Alexandre Pouchkine : duels, littérature et politique

Alexandre Pouchkine : un fatal sens de l’honneur

Se sentant offensé lorsque son oncle lui enlève sa partenaire de danse, Alexandre Pouchkine lance son premier défi en duel alors qu’il n’a que 17 ans.

Durant sa vie, le poète aurait défié ses adversaires à plus de vingt reprises et il aurait été défié sept fois. Quatre affrontements ont lieu. Les autres sont évités grâce à l’intervention de ses amis.

Toutefois, le 10 février 1837, il meurt à St-Petersbourg des suites d’un duel avec Georges d’Anthès, un officier français servant dans la Garde russe. Ce dernier combat aurait été fomenté par ses détracteurs, qui souillent la réputation de son épouse – comme on dit à l’époque –, afin de le provoquer.

Alexandre Pouchkine est considéré comme le père de la littérature russe moderne. Ses œuvres, écrites en russe, ont influencé d’importants écrivains : Tolstoï, Gogol ou Dostoïevski, ainsi que des compositeurs tels que Tchaïkovski ou Moussorgski.

 

 

Pouchkine : un lycéen romantique

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine naît Moscou, en 1799. Selon la coutume dans l’aristocratie russe au début du XIXe siècle, ses frères et lui reçoivent une éducation basée sur la langue et la littérature françaises. A l’âge de douze ans, il est admis au Lycée Impérial nouvellement créé – rebaptisé plus tard Lycée Pouchkine – où il découvre sa vocation poétique. Parfaitement bilingue ses amis le surnomment « Le Français ».

Encouragé par ses professeurs, il publie ses premiers poèmes dans la revue Le Messager de l’Europe. Leur ton romantique relève l’influence des poètes russes contemporains et celle de la poésie française des XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier celle du vicomte de Parny. C’est également au lycée qu’il commence à écrire sa première œuvre majeure, le poème romantique Rouslan et Ludmila, qui sera publié en 1820.

Peu avant, en 1817, Pouchkine accepte un emploi à Saint-Pétersbourg, où il entre en contact avec un cercle littéraire restreint qui devient progressivement un groupe politique clandestin. Il fait également partie de La Lampe Verte, un autre mouvement d’opposition au régime tsariste qui sera finalement le germe du parti révolutionnaire qui mène à la rébellion de 1825.

Pouchkine : une vie d’exilé

Bien que sa poésie de jeunesse ait été plus sentimentale qu’idéologique, certains des poèmes écrits à l’époque attirent l’attention des services secrets tsaristes, qui ne les lisent qu’en termes politiques. Accusé d’activités subversives, il est contraint à l’exil. D’abord confiné en Ukraine, puis en Crimée, où il compose plusieurs de ses principaux poèmes.

En 1824, les autorités russes interceptent une lettre adressée à un ami dans laquelle il se déclare athée, ce qui lui vaut un nouvel éloignement, cette fois à Pskov, où sa famille a des biens. Il consacre les deux années qu’il y passe, à étudier l’histoire et à recueillir des récits traditionnels. Cela se reflète dans son travail qui se distancie du romantisme pour s’approcher progressivement du réalisme.

Pouchkine : le tsar pour censeur

En 1826, il fait une demande de visite à Nicolas Ier de Russie, qui est obligé de le recevoir, en partie parce que des preuves fiables démontrent que Pouchkine n’a pas pu participer aux révoltes anti tsaristes de 1825 – à ces dates il se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres de Moscou – mais aussi parce qu’il craint qu’un refus n’amène le poète à utiliser sa popularité pour entreprendre une campagne anti-gouvernementale. Après l’entretien, le tsar accepte de lui accorder la grâce, à condition que lui-même, Nicolas Ier, devienne désormais son censeur privé.

En 1831, Pouchkine épouse Natalia Gontcharova avec qui il aura plusieurs enfants. En 1833, il est nommé membre de l’Académie russe. Malgré son prestige croissant, il est hanté par les dettes toute sa vie, jusqu’à ce qu’il fonde la revue Le Contemporain, qui deviendra la publication la plus influente de la littérature russe. Il écrit ses dernières œuvres principalement en prose. Pouchkine est également connu pour avoir écrit de la poésie érotique.

 

Sources :

– Russia Beyond

– Biografias y Vidas

Lecturalia

– Wikipédia

– La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents, Edouard Glissant, Galaade Editions

Gustavo Adolfo Bécquer : un romantique inspiré par Heinrich Heine

Gustavo Adolfo Bécquer : Rimes pour la postérité

Écrivain, dramaturge et poète romantique, Gustavo Adolfo Bécquer est considéré comme le fondateur du lyrisme espagnol moderne. L’amour qu’il porte à une cantatrice, l’amène à écrire les Rimes auxquelles il doit sa renommée littéraire. Elles sont à l’origine du courant de poésie intimiste inspirée par Heinrich Heine qui s’opposait à la rhétorique pompeuse des poètes romantiques antérieurs.

 

Gustavo Adolfo Bécquer : orphelin et malade

Né à Séville le 17 février 1836, fils et frère d’artistes peintres, il devient orphelin à l’âge de dix ans. Son frère aîné, Valeriano, et lui sont adoptés par leur oncle.

A l’âge de dix ans, Gustavo Adolfo commence une carrière nautique à l’école San Telmo de Séville. Sa vocation est frustrée lorsque l’école ferme ses portes. Sa marraine, Manuela Monahay, le recueille. En femme cultivée, elle possède une merveilleuse bibliothèque ou l’adolescent passe des heures à lire des livres de toutes les époques et de tous les horizons.

En 1854, avec son frère, il s’installe à Madrid où il collabore à plusieurs publications journalistiques tout en adaptant des pièces de théâtre, des œuvres dramatiques légères françaises ou italiennes. Avec quelques amis, il fonde la revue España Artística  mais de graves problèmes économiques et de santé – il est atteint d’hémoptysie – commencent à l’affaiblir. Il se réfugie dans le monastère de Veruela afin de se rétablir. De là, il envoie ses écrits à diverses revues parmi lesquels Lettres de ma cellule.

Gustavo Adolfo Bécquer : un amour intouchable

De retour à Madrid, il éprouve un amour profond, passionnel et platonique pour la cantatrice Julia Espín. Beaucoup de ses rimes sont inspirées par elle mais c’est avec Casta, la fille de son médecin, avec qui Bécquer se marie en 1861. Avec elle, il aura trois enfants, mais le dernier d’entre eux est source de conflit entre les époux, Gustavo l’attribuant au fruit d’un amour extra-conjugal.

Gustavo Bécquer a été rédacteur en chef du journal El Contemporáneo, mais n’a jamais participé à la vie publique ou politique. La célébrité ne l’a pas accompagné de son vivant. On le disait sérieux, gentil, peu expressif et se contentait d’un cercle d’amis restreint. Il admirait Chopin et s’évadait dans la musique.

Son travail simple, chaleureux, sentimental et raffiné se compose de ses célèbres Rimes, d’un ensemble de 94 poèmes courts, de 25 légendes et de ses neuf lettres littéraires avec le titre Desde mi Celda.

Gustavo Adolfo Bécquer : père de la littérature moderne espagnole

Bien que sa renommée soit due à ses vers, sa prose est aussi merveilleuse. Dans les Légendes, il captive le lecteur en lui montrant un monde fantastique. Il n’a essayé ni de laisser des enseignements moraux, ni de s’attacher à la logique. En auteur romantique, il a donné libre cours à son imagination et à ses sentiments. Certains textes appartiennent au gothique ou au genre de l’horreur, d’autres sont de vrais poèmes, écrits en prose, d’autres sont des récits d’aventure. L’on y perçoit son admiration pour la nature et les paysages castillans.

Avec Rosalía de Castro, il a inauguré la ligne espagnole moderne et a ainsi été reconnu par des auteurs prestigieux tels que Miguel de Unamuno, les frères Antonio et Manuel Machado, Juan Ramón Jiménez, Rafael Alberti, Federico García Lorca, etc.

Ses célèbres comptines ont été écrites en 1867, mais il a perdu le manuscrit pendant la Révolution de 1868. Il l’a reconstitué de mémoire et avec l’aide de ce qu’il avait déjà publié dans les journaux de l’époque. Il l’intitule El libro de los gorriones –Le livre des Moineaux- conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid. Dans ces versets s’entrelacent souvenirs, amour, déception, désespoir et mort.

Usé par la maladie qui l’accompagnait depuis 1858, il s’éteint à 34 ans, à Madrid, le 22 décembre 1870 quelques mois après son frère décédé en septembre.

Parmi ses dernières volontés, il demande à son ami, le poète Augusto Ferrán, de brûler ses lettres personnelles et de publier ses vers. Il pensait qu’il serait reconnu après sa mort et sa prémonition s’est réalisée.

 

Sources :

– Rimas y Leyendas, Edición Enrique Rull

– España es cultura

– Poemas del Alma

Olivier et Coco: Art, amour, passion et tragédie

Coco  : égérie transgenre de l’underground helvétique

Coco était belle, charismatique, talentueuse. Née dans un corps assigné masculin, dans les années 1980-1990 elle fut l’une des reines de la scène underground helvétique. Le photographe Olivier Fatton en tomba amoureux et la suivit avec son appareil durant quelques années. Ces photographies, à la fois fashion et d’un troublant naturel, se voient à présent réunies dans un livre d’art qui raconte l’histoire d’amour entre un photographe et son modèle. La vidéo ci-dessous nous en révèle quelques-unes.

Coco : mode et passion

Coco vivait pied au plancher, toujours percutante, survoltée par la perspective de multiples projets. Transgenre, ne pouvant vivre de son talent, elle travaillait dans une clinique psychiatrique en tant que femme de ménage, mais consacrait ses loisirs à ses passions : la mode – elle était mannequin pour Marianne Alvoni – les performances, le happening, le show.

Coco : vivre vite et mourir jeune

 Elle rencontra le photographe dans un club gay, à Berne, en 1989. Elle avait vingt ans et lui trente-deux. Coco, née Marc-Patrick, demanda à Olivier de faire un travail documentaire sur sa transition d’homme à femme. Depuis l’âge de 13 ans elle prenait des hormones, qu’elle achetait au marché noir, et s’apprêtait à subir une opération chirurgicale de réassignation. Le photographe accepta. Leur pacte se transforma rapidement en une brûlante relation sentimentale. L’homme vivait au rythme et au service de sa dame, réalisait des portraits d’elle, souvent personnels et touchants, dans des lieux divers : à la maison, à la montagne, lors de défilés de mode, durant les spectacles. Des clichés qui montrent les multiples facettes d’une femme superbe, mystérieuse et mélancolique.

Coco vécut vite et mourut jeune. La drogue, qui s’immisça dans la vie du couple, anéantit la relation amoureuse. D’autant plus qu’au début des années 1990, les personnes souffrant d’incongruence du genre n’étaient guère soutenues. Elle ne vit jamais l’an 2000 mais laissa un souvenir impérissable aux personnes qui la côtoyèrent.

Coco eut une vie romanesque dont elle se serait probablement passée. Reste le mythe, des photos magnifiques et les mots – notamment une émouvante lettre d’amour d’Olivier, insérée entre le pages – pour rendre un hommage posthume à celle dont l’existence fut d’une enflammée et tragique poésie. Cioran écrivait « La mélancolie ? Être enterré vivant dans le cœur d’une rose ». Peut-être l’impression d’ensevelissement qu’éprouvait Coco qui, malgré son talent et sa beauté, ne sut jamais être en accord avec son corps.

Au travers des photos d’Olivier G. Fatton et d’un récit intimiste de Dunia Miralles, le livre « Coco » – Edition Patrick Frey, Zurich, 2019 – raconte la mode, le spectacle, l’amour, l’exaltation, les peines et la souffrance. La splendeur et la chute d’un ange.  

Le livre, dont le texte en français est également traduit à anglais, a déjà commencé son cheminement en Allemagne et aux Etats-Unis. On peut le commander chez l’éditeur ou dans toutes les librairies.

Signatures
Olivier G. Fatton et Dunia Miralles dédicaceront le livre Coco à La Chambre Noire, vendredi 1ermars. Adresse: rue César-Roux 5, Lausanne. Horaire: 17h-20h.

 Sources :

-Olivier G. Fatton

Edition Patrick Frey, Zurich

-Cioran « Le Crépuscule des pensées »

 

Un merci à Stéphanie Pahud pour ses publications poétiques.

Alice de Chambrier : petite sœur de Rimbaud au talent hugolien

Alice de Chambrier : une vie consacrée à la poésie

Les poèmes d’Alice de Chambrier sont l’antithèse de ceux d’Arthur Rimbaud. Pourtant celles et ceux qui connaissent leurs deux œuvres n’hésitent pas à comparer la jeune poétesse au jeune poète.

Elle pourrait être sa petite sœur. Seulement six ans les séparent. Tous deux, hardis dans le thèmes abordés et précoces en littérature, ont commencé à écrire entre 15 et 16 ans. Tous deux ont cessé leur activité littéraire six ans plus tard. Arthur par décision propre. Alice emportée par la mort. Je présente les vers suivants car, bien qu’écrits au 19èmesiècle, le thème en est toujours d’actualité. Ils abordent la vanité de l’être humain, le mystère de la vie et surtout celui de la mort, comme si de Chambrier pressentait son départ prématuré. C’est dans « Poèmes choisis », livre consacré à la poétesse et préfacé par Guy de Chambrier – Editions L’Âge d’Homme 1998 – qu’est parue cette poésie.

 

 

Alice de Chambrier : une poétesse romantique

Née à Bevaix, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, le 28 septembre 1861, Alice de Chambrier écrit, très tôt, de nombreuses poésies, des contes et des nouvelles. En dépit de son jeune âge, selon Guy de Chambrier, elle soutient la comparaison avec les plus grands écrivains du romantisme français, à savoir Hugo ou Lamartine. Les poèmes d’Alice de Chambrier évoquent la nature et le cycle des saisons, l’homme et sa destinée, l’énigme de l’univers et de la divinité. Dans les dernières semaines de sa vie, la poétesse travaillait avec passion à un Eloge de Lamartine destiné au concours de l’Académie française. En effet, elle rêvait d’être couronnée par la vénérable institution. Malheureusement, elle tombe malade le samedi 16 décembre 1882. Elle continue de travailler avec acharnement à l’Eloge de Lamartine. Le dimanche rien n’indique que les choses se précipiteront. Elle reçoit une amie et lui fait part de son projet de voyager autour du monde. Le lundi son état s’aggrave mais elle continue son travail poétique. Après de longues heures consacrées à retoucher ses poèmes, elle doit se résoudre à se mettre au lit. A cinq heures, son agonie commence. Elle meurt le lendemain matin, à vingt-et-un ans à peine, d’un coma diabétique alors qu’un éditeur de Lausanne s’apprêtait à publier un recueil de poésies romandes – Chants du Pays– où devaient figurer quelques-uns de ses poèmes. Enfant prodige des lettres suisses de langue française, Alice de Chambrier a connu à titre posthume une réputation littéraire de dimension européenne.

Dans l’un de ses poèmes, elle avait écrit :

Oui la mort s’approche implacable et farouche,

La mort, noir ennemi grandit ce qu’elle touche.

 

Sources :

Alice de Chambrier par Philippe Godet

Poèmes choisis, Editions L’Âge d’Homme, préface Guy de Chambrier

-Wikipédia

 

Je vous propose également de découvrir le poème Qui es-tu? lu par le poète Yvon Jean.

Alexis-Félix Arvers : une muse énigmatique, un sonnet et Gainsbourg pour le chanter

Alexis-Félix Arvers : un sonnet passé à la postérité

En 1906, Le Soleil du Dimanche illustré du 9 septembre annonçait que l’on venait de poser une plaque commémorative sur la maison où était né, cent ans plus tôt, Alexis-Félix Arvers. A présent oublié, cet homme de lettres doit sa réputation à l’une des poésies les plus récitées de son siècle et, surtout, au mystère qui entoure la muse qui l’aurait inspiré. La version proposée – il en existe plusieurs mais seuls quelques détails changent – est tirée de l’hebdomadaire cité plus haut. Ce poème porte comme titre Un secret  mais il est généralement nommé Sonnet d’Arvers.

 

Alexis-Félix Arvers : un dandy ami d’Alfred de Musset

Le poète et dramaturge français Alexis-Félix Arvers naquit à Paris le 23 juillet 1806, au numéro 1 de la rue Budé, dans le 4ème arrondissement.

Notaire de profession, il rêvait de devenir un homme de plume. Il y réussit en faisant jouer une douzaine de comédies légères, un genre dont raffolait le public petit-bourgeois de l’époque. Leur succès lui permit de mener une existence « de dandy » et de fréquenter d’autres auteurs, notamment Alfred de Musset dont il était vraisemblablement un proche.

Mille suppositions pour un sonnet

C’est dans le salon littéraire organisé par Marie Menessier-Nodier, poétesse et écrivaine fort connue en son temps, où il était coutume que chaque invité laissât quelques vers où phrases dans l’album de la maîtresse des lieux, qu’Alexis-Félix rendit public son sonnet titré Un secret. Presque aussitôt, il devint n°1 au « hit-parade » de la poésie et y resta longtemps. En effet l’énigmatique femme à qui s’adressait ce poème, ne cessa d’intriguer et de faire parler les contemporains du poète. Si la majorité s’accordait à penser qu’il s’adressait à Marie Menessier-Nodier, d’autres estimèrent que cette femme n’existait pas réellement, qu’il s’agissait d’une allégorie. Certains relevèrent que l’inconnue pouvait être Adèle Hugo, l’épouse de Victor Hugo. Ils s’appuyaient sur deux rimes du dernier tercet : « fidèle » et « d’elle » qui feraient écho au prénom Adèle.

De nos jours, une hypothèse penche pour qu’il s’agisse de son amour d’adolescent, une jeune fille de son âge qu’il ne put ni épouser ni courtiser, d’autant qu’elle mourut très jeune.

Quoi qu’il en fût, à l’époque, ce sonnet su et récité par toutes les femmes, et dont on parlait dans les salons les plus chics, fit la gloire de son auteur, mais lui attira aussi de nombreux ennemis, dont Prosper Mérimée qui le détestait. Souvent pastiché, y compris vers la moitié du XXème siècle, il inspira également Serge Gainsbourg qui en fit une chanson très swing, au début des années 1960.

Le 7 novembre 1850 à Paris, Alexis-Félix d’Arvers, alors âgé de quarante-quatre ans, décéda d’une maladie de la moelle épinière, pauvre et, à l’instar de son œuvre hormis son fameux sonnet, oublié de tous. Son corps repose dans le cimetière de Cézy, d’où sa famille était originaire. Il semblerait que la jeune adolescente qui l’aurait inspiré y est aussi enterrée.

Écoutez, ci-dessous, la version de Serge Gainsbourg.

 

Sources :

Le Soleil du Dimanche illustré, septembre 1906

-Un jour un poème

Bacfrançais.com

-Wikipédia

-Youtube: Chansons, folklore et variétés

Florbela Espanca : une scandaleuse poétesse admirée de Pessoa

L’âme sœur de Fernando

L’intense et brève vie de Florbela Espanca a largement inspiré son art et aura durablement marqué son temps en touchant un vaste public. Son œuvre a également influencé un grand nombre d’auteurs, de musiciens et de chanteurs, dont plusieurs, au Portugal comme au Brésil, ont mis ses textes en musique. L’une des plus importantes poétesses du Portugal, une femme avant-gardiste, scandaleuse pour son époque, est aussi l’une des premières féministes de son pays. Fernando Pessoa, dans un poème intitulé « A la mémoire de Florbela Espanca », l’évoque ainsi : « âme rêveuse / Âme sœur de mon âme ! » La poésie suivante est extraite du livre Poètes de Lisbonne, éditions lisbon poets & co.

La sensualité et le mordant des poèmes de Florbela Espanca scandalisaient les lusitaniens de l’époque.

Florbela Espanca est née le 8 décembre 1894 dans le centre-sud du Portugal de la relation extra-conjugale qu’un érudit antiquaire-photographe entretenait avec sa femme de chambre. Elle est enregistrée à l’état civil comme fille de père inconnu, mais après la mort de sa mère, alors qu’elle n’est encore qu’une enfant, son père biologique et son épouse les recueillent elle et son frère. Malgré cela, le père restera toujours absent.

A neuf ans, elle écrit ses premières poésies puis devient l’une des premières femmes du Portugal à entrer à l’école secondaire, habituellement réservée aux garçons.

En 1913, elle épouse un camarade de classe. La relation se dégrade rapidement. Elle termine ses études littéraires alors qu’elle est déjà mariée et travaille comme journaliste dans la publication “Modas & Bordados” ainsi que dans le journal “Voz Pública”.

Florbela Espanca, poétesse portugaise.

En 1917, elle s’éloigne du fiasco de son mariage en s’installant à Lisbonne où elle est la première femme à s’inscrire au cours de droit de l’université. Un comportement et des ambitions qu’au Portugal, à cette époque l’on ne tolère aucunement de la part d’une femme. Elle persiste en initiant un mouvement féminin d’émancipation littéraire dans une société de tradition patriarcale avec un groupe de femmes écrivaines qui cherche à s’imposer.

En 1919, elle publie “Livro de Mágoas” et tombe gravement malade après une fausse couche naturelle.

En 1921, elle divorce et se remarie avec un officier d’artillerie fruste et macho. En 1923, elle publie “Libro de Sóror Saudade”. La même année, elle subit une autre fausse couche et se sépare de son deuxième mari.

En 1925, elle épouse un médecin d’une grande culture.

En 1927, son frère, l’artiste peintre Apeles Espanca, décède dans un accident d’avion. Cette tragédie la mène à une tentative de suicide. La mort précoce de son frère lui inspire “As Máscaras do Destino”.

La moralisation à laquelle se livre la littérature destinée aux femmes de cette époque touchait des sujets sur lesquels Espanca tenait des positions diamétralement opposées ou du moins équivoques comme par exemple la subordination de la liberté personnelle des femmes et leur affirmation de soi à la moralité bourgeoise androcentrée, et le caractère sacré du mariage et de la vie elle-même. Tout au long de son existence, Florbela Espanca devra endurer les calomnies et le rejet de la société petite-bourgeoise dans laquelle elle évolue. Choquée qu’elle ait vécu en concubinage hors mariage, par ses épousailles et ses divorces successifs, parce qu’elle fume, ne porte pas de soutien-gorge et par ses œuvres à forte connotation sexuelle, elle l’accuse d’être une séductrice démoniaque, d’autant qu’avec le temps, l’utilisation de la première personne du singulier deviendra de plus en plus fréquente dans sa poésie, qui prendra toujours un tour plus amer et révolté, caractérisée par un fort engagement personnel où la passion conduit tout.

Cependant, son œuvre empreinte d’exaltation, de sensualité, et d’un érotisme jusqu’alors inconnu dans la poésie portugaise, s’approche davantage des courants littéraires du 19ème siècle que du mouvement moderne qui l’entoure.

A cause de sa condition de femme, et à son grand regret, Florbela Espanca publiera peu de son vivant.

La poétesse se suicide le 8 décembre 1930, le jour de ses 36 ans, en ingérant une forte dose de barbituriques après avoir écrit « La Mort », l’un de ses plus beaux sonnets.

Son chef-d’œuvre, “Charneca em Flor”, sera publié en janvier 1931.

Le travail de Florbela ne fait partie d’aucun courant mais il est imprégné de son vécu, de ses déboires sentimentaux, des drames qui ont parsemé son existence, notamment l’absence de ce père qui ne l’a reconnue que dix-neuf ans après sa mort sous la pression des « florabélistes » convaincus. Luxure, chagrin, érotisme, souffrance et joie sont quelques-uns des qualificatifs donnés à l’œuvre de Florbela par ses différents admirateurs. Actuellement, l’on ne mesure pas les efforts qu’il a fallu déployer pour affirmer les qualités de cette littérature : Antonio José Saraiva dans A História da Literatura la définira ainsi : « (…) précède de loin et stimule un mouvement plus récent d’émancipation littéraire des femmes, exprimant dans ses accents les plus pathétiques l’immense frustration féminine dans les traditions patriarcales oppressives. »

 

La version originale du poème Volupté.

Sources :

 -Poètes de Lisbonne, éditions lisbon poets & co.

-Biographie et résonance dans le travail de traduction de Florbela Espanca par Chris Gerry

-Catarina Oliveira, Ensino Superior em Comunicação (Universidade Metodista de São Paulo)

-Wikipédia