Les consultations électroniques répondent à une attente de la population

 

Le système de santé du 21ème siècle ne devrait-il pas, en plus des consultations traditionnelles chez le médecin, proposer des consultations électroniques ? Si l’on en croit les attentes de la population, la réponse est oui. Le monde médical est-il prêt à offrir ce service ?

 

Des situations différentes

Même si le terme de consultation électronique pourrait faire penser à une prise en charge médicale par un robot au travers de l’intelligence artificielle, nous parlons ici simplement de consultation à distance par un moyen de communication pratique.

Derrière le terme de « consultations électroniques » se cachent en réalité de nombreuses variantes. La première grande distinction à faire est de différencier les consultations entre un patient et son propre médecin des consultations entre un patient et un médecin inconnu. La première situation pourrait être illustrée par un patient qui a un échange par courrier électronique avec son médecin, la deuxième par un patient qui utilise une centrale téléphonique d’urgence.

Pour comprendre les mille visages que peuvent prendre les consultations électroniques, il faut aussi imaginer les différents canaux de communication qui peuvent être utilisés : en plus du téléphone et du courrier électronique, de plus en plus de solutions utilisent un simple navigateur Internet, à l’image de la solution anglaise i-GP, your virtual doctor.

Il faut aussi souligner que le soignant n’est pas toujours un médecin, cela peut être un autre professionnel de santé, un pharmacien ou une infirmière notamment. Le service français DoudouCare est par exemple assuré par des infirmières puéricultrices.

 

Que souhaitent les patients ?

Une enquête effectuée en France en 2013 a montré que plus des trois quarts des Français souhaitaient pouvoir échanger par e-mail ou SMS avec leur médecin traitant à propos de leurs problèmes de santé bénins. Cette enquête a aussi montré que l’échange électronique pouvait aussi être utilisé pour les pathologies chroniques, 83% des personnes interrogées souhaitant pouvoir contacter leur équipe soignante par voie électronique.

Une enquête de 2017 effectuée auprès de 1501 Américains a elle montré que la majorité des personnes interrogées souhaitait bénéficier de consultations électroniques, que ce soit pour les affections bénignes (70%) ou pour le suivi après consultation (76%). Quand on leur demande ce qui les intéresse particulièrement dans ce mode de soins, la réponse la plus fréquente est l’aspect pratique.

Pour les auteurs de cette étude, la médecine du 21ème siècle doit proposer à la population une combinaison de consultation « présentielle » et de consultation « virtuelle ». Pour eux, cette évolution répond aussi à la demande de nombreux patients qui est de jouer un rôle plus actif dans la prise en charge de leur santé.

 

Eviter des consultations inutiles ?

Même si d’autres recherches devront être effectuées pour confirmer ces chiffres, un sondage réalisé en Colombie-Britannique montre que 57% des personnes qui ont eu une visite virtuelle avec un professionnel de soins primaires disent avoir ainsi évité une consultation en personne avec leur médecin habituel.

En plus de l’aspect pratique, les personnes sondées ont répondu que les consultations électroniques leur avaient permis de ne pas perdre de temps de déplacement (98%), d’éviter une absence au travail (87%) ou d’éviter des frais de garde (33%).

 

L’avenir ?

Ne pas devoir aller chez le médecin pour un simple renouvellement d’ordonnance, ne pas devoir quitter son travail pour un problème de santé léger, ne pas devoir patienter plusieurs heures aux urgences avec son bébé malade, autant de situations qui font penser que les consultations à distance vont rapidement se développer.

Que ce soit avec son propre médecin lorsqu’il est disponible ou avec un autre en dehors des heures d’ouverture du cabinet, le futur proche va nous montrer que la meilleure solution est un juste équilibre entre les consultations présentielles et les consultations électroniques. Les patients profiteront ainsi des spécificités,  donc des avantages, de chacune de ces  approches.

On ne doit déjà pas dire « aller au médecin », on ne devra bientôt pas non plus dire « aller chez le médecin ».

 

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Consulter un médecin en ligne, l’avenir?

 

De nombreux problèmes médicaux peuvent être réglés en ligne, sans que vous ayez besoin de vous déplacer. Même si pour votre opération de l’appendicite, je vous conseille tout de même le contact direct avec votre chirurgien, la téléconsultation est imaginable pour de très nombreuses situations. On pense bien sûr à la médecine générale mais  la consultation à distance peut en réalité concerner presque n’importe quelle spécialité médicale : l’endocrinologue pour votre diabète, le gastroentérologue pour votre acidité gastrique ou le dermatologue à qui vous pourrez envoyer une photo de votre peau.

La téléconsultation peut prendre différents visages : le téléphone, pas vraiment nouveau, le courrier électronique ou la vidéo.

Est-ce utile ? La rencontre physique entre médecin et patient n’est pas toujours nécessaire. Votre médecin ne vous examine pas physiquement chaque fois que vous le consultez. Les parents des enfants qui ont la mauvaise idée de tomber malade le samedi soir vous diront eux sans hésitation qu’ils préfèrent un conseil téléphonique, lorsque c’est suffisant, à une attente de plusieurs heures à la policlinique la plus proche.

Le développement de la télémédecine se vit de façon très différente d’un pays à l’autre. En France par exemple, le Conseil national de l’Ordre des médecins a publié en février un rapport Télémédecine et autres prestations médicales électroniques (PDF) dont l’objectif est de « répondre aux besoins médicaux des patients sans laisser s’installer une ubérisation de la médecine ». En Suisse, la téléconsultation semble ne pas inquiéter, par acceptation ou par méconnaissance du phénomène?

 

Première option, votre médecin

Première option, demander à votre médecin si vous pouvez, quand une rencontre physique ne se justifie pas, le contacter par téléphone ou par courrier électronique. J’ai déjà présenté dans un autre article de ce blog l’intérêt de la communication par courrier électronique entre médecins et patients et l’importance de suivre certaines règles. L’avantage de cette solution est de pouvoir être soigné par un médecin qui vous connait. Le désavantage ? Votre médecin n’est pas joignable 24 heures sur 24.

 

Deuxième option, les centrales téléphoniques

La téléconsultation est très développée en Suisse, la société Medgate a par exemple traité 725’000 cas en 2015, avec jusqu’à 5000 appels les jours d’affluence. Cinquante pour cent des cas sont résolus directement par téléphone. Le service est disponible 365 jours par an, 24h/24, en allemand, français, italien et en anglais. Les médecins ont la possibilité de délivrer des ordonnances et d’établir des certificats d’incapacité de travail. Ce service est à la disposition des assurés des 25 caisses qui ont conclu un contrat avec Medgate, ce qui représente près d’un tiers de la population suisse. Pour les autres, une affiliation payante est possible.

 

Troisième option, Tondocteur.ch

Le site Tondocteur.ch propose « des consultations médicales en ligne avec des médecins suisses, remboursables par votre assurance ». Le site permet d’obtenir un rendez-vous ou une téléconsultation en effectuant une recherche à partir du nom d’un médecin, d’une ville ou d’une spécialité. La particularité de Tondocteur.ch est de travailler avec des médecins installés, qui ont le plus souvent leur propre cabinet médical.  Une journaliste de la Tribune de Genève a testé Tondocteur.ch, cette expérience décevante ne suffit cependant pas à évaluer la qualité de ce service.

 

Les défis

Pour répondre aux besoins et attentes des citoyens – patients, les services de téléconsultation vont à l’avenir prendre une place toujours plus grande au sein du système de santé suisse. Même si la téléconsultation a un aspect pratique indéniable, le premier défi à relever sera celui de la qualité. Mais la télémédecine sera plus intéressante  encore lorsqu’elle proposera une prise en charge intégrée, avec une étroite collaboration entre les médecins qui vous soignent au quotidien, votre généraliste en particulier, et ces cybermédecins disponibles 24h/24.

 

Que vous soyez patient ou professionnel de la santé, votre avis m’intéresse. N’hésitez pas à publier un commentaire…