail, mais c’est une quête qui me plaît. Dans le roman, la jalousie qu’éprouvent Patrice et Miradie envers les « nouveaux arrivants » raconte l’ambiguïté de leur rapport, de leurs sentiments. Ils ne sont pas ensemble, mais se comportent comme tel. Je crois que Patrice est amoureux de Miradie, et serait prêt à vivre une histoire avec elle, et je crois que Miradie éprouve aussi du désir pour Patrice, en plus de la tendresse et de l’amitié, mais elle le refuse, le nie totalement, peut-être par peur de détruire leur lien qui est si important pour elle : il est son être cher, son confident, son proche, elle n’en a pas vraiment d’autre.

Benoît, l’amant de Miradie, a une attitude totalement détachée. Les maltraitances subies durant son enfance expliquent-elles sa désinvolture ou est-ce simplement une recherche de plaisir immédiat et sans lendemain ?

Benoît est assez lourd par moments, je ne l’épargne pas et prends même plaisir à grossir un peu ses traits, donc j’avais envie qu’on entrevoie – durant un court instant – une blessure, un traumatisme, qu’il ne soit pas complètement détestable. Tout n’est pas toujours explicable, justifiable dans un caractère, que ce soit dans la vie ou dans les romans, et c’est très bien ainsi, mais je pense quand même que le rapport que l’on a à l’amour, la peur ou le désir d’attachement, prend ses racines dans l’enfance, dans le lien qu’on a créé, ou pas, avec les personnes qui nous ont élevées.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

Voilà une question difficile, j’y ai réfléchi et je ne sais pas quoi répondre. Il y a de nombreux personnages littéraires qui m’ont bouleversée, marquée, mais ils ont toujours un destin tragique, je n’ai pas du tout envie de m’y identifier !, ou alors juste le temps du roman et d’une catharsis…

Biographie d’Anne-Frédérique Rochat

Photo: Marika Dreistadt

Anne-Frédérique Rochat est née le 29 mars 1977 à Vevey, elle a grandi à Clarens sur Montreux. En juin 2000, elle obtient un diplôme de comédienne au Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne, depuis elle joue régulièrement en Suisse romande. Elle a commencé par écrire des pièces de théâtre, puis a eu envie de s’essayer à un autre genre qu’elle aime et admire particulièrement, le roman. Aujourd’hui, elle continue de jouer et d’écrire. Elle vit à Lausanne.

Découvrez sa biographie complète, ses romans, ses pièces de théâtre sur le site personnel d’Anne-Frédérique Rochat en cliquant ici.

 

 

Interview réalisée par Dunia Miralles  pour “Ecrire à mille”.

Un livre 5 questions: Morceaux de Sacha Després

Morceaux de Sacha Després: introduction

Dans ce roman de Sacha Després, Idé Fauve et son frère Lucius, comme les autres produits de leur espèce, sont destinés à la consommation de l’élite d’un monde post-apocalyptique. Un livre entre décadence romaine, références à l’actualité et anticipation. Un monde nauséabond, que je n’ai visualisé qu’en pénombres rouges et noires, où l’être humain est une denrée. Un texte qui pourrait faire une terrifiante adaptation pour le cinéma et dont le rythme et le phrasé ne manquent pourtant pas de poésie. Morceaux est paru aux Editions l’Âge d’Homme en 2018.

Une phrase du livre :

« Le géant se souvient du grincement qui accompagne l’ouverture de cette porte, mais pas du squelette qui repose derrière ».

 

Morceaux : interview de Sacha Després

Comment vous est venue l’idée de ce livre ?

À l’origine de Morceaux, il y a d’abord La Route de Cormac McCarthy. J’ai trouvé ce roman post-apocalyptique fascinant et trouvais intéressant de me projeter plusieurs générations après le chaos décrit dans ce livre. Je me suis demandé comment une société pouvait se reconstruire sur un postulat culturel a priori aberrant comme le cannibalisme.

J’ai puisé ensuite mon inspiration dans l’observation de nos sociétés contemporaines dites « civilisées », lesquelles sont basées sur des systèmes de domination interconnectés. Les logiques économiques, politiques et culturelles qui dominent aujourd’hui sont des logiques cannibales. Elles exploitent, asservissent, hiérarchisent, tuent en masse des corps d’individus humains et non humains. Les abattoirs sont les lieux paroxysmiques de cette dévoration. C’est pourquoi ils sont au cœur de Morceaux.

Vous êtes écrivaine et artiste peintre. En lisant Morceaux j’arrivais à sentir une terrifiante odeur de putréfaction et je ne pouvais m’imaginer son décor qu’en deux teintes : noir et rouge, à l’instar de la couverture qui représente l’un de vos tableaux. Quand vous écrivez un livre peignez-vous en parallèle l’univers mental dans lequel vous plonge le récit ? Si c’est le cas, n’est-ce pas trop lourd d’être totalement immergée dans un univers aussi sombre ?

Morceaux est en effet très visuel et « un livre à odeurs ». J’y ai mis les gravités du monde et les couleurs qui vont avec. Je voulais qu’on les renifle, qu’on les suive à la trace et qu’on les avale, comme de vrais cannibales.

Pendant l’écriture de Morceaux, j’ai peint plusieurs tableaux. J’en ai même fait à un « roman-expo » éponyme. Certains ont une odeur de soufre et d’autres sont, au contraire, très lumineux. Je pense qu’inconsciemment j’avais besoin de cet équilibre pour ne pas me laisser moi-même « digérer » par le livre.

Des études montrent qu’il n’y a jamais eu autant d’esclaves de par le monde qu’actuellement. D’après vous, cette tendance s’accroîtra-t-elle ?

Tant que le dieu Argent règnera sur ce monde, il y aura des esclaves. Si l’on en croit l’historien Yuval Noah Harari, auteur des formidables best-sellers Sapiens et Homo Deus, ce qui nous attend est encore pire. Le transhumanisme sur lequel se concentrent aujourd’hui les investissements des élites, est un projet de rupture totale avec l’humanisme (et non son prolongement). Ce qui se dessine à l’avenir est une partition de l’humanité en différentes castes biologiques. Autrement dit : le néofascisme. Harari explique qu’il y aura d’un côté l’espèce dominante, l’homo deus, qui aura accès à l’intelligence artificielle, pourra s’offrir la santé, la beauté, un cerveau « augmenté » et peut-être même devenir immortel (les GAFAM planchent dessus sérieusement). De l’autre, l’homo sapiens, autrement dit la majorité de la population mondiale qui n’aura plus de valeur politique ni de valeur marchande aux yeux du grand capital puisque le travail sera assuré par des robots et des algorithmes. Plus besoin d’esclaves, donc. Que va devenir alors cette « espèce » d’ « inutiles » ? Dans une interview accordée au journal Le Temps en mai 2017, Harari y répond en partie : « Si l’on veut savoir ce qui arrivera lorsque nous ne serons plus l’espèce dominante, il suffit d’observer notre façon de faire actuelle avec d’autres espèces moins complexes, les porcs, les bovins et les poules. Des milliards d’êtres sensibles vivent et meurent dans nos fabriques d’animaux. À mes yeux, c’est l’un des plus grands crimes de l’Histoire. » À bon entendeur.

L’Apocalypse c’est pour demain ?

En ce moment, je lis tout ce que je trouve sur le thème de l’effondrement. Ce n’est pas « la fin du monde » comme on la voit dans les films qui se prépare mais la fin de notre monde thermo-industriel tel que nous le connaissons actuellement. Nous savons depuis les années 70 que nous allons droit dans le mur mais au lieu de ralentir ou même dévier de notre trajectoire, on a accéléré et engendré des systèmes aberrants interconnectés. Compétition du chacun contre tous. Exploitation infinie des ressources dans un monde fini. Consommation exponentielle d’énergie. Financiarisation des systèmes de production. Bref, tout ça finira mal et il va falloir un jour ou l’autre l’entendre. Dans le livre (que je vous conseille vivement) Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, il est écrit qu’il n’y a aucune « solution » car les « solutions » adviennent pour résoudre un problème. Or, on ne guérit pas d’une maladie incurable. Le processus d’effondrement est déjà en cours et irréversible. Tout ce que l’on peut faire, c’est sortir le plus vite possible du déni, inventer des petits systèmes résilients et solidaires pour ne pas devenir complètement fous.

-La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

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Biographie de Sacha Després

©Christine_Caron

Sacha est née en région parisienne au début des années 80. De formation littéraire, elle entre dans une école préparatoire aux Beaux-Arts puis obtient un bachelor en Information et Communication en France. Après avoir travaillé dans les écoles de Zone Urbaine Sensible, l’artiste renoue avec ses premières amours en Suisse.

Sa peinture explore le féminin gracieux et dévorateur. Ses thèmes de prédilection comme « la dévoration » et « la figure féminine », se retrouvent aussi dans son écriture. Les Éditions L’Âge d’Homme publient son premier roman La Petite galère en mars 2015.

Son deuxième roman, intitulé Morceaux, est actuellement disponible en librairies. Ce texte d’anticipation dont l’action se situe plusieurs générations après La Route de Cormac McCarthy, a fait l’objet d’un ROMAN-EXPO à la librairie HumuS à Lausanne en mars 2018.

Vous pouvez visiter le site d’auteure et d’artiste de Sacha Després cliquez ici.

Interview réalisée par Dunia Miralles. Première parution dans le blog Ecrire à mille: littérature romande et autres arts.

 

 

Marguerite Burnat-Provins : la passion à fleur de peau

Marguerite Burnat-Provins: l’exaltation de l’amour et de la volupté

En 1906 paraît, chez Säuberlin & Pfeiffer à Vevey, une publication intitulée Le Livre pour toi. S’ensuit un énorme scandale, non seulement sur la Riviera mais également en Valais. L’esclandre est rapidement étouffé, mais le livre est réédité à Paris en 1907 ce qui contribuera à donner de la visibilité à son auteure. Écrit par l’artiste peintre et dessinatrice Marguerite Burnat-Provins, une femme mariée à un notable veveysan, il s’adresse à l’amant de celle-ci, Paul Kalbermatten, un jeune ingénieur dont la famille réside à Sion. Ce livre, vibrant de passion et d’un désir sexuel que la bienséance et «l’honneur» interdit aux femmes de cette époque – de nos jours il ne sera pas moins malvenu et inconvenant qu’une personne mariée affiche publiquement son inclination pour une amante ou un amant – est une magnifique déclaration d’amour empreinte de lumière, que la jalousie et le manque de l’être aimé enténèbrent parfois.

Marguerite Burnat-Provins: de Paris à la Suisse

Marguerite Burnat-Provins naît à Arras en 1872, dans le Pas-de-Calais, en France, dans une famille riche et cultivée qui deviendra nombreuse. Soutenue par son père, elle s’adonne à l’écriture et la peinture. En 1891, elle monte à Paris suivre une formation artistique au sein d’institutions privées – l’École des beaux-arts étant encore fermée aux femmes. À vingt-quatre ans, elle se marie avec Adolphe Burnat, un architecte suisse. Le couple emménage à Vevey, d’où l’époux est originaire. De santé fragile, dès 1898, conseillée par l’artiste Ernest Biéler, l’un de ses amis, Marguerite fait de nombreux séjours à Savièse. Le soleil et le climat du Valais conviennent à sa santé. La créativité de Marguerite Burnat-Provins s’en trouve accrue. Elle réalise peintures, broderies, affiches et poursuit plusieurs projets littéraires.

Marguerite Burnat-Provins: amoureuse et libre à la folie

En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur de la région avec qui elle entretient une liaison extraconjugale passionnée dans la maison mise à disposition par Ernest Biéler. Leur liaison offusque et fait un tel tapage, que l’artiste se voit obligée de renoncer aux séjours valaisans qu’elle aime tant. Elle divorce d’Adolphe Burnat en 1908 et se remarie avec Paul. Le couple voyage puis vit à Bayonne. Lors de la Première Guerre mondiale Paul est mobilisé en Suisse. Marguerite reste en seule France. Un choc dont elle ne se remettra pas. Rongée par la maladie, saisie par des crises d’angoisses morbides, elle exécute une série d’œuvres picturales hallucinées qu’elle prétend réaliser sous dictée. Cette période est également perturbée par les problèmes qu’elle rencontre avec ses éditeurs et l’indifférence de sa famille envers sa carrière. Toutefois, elle fait de nombreux voyages qui l’amènent à rencontrer des gens de lettres en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud.

En 1925, Marguerite apprend que Paul est épris de Jeanne Cartault d’Olive. La mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus présents la perturbent beaucoup. Ébranlée par les monstrueuses retombées de la guerre, elle trouve un peu de consolation dans la religion. En parallèle à la publication de ses livres, Marguerite Burnat-Provins poursuit sa création picturale jusqu’à son décès en 1952, quinze ans avant Paul qui, entre temps s’est remarié avec Jeanne.

Une vidéo réalisée par L’UNIL et L’ECAL. Poèmes et œuvres picturales de Marguerite Burnat-Provins.

 

Sources :

-Le livre pour toi, Editions L’Aire bleue

Catherine Dubuis

Association des amis de Marguerite Burnat-Provins

Site de la Collection de L’art Brut, Lausanne

Alexis-Félix Arvers : une muse énigmatique, un sonnet et Gainsbourg pour le chanter

Alexis-Félix Arvers : un sonnet passé à la postérité

En 1906, Le Soleil du Dimanche illustré du 9 septembre annonçait que l’on venait de poser une plaque commémorative sur la maison où était né, cent ans plus tôt, Alexis-Félix Arvers. A présent oublié, cet homme de lettres doit sa réputation à l’une des poésies les plus récitées de son siècle et, surtout, au mystère qui entoure la muse qui l’aurait inspiré. La version proposée – il en existe plusieurs mais seuls quelques détails changent – est tirée de l’hebdomadaire cité plus haut. Ce poème porte comme titre Un secret  mais il est généralement nommé Sonnet d’Arvers.

 

Alexis-Félix Arvers : un dandy ami d’Alfred de Musset

Le poète et dramaturge français Alexis-Félix Arvers naquit à Paris le 23 juillet 1806, au numéro 1 de la rue Budé, dans le 4ème arrondissement.

Notaire de profession, il rêvait de devenir un homme de plume. Il y réussit en faisant jouer une douzaine de comédies légères, un genre dont raffolait le public petit-bourgeois de l’époque. Leur succès lui permit de mener une existence « de dandy » et de fréquenter d’autres auteurs, notamment Alfred de Musset dont il était vraisemblablement un proche.

Mille suppositions pour un sonnet

C’est dans le salon littéraire organisé par Marie Menessier-Nodier, poétesse et écrivaine fort connue en son temps, où il était coutume que chaque invité laissât quelques vers où phrases dans l’album de la maîtresse des lieux, qu’Alexis-Félix rendit public son sonnet titré Un secret. Presque aussitôt, il devint n°1 au « hit-parade » de la poésie et y resta longtemps. En effet l’énigmatique femme à qui s’adressait ce poème, ne cessa d’intriguer et de faire parler les contemporains du poète. Si la majorité s’accordait à penser qu’il s’adressait à Marie Menessier-Nodier, d’autres estimèrent que cette femme n’existait pas réellement, qu’il s’agissait d’une allégorie. Certains relevèrent que l’inconnue pouvait être Adèle Hugo, l’épouse de Victor Hugo. Ils s’appuyaient sur deux rimes du dernier tercet : « fidèle » et « d’elle » qui feraient écho au prénom Adèle.

De nos jours, une hypothèse penche pour qu’il s’agisse de son amour d’adolescent, une jeune fille de son âge qu’il ne put ni épouser ni courtiser, d’autant qu’elle mourut très jeune.

Quoi qu’il en fût, à l’époque, ce sonnet su et récité par toutes les femmes, et dont on parlait dans les salons les plus chics, fit la gloire de son auteur, mais lui attira aussi de nombreux ennemis, dont Prosper Mérimée qui le détestait. Souvent pastiché, y compris vers la moitié du XXème siècle, il inspira également Serge Gainsbourg qui en fit une chanson très swing, au début des années 1960.

Le 7 novembre 1850 à Paris, Alexis-Félix d’Arvers, alors âgé de quarante-quatre ans, décéda d’une maladie de la moelle épinière, pauvre et, à l’instar de son œuvre hormis son fameux sonnet, oublié de tous. Son corps repose dans le cimetière de Cézy, d’où sa famille était originaire. Il semblerait que la jeune adolescente qui l’aurait inspiré y est aussi enterrée.

Écoutez, ci-dessous, la version de Serge Gainsbourg.

 

Sources :

Le Soleil du Dimanche illustré, septembre 1906

-Un jour un poème

Bacfrançais.com

-Wikipédia

-Youtube: Chansons, folklore et variétés

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya: littérature orale et interculturalité

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya : la tradition orale pour inspiration

Les premiers vers de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya, professeure, philosophe, écrivaine et poétesse kino-congolaise paraissent en 1967.

Sa poésie inspirée de la tradition orale, érotique, souvent voluptueuse, se réfère au pays natal, à la femme, la mère, l’amante et l’épouse. Elle décrit aussi certaines situations tragiques comme dans le poème ci-dessous :

 

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya est née à Tshofa le 21 janvier 1944 dans la province du Kasaï-Oriental, en République démocratique du Congo. Elle fait ses études à l’institut religieux du Sacré-Cœur, puis à l’École normale moyenne de Kinshasa. Au début des années 1960, elle obtient une licence en philologie africaine de l’Université nationale du Zaïre et commence sa carrière de poétesse. De 1964 à 1966, elle dirige le « cercle culturel de la Pléiade » à l’Université Lovanium. Son amour pour la poésie l’amène, en 1969, au Festival de Dakar où elle remporte le premier prix du concours de poésie Léopold Sédar Senghor. Elle réalise des études à l’Université de la Sorbonne Paris III et devient Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines. Elle enseigne les littératures orales et la stylistique africaines, d’abord à l’Université Nationale du Zaïre de 1972 à 1978, puis à l’Université de Niamey de 1978 à 1980. Depuis 1981, elle enseigne la linguistique, les littératures orales et les cultures africaines à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique.

De 1986 à 2016, elle a dirigé le Centre international des langues, littératures et traditions d’Afrique au service du développementCILTADE-  qu’elle avait fondé, et au sein duquel elle a poursuivi ses recherches dans les domaines de la linguistique bantu générale, et dans ceux de la symbologie, des tatouages et des scarifications. Cette organisation a été dissoute en 2016.

Actuellement, elle continue des recherches à titre personnel et collabore avec des institutions universitaires africaines, notamment avec la Faculté de Philosophie Saint-Pierre Canisius Kimwenza, à Kinshasa, RD Congo et à  l’IFAN – Institut fondamental d’Afrique noire- à Dakar au Sénégal. Elle est régulièrement invitée dans des institutions universitaires européennes pour des consultations et des expertises. Ses nombreuses publications scientifiques se regroupent essentiellement dans les domaines des littératures orales, de la symbolique africaines et de l’interculturalité. Ces recherches l’ont l’amenée à participer à de multiples rencontres scientifiques internationales, à donner de nombreuses conférences et à animer des séminaires sur ses thèmes de recherche.

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya a aussi été lauréate au Concours de nouvelles en langues africaines de l’Afrique centrale, organisé par l’Académie Royale des Sciences d’Outre-Mer -Belgique, 1987- et lauréate au Concours de la Meilleure Nouvelle de langue française organisé par Radio France-International à Paris en 1990.

 

Vous pouvez consulter le site de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya en cliquant ici.

Sources :

-Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

– Wikipédia

-Groupe culturel et artistique “Kamikaze”.