Un livre 5 questions : Catherine Aeschlimann illustre « L’Horizon et après » de B. Richard

L’Horizon et après : un livre de poche illustré

A première vue, bien qu’il vienne de paraître, L’Horizon et après est un livre de poche vendu au prix d’un livre de poche. Signé Bernadette Richard, une écrivaine qui depuis septembre 2019 semble courir un marathon littéraire puisque après avoir publié Du Sang sous les AcaciasEd. Favre – s’être fait rééditer Quêteur de vent, l’un de ses best-sellers – Ed. L’Âge d’Homme – elle arrive avec L’Horizon et après –Ed. Torticolis et Frères. En outre, elle nous réserve encore quelques surprises pour la rentrée ainsi que pour Noël. Son dernier Opus rassemble des nouvelles inédites et des récits publiés dans divers livres collectifs, journaux et magazines : le journal Longines, Montres Passion, Hull et Erti Editeur à Paris, le site des Éditions Cousu Mouche… et j’en passe. A travers ces nouvelles souvent acides, visionnaires, glauques ou même érotiques, Madame Richard m’aura fait rire, pleurer et réfléchir. Attention: avec elle le rire, comme les larmes, se trouvent au 18ème degré. Mais la particularité de ce livre à la portée de toutes les bourses, c’est d’être richement illustré par l’artiste Catherine Aeschlimann. Non seulement elle a imaginé un dessin pour chaque nouvelle, mais elle a également créé des lettrines méticuleusement décorées. Sur la rugosité de ce support, que l’on ne peut guère qualifier de précieux, cela donne un côté décalé des plus surprenants.

Bernadette Richard n’a pas le clavier dans sa poche.

Catherine Aeschlimann : une artiste de terrain

Quatre lettrines de Catherine Aeschlimann.

Habituée aux séjours de longue durée à l’étranger jusqu’au début des années 2000, cette amoureuse de New-York a parcouru les États-Unis d’Est en Ouest et de musée en musée. Possédant un brevet d’instructrice suisse de ski, elle a notamment enseigné ce sport dans le Colorado. Fascinée par les jardins du Darjeeling pour le parfum du thé, plus près de chez nous, elle a été adjointe à la déléguée culturelle du Centre Culturel Suisse Poussepain à Paris. Adepte de la peinture sur toile ou murale, des interventions et installations, de l’illustration de livres ou des montages de spectacles, tous les projets artistiques l’intéressent, en particulier s’ils sont éphémères ou susceptibles de changer avec le temps. Fascinée par les métropoles dont elle aime voir l’évolution à travers les ans, cette artiste qui s’adonne également corps et âme à la poudreuse, a pour terrain de prédilection la ville : peintures géantes contre les façades ou dans les passages publics, interventions sur les protections d’échafaudages ou impressions du mobilier urbain comme les plaques d’égout, par exemple. Côté campagne, elle est responsable de l’animation culturelle de la ferme du Grand-Cachot-de-Vent, dans la vallée de La Brévine ou, en juillet, aura lieu le vernissage de L’Horizon et après.

Interview de Catherine Aeschlismann

Vous êtes une artiste qui depuis toujours touche à tout : qu’est-ce qui vous pousse à changer sans cesse de support et de technique ?

En 40 ans de créations, il est normal de changer de technique et de support, mais il y a aussi les modes. Dans les années 1970-1980, aux Etats-Unis, on a commencé à peindre les façades des immeubles, notamment à New-York, afin d’égayer la morosité de la ville. Du coup, tout le monde en voulait y compris à Neuchâtel, St-Imier ou La Chaux-de-Fonds. Même si j’ai une préférence pour l’art éphémère, comme les interventions ou les installations parce que j’y mets le monde dans lequel on vit, la peinture sur toile reste un moyen de pouvoir diffuser son art afin que les amateurs d’art puissent avoir une œuvre chez eux. Ce moyen de transmission date de la Renaissance. Cela fait partie de la continuité, de ce que travaille un artiste en deux dimension. Je n’ai pas abandonné ce support car on peut agir, sur une toile, autrement qu’avec un pinceau. De plus, les galeries qui doivent pouvoir vivre, ne sont pas pour les installations éphémères puisqu’il n’y rien à vendre. Cependant, pour moi, une installation ou une intervention c’est plus stimulant que de travailler sur une toile. Concernant le dessin, je considère que c’est la base. Un projet commence toujours par un dessin, des croquis, afin de le mettre en scène et de prévoir comment le sujet peut évoluer. Il m’est indispensable de ne pas m’arrêter de dessiner. Quand je pars en vacances, j’ai toujours, sur moi, un carnet pour dessiner. Si je dois attendre à une file pour voir une expo, je dessine. Ça change le temps d’attente et cela maintient la main et le cerveau toujours exercés. Le dessin est le seul recours pour être toujours en état de création. Il fait entièrement partie de ma vie. Par exemple, concernant l’illustration d’un livre, je lis le manuscrit, et une image me vient parfois immédiatement. D’autres fois c’est à la fin de la lecture. Je sais toujours quoi dessiner. Je ne connais pas de « panne » de la créativité.

Pour l’ouvrage de Bernadette Richard, vous avez également imaginé des lettrines. Comment vous est venue cette idée ?

Récemment, j’ai vu un recueil de Charles Humbert qui a illustré le Gargantua de Rabelais vers 1920. Pour chaque chapitre, il a peint des lettrines avec beaucoup de détails tout autour du texte retranscris à la main. J’ai eu ça sous les yeux et je me suis dit : je vais aussi faire des lettrines c’est tellement magnifique. J’ai toujours aimé cet art du copiste, du moine qui raconte les histoires de la Bible en images.

Quelles sont les différences entre organiser des animations dans un Centre Culturel qui doit représenter la Suisse à l’étranger ou à la Ferme du Grand-Cachot-de-Vent ?

A Paris, j’ai appris comment fonctionnait l’organisation d’évènements culturels d’une envergure européenne et au Grand-Cachot je me suis fixé des buts : exposer des gens qui n’ont jamais exposé, des personnes hors circuit. Les mettre côte à côte avec des choses inhabituelles et en même temps travailler avec des gens de la région, des montagnards, des agriculteurs de la vallée de la Brévine, puisque les personnes qui collaborent au fonctionnement du Grand-Cachot sont principalement des gens de la vallée ou du Locle. Des personnes fières que cette ferme, la plus vieille du canton, soit un lieu culturel qui depuis plus de 50 ans permet de porter un autre regard sur nos montagnes et de mettre en valeur ce qu’on a dans la région. D’autant, qu’autour de chaque exposition, il y a toujours quelque chose de musical. De temps en temps, des spectacles divers s’ajoutent, comme du cabaret, par exemple, pendant l’expo et sur les lieux de l’exposition. Le jour du vernissage, il y a un évènement musical et les week-ends suivants c’est différent. Lors du vernissage de L’Horizon et après, le comédien Manu Moser fera des lectures, tout comme l’auteure de l’ouvrage. On présentera aussi les dessins du livre sur un support numérique.

Vous avez un brevet d’instructeur suisse de ski. Pouvez-vous faire un lien entre le ski et l’art ?

Actuellement, je fais surtout du télémark, ce qui me permet de faire de très beaux virages. J’ai découvert le télémark lorsque je donnais des leçons de ski dans le Colorado. Le télémark me permet de changer d’univers, d’être dans la nature. C’est à la fois le plaisir de l’effort et de la méditation puisque je monte souvent sur les cimes les skis aux pieds, chargée de mon équipement. J’ai autant de plaisir à réfléchir à un projet artistique qu’à laisser des traces dans une neige vierge. La poudreuse à quelque chose de magique. Faire des virages, des courbes dans des endroits qui n’ont pas été touchés par d’autres skieurs, me permet de m’exprimer sur quelque chose qui est vierge, un peu comme sur une toile ou sur du papier, avec en plus l’effort physique plutôt qu’intellectuel. Quand je descends dans de la poudreuse en télémark et que la neige vole et me caresse les cuisses, j’éprouve un sentiment de suspension qui me détache de la terre. Une impression de flottaison, comme si je nageais au milieu d’un lac.

A quel personnage pictural vous identifiez-vous ?

J’ai plusieurs réponses car je n’ai pas de peinture absolue. Je pense d’abord à deux Goya : Le 2 mai et Le 3 mai 1808 à Madrid. Surtout Le 3 mai, le personnage central qui se fait fusiller par les Français. C’est un personnage que j’aime. Ensuite, il y une peinture d’Ingres Le Bain Turc, une femme de dos avec, tout autour, des femmes qui prennent le bain. Mais je pense aussi à une sculpture d’une plasticienne française, Louise Bourgeois, intitulée Maman mais surtout connue comme L’Araignée. En effet, Louise Bourgeois a imaginé une araignée monumentale, en bronze, pour représenter sa propre mère.

Interview: Dunia Miralles

Vernissage de L’Horizon et après

Le 5 juillet aura lieu le vernissage de L’Horizon et après à la ferme du Grand-Cachot, à La Chaux-du-Milieu. Pour cause de COVID, les visites seront autorisées jusqu’à 60 personnes maximum, et en deux fois : 11h et 14h. Un apéro sera servi pour autant que chaque visiteur amène son propre verre. Aucune nourriture physique ne sera disponible. La nourriture spirituelle pourra être autorisée. Au programme : lectures par Bernadette Richard et le comédien Manu Moser, également organisateur de La Plage des Six-Pompes, et présentations des dessins de Catherine Aeschlimann. Inscriptions obligatoires : [email protected] ou par SMS au 079 611 24 99.

 

L’artiste Catherine Aeschlimann s’adonnant au télémark, son sport de prédilection.

Un livre 5 questions: ” Touché par l’amour, tout Homme devient poète” un beau livre pour la St-Valentin

Quand l’amour inspire 32 écrivaines et écrivains

Un jour, pendant qu’elle se douchait, raconte la directrice de la jeune maison d’éditions KADALINE dans une vidéo, elle a imaginé un livre poétique accessible à tous. L’ouvrage, pas plus grand qu’une main, devrait contenir de courts textes célébrant l’amour. Pourrait servir de déclaration sentimentale à la St-Valentin. Ou à toute date idoine pour livrer nos sentiments à une personne aimée. Poésie en tête et tout feu tout flamme, elle s’est rendue au Salon du Livre de Genève 2019 et a demandé aux auteurs qu’elle appréciait de participer à son projet. Au total trente-deux ont répondu favorablement, autant de femmes que d’hommes. Bien que française d’origine, Marilyn Stellini, fondatrice du Salon du livre romand, prend à cœur la défense de la littérature romande. Les personnes invitées à écrire Touché par l’amour, tout Homme devient poète devaient être Suisses ou vivre en Suisse ou être éditées en Suisse. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, beaucoup de textes ne sont pas genrés. Ça permet d’offrir ce livre, ou de le recevoir, quelles que soient nos préférences amoureuses. On ne peut pas en dire autant des œuvres d’art qui illustrent cet ouvrage débordant de lyrisme mais, grâce à leur délicate beauté, on peut facilement se projeter en elles. Experte indépendante et généraliste en art, commissaire-priseur et auteure, Déborah Perez a choisi les œuvres et les artistes qui illustrent les textes:  Vallotton, Fragonard, Rubens, Suzuki Harunobu, Delacroix… Il en résulte un petit livre plein d’amour et de beauté, s’adressant à chacun. Contre toute attente, malgré la pléthore d’images et d’auteurs, il est parfaitement cohérent.

L’étreinte amoureuse, 1886, Albert Besnard
Artiste: Albert Besnard, 1886

Marilyn Stellini se dit très fière de cet ouvrage et très émue par ce que les contributeurs ont donné d’eux-mêmes. Beaucoup de participants, à l’instar de Nicolas Feuz ou de Marc Voltenauer “sont sortis de leur zone de confort, l’ensemble est brut, intense, authentique et sensible sans jamais verser dans la mièvrerie” dit-elle. Parmi les écrivains on retrouve -entre autres- Mélanie Chappuis dont la réputation littéraire n’est plus à souligner, Daniel Bernard ancien directeur de Léman Bleu, journaliste et auteur fort connu dans les milieux du théâtre et du cinéma, Marie-Christine Horn dont le dernier livre a défrayé la chronique, Quentin Mouron, le jeune troublion des lettres romandes… Pour ma part, j’avoue avoir un faible pour le texte poétique du vaudois Pierre Yves Lador.

 

Touché par l’amour, tout Homme devient poète : interview de l’éditrice Marilyn Stellini

– Comment vous est venue l’idée d’éditer ce livre ?

Artiste: Constant Mayer, 1866

L’idée m’est venue lorsque je me suis remémorée les débuts de notre relation avec mon mari. Il est plutôt chiffres et pratique que lettres, et il m’offrait souvent des petites cartes avec des peintures ou photos avec des extraits d’œuvres littéraires pour exprimer son amour.

J’ai donc imaginé ce petit livre, format boîte de chocolats, à offrir pour la Saint-Valentin ou toute autre occasion romantique, ou simplement pour soi-même ; un ouvrage avec des textes courts pour les gens qui sont rebutés par la lecture, associés à des œuvres d’art pour les compléter d’un aspect visuel qui transcende la lecture.

– Sur quels critères avez-vous choisi les auteurs ?

Toutes les plumes de ce collectif sont des personnes que j’ai déjà croisées personnellement, et dont j’admire la qualité d’écriture et le parcours. J’ai aussi préféré des auteurs qui écrivent habituellement tout autre chose que du lyrisme, prévoyant que ça donnerait quelque chose de plus intéressant, et je n’ai pas été déçue. J’ai choisi trente-deux auteurs parce que je souhaitais autant de textes avec des sensibilités et des styles différents, et s’il y avait le risque d’un résultat très éclectique, le livre est finalement harmonieux tout en donnant la possibilité à chacun de trouver des textes qui correspondront à ses goûts.

Artiste: Gustave Caillebotte, 1877

– Les œuvres d’art sélectionnées sont toutes très classiques. Quel rapport entretenez-vous avec l’art ?

Je suis amatrice sans être connaisseuse. Je sais que j’ai une préférence pour le figuratif ou semi-figuratif, et que je n’ai pas beaucoup d’affinités avec l’art contemporain en règle générale. Mais comme je le disais, je ne suis pas vraiment connaisseuse, donc j’ai laissé le soin à une spécialiste de faire la sélection des œuvres, il s’agit de Déborah Perez, auteure du collectif par ailleurs.

– Quels sont les futurs projets de votre jeune maison d’éditions?

Un récit autobiographique va paraître, un roman jeunesse bilingue, un recueil de contes pour la jeunesse également, un recueil de nouvelles de Fantasy, et plusieurs romans de littérature générale. Je marche à l’instinct et ne cherche pas à définir de ligne éditoriale stricte. Je l’avais fait dans la précédente maison d’édition et je me suis retrouvée enfermée dans cette ligne éditoriale. Une maison d’édition doit faire circuler les idées et les émotions, quelques soient leur forme, c’est du moins le projet avec Kadaline.

La question que je pose à chaque personne impliquée dans la littérature : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

Je m’identifie d’une manière ou d’une autre à tous les personnages, du moins principaux, des livres que je lis, sinon, je n’arrive pas à accrocher. Mais si je dois en choisir un… pour être subversive, je dirais que j’ai un côté Marquise de Merteuil, le manque d’empathie mis à part. Je pourrais aussi citer Anne Shirley de la série La Maison aux pignons verts, qui m’a fait penser à moi enfant.

Entrevue réalisée par Dunia Miralles

 

Marilyn Stellini directrice des Editions Kadaline.

Biographie de Marilyn Stellini

Née en 1986 dans l’est de la France, Marilyn Stellini a suivi un cursus littéraire avant de travailler pour diverses maisons d’édition en tant que correctrice, lectrice de comité ou assistante éditoriale, d’abord en France, puis en Suisse. Elle s’est ensuite consacrée plusieurs années à son activité d’écrivaine avant de revenir vers sa vocation première et d’ouvrir les éditions Kadaline. En 2014, elle a fondé Le Salon du livre romand, qui poursuit son chemin sous d’autres présidences depuis 2017 ; et en 2018, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre (GAHeLig).
Les œuvres d’art qui illustrent l’article paraissent dans l’ouvrage mentionné.
Couverture: Pierre-Auguste Cot, 1873

Un livre 5 questions: “Mémoire des cellules” de Marc Agron

Mémoire des cellules de Marc Agron: art contemporain et thriller psychologique

Galeriste et libraire spécialisé en livres anciens, Marc Agron dirige depuis plus de vingt ans la prestigieuse Librairie Univers à Lausanne. Entré en littérature avec Mémoire des cellules, publié par les Éditions l’Âge d’Homme en 2017, son deuxième livre Carrousel du vent a été salué par toute la critique et sélectionné pour le prix des lecteurs de la Ville de Lausanne en 2019. Son troisième livre Rêver d’Alma  paraîtra chez le même éditeur en 2020.

Je reviens sur Mémoire des cellules qui vient de sortir en format de poche, aux Éditions L’Âge d’Homme, avec une préface de Michel Thévoz écrivain, historien de l’art, philosophe, professeur à L’UNIL, ancien conservateur du Musée Cantonal des Beaux-Arts, à Lausanne, et qui est également à l’origine de l’initiative de la création de la Collection de l’art brut.

Dans ce thriller psychologique, une très belle plume nous plonge dans le milieu de l’art contemporain tout en nous contant des histoires très humaines. Tellement humaines que l’auteur n’a pas hésité à transformer en personnage de fiction Pamela Rosenkranz, l’artiste multimédia uranaise qui utilise la lumière, le liquide, la performance, la sculpture, la peinture ou l’installation pour illustrer ses concepts.

La quatrième de couverture :

« Envoyé pour un reportage à la Biennale de Venise, Maximilien observe un public perplexe face à une installation monumentale de 200 000 litres d’eau croupie. Il décide alors d’entrer en «  résistance » contre l’art contemporain ». Mais l’auteur en parle probablement mieux:

“Mon livre c’est surtout deux histoires en une. Le milieu de l’art (contemporain ou pas) est « mon » univers et j’ai pensé qu’il serait bon de situer l’histoire dans ce cadre-là tout comme « Carrousel du vent » démarre dans une librairie de livres anciens, mon milieu encore, pour raconter une histoire en parallèle. Il s’agit pour moi, comme pour un scénographe, de situer l’histoire dans un cadre où je me sens à l’aise. Les deux ouvrages ont en commun d’interroger la mémoire, et surtout, l’oubli. Rêver d’Alma  bouclera ce triptyque”.

La phrase extraite du livre :

« Entre l’absurde et le grotesque, le public hétéroclite ne voyait pas la différence ».

 

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Mémoire des cellules : l’interview de Marc Agron

Dans Mémoire des cellules, un jeune critique d’art projette de dynamiter une œuvre contemporaine qu’il considère vide de sens. Haïssez-vous l’art contemporain ?

Mon personnage ne peut pas comprendre qu’on puisse aller si loin dans la provocation. Mais surtout, il n’accepte pas le contenu et le titre de la feuille explicative du curateur qui est censé éclairer le visiteur, perdu sans cela. Le curateur prive ainsi l’amateur de toute possibilité d’imagination propre, car conditionné par le « mode d’emploi ».

J’aime l’art contemporain. J’ai davantage de « soucis » avec certains théoriciens qui se mettent au premier plan, par leurs textes abscons, par leur égocentrisme et souvent, hélas, par leur (in)culture, ce qui donne parfois des textes d’une absurdité affligeante. Dans mon livre, Maximilien est plutôt « étonné », il ne comprend pas, il voudra rencontrer l’artiste. Pamela Rosencrantz, une vraie artiste, devient alors un personnage de fiction.

Dans votre livre, Pamela R. gagne sa vie grâce à la célébrité apportée par ses installations. Pourtant, elle nourrit une véritable passion pour Vallotton et l’art ancien en général. Elle confesse, dans l’intimité, profiter de l’art contemporain pour grassement gagner sa vie. Les artistes contemporains seraient-ils des imposteurs à vos yeux ?

Certainement pas. Mais il y a des exceptions. Ils doivent provoquer, ils doivent inventer de nouvelles manières de s’exprimer, de nouveaux langages, de nouvelles formes d’expression etc. Et aussi, secouer (du moins nos consciences) ! Mais, au cours de leur formation (même autodidacte) ils doivent acquérir un savoir-faire. Être aussi « artisans. »

Quand un artiste, ne sachant rien faire d’autre que de monter superbement un projet (cours enseigné à l’ECAL à la place de celui du dessin) et se dit « enfant de Duchamp », il insulte l’art moderne et contemporain à la fois. Duchamp est un immense peintre qui, justement, dit à un moment donné  « Je vous emm… ». Alors qu’il est au sommet de son art, il commence à faire des installations (géniales), employant tout son savoir-faire, sa technique, sa culture gigantesque, son humour…

Selon vous, à quoi devrait ressembler l’art contemporain ?

Un medium qui intrigue, interroge, provoque, suscite la curiosité. Qui émeut, donne à réfléchir. Qui construit des ponts entre les cultures et les gens. Il peut être politique, mais c’est mieux s’il est poétique. Il ne doit être ni pédant, ni moralisateur. Il ne doit pas pousser le riche à se justifier ni le pauvre à s’encanailler. Mais surtout, il faut que l’artiste soit « artisan » de la matière qu’il transforme pour créer une œuvre d’art.

Vous vous prétendez macho. Or, dans votre roman, on finit par découvrir que l’homme est tout aussi victime que la femme du masculinisme. Pouvez-vous nous expliquer votre vision des relations humaines, ou du moins à quoi elles tiennent ? Les contraintes et soumissions qu’elles supposent ?

Je me prétends macho ? Peut-être dit-on cela de moi. Quand j’ai de la peine avec un certain féminisme, je me rappelle immédiatement ce qu’ont dû faire les homosexuels pour ne plus être stigmatisés et pour obtenir le droit de vivre normalement. Je suis d’accord avec le combat féministe, il est plus que nécessaire. Et il faut parfois forcer la dose pour avancer dans ce qui ne devrait pas être un « combat ».

Dans mon livre, c’est l’homme qui ne peut suivre son penchant naturel et devra prouver à ses camarades qu’il peut sortir avec une femme. Et c’est la FEMME qui est bienveillante et le « sauve » des moqueries de ses copains qui le traitent de « pédale ». Les femmes sont l’élément central de mes deux romans et de leurs héroïnes. Ce sera le cas aussi dans mon prochain roman.

Je ne suis pas pour la suppression de Madame, Monsieur, je trouve qu’il faut qu’il y ait une « différence » (et l’on sait que la différence est une richesse ) entre les femmes et les hommes, en l’honneur des un(es) ou des autres. Ma(dame), ne signifie pas pour moi l’idée de possession, Mon(sieur), non plus. L’unisexité est une absurdité qui enlèvera toute poésie à notre existence.

Il faut redécouvrir la valeur du monde en refusant l’image négative, ne pas condamner l’homme face à la femme parce qu’il se dit Homme, mais parce qu’il se comporte mal, pas plus que le puissant en tant que puissant mais parce qu’il peut être injuste.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifiez vous ?

A plusieurs, sans doute. A Darley dans le Quatuor d’Alexandrie pour le regard implacable sur le monde qui l’entoure et sur lui-même. Il y a dans mes livres au moins un personnage qui est « moi » mais qui ne me ressemble pas forcément ni physiquement, ni culturellement… mais il dira ce que je pense sur un sujet ou un autre.

Je m’identifie aussi aux « fainéants et orgueilleux » de Albert Cossery, dans leur désir naïf d’observer les injustes, les hommes de pouvoir, et de s’en moquer à travers leur humour, leur seule arme, et de combattre les privilèges que certains s’octroient de manière criminelle …

Interview réalisée par Dunia Miralles

 

Biographie de Marc Agron tirée de Vice Versa Littérature

Né en 1963 à Zagreb mais arrivé en Suisse à l’âge de 19 ans, Marc Agron Ukaj étudie à l’Université de Neuchâtel, puis poursuit avec une formation de libraire, spécialiste en livres anciens. En 1996, lui et sa femme fondent une librairie à Lausanne, la Librairie Univers. Parallèlement à cette activité, il met un pied dans le théâtre aux côtés d’Agota Kristof, au sein de la compagnie Tumulte, puis à la Tarentule de St-Aubin. En collaboration avec Jérôme Meizoz, il travaille également sur des textes de Ramuz, donnant lieu à une publication aux éditions Marguerat. Il publie régulièrement des catalogues de livres anciens et précieux, et écrit lui-même dans diverses revues littéraires. En outre, Marc Agron Ukaj organise des expositions d’art contemporain.

Ci-dessous une interview de Marc Agron par Isabelle Falconnier, au Lausanne Palace le 13 octobre 2018.

Robert Desnos : entre rêves, hypnose et crue réalité

Robert Desnos : surréalisme et inconscient

« Pour nous, pour nous seuls, les frères Lumière inventèrent le cinéma. Là nous étions chez nous, cette obscurité était celle de notre chambre avant de nous endormir, l’écran pouvait peut-être égaler nos rêves ». Robert Desnos appartient à la génération qui a vu naître le cinéma. Cet art comblait l’homme qui explorait le terrain de l’inconscient en compagnie de ses amis surréalistes. Les poèmes ci-dessous sont issus du recueil Domaine public, paru chez Gallimard en 1953 et réédité en 1998. Ce livre contient l’intégralité de Corps et Biens et Fortunes, les deux plus importants volumes de poésie que Desnos ait publiés lui-même de son vivant.

 

Robert Desnos : un autodidacte surdoué

Le poète Robert Desnos est né le 4 juillet 1900 à Paris, non loin de la Bastille. Son père était mandataire aux Halles. Après s’être longtemps ennuyé sur les bancs de ses classes, à seize ans il quitte ses parents et l’école avec pour seuls bagages un certificat d’études et un brevet élémentaire. Il multiplie les petits boulots. Après la Première Guerre mondiale, en 1918, il commence à écrire ses premiers poèmes. Il les publie dans la revue dadaïste Littérature en 1919, et en 1922, sort son premier livre, Rrose Selavy, un recueil d’aphorismes surréalistes inspirés par le personnage fictif inventé par Marcel Duchamp qu’il reprend à son compte lors des séances de sommeil hypnotique qu’il pratique avec ses amis surréalistes.

Au Maroc, où il passe ses deux années obligatoires de service militaire pour l’armée française, Desnos se lie d’amitié avec le poète André Breton. Avec les écrivains Louis Aragon et Paul Eluard, Breton et Desnos formeront l’avant-garde du surréalisme littéraire. Ils pratiquent une technique connue sous le nom « d’écriture automatique », et beaucoup considèrent Desnos comme le praticien le plus habile. Breton, dans le Manifeste du surréalisme de 1924, loue particulièrement l’habileté de Desnos. La technique consistait à se mettre en transe puis à transcrire les associations et les sauts du subconscient. Les poèmes de Desnos de cette période sont ludiques (souvent avec des jeux de mots et des homonymes), sensuels et sérieux. Les années 1920 sont une période extrêmement créative pour Desnos. Entre 1920 et 1930, il publie plus de huit recueils de poésie, dont Langage cuit (1923), Deuil pour deuil (1924), La Liberté ou l’Amour (1927) et Les Ténèbres (1927).

 

Robert Desnos : de la poésie à la Résistance

Peu à peu, Desnos s’éloigne des surréalistes. Breton, dans le Second Manifeste du surréalisme de 1930, ne manque pas de le lui reprocher. En vérité, Desnos s’est lassé de ses propres excès, tant dans sa vie créative que personnelle. C’est à cette époque qu’il épouse Youki Foujita, qu’il surnomme La Sirène, et qu’il commence une carrière radiophonique en tant que chroniqueur musical et créateur de slogans publicitaires pour divers médias. Ses poèmes deviennent plus directs et musicaux, tout en conservant certains de ses styles antérieurs. Tout au long de cette décennie il écrit sans relâche. En 1936, il écrit un poème par jour. Parmi les œuvres publiées à cette époque, mentionnons Corps et biens (1930) et Sans cou (1934).

En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, Desnos sert à nouveau dans l’armée française. Pendant l’occupation allemande, il revient à Paris. Sous des pseudonymes comme Lucien Gallois et Pierre Andier, il publie une série d’essais qui se moquent subtilement des Nazis. Ces articles, combinés à son travail pour la Résistance, conduisent à son arrestation. D’abord envoyé à Auschwitz, il est transféré dans un camp de concentration en Tchécoslovaquie. Les Alliés libèrent ce camp en 1945 mais Desnos, qui contracté le typhus, décède le 8 juin de la même année.

 

Sources:

-Dictionnaire des mythes du fantastique

Domaine public, Gallimard, préface de René Bertelé

-La Nacion.com.ar

-Biografias.es

-Wikipedia

Marguerite Burnat-Provins : la passion à fleur de peau

Marguerite Burnat-Provins: l’exaltation de l’amour et de la volupté

En 1906 paraît, chez Säuberlin & Pfeiffer à Vevey, une publication intitulée Le Livre pour toi. S’ensuit un énorme scandale, non seulement sur la Riviera mais également en Valais. L’esclandre est rapidement étouffé, mais le livre est réédité à Paris en 1907 ce qui contribuera à donner de la visibilité à son auteure. Écrit par l’artiste peintre et dessinatrice Marguerite Burnat-Provins, une femme mariée à un notable veveysan, il s’adresse à l’amant de celle-ci, Paul Kalbermatten, un jeune ingénieur dont la famille réside à Sion. Ce livre, vibrant de passion et d’un désir sexuel que la bienséance et «l’honneur» interdit aux femmes de cette époque – de nos jours il ne sera pas moins malvenu et inconvenant qu’une personne mariée affiche publiquement son inclination pour une amante ou un amant – est une magnifique déclaration d’amour empreinte de lumière, que la jalousie et le manque de l’être aimé enténèbrent parfois.

Marguerite Burnat-Provins: de Paris à la Suisse

Marguerite Burnat-Provins naît à Arras en 1872, dans le Pas-de-Calais, en France, dans une famille riche et cultivée qui deviendra nombreuse. Soutenue par son père, elle s’adonne à l’écriture et la peinture. En 1891, elle monte à Paris suivre une formation artistique au sein d’institutions privées – l’École des beaux-arts étant encore fermée aux femmes. À vingt-quatre ans, elle se marie avec Adolphe Burnat, un architecte suisse. Le couple emménage à Vevey, d’où l’époux est originaire. De santé fragile, dès 1898, conseillée par l’artiste Ernest Biéler, l’un de ses amis, Marguerite fait de nombreux séjours à Savièse. Le soleil et le climat du Valais conviennent à sa santé. La créativité de Marguerite Burnat-Provins s’en trouve accrue. Elle réalise peintures, broderies, affiches et poursuit plusieurs projets littéraires.

Marguerite Burnat-Provins: amoureuse et libre à la folie

En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur de la région avec qui elle entretient une liaison extraconjugale passionnée dans la maison mise à disposition par Ernest Biéler. Leur liaison offusque et fait un tel tapage, que l’artiste se voit obligée de renoncer aux séjours valaisans qu’elle aime tant. Elle divorce d’Adolphe Burnat en 1908 et se remarie avec Paul. Le couple voyage puis vit à Bayonne. Lors de la Première Guerre mondiale Paul est mobilisé en Suisse. Marguerite reste en seule France. Un choc dont elle ne se remettra pas. Rongée par la maladie, saisie par des crises d’angoisses morbides, elle exécute une série d’œuvres picturales hallucinées qu’elle prétend réaliser sous dictée. Cette période est également perturbée par les problèmes qu’elle rencontre avec ses éditeurs et l’indifférence de sa famille envers sa carrière. Toutefois, elle fait de nombreux voyages qui l’amènent à rencontrer des gens de lettres en Bretagne, dans le Midi, en Algérie, au Maroc et en Amérique du Sud.

En 1925, Marguerite apprend que Paul est épris de Jeanne Cartault d’Olive. La mort de sa sœur Marthe, puis de sa mère, le dépouillement de Paul par les Allemands et des problèmes de santé toujours plus présents la perturbent beaucoup. Ébranlée par les monstrueuses retombées de la guerre, elle trouve un peu de consolation dans la religion. En parallèle à la publication de ses livres, Marguerite Burnat-Provins poursuit sa création picturale jusqu’à son décès en 1952, quinze ans avant Paul qui, entre temps s’est remarié avec Jeanne.

Une vidéo réalisée par L’UNIL et L’ECAL. Poèmes et œuvres picturales de Marguerite Burnat-Provins.

 

Sources :

-Le livre pour toi, Editions L’Aire bleue

Catherine Dubuis

Association des amis de Marguerite Burnat-Provins

Site de la Collection de L’art Brut, Lausanne

Olivier et Coco: Art, amour, passion et tragédie

Coco  : égérie transgenre de l’underground helvétique

Coco était belle, charismatique, talentueuse. Née dans un corps assigné masculin, dans les années 1980-1990 elle fut l’une des reines de la scène underground helvétique. Le photographe Olivier Fatton en tomba amoureux et la suivit avec son appareil durant quelques années. Ces photographies, à la fois fashion et d’un troublant naturel, se voient à présent réunies dans un livre d’art qui raconte l’histoire d’amour entre un photographe et son modèle. La vidéo ci-dessous nous en révèle quelques-unes.

Coco : mode et passion

Coco vivait pied au plancher, toujours percutante, survoltée par la perspective de multiples projets. Transgenre, ne pouvant vivre de son talent, elle travaillait dans une clinique psychiatrique en tant que femme de ménage, mais consacrait ses loisirs à ses passions : la mode – elle était mannequin pour Marianne Alvoni – les performances, le happening, le show.

Coco : vivre vite et mourir jeune

 Elle rencontra le photographe dans un club gay, à Berne, en 1989. Elle avait vingt ans et lui trente-deux. Coco, née Marc-Patrick, demanda à Olivier de faire un travail documentaire sur sa transition d’homme à femme. Depuis l’âge de 13 ans elle prenait des hormones, qu’elle achetait au marché noir, et s’apprêtait à subir une opération chirurgicale de réassignation. Le photographe accepta. Leur pacte se transforma rapidement en une brûlante relation sentimentale. L’homme vivait au rythme et au service de sa dame, réalisait des portraits d’elle, souvent personnels et touchants, dans des lieux divers : à la maison, à la montagne, lors de défilés de mode, durant les spectacles. Des clichés qui montrent les multiples facettes d’une femme superbe, mystérieuse et mélancolique.

Coco vécut vite et mourut jeune. La drogue, qui s’immisça dans la vie du couple, anéantit la relation amoureuse. D’autant plus qu’au début des années 1990, les personnes souffrant d’incongruence du genre n’étaient guère soutenues. Elle ne vit jamais l’an 2000 mais laissa un souvenir impérissable aux personnes qui la côtoyèrent.

Coco eut une vie romanesque dont elle se serait probablement passée. Reste le mythe, des photos magnifiques et les mots – notamment une émouvante lettre d’amour d’Olivier, insérée entre le pages – pour rendre un hommage posthume à celle dont l’existence fut d’une enflammée et tragique poésie. Cioran écrivait « La mélancolie ? Être enterré vivant dans le cœur d’une rose ». Peut-être l’impression d’ensevelissement qu’éprouvait Coco qui, malgré son talent et sa beauté, ne sut jamais être en accord avec son corps.

Au travers des photos d’Olivier G. Fatton et d’un récit intimiste de Dunia Miralles, le livre « Coco » – Edition Patrick Frey, Zurich, 2019 – raconte la mode, le spectacle, l’amour, l’exaltation, les peines et la souffrance. La splendeur et la chute d’un ange.  

Le livre, dont le texte en français est également traduit à anglais, a déjà commencé son cheminement en Allemagne et aux Etats-Unis. On peut le commander chez l’éditeur ou dans toutes les librairies.

Signatures
Olivier G. Fatton et Dunia Miralles dédicaceront le livre Coco à La Chambre Noire, vendredi 1ermars. Adresse: rue César-Roux 5, Lausanne. Horaire: 17h-20h.

 Sources :

-Olivier G. Fatton

Edition Patrick Frey, Zurich

-Cioran « Le Crépuscule des pensées »

 

Un merci à Stéphanie Pahud pour ses publications poétiques.

Jacques Prévert : poète indépendant et libre penseur

Jacques Prévert poète libertaire et antisystème

Jacques Prévert, l’un des poètes les plus enseignés dans les écoles de langue française, était un virulent antimilitariste doublé d’un anticléricaliste exacerbé, ce que l’on a souvent caché au public en préférant faire valoir ses textes sur l’enfance et la nature plutôt que ceux jugés polémiques. Admiré et encensé par les libertaires, engagé mais trop autonome pour faire partie d’un mouvement, il revendiquait une liberté de penser indépendante. Il ne s’est jamais engagé dans un parti et a toujours refusé de se laisser assimiler aux surréalistes bien qu’il ait participé à leur mouvement.

Sans doute parce qu’il m’évoque quelque souvenir personnel, je rends hommage à son poème Alicante dans mon livre CD intitulé à l’identique. Mes textes poétiques, mis en musique et chantés, se situent tous dans une ville touristique de cette province d’Espagne. La logique aurait voulu que j’intitule cette œuvre Benidorm. A ma connaissance, Jacques Prévert n’a rien écrit sur ce qui, à l’époque, était un village de pêcheurs. Appeler une poésie et mon livre comme le poème qui suit, m’inspirait davantage que de les nommer comme ce qui est devenu une station balnéaire de tourisme de masse. Ainsi, je me sens soutenue par le velours et la simplicité des mots d’un poète populaire.

Jacques Prévert : un proche des surréalistes

Né à Neuilly-sur-Seine le 4 février 1900, sa famille l’élève entouré de littérature et de théâtre. Les études l’ennuient. Il quitte l’école à l’âge de 15 ans. Lors de son service militaire à Istanbul, il rencontre Marcel Duhamel qui le présente aux cercles littéraires de l’époque. A leur retour à Paris, Marcel Duhamel héberge Jacques Prévert dans l’hôtel familial qui devient le quartier général des surréalistes, à commencer par Raymond Queneau. Peu argentés, logés gratuitement, ils inventent et s’adonnent au jeu des cadavres exquis dont le nom est trouvé par Prévert.

Prévert auteur pour le théâtre prolétarien

Au début des années 1930, le collectif théâtral Octobre, qui intervient notamment parmi les ouvriers en grève, le contacte. Face au théâtre bourgeois, Octobre, adepte de l’agitprop, souhaite favoriser l’émergence d’un théâtre du peuple et prolétarien. Prévert écrit alors à charge contre l’ordre établi, caricaturant les politiciens et les gros industriels, ridiculisant la bourgeoisie, valorisant les ouvriers.

Prévert artiste et scénariste

Jacques Prévert commence également à écrire des scénarios pour le cinéma, entre autres pour son ami Jean Renoir, et devient l’auteur des films français les plus célèbres des années 1930-1940, comme Le Crime de Monsieur Lange ou Les Enfants du paradis de Marcel Carné. Auteur de plusieurs recueils de poèmes, dont l’incontournable Paroles paru en 1946, d’où est tiré Alicante, sa poésie devient populaire grâce au langage familier qu’il utilise et aux divers jeux de mots qu’il imagine. Il a également réalisé de nombreux collages.

Jacques Prévert décède le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite.

 

Sources:

Editions Gallimard, collection Folio

-Éternels Éclairs

Stéphen Moysan

-Un jour un poème

-Wikipédia

Fanny Vaucher : la poésie du dessin

De l’histoire vraie au dessin poétique avec Paprika et le clan des Bruxellois

En ce jour de fête pour beaucoup d’enfants, je me suis penchée sur les poétiques dessins de Fanny Vaucher. Cette ancienne élève de l’École des Arts Appliqués de Genève, qui possède un Master en lettres, illustre –entre autres- la série d’albums jeunesse Paprika qui relate l’histoire vraie d’une chatte recueillie par l’écrivaine Bernadette Richard. Quand la lecture n’est pas encore acquise –ou pas tout à fait avec aisance– l’illustration joue le rôle d’une écriture, d’un langage visuel universel ou le texte n’est plus forcément le meilleur vecteur d’information. Par ailleurs, les dessins aident à mémoriser les phrases, le langage, l’histoire, tout en sensibilisant les enfants à l’Art.

 

Paprika en trois albums

Paprika et le clan des Bruxellois vient de paraître aux éditions L’Âge d’Homme. C’est le troisième album de cette série après Paprika sauvée de la rue et Paprika prend l’avion. Imaginé et rédigé par Bernadette Richard, illustré par Fanny Vaucher, dans Paprika sauvée de la rue, le premier album de la série, on découvre la protagoniste, son frère et sa sœur, trois chatons nés sur un parking en Guadeloupe. Leur maman chatte est très maigre. Elle a toujours faim. Un soir, comme d’habitude, elle part chasser après avoir caché ses petits dans des trous. Elle ne revient pas. Alors qu’ils sont presque morts de peur et de faim, une gentille dame vient les sauver. Dans le tome II, on vole au-dessus des océans avec la petite boule de poils quand Paprika prend l’avion. Paprika et le clan des Bruxellois, nous emmène à Bruxelles, où résidait l’écrivaine à l’époque. Les chats qui vivent déjà sous ce toit lui réservent un accueil peu amène mais… comme dans les contes les plus classiques, tout finit bien. Les histoires de cette petite chatte s’adressent à des enfants entre 7 et 8 ans, parfois moins, si elles leurs sont lues par des adultes.

Fanny Vaucher: entre la Suisse et la Pologne

« Après un diplôme en Lettre de l’Université de Lausanne, Fanny Vaucher se lance dans sa passion du dessin et suit une formation d’illustration et bande dessinée de l’école des Arts appliqués de Genève. Depuis, elle travaille comme illustratrice et auteure entre la Suisse et la Pologne. Fruit de ses deux ans de résidence en Pologne, elle publie Pilules polonaises aux Editions Noir sur Blanc en 2013, à partir du blog éponyme qu’elle anime toujours. Elle a participé à des expositions collectives à Varsovie, Budapest, Munich, Genève et Lausanne, et figure au sommaire du numéro de Strapazin sur la bande dessinée en Pologne. Elle participe à BDFIL dans le cadre de l’exposition Waterproof en 2013 et pour le projet Périples masculins en 2014. S’investissant également dans le fanzinat, elle est la cofondatrice du fanzine collectif de BD La bûche, dont le premier numéro paraît à l’occasion de BDFIL 2015 (espace microédition) ». Biographie 2019, extraite du site BDFIL. Sa collaboration avec Bernadette Richard a débuté en 2013.

Bénéfices: pour la protection des animaux

En imaginant cette série de petits livres illustrés, facilement compréhensibles par des enfants d’âges divers, Bernadette Richard – Prix Edouard Rod 2018, pour son ouvrage Heureux qui comme paru aux éditions d’Autre Part – souhaite sensibiliser les plus jeunes, de manière ludique, à la défense des animaux. Les bénéfices de ces livres sont reversés à diverses associations de protection des animaux. Par ailleurs la série continue. D’autres albums sont déjà prévus.

 

Rencontres et dédicaces :

– Ce samedi 8 décembre, à 14h, à la librairie Basta, à Lausanne, Fanny Vaucher dédicacera tous ses livres – y compris ceux qui s’adressent à des lecteurs plus âgés.

– Le jeudi 20 décembre, de 17h à 19h, Fanny Vaucher et Bernadette Richard dédicaceront Paprika et le clan des Bruxellois à la librairie Payot, à la Chaux-de-Fonds.

 

 

A savoir :

Actuellement , Paprika sauvée de la rue, le tome I, est en cours de réimpression. Il est épuisé – y compris chez l’éditeur. La seule librairie ou l’on peut encore l’obtenir avant les fêtes, c’est chez Payot à la Chaux-de-Fonds. Vous pouvez le commander en écrivant à la librairie. Pour ce faire cliquez ici, puis écrivez à la librairie en cliquant sur le lien en rouge qui apparaîtra.

 

 

Sources :

-Dossier documentaire L’illustration dans l’édition jeunesse

-BDFIL

Le blog «Écrire à mille : littérature romande et autres arts»

-Bernadette Richard

 

Patti Smith: amoureuse des poètes français du XIXe siècle

Passionnée par les Arts

Alliant poésie Beat et garage rock des années 1960 et 1970, l’on considère Patti Smith comme la « marraine » du mouvement punk. Toutefois, depuis son enfance, ses passions sont le dessin et la littérature, en particulier la poésie. Le poème qui suit est extrait du recueil Présages d’innocence.

 

Traduction de Jacques Darras.

 

Issue d’un quartier très pauvre du New-Jersey, rien ne destinait Patti Smith à devenir l’auteure-compositrice, interprète, poétesse, écrivaine, guitariste, chanteuse, humaniste… que l’on connaît, même si dès l’enfance elle sut qu’elle voulait faire de l’art.

Fille d’une serveuse et d’un ouvrier, Patti Smith – Patricia Lee Smith -, est née à Chicago en 1946, dans une famille extrêmement religieuse. A 18 ans, elle tombe enceinte : on la radie de l’Ecole Normale. Son projet de devenir institutrice prend fin. En 1967, elle part à New-York où elle rencontre le photographe Robert Mapplethorpe. Pendant la première partie des années 1970, Patti Smith se livre intensivement à la peinture et à l’écriture, se produit en tant qu’actrice au sein d’un groupe poétique.

Au cours des années suivantes, elle s’adonne à la musique, en conjuguant rock et performances poétiques. Les paroles de ses chansons font découvrir la poésie française du XIX siècle aux jeunes Américains. Conjointement, elle devient une icône de la scène underground new-yorkaise.

Durant les années 1980-90, parallèlement à ses créations musicales, elle poursuit son travail artistique, mêlant dessin, photographie et écriture.

En 2007, les éditions Christian Bourgeois publient, en bilingue, son premier recueil de poésie : Présages d’innocence.

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille, en 2008, à Paris, une grande exposition de ses œuvres, intitulée “Land 250”, comprenant des pièces réalisées entre 1967 et 2007.

En 2010, elle publie Just Kids, qui relate son amitié avec Robert Mapplethorpe, qui recevra le National Book Award.

Version originale.

 

Sources:

Éditions Christian Bourgeois

Just Kids, Patti Smith, éditions Denoël

-Wikipédia

André Salmon : l’ami de Picasso et d’Apollinaire

Un poète pour défendre le cubisme

Court, évocateur et humoristique, ci-dessous un poème d’André Salmon écrivain, poète, journaliste et critique d’art.

 

 

André Salmon naît à Paris en 1881. Enfant d’anciens communards exilés à Londres, il passera son enfance et son adolescence entre la capitale anglaise et St-Petersbourg. De retour à Paris, il fréquente les soirées de La Plume et rencontre des figures déterminantes : Mécislas Golberg, qui l’influence beaucoup, Picasso, Max Jacob et Apollinaire qui resteront ses amis tout au long de sa vie.

Ses premiers recueils, Poèmes et Féeries, bientôt suivis par un troisième en 1910, Le Calumet, sont les premiers publiés sous forme de livre avant ceux de Max Jacob et d’Apollinaire. En 1912, il publie La Jeune Peinture française. C’est dans cet ouvrage, comprenant « Histoire anecdotique du cubisme », qu’est révélée pour la première fois l’existence des Demoiselles d’Avignon.

En 1964, il reçoit le grand prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

Il décède en 1969, à 87 ans, à Sanary-sur-Mer après une longue vie consacrée à l’art et à l’écriture.

Il fut l’un des grands défenseurs du cubisme avec Guillaume Apollinaire et Maurice Raynal.

André Salmon est le grand-oncle de l’éditeur Jean-Jacques Pauvert.

Sources :

Andre Salmon Official Website

-Wikipédia