Prévoyons des back-ups de la Nature parce qu’elle va planter

Les changements climatiques qui se produisent aujourd’hui sont mille fois plus rapides que ceux survenus dans le passé lointain de la Terre. Ils menacent la végétation locale, inadaptée à la chaleur et aux sécheresses. Le réchauffement est si rapide que les arbres des climats intermédiaires n’auront pas le temps de pousser et d’ombrager les suivants, la faune, décimée par l’activité humaine, n’aura pas le temps de s’adapter tant les changements seront brusques.

Les récifs coralliens, l’écosystème océanique le plus riche, meurent des vagues de chaleur marines. Les écosystèmes arctiques fondent à vue d’oeil. Des forêts perpétuellement humides, marécageuses, sèchent et partent en fumée. Les poissons marins migrent vers les pôles, les espèces de montagne montent en altitude mais comme le sommet des montagnes est plus étroit, elles y manqueront vite de place.

Les conséquences du changement climatique se produisent plus vite que prévu, et le réchauffement lui-même pourrait s’emballer.

Dans ce cas, la température montera alors assez vite de quelques degrés, les vagues de chaleur encore plus, les tempêtes et les pluies torrentielles rendront la vie à l’air libre difficile. Ce jour-là une intervention humaine à grande échelle pourrait-être mise en place pour maîtriser le climat, et rafraîchir la Planète.

Entre-temps, nos écosystèmes auront succombé aux températures sahariennes. Je ne suis pas particulièrement pour le géo-engineering quand des vagues de chaleur à 50°C se produiront, mais je ne serai peut-être plus là pour le dire.

Il est aussi possible que le réchauffement ne soit pas exponentiel, mais que nous subissions un événement isolé de six mois de sécheresse qui tuera presque toute la végétation et les animaux qui s’en nourrissent, et asséchera les zones humides et même les fleuves.

Pour pallier à ces risques, sous devrions peut-être sauvegarder en milieu contrôlé et climatisé les écosystèmes les plus variés et les plus rares de la Suisse. Récréons dans un endroit climatisé les marais, les écosystèmes aquatiques, les prairies et les forêts les plus riches. Prenons le sol, avec les dizaines de milliers de micro-organismes et les larves minuscules qu’il contient, ainsi que plantes et les animaux connus du biotope, et essayons de le faire exister en milieu climatisé.

Les écosystèmes aquatiques pourraient être sauvegardés dans un grand aquarium, les forêts tempérées dans des grands bâtiments similaires aux grandes bulles tropicales des jardins zoologiques qui pourraient être climatisés, ombragés, et arrosés en cas de besoin.  Nous pourrions voir la forêt tempérée au zoo.

Si des bouleversements trop graves se produisent, des sécheresses de quelques mois, des rivières qui sèchent, de nombreux animaux disparaîtront.  Les espèces éteintes dans la Nature pourraient alors être réimplantées dans leur milieu naturel, et éviter une extinction. totale.

Bien sûr, il vaudrait mieux éviter les changements climatiques dangereux, mais s’ils devaient arriver, nous aurions une chance de récupérer rapidement, et d’éviter la transformation de nos paysages en désert.

La gênante idée de Monsieur Darwin : Un écosystème luxuriant planté par l’Homme – un espoir pour notre avenir?

Le réchauffement climatique menace de nombreuses espèces, dans tous les écosystèmes de la Planète. Les animaux et les végétaux migrent chaque année vers le nord ou en altitude.  Dans nos forêts, nous voyons maintenant des arbres jaunis, attaqués par les bostryches et des arbres arrachés par les tempêtes. Nous pourrions perdre certains écosystèmes actuels. Nos régions se désertifieront -elles?

Je partage ici la moitié du blog d’Adrien Rodriguez, géologue. Il décrit dans celui-ci un exemple réussi de création d’un écosystème par l’Homme, consultez son site pour les descriptions botaniques et pour les autres articles (blog).

 

La gênante idée de monsieur Darwin (Adrien Rodriguez)

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Tout le monde connaît Charles Darwin et sait qu’il fut le père de la théorie de l’évolution, qui révolutionna complètement la biologie. Beaucoup de personnes savent également que le développement de ces idées dut beaucoup à un voyage qu’il réalisa à travers l’Hémisphère Sud, qui le conduisit jusqu’aux Iles Galapagos. Ces îles sont un authentique laboratoire à ciel ouvert où l’évolution suit son cours sous l’attentif regard des scientifiques. Peu de personnes savent, par contre, qu’à son retour des Galapagos, Darwin fit escale sur la petite île d’Ascension, perdue au beau milieu de l’Atlantique à mi-chemin entre le Brésil et l’Afrique.
L’île attira surtout son attention par la presque totale absence de végétation qui avait déjà été remarquée par l’allemand P. Osbeck, qui donnait une terrible description de l’île en 1752: “I never saw a more disagreeable place in all the world than this island”. Sachant qu’à cette époque il n’y avait que 29 espèces de plantes natives recensées – aucune d’elle arborescente ou même ligneuse – on comprend mieux l’impression de désolation que ce lieu devait causer.

A son retour, Darwin suggéra à son ami Joseph Hooker, qui fut plus tard le directeur des fameux Jardins Botaniques Royaux de Kew, de planter sur cette île des arbres et des plantes capables de “capturer” l’eau apportée par les nuages afin d’améliorer les conditions de vie sur l’île.

L’idée ne fut pas oubliée et quelques années plus tard la marine anglaise entreprit avec l’aide des jardins de Kew un ambitieux programme de plantation d’espèces originaires de différents endroits du monde, qui furent plantées dans les zones les plus hautes de l’île, a priori plus humides et plus favorables à leur établissement. Le succès fut tel qu’aujourd’hui une foisonnante jungle tropicale couvre une bonne partie de la Green Mountain, dont le nom reflète bien le changement intervenu.

Le succès de cette idée, cependant, incommode aujourd’hui beaucoup les biologistes conservationnistes, qui se refusent à accepter l’idée que d’authentiques écosystèmes fonctionnels aient pu se développer dans un temps si court et de perdurer jusqu’à aujourd’hui. Certains affirment même que cette végétation n’a aucune chance de survivre et qu’elle serait même en train de disparaître. Ce n’est pas, toutefois, ce que montrent les observations de terrain, qui semblent plutôt démontrer le contraire, le nombre d’espèces présentes sur l’île et l’aire occupée par celles-ci ayant sensiblement augmenté. Il semble donc que l’on soit encore bien loin d’avoir atteint un état d’équilibre. Il est vraiment curieux de constater que plus d’un siècle et demi plus tard, Darwin continue de déranger…

Les espèces introduites se sont naturellement distribuées, grosso modo, en 3 étages de végétation qui reflètent l’augmentation des précipitations avec l’altitude. Le nombre des espèces présentes augmente avec l’altitude et atteint un maximum de 139 espèces dans la région sommitale de la Green Mountain.

En plus des plantes, l’île compte également plusieurs espèces de vertébrés introduites volontairement ou accidentellement et dont la présence est importante pour certaines espèces de plantes. L’animal “terrestre” natif de l’île le plus important est, en réalité, un crabe qui s’alimente exclusivement de végétaux et qui raffole des goyaves (qui n’existaient pas sur l’île auparavant). Il existe cependant quelques populations férales d’ânes, de moutons, de souris et de rats. Les chats, par contre, ont été complètement éradiqués afin d’éviter la menace qu’ils faisaient planer sur le futur de nombreuses espèces d’oiseaux marins. Quelques espèces d’oiseaux ont également été introduites et jouent un rôle important en dispersant les graines des fruits qu’ils consomment.

Pourquoi la végétation de cette île éveille-t-elle tant l’intérêt des scientifiques ? C’est surtout parce qu’elle démontre que des espèces originaires de lieux différents et qui n’ont pas coévolué au contact les unes des autres sont tout-à-fait capables de coexister et de constituer un écosystème “nouvel” (libre traduction du terme anglais novel ecosystem) au sein duquel chaque espèce occupe sa propre niche écologique et assume un certain nombre de fonctions qui permettent à l’écosystème de fonctionner normalement. Un tel exemple ouvre bien sûr des perspectives intéressantes dans l’optique de la récupération des terres dégradées ou voir même de la colonisation d’autres planètes. Accepter une telle idée change bien sûr complètement le point de vue que nous avions vis-à-vis des espèces exotiques et de la manière de gérer les espèces invasives, ce qui est très mal accepté par les biologistes conservationnistes.

blog d’Adrien Rodriguez, Retour au Pliocène, Août 2019

Dans les autres articles de son blog, Adrien Rodriguez  décrit les espèces paléo-autochtones de la péninsule ibérique, qui y proliféraient quand le climat était plus chaud.  S’épanouiront-elles à nouveau? C’est un sujet très intéressant. Nos écosystèmes sont très menacés. Devons-nous prendre le risque de nous retrouver face à un paysage aride, ou devons-nous prendre les devants et planter des forêts résistantes au réchauffement? Pouvons-nous suffisamment prédire le climat qui régnera dans quarante ou cinquante ans? La Nature formera-t-elle des nouveaux écosystèmes elle-même?