L’Alaska se couvre de lacs bouillonnants de méthane. Qu’allons -nous faire?

Lacs bouillonnants de méthane

Ces dernières années chaudes, les vagues de chaleurs s’aventurent jusqu’au pôle Nord. Elles ont apporté des températures excessives de plus de 20 degrés en Sibérie (blog). Les sécheresses inouïes dans ces régions et les foudres de plus en plus fortes provoquent des feux de forêts. Tout cela déclenche la fonte du permafrost, sol boréal gelé depuis des milliers d’années qui contient des debris de plantes anciennes, et d’animaux congelés.

Le permafrost (ou pergélisol) est en partie, à certains endroits à moitié composé d’eau gelée. Lorsqu’il dégèle, le sol glisse, s’effondre, et forme des lacs. Il y a des millions de lacs de ce type en Arctique, certains sont récents.

Deux choses se produisent lorsque la couche de pergélisol dégèle sous les lacs : l’activité microbienne augmente et des voies s’y forment . Au lac Big Trail et dans d’autres lacs thermokarstiques de l’Arctique, les microbes digèrent les plantes mortes et d’autres matières organiques du sol et produisent du dioxyde de carbone et du méthane.

Un scientifique explique « À Big Trail Lake, c’est comme ouvrir la porte de votre congélateur pour la première fois et donner toute la nourriture de votre congélateur aux microbes pour qu’ils se décomposent. En le décomposant, ils crachent du méthane ».

Plus rarement, le dégel du pergélisol peut former des « cheminées » sous les lacs qui permettent au méthane et à d’autres gaz – auparavant piégés profondément sous terre – de s’échapper. Dans tous les lacs thermokarstiques, les gaz bouillonnent à la surface du lac et s’élèvent dans l’atmosphère.

Lorsque le lac Big trail Lake gèle en hiver, les bulles peuvent empêcher la glace de se former et créer des poches d’eau libre qui continuent d’émettre du méthane tout au long de la saison. Dans d’autres régions, les bulles de méthane créent des dômes de glace gelés à la surface du lac.

 Les lacs les plus récents libèrent de grandes quantités de méthane. Il s’enflamme facilement au-dessus de l’eau. C’est un gaz à fort effet de serre qui pourrait accélérer fortement le réchauffement climatique. Les émissions de méthane en Alaska sont étudiées dans le projet ABoVE. Seule une petite fraction du permafrost ,environ 10% (article 2018), est dégelée en surface et peut encore dégeler plus en profondeur.

Méthane ou Géo-ingénierie?

Les émissions de méthane du permafrost terrestre et sous-marin pourraient augmenter et accroître l’effet de serre. La semaine passée, je présentais une étude qui a mis en évidence les émissions de méthane des fonds marins par le passé (blog). C’est un indice de plus qu’elles pourraient se reproduire dans la situation actuelle.  Bien que très incertaines, elles pourraient mener à des sauts de température de l’ordre d’un degré en quelques années, qui s’accompagneraient de catastrophes immenses et déclencheraient d’autres étapes d’une boucle de retroaction positive. C’est un énorme danger. Je mentionnais aussi une technique de géo-ingénierie, la dispersion de particules dans l’atmosphère polaire, qui pourrait regeler la glace Arctique et limiter le problème. Les auteurs de l’étude estiment que c’est possible à un prix relativement accessible. Je ne sais que penser de ces projets. Lundi passé, je me suis endormie avec l’idée que la géo-ingénierie est la seule solution pour éviter l’apocalypse, ou en tout cas un dérèglement du climat terrestre qui emporterait probablement la majorité de la population de la Planète. Je me suis réveillée avec l’idée qu’il ne faut pas s’y lancer. C’est probablement une mauvaise solution, bancale, qui apporterait de nombreux problèmes nouveaux.  L’arrêt des émissions et la reforestation semblent beaucoup plus sains pour notre milieu de vie mais la boucle fonte de la glace Arctique- fonte du permafrost semble maintenant engagée.

 

Si les émissions de méthane augmentent le réchauffement climatique, les conséquences seraient extrêmement dangereuses.  Il deviendrait difficile de tenir le compte des morts dans le chaos généralisé, des pays entiers seraient rayés de la carte.

La Suisse, qui semblait tout d’abord peu exposée, sera frappée par de fortes vagues de chaleur, des glissements de terrain, des foudres et des grêles inconnues jusqu’à peu.

Un réchauffement de 4°C causerait d’immenses tempêtes. Chaque ville subirait des destructions et compterait des morts et des blessés.  La survie à cette hécatombe serait hasardeuse, la civilisation s’effondrerait vite, et nos enfants ou nos petits-enfants se battraient pour l’existence entre crise économique et le déchaînement de la Nature, se cacheraient des vagues de chaleur dans les décombres, défendraient leur potager cultivé sur les décombres de l’école actuelle, fuiraient les inondations.

Certains estiment qu’il vaut mieux laisser la Nature se débarrasser du cancer humain et se reconstituer elle-même.  Là, je ne suis pas d’accord, il me paraît important est de sauver les vies humaines.

Géo-ingénierie

De nombreuses solutions de géoengénierie sont actuellement étudiées.  Plusieurs scientifiques recommandent de regeler la mer Arctique pour contenir le réchauffement direct et la fonte du permafrost sous-marin. Une étude récente estime que c’est tout à fait faisable. Ils proposent d’utiliser une flotte de 125 jets volant à haute altitude pour sprayer des particules aérosols de SO2 qui réduiraient l’ensoleillement des pôles en été (communiqué).

Le professeur Peter Wadhams demande depuis longtemps la géo-ingénierie et propose de répandre plutôt des gouttelettes d’eau de mer qui éclairciraient les nuages, de concert avec  la capture le gaz carbonique présent actuellement dans l’air (Interview Vidéo avec Steven Salter, qui développe cette technologie).

Le scientifique anglais David King proposait aussi à la COP26 de regeler l’Arctique par des techniques artificielles.

Une solution était de reformer directement une glace épaisse à la surface de la mer Arctique. Elle me paraît préférable à l’obscurcissement du soleil. La différence de luminosité aurait des conséquences sur les végétaux et les animaux et les produits utilisés pourraient être une nouvelle source de pollution. Je me suis livrée à une longue réflexion à ce sujet ici.  Je ne suis pas sûre si une technologie capable de fabriquer de la glace à l’échelle d’une mer existe déjà. Une mauvaise idée était de répandre des billes de verre ou de polystyrène à la surface de la glace, ce serait très nocif pour les poissons, les oiseaux et les autres animaux marins qui les avaleraient sûrement. J’ai aussi vu une proposition de miroirs flottants acclamée par le professeur Guy McPherson, et des bateaux congélateurs qui formeraient des blocs de glace. Idéalement ils devraient être alimentés par l’énergie solaire et/ou par la chaleur dégagée lors de la formation de la glace.

D’autres propositions suggèrent d’augmenter la capture du carbone par les algues. Shaun Fitzgerald du Cambridge Center for Climate Repair propose de cultiver des algues sur les plateformes flottantes en haute mer (lien). Cette solution pourrait être bénéfique pour les écosystèmes marins.

Si nous nous lançons dans la géo-ingénierie, nous devons absolument protéger les écosystèmes et leur capacité de capture de carbone naturelle, et éviter une pollution supplémentaire à l’Humanité.

Image du lac avec bulles de méthane par David Mark de Pixabay

Blog: Les dominos climatiques selon Dunlop et Spratt

Blog: Apocalypse selon Guy McPherson

 

Les fonds marins ont émis du méthane qui a augmenté l’effet de serre

La fonte du Groenland a provoqué des émissions de méthane

Une nouvelle étude montre que les fonds marins ont émis du méthane il y a 125’000 ans. Ce gaz augmente énormément l’effet de serre et constitue un danger pour la vie sur Terre.

Lors de l’épisode chaud Emien, la température des océans était d’1 à 1,5°C plus élevée qu’aujourd’hui.  La fonte abondante des glaces du Groenland a probablement perturbé circulation océanique et empêché les eaux froides d’attendre les eaux intermédiaires de l’Atlantique tropical. Dans l’Atlantique tropical, les eaux se sont réchauffées beaucoup plus pendant des courts intervalles de quelques centaines d’années.

A la période où la température a augmenté, des trous se sont formés sur le fond océanique (images ici).  Ces traces indiquent probablement l’échappement de bulles de méthane. Des indices de ce type sont trouvés à plusieurs endroits de la Planète, à d’autres endroits  le gaz a aussi pu s’échapper par diffusion sans laisser ces marques.

Les coquilles des foraminifères dans les sédiments témoignent de la présence de méthane. Une basse teneur en isotope 13C indique sa présence. Dans les sédiments de cette période de réchauffement, la concentration de 13C change selon un gradient de profondeur. Il est plus rare chez les organismes benthiques, ce qui suggère que l’eau était enrichie en méthane venant des fonds marins.  Une augmentation de la concentration de Barium dans les coquilles fossiles confirme l’abondance de méthane à l’époque. Les périodes de libération de ce gaz semblent s’étaler sur des centaines ou un millier d’années.

Le réchauffement des eaux intermédiaires au cours de la dernière glaciation et du début de la déglaciation a augmenté la température du fond océanique, et a conduit à la dissociation des hydrates de méthane souterrains peu profonds et à la libération de méthane, massive et généralisée. Ce gaz était trop abondant ou dégagé trop vite pour être dégradé dans l’eau. Il a atteint l’atmosphère et a augmenté le réchauffement planétaire. La concentration de méthane s’était alors accrue de 20 ppb.

Les chercheurs trouvent des indices d’émissions de méthane de fonds à 1295 m de profondeur.   Ils supposent que la dissociation d’hydrates de méthane a pu causer des instabilités et des glissements dans les fonds océaniques ce qui aurait exposé plus de couches de méthane et amplifier sa dissociation.

L’étude suggère que l’arrêt de la circulation thermohaline peut avoir un effet  très important sur la température des eaux intermédiaires. Selon les auteurs, il semble y avoir un lien fort entre les périodes  de réchauffement du Quaternaire et le dégagement du méthane du fond marin, qui a amené un feedback positif.

Les processus qui ont déclenché l’avant-dernier épisode chaud pourraient nous montrer comment l’affaiblissement de la circulation océanique causé par la fonte du Groenland amplifie le réchauffement des eaux intermédiaires et celui de l’atmosphère (Weldeab et al, PNAS 2022), d’autant plus que le réchauffement actuel est plus rapide que par le passé. Cela pourrait aussi avoir des conséquences sur la fonte des glaciers Antarctiques.

Risque d’accélération du réchauffement

Cette étude est très inquiétante. Le méthane est un gaz qui augmente très fortement l’effet de serre. Aujourd’hui, le permafrost de Sibérie et d’Alaska ainsi que celui des fonds marins contiennent d’immenses quantités de carbone qui pourrait être dégagé sous forme de méthane. De nombreux scientifiques attirent l’attention sur le danger de ces émissions, qui pourraient mener à une forte aggravation du réchauffement climatique. Peter Wadhams et quelques autres appellent à regeler l’Arctique pour éviter ce danger.

Le permafrost semble dégeler plus rapidement et plus profondément que prévu (N. Shakova); les vagues de chaleur qui balayent la Sibérie et les feux de forêt allumées par des foudres sans précédent accélèrent ce processus.  Le fond de la mer de Sibérie émet de plus en plus de geysers de bulles de méthane et l’Académie Russe des Sciences a informé que ce gaz augmente déjà l’effet de serre. Le méthane s’échappe maintenant en grandes quantités, les zones effervescentes bouillonnantes atteignent un kilomètre de diamètre (Swerus-C3) .

E. Cardoso estimait il y a quelques années qu’un dégagement de méthane dangereux par diffusion pourrait se produire lorsque la température des fonds océaniques augmentera de deux degrés.

Pour le moment, le méthane contribue peu au réchauffement mais il constitue un énorme danger futur. Les réflexions sont en cours depuis des années sur les solutions possibles.

Pour pallier à ce risque, plusieurs scientifiques recommandent de regeler la mer Arctique. Une étude récente estime que c’est tout à fait faisable. Ils proposent d’utiliser une flotte de 125 jets volant à haute altitude pour sprayer des particules aérosols qui réduiraient l’ensoleillement des pôles en été (communiqué). Je ne suis pas du tout convaincue de cette solution (blog), des scientifiques appellent à étudier cette technologie avant de l’utiliser car elle pourrait avoir plusieurs conséquences imprévues sur le climat et sur les écosystèmes (article). Je préfère déjà l’idée de fabriquer d’énormes glaçons pour reformer la glace arctique. La réduction de l’ensoleillement en été pourrait influencer la croissance de la végétation et du plancton dans les régions boréales. Il faudrait vérifier quelles seraient les conséquences de la réduction de luminosité et des particules sur les écosystèmes.

Communiqué de presse Weldeab

Anciens blogs:

Le méthane du permafrost augmente le réchauffement

Nous pouvons sûrement survivre au méthane

 

Image de couverture par Gerd Altmann de  Pixabay

 

 

 

 

Bilan de l’année 2021, année charnière pour le climat

2021 pourrait s’avérer être l’année la plus critique dans nos efforts pour lutter contre le changement climatique. Après quatre ans d’inaction et de recul de l’administration Trump, les États-Unis du président Biden tentent de rattraper le temps perdu.

1. COP26:  Une centaine de pays s’engagent pour le zéro net et pour les forêts

Quelques heures seulement après son investiture, le président Biden a rejoint l’accord de Paris sur le climat de 2015 dont l’ancien président Trump s’était retiré. En novembre, Biden a assisté aux pourparlers sur le climat de Glasgow, également connus sous le nom de COP26, pour faire avancer les efforts de l’accord de Paris. La réunion a abouti au Pacte climatique de Glasgow, un accord approuvé par près de 200 pays. Alors que les engagements des nations n’étaient pas assez ambitieux pour atteindre l’objectif ambitieux de l’accord de Paris – maintenir le réchauffement climatique à 1,5 ° C – 136 pays se sont engagés à atteindre le zéro net au cours des prochaines décennies. Cent cinquante-trois pays ont amélioré leurs contributions déterminées au niveau national – leurs plans d’action climatique non contraignants – et ils devraient revenir l’année prochaine, au lieu d’attendre encore cinq ans, avec des plans d’action encore plus ambitieux.

Plus de 100 dirigeants mondiaux se sont engagés à mettre fin à la déforestation d’ici 2030, dont le Canada, la Russie, la Chine, l’Indonésie, le Brésil et les États-Unis. Plus de 100 pays ont également signé le Global Methane Pledge, s’engageant à réduire les émissions de méthane de 30 % par rapport aux niveaux de 2020 d’ici 2030. Pour la première fois, les négociateurs sur le climat ont appelé à l’élimination progressive des combustibles fossiles et ont établi des règles pour établir des marchés internationaux du carbone. Et dans une annonce surprise, les États-Unis et la Chine ont convenu de travailler ensemble pour essayer de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C en coopérant sur les réglementations et les normes environnementales, les politiques visant à promouvoir la décarbonisation, la conception verte et la mise en œuvre de nouvelles technologies.

2. L’infrastructure de Biden et Build Back Better Bills

Le projet de loi d’infrastructure de 1 000 milliards de dollars du président Biden, qu’il a promulgué en novembre, prévoit des milliards de dollars pour lutter contre le changement climatique. Pour permettre une plus grande utilisation des énergies renouvelables, 73 milliards de dollars seront consacrés à la modernisation du réseau électrique. Quarante-sept milliards de dollars seront consacrés à la résilience climatique pour aider les communautés côtières à faire face à davantage d’ouragans et d’inondations, et aider d’autres régions à lutter contre l’augmentation des incendies de forêt. Pour accélérer la décarbonation des transports, 500 000 nouvelles bornes de recharge seront construites pour les véhicules électriques.

Le projet de loi Build Back Better de Biden, s’il est adopté, serait le plus grand effort de l’histoire américaine pour lutter contre le changement climatique. Il offrirait des remises et des crédits d’impôt pour motiver les consommateurs à passer à l’énergie propre et à l’électrification, et fournirait des incitations à développer l’énergie solaire et éolienne. Il investirait également dans des solutions climatiques naturelles telles que la gestion des forêts et la conservation des sols, établirait un corps civil pour le climat pour conserver les terres publiques et fournirait des subventions aux communautés de justice environnementale. Désormais bloqué par le sénateur Joe Manchin, le projet de loi Reconstruire en mieux devra être renégocié pour avoir une chance d’être adopté. Vu le risque de la multiplication de catastrophes, il faut donner la priorité aux infrastructures vitales avec des bons prognostics de survie.

3. Le pipeline Keystone XL s’est arrêté

Le président Biden a retiré le permis que son prédécesseur avait accordé au controversé pipeline Keystone XL. Mis en service en 2010, le pipeline a été conçu pour transporter 900 000 barils de pétrole sale provenant des sables bitumineux chaque jour de l’Alberta aux raffineries de l’Illinois et le long de la côte du golfe du Texas. L’extraction et la production de sables bitumineux entraînent trois à quatre fois plus de pollution par les gaz à effet de serre que la production pétrolière conventionnelle. Après 10 ans de manifestations dirigées par des Autochtones, TC Energy a finalement annulé ses plans pour l’énorme oléoduc de pétrole brut.

Image par PIRO4D de Pixabay

4. Les satellites de la NASA

La NASA a annoncé des plans pour une nouvelle flotte de satellites d’observation de la Terre. L’Observatoire du système terrestre surveillera les nuages ​​et les aérosols, et donnera aux scientifiques de nouvelles perspectives dans les températures et la chimie de la planète. Les données recueillies par les satellites devraient améliorer les prévisions météorologiques, évaluer les niveaux d’eau et les sécheresses pour permettre une meilleure planification de l’utilisation de l’eau et des interventions en cas de catastrophe, et permettre aux chercheurs d’étudier comment le changement climatique affecte l’alimentation, l’agriculture, l’eau et l’utilisation de l’énergie. Les résultats seront gratuits pour les chercheurs du monde entier. Après les tentatives de l’ancien président Trump d’annuler les missions de sciences de la Terre de la NASA, avec cette nouvelle flotte de satellites, la NASA fait à nouveau partie intégrante de l’élaboration de la politique climatique du pays.

5. Implication des jeunes

Selon une étude récente du Lancet, près de 60 % des jeunes de moins de 25 ans se disent extrêmement préoccupés par le changement climatique. Cette année, des milliers de jeunes dans plus de 1 500 endroits à travers le monde sont descendus dans la rue avant la COP26 pour obliger les dirigeants à lutter avec force contre le changement climatique. Et à Glasgow, des dizaines de milliers, dont beaucoup de jeunes inspirés par la militante suédoise pour le climat Greta Thunberg, ont défilé pour un changement systémique.

En fin de compte, Thunberg a considéré la COP26 comme un échec parce que les dirigeants n’avaient pas pris de mesures suffisamment drastiques pour mettre fin à l’utilisation des combustibles fossiles, mais son combat continue. Elle a tweeté à ses cinq millions d’abonnés sur Twitter : “Le vrai travail continue en dehors de ces salles. Et nous n’abandonnerons jamais, jamais.”

Cette année a aussi été ponctuée d’échecs et de catastrophes.

1. La COP26 n’a pas atteint les objectifs fixés

Lors de la COP26, les pays étaient censés avoir revu leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) et les ont augmentées pour être plus ambitieuses conformément à l’accord de Paris. Alors que de nombreux pays se sont conformés, certains grands pays ont soumis à nouveau les mêmes objectifs qu’ils avaient en 2015 (Australie, Indonésie, Russie, Singapour, Suisse, Thaïlande, Vietnam) ; certains ont soumis des objectifs encore plus faibles (Brésil, Mexique) ; et la Turquie et le Kazakhstan n’ont pas du tout soumis de nouvelles NDC.

Le financement climatique a également échoué. Parce que les pays en développement du monde ont le moins contribué au réchauffement climatique mais sont ceux qui souffrent le plus des impacts du changement climatique, en 2009, les pays riches se sont engagés à fournir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour les aider à faire la transition vers une énergie propre et à renforcer leur résilience face au changement climatique. les impacts du changement. Selon l’OCDE, en 2019, près de 80 milliards de dollars ont été levés, mais l’objectif de 100 milliards de dollars ne sera probablement pas atteint avant 2023. Bien que les pays aient promis des millions de nouveaux engagements à la COP26, beaucoup étaient sceptiques car les engagements initiaux n’ont pas été tenus. Les pays riches résistent aux tentatives visant à leur faire payer les dommages infligés aux pays les plus vulnérables par le changement climatique. Biden a promis d’augmenter la contribution des États-Unis à 11,4 milliards de dollars par an d’ici 2024, mais selon le groupe de réflexion mondial ODI, la juste part des États-Unis devrait être plutôt de 30 à 47 milliards de dollars par an.

2. Le CO2 dans l’atmosphère a battu des records

Le Global Carbon Project a révélé que les émissions du charbon et du gaz ont augmenté en 2021, les émissions de combustibles fossiles augmentant de 1,4 à 5,7 % dans le monde après une baisse de 5,4 % en 2020 en raison de la pandémie. La quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a battu un autre record cette année, culminant à 419 ppm selon l’observatoire Mauna Loa de la NOAA. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis le début des mesures précises il y a 63 ans. Le niveau de CO2 dans l’atmosphère aujourd’hui est à peu près ce qu’il était il y a 4,1 à 4,5 millions d’années, lorsque le niveau de la mer était de 78 pieds plus haut qu’aujourd’hui.

3. Les impacts climatiques se sont aggravés

2021 a été une année de conditions météorologiques extrêmes dévastatrices. Aux États-Unis, il y a eu des vagues de chaleur record dans le nord-ouest du Pacifique, des crues soudaines dans le nord-est, des ouragans destructeurs dans les océans Atlantique et Caraïbes et dans le golfe du Mexique, ainsi qu’une sécheresse historique et des incendies de forêt qui font rage dans le sud-ouest. De nombreux autres pays du monde ont également été touchés par de fortes précipitations et des inondations.

Des vagues de chaleur extrêmes ont frappé le Japon, l’Irlande, la Turquie et l’Angleterre, et de nombreuses régions de la Méditerranée ont connu des températures record et une sécheresse. Les incendies de forêt ont produit 1,76 milliard de tonnes métriques d’émissions de carbone dans le monde, avec des incendies en Sibérie, en Turquie et aux États-Unis, des incendies de forêt battant des records pour la quantité de carbone qu’ils ont émise. Le niveau moyen mondial de la mer a atteint de nouveaux sommets en 2021 : la dernière mesure était d’environ 100 mm de plus que son précédent record en 2020 de 91,3 mm au-dessus des niveaux de 1993.  Une plateforme retenant le glacier Thwaites en Antarctique se fracture, alors la montée du niveau de la mer pourrait largement dépasser les prévisions actuelles (blog).

4. La déforestation amazonienne a augmenté

La déforestation dans la forêt amazonienne du Brésil a augmenté de 22%, atteignant son plus haut niveau depuis 2006. D’août 2020 à juillet 2021, plus de 5 100 miles carrés de forêt ont été rasés, une superficie près de 17 fois la taille de la ville de New York. Bien que le président brésilien Bolsonaro ait affirmé que son gouvernement ralentissait la déforestation, il a encouragé le développement de l’Amazonie pour l’exploitation minière et l’agriculture à grande échelle, et n’a pas adopté de lois pour empêcher la déforestation.

5. Biden a approuvé le forage de combustibles fossiles sur les terres publiques

Malgré l’engagement de campagne du président Biden à mettre fin aux nouveaux forages de combustibles fossiles sur des terres publiques, il a approuvé plus de permis de forage de pétrole ou de gaz sur des terres publiques que Trump n’en a fait au cours des trois premières années de sa présidence. Jusqu’à présent, le Bureau of Land Management a approuvé 333 permis de forage chaque mois, avec un pic de 652 en avril. De plus, il prévoit d’organiser davantage d’enchères de crédit-bail au cours du premier trimestre de 2022. En novembre, les sociétés pétrolières et gazières ont obtenu le droit de forer en mer sur plus de 1,7 million d’acres du golfe du Mexique lors de la plus grande vente de crédit-bail offshore de l’histoire des États-Unis. Cette vente a le “potentiel d’émettre 723 millions de tonnes métriques de CO2 dans l’atmosphère au cours de sa durée de vie, ce qui équivaut à faire fonctionner plus de 70% des centrales électriques au charbon des États-Unis pendant un an”, selon le Center for American Progress. .

Après que l’administration Biden a suspendu tous les nouveaux baux l’année dernière, elle a affirmé que les tribunaux l’avaient obligée à organiser la vente aux enchères, mais a reconnu plus tard qu’elle n’y avait en fait pas été forcée. Et alors même que Biden appelait chaque nation à réduire ses émissions à la COP26, il exhortait les pays producteurs d’énergie à augmenter leur production pour augmenter l’approvisionnement en pétrole en raison des prix élevés de l’énergie.

6. Les prix de l’énergie ont augmenté

Les prix du pétrole, du gaz naturel, du diesel et du charbon ont bondi de plus de 80 % en 2021 parce que la demande d’énergie a rebondi après la pandémie plus rapidement que la production ne pouvait supporter. Les prix du gaz naturel et du charbon ont atteint des niveaux records et une pénurie mondiale de gaz a entraîné une augmentation de la demande de charbon.

En conséquence, la production mondiale de charbon devrait augmenter de 9 % cette année. L’Energy Information Administration a prédit que les factures de fioul domestique aux États-Unis seraient 39 % plus élevées que l’année dernière, celles du gaz naturel 26 % plus élevées et celles de l’électricité 6 % plus élevées. Les ménages pourraient finir par payer de 22 à 94% de plus pour chauffer leur maison cet hiver. Alors que ce serait un moment logique pour redoubler d’efforts pour passer à l’énergie propre, la flambée des prix de l’énergie peut en fait entraver le mouvement vers les énergies renouvelables.

d’après Renee Choo

La vague de chaleur à 49°C au Canada, des records de plus de 45°C en Europe, les inondations d’Allemagne et de Belgique, les grosses grêles, nous montrent la face du réchauffement climatique et les innombrables problèmes qu’il cause. De  plus en plus de personnes vivent ces perturbations et prennent conscience de leur réalité.  Il est essentiel de limiter le réchauffement climatique au plus vite, de ne pas dépasser des seuils irréversibles. Si le passage aux énergies renouvelables n’est pas assez rapide,  il faut peut-être réduire d’urgence quelques activités polluantes, pour pas déclencher d’effets plus graves.

 

 

Architecture des catastrophes

Le Futur apportera de nombreux événements extrêmes

Le Forum des 100 du Temps présentait plusieurs beaux projets de villes durables et écologiques.. Les nouveaux quartiers auront des maisons à excellent bilan énergétique, des potagers, des commerces de proximité.  Certains de ces projets étaient en discussion depuis vingt ans, et se réaliseront maintenant, dans les années 2020 (articles du Temps).   

Or aujourd’hui, un déluge s’abat chaque jour sur une ville sur Terre. Le réchauffement climatique provoque des pluies de plus en plus intenses, souvent très localisées. La ville de Londres subit maintenant des inondations toutes les quelques semaines ou quelques mois.  Elles touchent souvent un seul quartier (lien BBC).  

Le climat apporte chaque jour de nouveaux événements: cet été de nombreuses chutes de grêle en Europe,   plusieurs tornades,  et un vent fort qui a causé des dégâts  à Zurich. 

Dans d’autres pays, des catastrophes météorologiques plus fortes se produisent. Comme le président du GIEC l’a confirmé en 2020, elles dépassent largement les prévisions, certains événements atteignent déjà le niveau prévu pour 2100.  Nous avons que le climat s’aggravera, alors ces événements  pourraient survenir chez nous dans les prochaines décennies. 

Les vents violents arrachent des toits d’immeubles en Russie. Ils se détachent par plaques entières de dizaines de mètres.  Des tornades ont touché cet été les mégapoles chinoises à quelques reprises au moins.  Les vents cassent les grues et les échauffaudages, les panneaux de signalisation, les arbres, et promènent les voitures comme des ballons.    Les inondations interrompent le traffic, détruisent les stocks et la machinerie en en sous-sol, et sapent les fondations de bâtiments.  Les glissements de terrain, en augmentation dans l’Himalaya, emportent les routes et les maisons.

L’année dernière, le vent de Derecho dans l’Iowa a brisé des milliers d’arbres et de poteaux électriques et bloqué des routes pendant plusieurs jours, laissant la population sans aide ni ravitaillement à 40 °C. Cet été, un vent fort a causé des dégâts à Zurich, il y a deux ans à Genève. En Chine, les vents ont rendu impossible la marche dans les rues à plusieurs reprises cet été. Si cela augmente, les dégâts deviendront importants. Plusieurs mégapoles ont essuyé des tornades. La grêle cause d’énormes dégâts et les tornades sont extrêmement destructrices.

La chaleur tue très vite, en un jour.

Ces problèmes restent largement ignorés même si certains écoquartiers comportent des grandes bouches d’évacuation d’eau.  

L’étendue et l’ampleur exactes dépendront de l’application des solutions et ne sont pas encore connues Il est difficile d’anticiper l’avenir entre le scénario du GIEC, les risques de réchauffement abrupt plus rapide, la possibilité de géo-ingénierie longuement évoquée dans le dernier rapport du GIEC, et l’intervention de plusieurs volcans, qui pourraient limiter le réchauffement en 2021 et 2022, mais n’entreront probablement pas en éruption chaque année. 

Des changements brusques et graves du climat sont vraiment possibles Les tempêtes pourraient devenir très différentes, en particulier s’il y a un saut soudain de la température de la Terre de 1°C par an, ce qui est possible  lors d’une année El Niño, au cours de cette décennie, ou un peu plus tard, à cause d’émissions explosives de méthane, de la mort de l’Amazonie, etc.

Will Stephen (auteur de cet article important sur les points de basculement) a déclaré dans une interview en mai : » Les trajectoires de températures sont lisses car les modèles ont des problèmes à gérer les discontinuités à grande échelle, les changements brusques. Ils (les points de bascule)  sont des risques extrêmement importants. Je dirais que vous ne pouvez pas les classer dans la catégorie des risques à faible probabilité d’impact élevé, je dirais qu’ils sont des risques à probabilité raisonnable d’impact élevé ». Il parle d’événements très graves, mais peut-être éloignés dans le temps. Cela dit, le Futur est très incertain.

Adaptation aux catastrophes

Aujourd’hui, j’habite dans une maison villageoise vieille de plusieurs siècles.  Face au climat, pouvons-nous encore espérer construire quelque chose qui tiendra aussi longtemps? Pouvons-nous construire des bâtiments qui tiendront cent ans?

Nous devons être très prudents dans les constructions et les infrastructures futures. Nous avons besoin d’une architecture et d’un urbanisme de catastrophes, pour un monde d’ouragans et de décombres.

Nos rues se transformeront de plus en plus souvent en rivières.  Faut- il créer des promenades au 2ième ou 3ième étage des immeubles pour les éviter? Les fondations sont sapées par les inondations, elles devraient être revues et planifiées dorénavant en vu de cet avenir. Un article récent appelle à repenser la résilience (phys). La durabilité doit aussi être considérée dans le sens premier du terme.   Je ne veux surtout pas remplacer les éco-quartiers par des bunkers, la qualité de vie est importante, et la verdure et la communication l’améliorent beaucoup. Cependant, je crois que  nous devons arrêter toutes les constructions fragiles, ou  prévues dans des zones à risque.

Les projets de constructions pourraient aussi être analysés pour leur résistance aux tornades, aux inondations d’un, deux ou cinq mètres, aux ouragans, aux grêles, et les plus résistants auraient la priorité. Ou une autre solution, plus judicieuse, serait peut-être un moratoire quasi-total sur les constructions, jusqu’à ce que des chiffres plus précis sur le événements extrêmes soient disponibles dans cinq ou dix ans.

L’EPFL  devrait  enseigner à tous les ingénieurs et architectes les événements météorologiques extrêmes, la météo du futur, des vingt ou de cent prochaines années.   C’est très difficile parce que les chiffres corrects n’existent pas encore. Il y a au moins trois façons de prévoir ces événements. Une consiste à analyser en détail les résultats de modèles climatiques et y relever les événements   extrêmes possibles. Les climatologues demandent un centre de la taille du CERN pour étudier les catastrophes possibles qui apparaissent dans les modèles climatiques. L’équipe de Sonia Seneviratne à l’ETHZ le fait peut-être.

Une deuxième façon est d’observer les changements actuels, les inondations, ouragans, tornades, à analyser leur rapide progression et à faire des projections pour le Futur.

Enfin, si une règle de progression d’événements climatiques peut être déduite des observations et d’expériences, il est possible de prévoir leur évolution future.

Bien sûr, si nous admettons que le Futur n’est pas encore écrit, les événements extrêmes dépendent de l’action climatique.

Alors d’un côté, il faut établir les valeurs qui définiraient les catastrophes futures.  Elles sont été largement sous-estimés.

A mon avis, nous avons besoin de deux ou même trois instituts de recherche: Un institut de recherche sur le risque climatique, qui étudiera au moins les événements déjà présents sur la Planète Terre: grêles géantes, inondations, tornades. Ils peuvent être enseignés sans probabilité exacte qui sera établie en parallèle.

Un institut de météorologie extrême devrait, en fait, étudier les phénomènes atmosphériques extrêmes et établir des modèles de méga-orages, super-ouragans, hyper-vagues de chaleur que l’atmosphère perturbée pourrait engendrer.  Certains phénomènes météorologiques, actuellement limités aux autres Planètes, pourraient être étudiés aussi.

Un autre institut devrait être consacré à l’adaptation, et prévoir des bâtiments, des matériaux, des routes qui résisteraient à un climat extrême et changeant.  Il devrait tout de suite considérer des événements très graves, et rechercher des solutions pour ceux-là.  Il y a sûrement des adaptations très simples, des canaux, des volets aux fenêtres, et elles doivent être prévues. 

Ainsi, nous regarderions le Futur en face.

 

Addendum le 25 octobre: Grêlon du 21ème siècle

Istamboul fin novembre 2021 : vidéo

Biosphère et interventions humaines à l’étude (rapport 6 du GIEC chap 5)

Je résume ici essentiellement la fin du chapitre 5 du 6ième rapport du GIEC, qui traite des interventions humaines possibles et de leurs effets sur la Biosphère.  Actuellement, les plantes terrestres captent à peu près un tiers de carbone émis, et les océans un tiers.  Le GIEC prévoit une diminution de l’absorption par les océans.

L’afforestation ou la reforestation pourraient capter du CO2 dans la biosphère.  Les effets seraient bénéfiques à des nombreux niveaux. La biodiversité, le cycle hydrologique, la stabilité et la composition des sols seraient améliorés.  Les forêts émettent aussi des composés qui favorisent la condensation des nuages et changent l’albédo de la Planète. Je passe un peu ici sur les bienfaits évidents de ces solutions simples, naturelles et porteuses de vie pour me présenter les autres techniques.

L’utilisation des terres pour l’agriculture humaine a provoqué la perte de 116 PgC dans les derniers 12’000 ans. Le sol s’est appauvri, le carbone qu’il contenait sous forme d’humus ou de bactéries, champignons et insectes est maintenant dans l’atmosphère.  Il est possible d’inverser cette perte et d’augmenter le carbone du sol en choisissant des variétés à grandes racines, en introduisant la rotation des cultures, en laissant des résidus végétaux sur place, et en utilisant des couverts. La fertilité du sol en serait améliorée.

Le sol peut aussi être enrichi en carbone par BECCS (bioénergie avec capture et stockage de carbone). Le Biochar est le produit de la combustion des matières végétales. Son ajout aux sols augmente les stocks de carbone et la fertilité. Le biochar améliore le rendement particulièrement des sols déjà dégradés.  Les risques de l’introduction de ces composés dans le sol ne sont pas bien compris (Lorenz et Lal, 2014). Je crains personnellement qu’il ne soient cancérigènes ou toxiques pour certains organismes du sol,  alors que d’autres auteurs  pensent que cela pourrait accroître la biodiversité du sol.

La restauration des tourbières et zones humides par l’arrosage compenserait et augmenterait la quantité de carbone perdue actuellement.

La capture de carbone dans les océans passerait par l’accroissement de la productivité des écosystèmes marins. L’idée est d’ajouter de l’azote dans les océans pour stimuler la productivité des algues, à la base de la chaîne alimentaire marine. Les algues utiliseraient plus de CO2 si elles disposaient de plus d’azote pour leurs molécules essentielles.  Le GIEC note que les conséquences d’un ajout d’azote dans l’océan sur cet écosystème sont incertaines. 

La restauration des écosystèmes côtiers, marais, mangroves, algues, pourrait capter le carbone.  La montée du niveau de la mer pourrait augmenter cet effet, mais les vagues de chaleur marines sont un risque.  Le potentiel global est de moins de 0.02 Pg C/y.

Magrovier et océan – Image par Pat Josse de Pixabay

Enhanced Weathering (EW): Les scientifiques étudient aussi la possibilité de décupler les réactions chimiques se produisant naturellement sur Terre. il s’agirait de répandre des roches moulues, par exemple de l’olivine, sur les plages ou les champs, les sols ou les océans. Elles fixeraient le CO2 par réaction chimique spontanée. Des essais sont en cours (lien).  Ces roches augmenteraient le pH des oceans, l’effet serait donc inverse de l’acidification causée par le CO2.  Cela pourrait améliorer la productivité des champs, mais aussi libérer des métaux toxiques, ce qui évidemment serait très nocif.  Ce risque devrait évidemment être contrôlé ou exclu.

DACCS: Capture de carbone de l’air avec stockage de carbone. Des usines de capture de carbone de l’air sont actuellement développées, notamment en Suisse (Installation suisse, Climeworks). Différents moyens chimiques sont utilisés pour capter le CO2.   Il serait ensuite stocké dans des réservoirs géologiques sous forme de gaz sous pression ou de carbonate.  Le GIEC relève que le gaz sous pression pourrait présenter des risques, et l’air qui sort de l’installation pourrait être trop pauvre en CO2 pour la végétation à proximité.

Des projets de capture de méthane apparaissent aussi.  Le processus pourrait être réalisé dans l’air,  par ” zeolite trapping ” et modification chimique. Le méthane du sol peut être dégradé naturellement par les bactéries du sol, et la présence de forêts facilite ce processus. Une étable pourrait diriger son aération à travers le sol où le méthane serait consommé par les bactéries naturellement présentes.  Il pourrait aussi être dégradé par des biopolymères qui incluraient des enzymes décomposant le méthane.  Ces technologies sont cependant encore dans l’enfance. 

Nuage Cirrus

SRM  La modification du rayonnement solaire par des molécules dans l’atmosphère diminuerait la proportion de lumière solaire qui atteint la Terre mais augmenterait la diffusion de la lumière.  L’effet de changement de lumière sur la croissance des plantes varie dans différents modèles.   La températures ne monteraient pas autant, ce qui pourrait limiter la croissance des plantes dans les régions boréales mais réduirait les risques des vagues de chaleur et de sécheresses. Cette intervention pourrait cependant modifier le cycle et la disponibilité de l’eau.  Les différents types de modification d’atmosphère auraient des effets un peu différents sur la productivité végétale et sur le cycle hydrologique.

L’injection d’aérosols dans la stratosphère (SAI) comporte le risque de d’une diminution d’ozone qui pourrait comporter des risques pour la végétation (voir blog  sur les risques, très exhaustif sur ces risques).

L’éclaircissement des nuages (MCB, marine cloud brightening) consiste à éclaircir les nuages en formant des gouttelettes plus petites, par la dispersion de sel marin par exemple.  A priori, cette technologie semble propre, peu polluante, mais pourrait augmenter  la durée de vie du méthane dans l’atmosphère et provoquer une pollution par l’ozone. 

Malheureusement, si stabilise le méthane, elle serait inutilisable en cas d’émissions de méthane du permafrost, et ce ce jour-là que nous pourrions avoir vraiment besoin de géo-ingénierie, car les températures monteraient haut et vite. Je suis très heureuse de voir apparaître des recherches sur la capture du méthane.  L’émission du méthane du permafrost est un des plus graves risques pour la vie sur Terre.  Le GIEC, qui se base sur les mesures datant de quelques années, la considère comme peu probable, mais des scientifiques alertent sur ce risque futur, et il est tout à fait souhaitable de nous en prémunir.

Enfin, le CCT (cirrus cloud thinning) vise à affiner les nuages affiner les nuages cirrus en créant des cristaux de glace plus gros. La nucléation des cristaux serait provoquée par du triiodide de bismuth ou de l’acide sulfurique ou nitrique.  Je dois me documenter plus cette technique. 

Les modèles montrent de façon convaincante que dans un monde à haute concentration de CO2, la géo-ingénierie augmenterait la masse des plantes vertes sur la Terre.  Cet effet serait positif.  Si nous les laissons pousser, des magnifiques forêts capteraient le carbone et assureraient un bon fonctionnement de la biosphère.

Par contre l’acidification des océans et ses dommages pour la vie marine se poursuivraient.  Il faut aussi noter que ces technologies de modification de lumière solaire devraient être appliquées sans interruption. Un arrêt soudain de cette géo-ingénierie, comme une fermeture de parasol, ferait monter brusquement les températures.

J’ajoute que nombreux pays appliquent actuellement une technologie qui n’est pas mentionnée dans le rapport, les pluies artificielles, provoquées par exemple par dispersion de l’iodure d’argent.  L’Indonésie s’en est servie pour éviter les feux de forêt, les pays du proche-Orient pour limiter les vagues de chaleur extrêmes, la Chine augmente maintenant la portée de leur dispositif jusqu’à toucher la moitié du pays.  Les effets sur la croissance des plantes et sur leur capture du carbone pourraient aussi être positifs, et devraient être étudiés.

 

Les événements extrêmes annoncent un changement grave du climat

Je suis stupéfaite de voir que le vaccin et le certificat covid remplissent l’espace consacré à l’actualité à la télévision alors qu’en arrière-plan,  en dix secondes, nous voyons  d’immenses feux de forêts dévaster la Grèce et la Turquie, affligées d’une vague de chaleur exceptionnelle. Il y a un mois, le Canada a atteint 49°C.  Il y a deux semaines, les statisticiens livraient leurs conclusions: selon les modèles de réchauffement climatique,  une telle vague de chaleur devrait survenir tous les mille ans. Si elle se produisait plus souvent, les estimations des experts devraient être revues. Or les événements exceptionnels se multiplient cette année.  Ce même été, le proche-Orient, et aujourd’hui la Grèce ont aussi connu des vagues de chaleur exceptionnelles.  Les températures en Alaska  dépassent les trente degrés cette semaine,  elles sont totalement hors norme comme celles de la Sibérie au début de l’été. Des dizaines de tempêtes de grêle ont balayé l’Europe, il y a aussi  des tornades.  Cet été apporte des centaines d’événements climatiques étranges, et visiblement le climat est complètement déstabilisé.  Plusieurs experts mondiaux, tels que Johan Rockström,  évoquent la possibilité qu’il ait passé un seuil au delà duquel la météo sera différente. 

L’évolution du climat pourrait alors être très différente des prévisions du GIEC. Le cycle naturel pourrait être rompu, et les éléments qui modèrent habituellement les températures ne joueraient plus leur rôle.  Le changement s’amplifierait. 

Une accélération est de toute façon prévisible. La banquise arctique se réduit presque chaque année et cette année elle a atteint une surface minimum.   Avant, cette mer était toujours couverte d’une couche de glace d’environ un mètre, âgée de plusieurs années. Maintenant, elle est plus fine, souvent brisée en fragments séparés, et la surface de mer ouverte, bleue, s’agrandit régulièrement.

A mesure que la surface de  la glace diminue, la Planète se réchauffe de plus en plus vite. De plus,  le permafrost Arctique fond et commence à émettre du méthane qui amplifiera encore l’effet de serre dans le futur.

Les forêts brûlent partout sur la Planète et perdent leur rôle de puits de carbone.

Il est bien possible que le réchauffement soit déjà plus rapide que prévu, ce qui nous vaut les inondations et les vagues de chaleur de cette année, et qu’il soit sur le point d’accélérer encore. 

Aujourd’hui, les prévisions d’évolution du climat officielles sont basées sur le dernier rapport du GIEC, et les schémas de réduction s’en inspirent. Mais les événements météorologiques de cet été indiquent que le changement pourrait être plus rapide ou plus grave.  Je ne sais pas si les experts livreront des nouvelles prévisions après cet été apocalyptique, s’ils comprennent maintenant bien l’évolution du climat. Il faudra peut-être un peu plus de temps, des nouveaux modèles basés sur la réalité dont la mise au point pourrait prendre quelques années.   Quelques scientifiques ont émis depuis longtemps des théories différentes sur le déroulement du réchauffement, et craignent une évolution très négative, un réchauffement abrupt et dévastateur. Ils étaient parfois taxés d’alarmistes mais les événements récents semblent leur donner raison. 

D’ici dix ans,  ou même à la prochaine année el Nino dans deux ou dans trois ans, nous aurons probablement d’immenses  inondations, des vagues de chaleur mortelles, des grêles géantes, enfin que sais-je… des événements graves qui mettront notre société en danger. 

Nous devons tout faire pour l’éviter. Ce sera difficile, une aggravation est inévitable, mais nous pouvons peut-être sauver les villes dans lesquelles nous vivons et une partie de nos écosystèmes.  Nous ne pouvons exclure qu’au cours de ces prochaines années, une vague de chaleur dépassant les 45°C touche la Suisse, que la forêt proche de ma maison prenne feu,  et que nous ayons à faire face à ce grave danger, comme les Grecs et les Turcs aujourd’hui.  C’est arrivé début juillet au Canada. Nous sommes déjà en danger, l’ère des catastrophes a commencé. Aujourd’hui, nous le savons. 

Nous entrons dans une course à la vie ou à la mort.  Il y a aura de nombreux dommages. Nous avons besoin de nouvelles prévisions basées sur les événements récents. Elles nous permettraient d’estimer ce qui pourra être sauvé et ce qui doit être évacué.

Article du Temps: Climat, l’été de tous les extrêmes

Addendum: Les scientifiques ont ensuite déclaré que les événements de 2021 étaient possibles si le réchauffement suit les modèles  du GIEC, les prévisions d’événements extrêmes doivent être améliorées https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/2021/09/19/une-veritable-prevention-des-risques-climatiques-implique-la-divulgation-des-evenements-les-plus-graves/

L’extinction humaine est-elle proche? L’apocalypse selon Guy McPherson

Guy McPherson est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin.

Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique. Dans une publication récente, qu’il présente dans cette vidéo, il déclare que l’espèce humaine risque l’extinction à court terme. Il cite plusieurs changements inquiétants qui surviennent actuellement sur la Terre, et qui constituent des graves risques pour l’Humanité. Je le trouve un peu réducteur à clamer constamment ‘la fin est proche’- Michael Mann, un climatologue, dont le travail récent suggère que les températures se stabiliseraient si nous diminuons les émissions,  a même dit récemment que Guy McPherson devait être payé par les industries fossiles pour saper l’action climatique, ce qui est certainement aussi exagéré. Guy McPherson fait allusion à des faits et des risques réels de son point de vue d’écologiste.

Selon lui, les conditions de vie nécessaires pour l’humain pourraient être détruites sur Terre, l’Humanité pourrait disparaître, comme l’immense majorité d’espèces s’est éteinte au cours de notre passé géologique. Il remarque que la plupart des vertébrés terrestres disparait à vue d’oeil, alors il pourrait en être de même pour l’Homme.  D’autres écologistes s’alarment aussi du rythme effréné de disparition d’espèces sur Terre, (Paul Ehrlich par exemple, lien), et estiment qu’elle signale un bouleversement majeur du système Terre et y voient un immense danger.

J’objecte que pour le moment, nous annexons tous les écosystèmes sauvages pour produire des aliments pour les humains. Mais il est vrai nous ne le faisons pas intelligemment ni de manière durable.

Méthane dans la mer Arctique et dans le permafrost

GuyMcPherson cite par exemple le méthane dans la mer Arctique ou dans le permafrost terrestre que le réchauffement pourrait libérer, et le gaz émis démultiplierait le réchauffement climatique, avec des très dangereux bouleversements météorologiques.  Cet événement hypothétique est généralement considéré comme possible pour le 22ième siècle, certains craignent une augmentation du réchauffement par le méthane vers 2050 déjà. D’autres, comme Peter Wadhams, pensent qu’elle pourrait se produire à tout moment. Le permafrost semble dégeler plus vite que prévu, les émissions de méthane ont augmenté (traduction d’un discours ONU) ces dernières années et c’est inquiétant.  Les quantités sont encore infimes, mais un processus redouté a commencé. Il pourrait mener à des événements d’une échelle réellement apocalyptique, mais ils devraient nous laisser encore au minimum quelques décennies.  Certains scientifiques pensent que la Nature, a par le passé, éliminé le méthane d’une manière ou d’une autre. Il faudrait cependant rechercher des solutions aux émissions de méthane (blog).

Le nouveau climat terrestre

Ensuite, il fait allusion au travail de Burke qui compare le réchauffement aux climats passés (lien), et calcule que  si nous restons à 2°C du réchauffement, le climat résultant des prochaines centaines d’années sera probablement celui du Pliocène, 2-3°C plus chaud qu’aujourd’hui, avec des hivers froids et des étés caniculaires sous nos latitudes.  Les conditions de culture agricole pourraient alors beaucoup changer.  Si par contre nous suivons la trajectoire de réchauffement rapide sans maîtrise des émissions humaines, jusqu’à 4°C de réchauffement, le climat de la Terre pourrait basculer vers celui de l’Eocène, 13°C plus chaud, au cours du 22ième siècle.  Une température de 4°C ferait probablement fondre les glaces et pourrait provoquer les émissions de méthane qui réchaufferaient la Terre de plusieurs degrés supplémentaires. Ces changements vers un nouvel équilibre climatique se produiraient à l’échelle d’un ou deux siècles.

Aérosols

Actuellement, la combustion du charbon libère des aérosols qui refroidissent l’atmosphère.  L’arrêt immédiat de toutes les industries diminuerait la quantité d’aérosols dans l’atmosphère et réchaufferait la Planète. Si tout s’arrêtait demain, il ferait un peu, peut-être 0,5°C plus chaud pendant quelques années. Une nouvelle étude au moins suggère que l’effet des aérosols est moins fort que prévu par les modèles climatiques (lien ), une autre estime même que les aérosols réchauffent la Planète (lien).   Et tant que le charbon est utilisé, l’effet de serre augmente. En 2020, la Chine a réduit l’activité de ses usines pendant le confinement. Il semble qu’il n’y a pas eu de réduction d’aérosols au niveau planétaire, car d’immenses feux de forêts en Australie et surtout en Amazonie en ont produit beaucoup.

Guy McPherson s’inquiète de l’effet de réchauffement que l’arrêt des usines et de leurs aérosols aurait sur la Planète, mais si les usines étaient mises hors service ou changeaient de source d’énergie progressivement, sur une dizaine d’année, ça devrait aller.  Cela semble la meilleure solution, proche de celle préconisée par le programme des Nations Unies pour l’Environnement (lien).

Approvisionnement alimentaire

Ensuite, il estime que notre approvisionnement alimentaire pourrait être rapidement désorganisé, soit à cause d’une perte de fertilité planétaire causée par la disparition des vers de terre, soit à cause de ruptures de la chaîne d’approvisionnement dans un système impliquant des nombreux transports intercontinentaux.

Les vers de terre dégradent des restes de plantes dans le sol et contribuent à les transformer en humus. Ils aèrent le sol et le rendent perméables à l’eau (brochure FIBL EN) . Le travail cité par Guy McPherson estime que 83% des vers de terre ont aujourd’hui disparu.  L’usage de pesticides chimiques et de lourdes machines agricoles rend leur survie dans les champs difficile, et leur absence aggrave le tassement des sols et la perte d’humus, et pourrait contribuer à l’épuisement des sols.  L’absence des vers de terre est aussi indicative des changements des terres. Celles-ci contiennent, dans la nature, un écosystème riche de milliers de bactéries, de petits animaux et de champignons nécessaires au fonctionnement du sol vivant.  En 2018, puis de 75% des sols étaient dégradés par l’exploitation humaine. Il y a de plus en plus d’humains à nourrir, et nous détruisons les champs dont nous avions besoin. Nous sapons vraiment la Terre sous nos pieds.  Ces problèmes surviennent progressivement, s’aggravent depuis des décennies. Des solutions, telles que la reforestation, l’agroforesterie, l’agriculture biologique, les couverts végétaux, l’agriculture sans labour,  sont aussi développées, par exemple par le FIBL. L’association Terre et Humanisme travaille beaucoup avec les vers de terre et le lombricompostage.

La pandémie nous a donné l’exemple de la fragilité de notre système économique. Les engrais, les céréales qui nourrissent souvent des animaux et la viande sont produits sur des continents différents, et dépendent du commerce et du transport mondial.  Ce système est à bout de course, des perturbations sont prévues et se produisent. L’engrais chimique a provoqué une énorme explosion au Liban cette année, et cette semaine des moutons étaient bloqués dans le canal de Suez. Il faut le simplifier, le remplacer par des circuits locaux  et le rendre plus résiliant.

Fonte de la glace Arctique

Guy McPherson mentionne que la glace sur la mer Arctique fond plus vite que prévu. La surface blanche de la glace agit comme un couvercle et une surface réfléchissante.  L’absence de glace causera un réchauffement supplémentaire immédiat, et plusieurs scientifiques alertent sur les perturbations météorologiques qu’elle pourrait provoquer, des tempêtes, des vagues de froid et de chaleur. Une étude géologique suggère que l’absence de glace et l’arrivée d’eau plus chaude au contact de la surface a provoqué un réchauffement rapide de plusieurs degrés par le passé, mais ce danger n’est généralement pas pris en compte dans les modèles climatiques. L’océan pourrait aussi se réchauffer en profondeur et favoriser les émissions de méthane.  La fonte complète de la glace arctique en été ce produira certainement au cours de ce siècle, peut-être dans quelques années, nous en avons déjà perdu la moitié. Avant,  la mer Arctique était continuellement couverte de glace épaisse d’environ un mètre et âgée de quelques années, maintenant elle est plus fine, fragmentée et semble bien compromise.

Les avions

Ensuite, il cite un travail de Gunther Pauli qui propose que les tourbillons formés par le passage des avions changent la circulation de l’atmosphère. Je n’ai jamais entendu ça avant. Je ne dispose pas de calculs prouvant que c’est faux, je ne peux pas vraiment invalider ses dires, mais ça me paraît douteux. Si c’était vrai,  on pourrait peut-être faire voler des avions dans l’autre sens pour changer la circulation atmosphérique.

El Nino

Ce phénomène se produit tous les 3 à 7 ans, des eaux chaudes affleurent à la surface du Pacifique et réchauffement l’atmosphère (lien). La dernière année El Nino, 2016, a battu les records de chaleur, et causé des graves sécheresses, particulièrement en Afrique, qui ont touché 60 millions de personnes (lien).  Les années El Nino extrêmes deviennent plus probables d’après le GIEC:. La Planète se réchauffe, et El Nino apportera probablement  une année de vagues de chaleur plus élevées.  Les habitants des pays chauds, par exemple d’Afrique de l’Est, pourraient en souffrir sérieusement, vivre des famines ou des vagues de chaleur mortelles.  La production alimentaire sur Terre serait réduite, et nous pourrions vivre en Suisse des vagues de chaleur de quelques degrés plus élevées que la précédente.

Si je reprends les dangers énumérés par Guy McPherson,   le prochain événement  sera probablement une année El Nino,  qui se produira  dans un an, dans deux ans ou au plus dans cinq ans. Ce sera une année plus chaude que toutes celles que l’Humanité a vécu, qui pourrait être accompagnée d’événements météo nouveaux ou plus intenses.

Pourrait-elle mettre en branle un processus de fonte de glace Arctique, de sécheresses, de réchauffement rapide, de  fonte du permafrost, et de réchauffement abrupt apocalyptique?  Ces changements dangereux pour la survie de l’Humanité ne sont généralement pas prévus pour le 21ème siècle, mais le climat pourrait nous surprendre.

L’Humanité compromet de plusieurs façons ses conditions de vie sur Terre et doit immédiatement modifier son mode de vie pour sa sécurité.

 

 

Blog: créons des réserves alimentaires planétaires

Le rapport ‘Faire la paix avec la Nature (PNUE)’ pourrait être trop modéré

Je résume ci-dessous le rapport ‘Faire la Paix avec la Nature’ du programme des Nations Unies pour l’Environnement.  Il relève les problèmes écologiques actuels, alerte sur leur aggravation prévisible, et propose des solutions.  Il pourrait être l’argument scientifique le plus convaincant pour nous décider à protéger la Planète maintenant. Le secrétaire-général de l’ONU, Antonio Gutierrez, résume les conclusions très simplement: ‘Notre guerre contre la Nature est suicidaire, et a laissé une Planète cassée. Nous devons presser l’interrupteur vert. Nous avons une chance non pas de changer l’économie, mais de la transformer’.  Personnellement, je propose de produire à peu près la quantité d’objets dont nous avons besoin, ou au maximum que nous achetons, en renonçant aux piles d’invendus voyageant de continent en continent inutilement.

Je remarque cependant que la trajectoire de solutions la plus sévère de ce rapport nous donne 50% de chances de rester en dessous de 1,5°C de réchauffement. 50-50? Jouons-nous à pile ou face ou à la roulette russe avec notre Planète? Peut-être y-a-t-il un fort risque que nous dépasserons de toute façon un peu ce seuil de sécurité, au-delà duquel le climat peut se révéler incontrôlable.  Nous pourrions entrer dans une zone de turbulences.

Pour des raisons liées à la progression du réchauffement, je suis un peu perplexe par rapport à leurs prévisions pour 3°C. Actuellement, les effets du changement climatique sont plus graves que prévu, et ils pourraient l’être aussi à l’avenir, et se produire plus tôt. J’y reviendrai la prochaine fois.

Lien sur les messages clés du rapport en français: Messages clés

Extraits du rapport PNUE ‘Faire la Paix avec la Nature’

La Terre est en danger

Au cours des 50 dernières années, l’économie mondiale a presque quintuplé, la population mondiale a doublé. Le réchauffement causé par l’Homme, qui atteint actuellement plus de 1 ° C,  a déjà entraîné des changements des zones climatiques, des changements des régimes de précipitations, la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, l’accélération de l’élévation du niveau de la mer et des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, qui menacent les personnes et la Nature.

Aucun des objectifs mondiaux pour la protection de la vie sur Terre et pour enrayer la dégradation des terres et des océans n’a été pleinement atteint. Les trois quarts des terres et les deux tiers des océans sont désormais abimées par l’Humanité. 

La capacité de la Terre à répondre aux besoins croissants d’aliments nutritifs, d’eau et d’assainissement continuera de s’affaiblir face au déclin continu de l’environnement. 

Par exemple, la sécurité alimentaire est menacée par la perte de pollinisateurs et de sols fertiles. La perte de pollinisateurs menace la production annuelle mondiale de cultures, d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU.

Changements systémiques

Seule une transformation du système entier permettra le bien-être de tous dans les limites de la capacité de la Terre, et d’atteindre le zéro net d’ici 2050 pour mettre le monde sur la voie de 1,5 ° C avec une probabilité d’environ 50 par cent. 

Les gouvernements devraient intégrer la prise en compte du capital naturel dans leurs décisions et utiliser les politiques et les cadres réglementaires pour inciter les entreprises à faire de même.

Ils devraient abandonner les subventions nuisibles à l’environnement, investir dans des solutions et des technologies à faible émission de carbone et respectueuses de la nature, et internaliser systématiquement les coûts environnementaux et sociaux.  Ils devraient faire payer les services écosystémiques, et taxer l’extraction des ressources brutes.

Les gouvernements lancent et dirigent la coopération intergouvernementale, les politiques et la législation qui transforment la société et l’économie. Ces transformations permettent au secteur privé, aux institutions financières, aux organisations non gouvernementales, aux institutions scientifiques et éducatives et aux médias, ainsi qu’aux particuliers, aux ménages et aux groupes de la société civile, d’initier et de mener des transformations dans leurs domaines.

Le déplacement de la fiscalité de la production et du travail vers l’utilisation des ressources et les déchets favoriserait une économie circulaire.

Il faut transformer les systèmes économiques et financiers pour qu’ils mènent et alimentent la transition vers la durabilité.

Il faut créer des synergies: Financer la coopération internationale et intersectorielle, le renforcement des capacités et la coopération technologique qui abordent les défis environnementaux et le bien-être humain.

Il faut divulguer les risques financiers liés au climat, l’utilisation des ressources naturelles et l’impact de ces activités sur l’environnement.

Les opérations doivent être alignées sur l’objectif d’émissions de carbone nettes nulles et les principes de durabilité.

La réalisation des objectifs de développement durable exigera des changements et une augmentation massifs des flux financiers publics et privés et des modèles d’investissement, y compris dans les secteurs de l’eau, de l’alimentation et de l’énergie. Les incitations doivent être modifiées pour que les investissements dans le développement durable soient financièrement attractifs.

Des changements dans les modes de consommation mondiaux sont essentiels pour transformer les systèmes alimentaires, hydriques et énergétiques. 

Dommages actuels au système Terre

Le réchauffement actuel, plus important sur la terre que sur l’océan et le plus élevé dans les régions polaires, a déjà conduit à la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, à une accélération de l’élévation du niveau de la mer, à des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, à des modifications des régimes de précipitations, ainsi que les changements dans les zones climatiques, y compris l’expansion des zones arides et la contraction des zones polaires.

Un tiers des stocks de poissons marins sauvages ont été surexploités en 2015.

Les engrais qui pénètrent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 «zones mortes» totalisant plus de 245 000 km2 – une superficie plus grande que le Royaume-Uni

La pollution par les plastiques marins a décuplé depuis 1980.

Les déchets plastiques marins ont des impacts écologiques, notamment l’enchevêtrement et l’ingestion, et peuvent agir comme vecteur d’espèces envahissantes et d’autres polluants.

Risques du réchauffement futur

Le risque de perte irréversible des écosystèmes marins et côtiers, y compris les herbiers marins et les forêts de varech, augmente avec le réchauffement climatique. On prévoit qu’un réchauffement de 2°C entraînera une diminution de la biomasse des communautés animales marines et leur productivité. Les récifs coralliens sont particulièrement vulnérables au changement climatique. La perte de diversité biologique présente des risques pour la production alimentaire. La perte de pollinisateurs animaux, essentielle pour plus de 75% des cultures vivrières, y compris de nombreux fruits et légumes et cultures de rapport comme le café, le cacao et les amandes, menace la production annuelle mondiale de cultures d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU. L’érosion du sol à partir des champs agricoles est estimée à 10 à plus de 100 fois plus élevée que le taux de formation du sol, affectant les rendements agricoles en réduisant la rétention d’eau et en provoquant une perte de nutriments. On estime que 176 gigatonnes de carbone organique du sol ont été perdues dans le passé, principalement à cause du changement d’affectation des terres, et 27 gigatonnes supplémentaires devraient être perdues entre 2010 et 2050.

D’ici la fin du siècle, l’inaction face au changement climatique pourrait entraîner une réduction de 15 à 25% de la production par habitant pour 2,5 à 3° C de réchauffement planétaire, par rapport à un monde qui ne s’est pas réchauffé au-delà des niveaux de 2000-2010. Les estimations des dommages économiques associés à 2° C de réchauffement atteignent 69 billions de dollars US 26, tandis que 15 à 38 500 milliards de dollars US de dommages économiques pourraient être évités en limitant le réchauffement à 1,5° C. Les économies mondiales pour la santé grâce à la réduction de la pollution atmosphérique pourraient représenter plus du double des coûts de mise en œuvre de l’Accord de Paris entre 2020 et 2050.  Les estimations des coûts de réduction des émissions, bien que substantielles, sont bien inférieures aux estimations des dommages. Les estimations de coût pour limiter le réchauffement à moins de 2 ° C sont de 2 à 6% du PIB mondial en 2050 et de 3 à 11% en 2100.

Risques associés aux événements météorologiques extrêmes tels que les canicules, les fortes précipitations dans plusieurs régions et les sécheresses.

Dans certaines régions, ils deviennent déjà élevés entre 1° C et 1,5° C de réchauffement.  Des points de basculement pourraient exister pour les systèmes humains avec des températures élevées et peuvent survenir dans des endroits où la capacité d’adaptation humaine existe. Le réchauffement des températures ambiantes jusqu’à 3 ° C devrait entraîner une augmentation substantielle des vagues de chaleur provoquant un coup de chaleur et la mort. Les risques de mortalité et de morbidité liées à la chaleur deviennent élevés entre 1 ° C et 3 ° C d’augmentation de la température moyenne mondiale.

Les principaux risques pour les implantations dus au changement climatique comprennent le stress thermique, les fortes précipitations, les inondations intérieures et côtières, les glissements de terrain, la pollution de l’air, la sécheresse, la pénurie d’eau, l’élévation du niveau de la mer et les  tempêtes.

Un des grands risques provient du fait que la consommation mondiale devrait augmenter plus rapidement que la croissance démographique en raison d’un passage à des modes de vie plus gourmands en ressources, alimenté par l’augmentation du revenu par habitant.

Les émissions nettes de dioxyde de carbone devront être réduites de 45% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et atteindre zéro d’ici 2050.

Domaines clés pour un changement transformateur:

1. Paradigmes et visions d’une bonne vie: évoluer vers des paradigmes qui mettent l’accent sur les relations avec les personnes et la nature plutôt que sur la consommation matérielle, y compris de nombreuses visions existantes de la bonne vie comme celles vécues selon les principes et les vertus de la responsabilité envers les personnes et la nature.

2. Consommation, population et déchets: réduire l’effet global négatif des besoins et de la demande humains – en fonction des taux de consommation et de production, de la taille de la population et des déchets – en réduisant la consommation et la production par habitant dans certaines régions et la croissance de la population humaine en autres.

3. Valeurs latentes de responsabilité: Libérer les capacités existantes et les valeurs relationnelles de responsabilité pour permettre une action humaine et organisationnelle généralisée.

4. Inégalités: réduire systématiquement les inégalités de revenus et d’autres formes, y compris entre les sexes, les races et les classes.

5. Participation à la gouvernance de l’action environnementale et de l’utilisation des ressources: Pratiquer la justice et l’inclusion dans la prise de décision de ceux qui en sont le plus touchés, en particulier les peuples autochtones et les communautés locales.

6. Externalités: comprendre et internaliser les effets négatifs distants, retardés et diffus des actions, y compris l’activité économique.

7. Technologie, innovation et investissement: transformer les régimes d’investissement et d’innovation technologique et sociale, de sorte que les technologies et leur utilisation produisent des effets positifs nets sur les personnes et la nature (par exemple, en passant à une économie circulaire et en éliminant les déchets).

8. Éducation et production et partage des connaissances:

Promouvoir la vaste base de connaissances et de capacités qui sont fondamentales pour des sociétés justes et fonctionnelles, et accroître et diffuser les connaissances spécifiques à la durabilité.

Solutions pour restaurer la biodiversité

L’expansion des zones protégées et des zones strictement interdites à la pêche dans les eaux territoriales et en haute mer peut conserver et reconstituer les stocks d’espèces commerciales et non commerciales et protéger les écosystèmes aquatiques.

Le secteur privé peut aider à protéger la biodiversité en veillant à ce que les produits qu’il commercialise proviennent de sources durables.

Les zones humides sont un exemple d’écosystème fonctionnel, hautement menacé et riche en biodiversité nécessitant une protection urgente.

Les actions pratiques comprennent une meilleure gestion des terres cultivées et des pâturages, des choix alimentaires qui minimisent les besoins en nouvelles terres cultivées et la réduction du gaspillage alimentaire

La restauration des écosystèmes peut simultanément atténuer le changement climatique, ralentir et inverser le déclin de la biodiversité et augmenter les avantages que les gens tirent de la Nature.

Éviter, réduire et inverser la dégradation des terres, y compris la désertification, améliorerait la fertilité des sols, augmenterait le stockage du carbone dans les sols et la biomasse, et augmenterait la productivité agricole et la sécurité alimentaire. 

La mise en œuvre de nouveaux modèles commerciaux (tels que le crédit-bail de produits chimiques) visant à réduire l’utilisation de produits chimiques préoccupants, l’intensification des efforts pour développer des alternatives de chimie verte et durable et des engagements à éliminer les produits chimiques préoccupants dans les produits de consommation peuvent tous contribuent à réduire la pollution chimique.

L’initiative dirigée par les Nations Unies sur le système de comptabilité économique environnementale s’emploie à élargir les règles comptables afin d’incorporer la valeur de la Nature. Le cadre intègre des données économiques et environnementales pour fournir une vue plus complète des interrelations entre l’économie et l’environnement et les stocks et les variations des stocks d’actifs environnementaux.

Agriculture durable

L’assistance technique et les programmes d’incitation économique peuvent encourager des pratiques agricoles durables et réduire les pertes de nourriture avant et après récolte.

Les petits agriculteurs, en particulier les agricultrices, doivent être habilités à adopter des pratiques durables. Les inégalités doivent être traitées à l’avance de manière durable.

Les instruments politiques pour parvenir à la durabilité du système d’eau comprennent la réallocation de l’eau à l’échelle du bassin et l’éducation et des incitations pour accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture.

Il est aussi essentiel de changer le comportement des consommateurs.

L’accès universel à une énergie propre nécessite une transition rapide vers des systèmes à faible émission de carbone tant pour la production que pour l’utilisation de l’énergie. Il est possible et essentiel de transformer le système énergétique.

Des améliorations substantielles de la santé et du bien-être humains dans le monde (ODD 3) peuvent être obtenues grâce à des changements transformateurs.

Villes durables

Les villes doivent être planifiées pour la durabilité. Il faut encourager la densification des communautés compactes, en particulier dans les villes tentaculaires;  intégrer la biodiversité, la nature et la restauration écologique; promouvoir une production et une consommation durables; promouvoir des solutions fondées sur la Nature; la promotion, le développement, la sauvegarde ou la modernisation d’infrastructures immatérielles pour la gestion de l’eau tout en améliorant les infrastructures matérielles pour répondre aux résultats de la biodiversité.

Il faut promouvoir l’adaptation fondée sur les écosystèmes au sein des communautés, maintenir et concevoir la connectivité écologique dans les espaces urbains, augmenter les espaces verts urbains et améliorer leur accès; accroître l’accès aux services urbains pour les communautés à faible revenu ainsi que promouvoir l’agriculture urbaine pour accroître l’approvisionnement alimentaire local.

L’espoir est dans les forêts – elles triplent la dégradation de méthane atmosphérique

Le sol produit et métabolise le méthane

Le réchauffement climatique provoque le dégel de terres gelées depuis des millénaires, dans les régions boréales ou dans les montagnes.  Les débris de plantes contenus dans ces sols  depuis la dernière glaciation fermentent immédiatement et produisent du méthane (CH4). Cette réaction semble dominer surtout lorsque le terrain est humide. Elle est accomplie par des bactéries du sol.  Actuellement, des larges étendues du permafrost dégèlent en Sibérie et Arctique, et les émissions de méthane ont déjà commencé. Elles pourraient atteindre des niveaux inquiétants et accélérer dangereusement le réchauffement climatique car ce gaz, peu abondant, provoque cependant 80 fois plus d’effet de serre par molécule que le gaz carbonique (permafrost, survivre).

La terre abrite aussi des bactéries capables d’utiliser le méthane.  Les forêts semblent absorber et éliminer ce gaz plus efficacement que les pâturages et les champs.

Le sol des forêts suisses dégrade le méthane

Certains pâturages des montagnes suisses utilisés dans les siècles passés ont été abandonnés. Des forêts d’épicéas y repoussent, depuis 25 ans, 45 ou 150 ans.

Les scientifiques ont voulu tester si la prairie alpine, non labourée, et les bois absorbent le méthane de la même façon. D’autres avaient déjà observé que le sol forestier dégradait ce gaz. Dès que les arbres disparaissaient, lorsque la parcelle était convertie en champ ou en prairie,  lea terre ne transformait plus aussi efficacement le gaz.

Le méthane est consommé par des bactéries méthanotrophes. Celles-ci sont capables de se nourrir de ce gaz si elles disposent de suffisamment d’oxygène. Ces microorganismes spécialisés pourraient disparaître des champs ou des prairies. Il est aussi possible que l’air circule mieux dans le sol forestier, et que les bactéries soient plus facilement en contact avec le gaz ou avec l’oxygène dont elles ont besoin pour le dégrader.

Les scientifiques du WSL ont montré que le sol forestier, en particulier s’il provient des futaies anciennes, dégrade trois fois plus de méthane que le sol des prairies.

Quand la forêt remplace les champs, la terre retrouve lentement la capacité d’oxyder le méthane. Ce processus rend plusieurs années.

Après une centaine d’années de présence d’arbres, le sol métabolise trois fois plus de méthane. Cette capacité s’accroît avec l’âge du bois, le sol des forêts anciennes en absorbe le plus.  La parcelle boisée depuis 120 ans atteint des niveaux observés dans d’autres bosquets tempérés.

Bactéries ou structure aérée du sol

Cette capacité de la glèbe pourrait provenir des bactéries spécialisées qui se multiplieraient lentement dans les pinèdes au cours de dizaines d’années.

Une expérience de Hiltbrunner et Hagedorn du WSL suggère cependant que  la structure aérée de la terre des forêts favoriserait la dégradation de ce gaz dangereux. La sylve, qui contient de nombreuses racines et animaux souterrains, pourrait améliorer la structure du sol, et permettre aux gaz d’y circuler plus efficacement.

Les bois pourraient limiter les émissions de méthane des régions où le permafrost dégèle.

De plus, dans les parcelles forestières il faisait en été 5°C plus frais que dans les prairies. Les forêts sont mieux drainées, et moins humides. La couverture de feuilles mortes limite encore les émissions du gaz dans l’atmosphère et favorise sa dégradation sur place.

Les émissions de méthane du permafrost sont considérées par certains comme un énorme danger pour la survie de l’Humanité. La repousse naturelle des taillis dans les régions boréales pourrait cependant limiter les dégâts.

Frank Hagedorn souligne aussi que la surface des forêts s’accroît en Suisse, en 30 ans elle a augmenté de 11% dans le pays et de 20% dans les montagnes, ce qui pourrait avoir des réelles conséquences sur la proportion de méthane atmosphérique, et aider à le limiter.

L’agriculture est devenue très efficace. Les terres dont nous n’avons plus besoin pour notre alimentation doivent redevenir des forêts. Celles-ci absorberont le carbone atmosphérique,  stabiliseront le terrain, permettront le retour de la biodiversité et amélioreront le climat et le cycle de l’eau.

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NB: Je m’efforce de documenter mes blogs le mieux possible, en y insérant des liens sur le GIEC, l’ONU, et toutes les références possibles. J’essaie de partager largement les informations sur le climat, entre autres parce que nous devons vite  communiquer et prendre conscience de ce sujet. Je vois que certains de mes liens ne sont plus actifs,  alors je donne aussi la référence complète de l’article cité:

Increasing soil methane sink along a 120‐year afforestation chronosequence is driven by soil moisture: David Hiltbrunner, Stephan Zimmermann, Saeed Karbin, Frank Hagedorn, Pascal A. Niklaus; Global Change Biology 2012, vol 18-12, pp 3664-3671.

Lisez aussi Laurent Horvath sur la géopolitique des énergies: https://blogs.letemps.ch/laurent-horvath/

Le réchauffement a-t-il dépassé le point de non-retour?

Que se passerait-il si les émissions de carbone s’arrêtaient?

Une nouvelle publication suggère que le réchauffement climatique a dépassé le point de non-retour. Si l’Humanité disparaissait demain, il continuerait et atteindrait  2,3°C en 2070. Après cette période, les températures baisseraient mais augmenteraient de nouveau  quelques dizaines d’années plus tard et atteindraient environ 4°C en 2500.

Le modèle ESCIMO de Jorgen Randers et Ulrich Goluke aboutit à la conclusion que nous avons atteint la température où le permafrost fond lentement, où sa fonte continuera et provoquera un léger dégagement de méthane qui alimentera le réchauffement au cours des prochaines centaines d’années.

Il modèle le réchauffement à court et moyen terme, sans entrer dans les grands cycles du climat terrestre.

Le modèle est simple, clairement décrit dans un article que je peux lire et critiquer. Cela me plaît beaucoup. Les modèles climatiques complexes sont publiés comme ‘modèle x qui utilise modèle y’ et finalement je ne vois pas quels phénomènes naturels ils incluent et lesquels ils omettent, je crains qu’ils n’oublient l’importance du carbone du Vivant, c’est à dire des plantes, des animaux, et des bactéries sur la Terre.

Je critiquerais le modèle ESCIMO car il considère uniquement que le réchauffement peut accroître l’absorption du CO2 par la Biosphère.  Celle-ci peut cependant aussi être réduite par les sécheresses, comme celles que nous avons observé dans le Nord de la France récemment, et provoquer une importante émission de carbone du sol. D’après moi, ce point pourrait être amélioré.

Le modèle est accessible sur le site http://www.2052.info/ESCIMO/. Il peut être installé sur un ordinateur personnel et utilisé pour visualiser immédiatement l’effet des différentes mesures politiques.  Le site contient toutes les données qui ont servi de base à l’excellent livre 2052 de Joergen Randers, divers articles et présentations.

Rôle de l’océan et du permafrost

Le professeur Michael Mann a fortement critiqué ce modèle (CleanTechnica, USA Today), plus simple et différent des modèles classiques du climat terrestre.  Il calcule quant à lui que si nous arrêtions les émissions de carbone aujourd’hui, le réchauffement s’arrêterait, à cause de la dynamique des océans, qu’il estime mieux décrite dans d’autres modèles.

Cependant, les conclusions du modèle ESCIMO sont basées sur la fonte du permafrost, que le professeur Michael Mann a sérieusement mis en doute récemment parce qu’elles ne sont pas publiées de manière rigoureuse. Le permafrost terrestre et sous-marin semble pourtant dégeler rapidement et à grande échelle. Les spécialistes du permafrost sous-marin, Natalia Shakova (blog blog), les expéditions récentes qui étudient le permafrost sous-marin International Shelf Study Expeditions 2020), observent qu’il dégèle plus vite et profondément que prévu par les modèles.  Ces conclusions ne sont pas encore acceptées par la communauté de climatologues et ne sont pas inclues dans les principaux modèles. Les prévisions d’ESCIMO pourraient mieux prendre en compte la situation actuelle, et moins les reconstructions géologiques des climats passés. Cela montre que l’évolution du permafrost doit être très attentivement surveillée.

Les émissions de carbone continuent

Les calculs de Michael Mann et de Joergen Randers aboutissent à des conclusions différentes sur un point très théorique, à savoir comment évoluerait le climat si les émissions humaines cessaient demain, si toutes les chauffages et les usines au charbon s’arrêtaient.

L’Humanité est toujours là, avec sa civilisation industrielle basée sur la croissance économique infinie.  Les émissions de carbone continuent, le réchauffement augmente, et si nous continuons nos émissions de carbone incontrôlées, nous dépasserons le point de non-retour, et nous provoquerons un réchauffement plus fort et plus rapide.

Michael Mann  est connu pour avoir attiré l’attention sur la gravité du changement climatique. Il a par exemple signé un appel qui demande de diminuer le carbone atmosphérique.  En complément d’une réduction d’émissions de carbone à zéro, il conseille d’extraire d’immenses quantités de carbone de l’atmosphère, pour éviter des siècles de catastrophes.  Malgré les différences des modèles, ces scientifiques s’accordent sur l’urgence à agir pour le climat.