Un livre 5 questions: Miradie d’Anne-Frédérique Rochat

Miradie d’Anne Frédérique Rochat: introduction

Editions Luce Wilquin

« Miradie a la curieuse sensation que sa peau s’affine durant la nuit, qu’elle en égare des minuscules particules, des tout petits bouts, mais pourquoi ne trouve-t-elle jamais, en s’agenouillant au pied de son lit et en scrutant ses draps, de preuves concrètes de ce dénuement ? » Miradie a perdu ses parents très jeune. Sa tante l’a recueillie. Cette dernière lui fait payer cet accueil par des reproches assez communs dans les milieux familiaux. Quant à son collègue de travail, il ne cesse de profiter de sa gentillesse.  Miradie s’évade grâce à Patrice, son ami d’enfance. C’est dans ce contexte qu’apparaît Benoît. Un roman sensible qui ne manque pas de cruauté. Aux éditions Luce Wilquin.

 

Une phrase du livre :

« Un goût d’humus, de sueur et de poussière persistait sur sa langue ».

 

Miradie: interview d’Anne-Frédérique Rochat

Le prénom Miradie, fort rare, me fait penser à «regarder le jour». D’autant qu’elle est persuadée que la nuit, durant son sommeil, sa peau s’affine. Le manque d’amour, de lumière, pousse-t-il le corps à se déliter ? Une raison particulière vous a-t-elle incité à choisir ce prénom pour votre protagoniste?

Dans ce septième roman, j’ai eu envie de faire le portrait d’une femme un peu en décalage, une femme poreuse qui peine à mettre la bonne distance entre elle et le monde extérieur, et je souhaitais que son prénom raconte quelque chose d’elle, de cette sensibilité. J’étais prête à inventer un prénom, je cherchais, j’assemblais des syllabes, et Miradie m’est venu, c’est après que j’ai vu sur Internet que ce prénom existait. Pour moi, il fait écho au verbe « irradier », mais chacun peut y entendre ce qu’il veut. J’aime beaucoup « regarder le jour » ; plusieurs personnes m’ont dit que ça leur évoquait le mot « maladie », ce qui va aussi très bien pour mon personnage qui a l’impression de s’effriter. Cette curieuse sensation me permet de parler de son manque de protection face aux agressions de façon poétique, mais on peut également y voir une sorte de dessèchement dû au manque d’amour, de lumière, oui. Elle perd ses pétales comme une fleur en manque d’eau.

La nuit, est-ce un moment idoine pour crier?

Oui, pour Miradie en tout cas. Quand elle n’en peut plus, qu’elle s’est fait humilier, engueuler toute la journée par des clients mécontents, qu’elle déborde, fulmine, alors il lui arrive, dans l’obscurité du parc, si personne ne s’y balade (elle ne veut surtout pas déranger), de crier. L’avantage de la nuit est qu’on ne la voit pas, on ne peut pas la reconnaître. Elle se révolte incognito, lâche la vapeur, afin de pouvoir, dès le lendemain, se retrouver derrière le bureau de réception de l’hôtel du Canier avec son plus charmant sourire pour faire face aux nombreuses réclamations.

Miradie et Patrice sont amis depuis le jardin d’enfant. Ils sont très possessifs l’un envers l’autre. L’amitié homme-femme est-elle illusoire, ou prêtez-vous à l’amitié –en général- les mêmes mécanismes que l’on prête à l’amour « conjugal »: un terrible instinct de possession ?

Je ne crois pas que l’amitié homme-femme soit illusoire, tout est possible, mais il me semble plus facile que cette amitié naisse après avoir vécu une histoire, ainsi le désir a été assouvi, mais cela dépend de chaque personne, de chaque lien, on ne peut pas faire de généralités. Ah, l’instinct de possession, le sentiment d’appartenance, comment s’en débarrasser ? Dans plusieurs de mes textes, j’ai travaillé sur cet instinct qui est assez effrayant mais tellement humain. Comment aimer l’autre sans vouloir le posséder, sans projeter sur lui ses attentes ? Vaste question, et gros travail, mais c’est une quête qui me plaît. Dans le roman, la jalousie qu’éprouvent Patrice et Miradie envers les « nouveaux arrivants » raconte l’ambiguïté de leur rapport, de leurs sentiments. Ils ne sont pas ensemble, mais se comportent comme tel. Je crois que Patrice est amoureux de Miradie, et serait prêt à vivre une histoire avec elle, et je crois que Miradie éprouve aussi du désir pour Patrice, en plus de la tendresse et de l’amitié, mais elle le refuse, le nie totalement, peut-être par peur de détruire leur lien qui est si important pour elle : il est son être cher, son confident, son proche, elle n’en a pas vraiment d’autre.

Benoît, l’amant de Miradie, a une attitude totalement détachée. Les maltraitances subies durant son enfance expliquent-elles sa désinvolture ou est-ce simplement une recherche de plaisir immédiat et sans lendemain ?

Benoît est assez lourd par moments, je ne l’épargne pas et prends même plaisir à grossir un peu ses traits, donc j’avais envie qu’on entrevoie – durant un court instant – une blessure, un traumatisme, qu’il ne soit pas complètement détestable. Tout n’est pas toujours explicable, justifiable dans un caractère, que ce soit dans la vie ou dans les romans, et c’est très bien ainsi, mais je pense quand même que le rapport que l’on a à l’amour, la peur ou le désir d’attachement, prend ses racines dans l’enfance, dans le lien qu’on a créé, ou pas, avec les personnes qui nous ont élevées.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

Voilà une question difficile, j’y ai réfléchi et je ne sais pas quoi répondre. Il y a de nombreux personnages littéraires qui m’ont bouleversée, marquée, mais ils ont toujours un destin tragique, je n’ai pas du tout envie de m’y identifier !, ou alors juste le temps du roman et d’une catharsis…

Biographie d’Anne-Frédérique Rochat

Photo: Marika Dreistadt

Anne-Frédérique Rochat est née le 29 mars 1977 à Vevey, elle a grandi à Clarens sur Montreux. En juin 2000, elle obtient un diplôme de comédienne au Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne, depuis elle joue régulièrement en Suisse romande. Elle a commencé par écrire des pièces de théâtre, puis a eu envie de s’essayer à un autre genre qu’elle aime et admire particulièrement, le roman. Aujourd’hui, elle continue de jouer et d’écrire. Elle vit à Lausanne.

Découvrez sa biographie complète, ses romans, ses pièces de théâtre sur le site personnel d’Anne-Frédérique Rochat en cliquant ici.

 

 

Interview réalisée par Dunia Miralles  pour “Ecrire à mille”.

Un livre 5 questions: “Ce que révèle la nuit” de Sylvie Blondel

Ce que révèle la nuit de Sylvie Blondel : introduction

Dans son roman Ce que révèle la nuit, paru chez PEARLBOOKSEDITION à Zurich, Sylvie Blondel imagine la vie et les derniers jours de l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux, réputé scientifique du XVIIIe siècle. Né en 1718 dans une noble famille vaudoise, considéré par ses pairs européens comme l’un des plus grands scientifiques de son temps, il mourut à Paris en 1751.

À l’histoire de ce savant, Sylvie Blondel intercale un moment de la vie d’Hector, un homme de notre époque, qui souhaite écrire un livre sur cet astronome de nos jours oublié. Rapidement, il se voit confronté au manque d’information et aux interrogations que soulèvent ces lacunes, tout comme il tourne et retourne, dans son esprit, les questions qu’il se pose sur les mystérieux motifs qui ont incité sa femme à quitter le domicile conjugal sans plus donner de nouvelles.

Ce que révèle la nuit : interview de Sylvie Blondel

Une phrase du livre :

« … je me sens comme un poisson rouge dans le bocal de l’Univers avec la Lune et le silence ».

***

Merveilleuse question, car elle reflète mon état d’esprit au moment de l’écriture de ce roman, et je la place dans la bouche d’Hector : il exprime, en partie, mon désarroi.

Ce que révèle la nuit, Sylvie Blondel, PEARLBOOKSEDITION 2015.

Cette question existentielle parcourt le livre, en ces temps troublés par le changement climatique qui menace l’humanité. Je confronte l’étroitesse de vue de bon nombre de contemporains, dont nous faisons partie, et l’immensité de l’Univers. L’infiniment petit et l’infiniment grand. Entre ces extrêmes, l’individu se sent impuissant, humble, minuscule, avec ses soucis dérisoires. Il tourne en rond comme un poisson dans un bocal sans espoir d’une issue vers la liberté. À ce propos, je viens de rêver que j’étais un poisson dans l’océan et que je nageais et communiquais avec mes congénères ! Je dois dire que ce rêve m’a redonné la pêche (si l’on peut dire !) Je pense aussi souvent à l’axolotl de Julio Cortazar, à cette perméabilité entre le dedans et le dehors. Ainsi je considère ce poisson rouge comme un avatar du moi : il se croit enfermé alors que son espace vital est immense, l’Univers entier l’entoure de sa beauté absolue : la Lune. La dimension onirique est essentielle, ainsi que la dimension spirituelle. D’où l’importance de faire silence en soi et d’écouter. C’est ce que font Hector et Loÿs par moments : ressentir cet enveloppement, cette mère universelle chère aux peuples premiers (les kogis de Colombie), cet amour de l’Univers est ce qui nous porte, c’est le mystère de la création. Malheureusement bon nombre de gens ont perdu ce contact et saccagent leur environnement, se saccagent eux-mêmes. Au contact de la nature, je peux parfois éprouver ce sentiment d’unité.

Pourquoi votre choix s’est-il porté sur l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux ? En particulier sur les derniers moments de sa vie ?

J’ai envisagé le point de vue le plus large pour arriver au plus petit. J’ai tapé sur Google le mot «  Nuit » et je suis tombée sur J-P L de Cheseaux. J’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur lui, et sa brève destinée m’a frappée. On s’identifie toujours un peu aux personnages qu’on crée. J’ai été impressionnée par sa passion des études scientifiques, son rôle de chercheur, son courage et sa modestie. J’ai volontairement laissé de côté d’autres aspects de sa vie (la religion.) Dans mon aventure d’écrivaine, j’aime ce côté voyage dans le temps, cet aspect fantastique propice à l’invention. Et j’aime particulièrement le 18e siècle pour une certaine forme d’optimisme et de liberté, ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le Siècle des Lumières. Il a aussi sa dimension tragique, raison pour laquelle je me suis également attachée à la figure de Davel qui a donné sa vie pour la liberté du canton de Vaud, lui aussi fut un héros méconnu en son temps. J’ai imaginé qu’il aurait pu être admiré par le grand-père de Loÿs. Écrire une biographie historique n’est pas ma tasse de thé, raison pour laquelle j’ai relaté seulement certaines scènes de la vie du personnage. Je me suis inspirée des faits historiques (canevas), mais le contenu est purement imaginaire. Je me suis limitée à ses dix derniers jours, car c’est un concentré de la vie humaine : l’espoir et la souffrance, les amours et les regrets, la question de la vie après la mort (qui reste ouverte). Le récit est fait de va-et-vient entre présent et passé (on dit que notre vie défile à toute allure avant de mourir). En me concentrant sur quelques heures dans la vie d’un homme, mon sujet pouvait être appréhendé sans me perdre. Chaque chapitre forme une unité, comme un découpage cinématographique (scénario pour un téléfilm !) D’emblée, j’ai été révoltée par la manière dont la France de l’époque a traité ce grand savant en le jetant dans une fosse commune, car tel était le sort des protestants, des comédiens ( Molière) et des parias. Loÿs de Cheseaux était pourtant membre de l’Académie royale des Sciences à Paris ! N’oublions pas le massacre des protestants après la révocation de l’Édit de Nantes ; on parle beaucoup du génocide arménien, du génocide des Juifs, etc… il y eut en France le génocide des protestants. S’il n’avait pas eu lieu, la France actuelle serait peut-être plus ouverte, mieux gérée, tant la vision de l’État de la part des protestants est à l’opposé du pouvoir royaliste et centralisé d’aujourd’hui.

Ce que je veux dire c’est que Loÿs de Cheseaux est resté assez méconnu alors que ses travaux scientifiques ont joué un rôle éminent : découvreur de comète avec une simple lunette astronomique ! Bon nombre d’artistes suisses restent aujourd’hui méconnus également tant notre territoire est restreint. Les pouvoirs publics ne s’intéressent pas beaucoup à la plus value que représente la littérature.

Dans votre ouvrage, Hector vit au XXIe siècle et souhaite écrire un livre sur l’astronome vaudois. Les documents existants sur ce personnage historique sont-ils aussi lacunaires que dans votre roman? Si oui, cela vous a-t-il laissé beaucoup d’espace de liberté ou au contraire était-ce une contrainte?

Oui, hélas, c’est véridique : tous ses instruments et documents ont été détruits. À une époque pas si lointaine, on n’avait aucune conscience de la nécessité de conserver le patrimoine. De plus, lorsqu’on a passé au système métrique, toutes les anciennes mesures sont devenues caduques. Comme dit dans le livre, ma principale source est le professeur d’astrophysique Georges Meylan qui fait de nombreuses conférences sur J-P L de Cheseaux et dispose de copies des documents qui restent de ce savant : on a donc à la BCU le « traité de la comète » (illisible pour un non scientifique) et quelques autres œuvres assez ardues et très techniques destinées à un public restreint d’hommes de science. Ses dessins sont magnifiques. Il y a aussi un historien, que je cite dans les références de mon roman, qui a résumé cela mais de manière plate et non fictionnelle. Cela n’était donc pas une contrainte, mais une liberté, car il n’existe aucune anecdote sur la vie personnelle de Loÿs. Je lui ai inventé un amour impossible pour lui donner un peu d’humanité, mais comme il s’est épuisé à la tâche, il a été souvent malade et déprimé (en burn-out, dirait-on aujourd’hui.) J’ai fait une assez large place à la médecine de l’époque. N’oublions pas que l’espérance de vie était d’à peu près 40 ans. Les voyages étaient épuisants et très longs. J’ai des centaines de pages de documents, mais ne les ai pas fait apparaître dans le roman pour ne pas alourdir le propos.

Hector considère l’astronome comme un jumeau d’un autre âge. Et vous ? Avez-vous une jumelle – ou un jumeau – dans une autre époque ?

Je trouve cette idée très romanesque. J’aime beaucoup Julio Cortazar. Il articule bon nombre de ses nouvelles des Armes secrètes sur ce mélange des strates temporelles. Si l’on en croit les astrophysiciens et les bouddhistes, le temps n’existe pas, nous sommes dans un éternel présent (enfin si j’ai bien compris.) J’aime à penser, mais ce n’est qu’une croyance, que des esprits peuvent communiquer avec nous par le biais des rêves, des synchronicités. Cf le réalisme magique de Garcia Marquez, Isabel Allende, notamment. Les anciennes civilisations d’Amérique latine font état aussi de cette présence des esprits des morts, c’est une hypothèse artistique pour moi, pas une conviction, mais je pense que les artistes sont habités par plusieurs vies, sont des éponges qui captent diverses ondes émanent de leur environnement. J’ai mis ces hallucinations d’Hector sur le compte de son état dépressif suite à un deuil… Donc je n’en sais rien, mais cela m’inspire pour l’écriture. Il m’a paru intéressant de mêler l’esprit rationnel, scientifique et le paranormal. Beaucoup de phénomènes nous échappent.

Je ne crois pas avoir un jumeau dans une autre époque. J’ai bien souvent cru à l’âme sœur – tomber amoureuse d’un type impossible parce que nous nous étions connus dans une vie antérieure et que le destin nous avait séparés et qu’il fallait revivre cette histoire au présent pour libérer nos âmes du chagrin – beaucoup de voyantes disent cela.

Pensez-vous que deux personnes de deux époques différentes puissent se rencontrer ? Que le temps puisse se plier comme le prétendent certains physiciens ?

Réponse, j’y crois et j’y crois pas. Pour la deuxième partie, cela défie la raison, mais en effet la notion du temps est subjective et les physiciens ont encore bien des choses à nous révéler. Comme dit plus haut, notre connaissance du temps est partielle. Il est théoriquement possible qu’on puisse remonter le temps avec des instruments de plus en plus sophistiqués jusqu’au big bang, mais certains en doutent, car nous n’aurons jamais de télescopes aussi puissants, c’est le résultat d’extrapolations. Je pense comme eux qu’il est plus important de poser des questions que d’apporter des réponses lorsqu’on parle d’astrophysique et de spiritualité.

En ce moment j’ai de gros doutes quand à la survie de l’âme : j’ai vu ma mère dévorée par la maladie d’Alzheimer, perdre peu à peu la mémoire et la capacité de penser. Si le cerveau est détruit, que reste-t-il de l’esprit ? La vie se résume-t- elle à un tas de cendres ? Je crois que c’est inadmissible pour un écrivain dont le rôle est de faire vivre l’humain et toute forme d’existence à travers l’imaginaire.

Donc mon roman est le résultat de ce questionnement sur le caractère à la fois poignant et éphémère de la vie humaine dans l’immensité de l’univers.

La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

J’aime beaucoup Stendhal et son style haletant. Je dirais Clélia dans la Chartreuse de Parme. Une héroïne prisonnière d’un secret, d’un vœu, très puissant ressort romanesque. La légende de Tristan et Iseut, comme l’a bien montré Denis de Rougemont, façonne encore aujourd’hui la vision tragique de l’amour en Occident. La soif de passion à l’opposé d’une vie tranquille et sans histoire, c’est peut-être pour cela que, dans les films, les femmes choisissent les mauvais garçons ! (cf aussi Marguerite Duras.) Stendhal termine ses romans de cette façon : les amants sont enfin réunis…mais il est trop tard, la mort emporte l’un des deux. Idem dans Tristan et Iseut.

Mon personnage, J-P L de Cheseaux, vit aussi un amour impossible. Le tragique de l’histoire, c’est que son Isabelle, devenue enfin veuve, pourrait l’épouser, mais il meurt avant de connaître la vie tranquille sur cette Terre, mais peut-être dans l’au-delà.

 

Début du roman lu par l’auteure Sylvie Blondel.

Biographie de Sylvie Blondel:

Sylvie Blondel, professeur de français et journaliste radio, est née à Lausanne.

Sa vie est jalonnée par de nombreux voyages qui ont inspiré le recueil de nouvelles : “Le Fil de soie ”  éditions de l’Aire, 2010. En 2015, elle publie le roman « Ce que révèle la nuit », PEARLBOOKSEDITION. D’autres textes figurent dans des recueils collectifs.

Actualité et projets à venir de Sylvie Blondel:

Une nouvelle parue dans « Le livre des Suites « , éditions l’Age d’Homme, 2018.

Une nouvelle à paraître dans un recueil collectif d’écrivaines de Suisse romande à l’occasion de la future grève des femmes du 14 juin 2019.

La sortie de son prochain livre est prévue pour début 2020.

 

Cette entrevue, réalisée par Dunia Miralles, est extraite du blog : “Écrire à mille: littérature romande et autres art”.

Olivier et Coco: Art, amour, passion et tragédie

Coco  : égérie transgenre de l’underground helvétique

Coco était belle, charismatique, talentueuse. Née dans un corps assigné masculin, dans les années 1980-1990 elle fut l’une des reines de la scène underground helvétique. Le photographe Olivier Fatton en tomba amoureux et la suivit avec son appareil durant quelques années. Ces photographies, à la fois fashion et d’un troublant naturel, se voient à présent réunies dans un livre d’art qui raconte l’histoire d’amour entre un photographe et son modèle. La vidéo ci-dessous nous en révèle quelques-unes.

Coco : mode et passion

Coco vivait pied au plancher, toujours percutante, survoltée par la perspective de multiples projets. Transgenre, ne pouvant vivre de son talent, elle travaillait dans une clinique psychiatrique en tant que femme de ménage, mais consacrait ses loisirs à ses passions : la mode – elle était mannequin pour Marianne Alvoni – les performances, le happening, le show.

Coco : vivre vite et mourir jeune

 Elle rencontra le photographe dans un club gay, à Berne, en 1989. Elle avait vingt ans et lui trente-deux. Coco, née Marc-Patrick, demanda à Olivier de faire un travail documentaire sur sa transition d’homme à femme. Depuis l’âge de 13 ans elle prenait des hormones, qu’elle achetait au marché noir, et s’apprêtait à subir une opération chirurgicale de réassignation. Le photographe accepta. Leur pacte se transforma rapidement en une brûlante relation sentimentale. L’homme vivait au rythme et au service de sa dame, réalisait des portraits d’elle, souvent personnels et touchants, dans des lieux divers : à la maison, à la montagne, lors de défilés de mode, durant les spectacles. Des clichés qui montrent les multiples facettes d’une femme superbe, mystérieuse et mélancolique.

Coco vécut vite et mourut jeune. La drogue, qui s’immisça dans la vie du couple, anéantit la relation amoureuse. D’autant plus qu’au début des années 1990, les personnes souffrant d’incongruence du genre n’étaient guère soutenues. Elle ne vit jamais l’an 2000 mais laissa un souvenir impérissable aux personnes qui la côtoyèrent.

Coco eut une vie romanesque dont elle se serait probablement passée. Reste le mythe, des photos magnifiques et les mots – notamment une émouvante lettre d’amour d’Olivier, insérée entre le pages – pour rendre un hommage posthume à celle dont l’existence fut d’une enflammée et tragique poésie. Cioran écrivait « La mélancolie ? Être enterré vivant dans le cœur d’une rose ». Peut-être l’impression d’ensevelissement qu’éprouvait Coco qui, malgré son talent et sa beauté, ne sut jamais être en accord avec son corps.

Au travers des photos d’Olivier G. Fatton et d’un récit intimiste de Dunia Miralles, le livre « Coco » – Edition Patrick Frey, Zurich, 2019 – raconte la mode, le spectacle, l’amour, l’exaltation, les peines et la souffrance. La splendeur et la chute d’un ange.  

Le livre, dont le texte en français est également traduit à anglais, a déjà commencé son cheminement en Allemagne et aux Etats-Unis. On peut le commander chez l’éditeur ou dans toutes les librairies.

Signatures
Olivier G. Fatton et Dunia Miralles dédicaceront le livre Coco à La Chambre Noire, vendredi 1ermars. Adresse: rue César-Roux 5, Lausanne. Horaire: 17h-20h.

 Sources :

-Olivier G. Fatton

Edition Patrick Frey, Zurich

-Cioran « Le Crépuscule des pensées »

 

Un merci à Stéphanie Pahud pour ses publications poétiques.

Alexis-Félix Arvers : une muse énigmatique, un sonnet et Gainsbourg pour le chanter

Alexis-Félix Arvers : un sonnet passé à la postérité

En 1906, Le Soleil du Dimanche illustré du 9 septembre annonçait que l’on venait de poser une plaque commémorative sur la maison où était né, cent ans plus tôt, Alexis-Félix Arvers. A présent oublié, cet homme de lettres doit sa réputation à l’une des poésies les plus récitées de son siècle et, surtout, au mystère qui entoure la muse qui l’aurait inspiré. La version proposée – il en existe plusieurs mais seuls quelques détails changent – est tirée de l’hebdomadaire cité plus haut. Ce poème porte comme titre Un secret  mais il est généralement nommé Sonnet d’Arvers.

 

Alexis-Félix Arvers : un dandy ami d’Alfred de Musset

Le poète et dramaturge français Alexis-Félix Arvers naquit à Paris le 23 juillet 1806, au numéro 1 de la rue Budé, dans le 4ème arrondissement.

Notaire de profession, il rêvait de devenir un homme de plume. Il y réussit en faisant jouer une douzaine de comédies légères, un genre dont raffolait le public petit-bourgeois de l’époque. Leur succès lui permit de mener une existence « de dandy » et de fréquenter d’autres auteurs, notamment Alfred de Musset dont il était vraisemblablement un proche.

Mille suppositions pour un sonnet

C’est dans le salon littéraire organisé par Marie Menessier-Nodier, poétesse et écrivaine fort connue en son temps, où il était coutume que chaque invité laissât quelques vers où phrases dans l’album de la maîtresse des lieux, qu’Alexis-Félix rendit public son sonnet titré Un secret. Presque aussitôt, il devint n°1 au « hit-parade » de la poésie et y resta longtemps. En effet l’énigmatique femme à qui s’adressait ce poème, ne cessa d’intriguer et de faire parler les contemporains du poète. Si la majorité s’accordait à penser qu’il s’adressait à Marie Menessier-Nodier, d’autres estimèrent que cette femme n’existait pas réellement, qu’il s’agissait d’une allégorie. Certains relevèrent que l’inconnue pouvait être Adèle Hugo, l’épouse de Victor Hugo. Ils s’appuyaient sur deux rimes du dernier tercet : « fidèle » et « d’elle » qui feraient écho au prénom Adèle.

De nos jours, une hypothèse penche pour qu’il s’agisse de son amour d’adolescent, une jeune fille de son âge qu’il ne put ni épouser ni courtiser, d’autant qu’elle mourut très jeune.

Quoi qu’il en fût, à l’époque, ce sonnet su et récité par toutes les femmes, et dont on parlait dans les salons les plus chics, fit la gloire de son auteur, mais lui attira aussi de nombreux ennemis, dont Prosper Mérimée qui le détestait. Souvent pastiché, y compris vers la moitié du XXème siècle, il inspira également Serge Gainsbourg qui en fit une chanson très swing, au début des années 1960.

Le 7 novembre 1850 à Paris, Alexis-Félix d’Arvers, alors âgé de quarante-quatre ans, décéda d’une maladie de la moelle épinière, pauvre et, à l’instar de son œuvre hormis son fameux sonnet, oublié de tous. Son corps repose dans le cimetière de Cézy, d’où sa famille était originaire. Il semblerait que la jeune adolescente qui l’aurait inspiré y est aussi enterrée.

Écoutez, ci-dessous, la version de Serge Gainsbourg.

 

Sources :

Le Soleil du Dimanche illustré, septembre 1906

-Un jour un poème

Bacfrançais.com

-Wikipédia

-Youtube: Chansons, folklore et variétés

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya: littérature orale et interculturalité

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya : la tradition orale pour inspiration

Les premiers vers de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya, professeure, philosophe, écrivaine et poétesse kino-congolaise paraissent en 1967.

Sa poésie inspirée de la tradition orale, érotique, souvent voluptueuse, se réfère au pays natal, à la femme, la mère, l’amante et l’épouse. Elle décrit aussi certaines situations tragiques comme dans le poème ci-dessous :

 

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya est née à Tshofa le 21 janvier 1944 dans la province du Kasaï-Oriental, en République démocratique du Congo. Elle fait ses études à l’institut religieux du Sacré-Cœur, puis à l’École normale moyenne de Kinshasa. Au début des années 1960, elle obtient une licence en philologie africaine de l’Université nationale du Zaïre et commence sa carrière de poétesse. De 1964 à 1966, elle dirige le « cercle culturel de la Pléiade » à l’Université Lovanium. Son amour pour la poésie l’amène, en 1969, au Festival de Dakar où elle remporte le premier prix du concours de poésie Léopold Sédar Senghor. Elle réalise des études à l’Université de la Sorbonne Paris III et devient Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines. Elle enseigne les littératures orales et la stylistique africaines, d’abord à l’Université Nationale du Zaïre de 1972 à 1978, puis à l’Université de Niamey de 1978 à 1980. Depuis 1981, elle enseigne la linguistique, les littératures orales et les cultures africaines à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique.

De 1986 à 2016, elle a dirigé le Centre international des langues, littératures et traditions d’Afrique au service du développementCILTADE-  qu’elle avait fondé, et au sein duquel elle a poursuivi ses recherches dans les domaines de la linguistique bantu générale, et dans ceux de la symbologie, des tatouages et des scarifications. Cette organisation a été dissoute en 2016.

Actuellement, elle continue des recherches à titre personnel et collabore avec des institutions universitaires africaines, notamment avec la Faculté de Philosophie Saint-Pierre Canisius Kimwenza, à Kinshasa, RD Congo et à  l’IFAN – Institut fondamental d’Afrique noire- à Dakar au Sénégal. Elle est régulièrement invitée dans des institutions universitaires européennes pour des consultations et des expertises. Ses nombreuses publications scientifiques se regroupent essentiellement dans les domaines des littératures orales, de la symbolique africaines et de l’interculturalité. Ces recherches l’ont l’amenée à participer à de multiples rencontres scientifiques internationales, à donner de nombreuses conférences et à animer des séminaires sur ses thèmes de recherche.

Clémentine Faïk-Nzuji Madiya a aussi été lauréate au Concours de nouvelles en langues africaines de l’Afrique centrale, organisé par l’Académie Royale des Sciences d’Outre-Mer -Belgique, 1987- et lauréate au Concours de la Meilleure Nouvelle de langue française organisé par Radio France-International à Paris en 1990.

 

Vous pouvez consulter le site de Clémentine Faïk-Nzuji Madiya en cliquant ici.

Sources :

-Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

– Wikipédia

-Groupe culturel et artistique “Kamikaze”.

 

Apollinaire: parce que tu m’as parlé de vice…

Apollinaire : un poète devenu héros

Guillaume Apollinaire serait né à Rome en août 1880, et mourut à Paris le 9 novembre 1918, d’une grippe aviaire dite “grippe espagnole“. La faiblesse induite par une blessure à la tête, occasionnée par un éclat d’obus, l’empêcha de surmonter la maladie. A cause de son engagement durant le conflit 1914-1918, on le déclara mort pour la France. On en parle beaucoup, ce mois-ci, où l’on commémore le centenaire de la fin de la Grande Guerre  et… le centenaire de la disparition du poète. Ainsi, je me contenterai de présenter le poème que je préfère de lui, et d’en invoquer les motifs.

Apollinaire et la guerre

L’on prétend qu’Apollinaire aimait la guerre. En homme curieux, ses mécanismes, ses enjeux, ses conséquences, la façon dont elle change les paysages et le comportement humain, le fascinaient probablement. Mais, quand je lis ce poème, je ressens surtout qu’il l’a trouvait aussi vulgaire qu’une certaine hypocrisie bienséante envers les affaires de sexe. Certes, il s’était engagé de son propre chef mais – selon Daniel Delbreil, professeur à l’université Sorbonne nouvelle-Paris III, spécialiste du chantre de la poésie moderne – afin d’obtenir la nationalité française, comme beaucoup d’étrangers qui vivaient en France à l’époque. Par ailleurs, personne ne pouvait prévoir l’hécatombe qu’allait devenir la Première Guerre mondiale.

Apollinaire et le sexe

J’ai découvert ce poème quand j’étais élève au Cours de l’acteur Florent, à Paris. Nous devions étudier une poésie et la présenter sur scène. Nous avions le choix du poème, pas du poète. Ma professeure de théâtre Michèle Harfaut m’a attribué Apollinaire. J’avais envie qu’il soit question d’amour. J’ai acheté Poèmes à Lou. J’ai toujours défendu la liberté sexuelle et ses diverses pratiques à condition qu’elles s’effectuent entre adultes consentants. Ce poème correspond exactement à ce que je pense : lorsque deux personnes – ou davantage – sont d’accord sur les règles du jeu, il ne saurait y avoir de débauche. Certaines choses de par le monde, à commencer par le peu de cas que l’on fait de sa destruction –par exemple – s’avèrent bien plus choquantes, à mes yeux, que ce qui se passe dans une alcôve entre adultes consentants. Mon choix s’était porté sur Parce que tu m’as parlé de vice dans ta lettre d’hier parce qu’Apollinaire y suggère clairement la sodomie et le SM.

Le Poèmes à Lou que j’emmenais au cours.

Extrait de la préface de Poèmes à Lou et d’ Il y a

“Amant persuadé que
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
il chante la joie et la douleur des corps sans oublier que “le corps ne va pas sans l’âme”, à la fois rêvant d’un inaccessible absolu et acceptant les partages les plus dérisoires.
Soldat vivant au jour le jour les misères des premières lignes, il a le courage de contempler l’insolite beauté que suscite la guerre, et de la dire.
Mais dans la magnificence de l’amour comme dans l’émerveillement qu’il ressent, artilleur, sur la ligne de feu, il reste, proche de nous, l’homme qui sait sa faiblesse et le prix de l’attente:
Je donne à mon espoir tout l’avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.

Michel Décaudin

 

Article sur la grippe espagnole dans le journal Le Temps:

“Aucune autre pandémie dans l’Histoire n’a autant tué”.

 

Sources:

-Éditions Gallimard

-Télérama

-Wikipédia

 

Florbela Espanca : une scandaleuse poétesse admirée de Pessoa

L’âme sœur de Fernando

L’intense et brève vie de Florbela Espanca a largement inspiré son art et aura durablement marqué son temps en touchant un vaste public. Son œuvre a également influencé un grand nombre d’auteurs, de musiciens et de chanteurs, dont plusieurs, au Portugal comme au Brésil, ont mis ses textes en musique. L’une des plus importantes poétesses du Portugal, une femme avant-gardiste, scandaleuse pour son époque, est aussi l’une des premières féministes de son pays. Fernando Pessoa, dans un poème intitulé « A la mémoire de Florbela Espanca », l’évoque ainsi : « âme rêveuse / Âme sœur de mon âme ! » La poésie suivante est extraite du livre Poètes de Lisbonne, éditions lisbon poets & co.

La sensualité et le mordant des poèmes de Florbela Espanca scandalisaient les lusitaniens de l’époque.

Florbela Espanca est née le 8 décembre 1894 dans le centre-sud du Portugal de la relation extra-conjugale qu’un érudit antiquaire-photographe entretenait avec sa femme de chambre. Elle est enregistrée à l’état civil comme fille de père inconnu, mais après la mort de sa mère, alors qu’elle n’est encore qu’une enfant, son père biologique et son épouse les recueillent elle et son frère. Malgré cela, le père restera toujours absent.

A neuf ans, elle écrit ses premières poésies puis devient l’une des premières femmes du Portugal à entrer à l’école secondaire, habituellement réservée aux garçons.

En 1913, elle épouse un camarade de classe. La relation se dégrade rapidement. Elle termine ses études littéraires alors qu’elle est déjà mariée et travaille comme journaliste dans la publication “Modas & Bordados” ainsi que dans le journal “Voz Pública”.

Florbela Espanca, poétesse portugaise.

En 1917, elle s’éloigne du fiasco de son mariage en s’installant à Lisbonne où elle est la première femme à s’inscrire au cours de droit de l’université. Un comportement et des ambitions qu’au Portugal, à cette époque l’on ne tolère aucunement de la part d’une femme. Elle persiste en initiant un mouvement féminin d’émancipation littéraire dans une société de tradition patriarcale avec un groupe de femmes écrivaines qui cherche à s’imposer.

En 1919, elle publie “Livro de Mágoas” et tombe gravement malade après une fausse couche naturelle.

En 1921, elle divorce et se remarie avec un officier d’artillerie fruste et macho. En 1923, elle publie “Libro de Sóror Saudade”. La même année, elle subit une autre fausse couche et se sépare de son deuxième mari.

En 1925, elle épouse un médecin d’une grande culture.

En 1927, son frère, l’artiste peintre Apeles Espanca, décède dans un accident d’avion. Cette tragédie la mène à une tentative de suicide. La mort précoce de son frère lui inspire “As Máscaras do Destino”.

La moralisation à laquelle se livre la littérature destinée aux femmes de cette époque touchait des sujets sur lesquels Espanca tenait des positions diamétralement opposées ou du moins équivoques comme par exemple la subordination de la liberté personnelle des femmes et leur affirmation de soi à la moralité bourgeoise androcentrée, et le caractère sacré du mariage et de la vie elle-même. Tout au long de son existence, Florbela Espanca devra endurer les calomnies et le rejet de la société petite-bourgeoise dans laquelle elle évolue. Choquée qu’elle ait vécu en concubinage hors mariage, par ses épousailles et ses divorces successifs, parce qu’elle fume, ne porte pas de soutien-gorge et par ses œuvres à forte connotation sexuelle, elle l’accuse d’être une séductrice démoniaque, d’autant qu’avec le temps, l’utilisation de la première personne du singulier deviendra de plus en plus fréquente dans sa poésie, qui prendra toujours un tour plus amer et révolté, caractérisée par un fort engagement personnel où la passion conduit tout.

Cependant, son œuvre empreinte d’exaltation, de sensualité, et d’un érotisme jusqu’alors inconnu dans la poésie portugaise, s’approche davantage des courants littéraires du 19ème siècle que du mouvement moderne qui l’entoure.

A cause de sa condition de femme, et à son grand regret, Florbela Espanca publiera peu de son vivant.

La poétesse se suicide le 8 décembre 1930, le jour de ses 36 ans, en ingérant une forte dose de barbituriques après avoir écrit « La Mort », l’un de ses plus beaux sonnets.

Son chef-d’œuvre, “Charneca em Flor”, sera publié en janvier 1931.

Le travail de Florbela ne fait partie d’aucun courant mais il est imprégné de son vécu, de ses déboires sentimentaux, des drames qui ont parsemé son existence, notamment l’absence de ce père qui ne l’a reconnue que dix-neuf ans après sa mort sous la pression des « florabélistes » convaincus. Luxure, chagrin, érotisme, souffrance et joie sont quelques-uns des qualificatifs donnés à l’œuvre de Florbela par ses différents admirateurs. Actuellement, l’on ne mesure pas les efforts qu’il a fallu déployer pour affirmer les qualités de cette littérature : Antonio José Saraiva dans A História da Literatura la définira ainsi : « (…) précède de loin et stimule un mouvement plus récent d’émancipation littéraire des femmes, exprimant dans ses accents les plus pathétiques l’immense frustration féminine dans les traditions patriarcales oppressives. »

 

La version originale du poème Volupté.

Sources :

 -Poètes de Lisbonne, éditions lisbon poets & co.

-Biographie et résonance dans le travail de traduction de Florbela Espanca par Chris Gerry

-Catarina Oliveira, Ensino Superior em Comunicação (Universidade Metodista de São Paulo)

-Wikipédia

Anaïs Carron : poétesse en corps et en griffes

Des textes aux fragrances puissantes

 

Poème d’Anaïs Carron, une jeune poétesse valaisanne installée sur les bords du Léman.

 

Anaïs Carron a grandi à Collombey, en Valais, entre les montagnes et les raffineries. En 2017, elle obtient un Master en histoire de l’art et sciences sociales à l’Université de Lausanne.

En décembre de la même année, elle publie son premier recueil de poèmes, La griffe, aux éditions Torticolis et Frères. Ses textes en prose dissèquent les êtres qui habitent son quotidien, corps charnels ou inertes qui se révèlent à travers leurs textures, leurs lignes ou leurs saveurs. Vibrant et beau.

 

Anaïs Carron, lisant ses poèmes lors de l’un des Apéros Poétiques des Bains des Pâquis, le 2 décembre 2017 .

En 2018, elle publie une nouvelle dans la revue littéraire La cinquième saison. Intitulée Compulsions, elle raconte l’histoire d’une écrivaine ratée qui enquête sur la mort d’une poétesse anonyme, atteinte du syndrome de Diogène.

Enseignante, Anaïs Carron vit actuellement à Morges.

Sources:

-Anaïs Carron

Les éditions Torticolis et Frères

Annette Mbaye d’Erneville

Initiatrice du féminisme en Afrique

Poème d’Annette Mbaye d’Erneville, première poétesse africaine d’expression française.

 

Annette Mbaye d’Erneville est née en 1929 au Sénégal. Ses premiers poèmes remontent à 1952. Elle est la vraie précurseure de la poésie féminine négro-africaine. Journaliste, elle fait également partie des initiatrices du mouvement féministe africain. Sa maison à Dakar, surnommée La Roulotte, est un véritable salon littéraire que visitent tous les écrivains de passage au Sénégal.

Ses thèmes soulignent la souffrance, la révolte et l’amour qui appartiennent foncièrement à la femme et à l’Afrique. Ses vers parlent de trahison, de nostalgie, d’humanité, de solitude et de regrets ainsi que de certains aspects de la négritude. Ses poèmes se construisent autour d’images visuelles frappantes, aux cadences musicales appropriées. Sa poésie ne cesse d’explorer son amour pour l’humanité, les déboires des entreprises humaines et le pouvoir des femmes africaines.

Sources :

-Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

La Voix de la Poésie

Monique Laederach

Une exploratrice des mythes

Ce poème est le premier du recueil Ce chant mon amour de Monique Laederach, paru aux Editions L’Âge d’Homme en 2001, où la poétesse explore les perceptions féminines dans le couple à travers les mythes d’Eros-Psyché et d’Orphée-Eurydice.

 

 

Monique Laederach (1938-2004), poétesse, écrivaine, critique littéraire, traductrice et professeure, est née aux Brenets, à la frontière franco-suisse, et morte à Peseux. Elle a fait ses classes à Serrières, une banlieue ouvrière de Neuchâtel ; maturité à Neuchâtel puis des études de musique à Vienne et à Lausanne. En 1972, elle obtient une licence ès Lettres à l’Université de Neuchâtel.  Elle a notamment traduit  La princesse blanche de Rilke, Lamioche de Mariella Mehr (1999) et La lettre au père de Franz Kafka (2003).

 

Sources :
Editions L’Âge d’Homme
-Fonds de manuscrits de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds
-Wikipédia