Lettre aux Européens – en réponse à la tribune d’Emmanuel Macron

« Lettre aux Européens – en réponse à la tribune d’Emmanuel Macron»

 

Chers concitoyens,

Il y a quelques semaines, Emmanuel Macron avait adressé aux Européens une lettre ouverte, à laquelle répond aujourd’hui La Ligne Claire.

 

VALEURS COMMUNES

Les valeurs que nous avons en partage reposent sur l’héritage du christianisme, qui fonde la culture commune de le l’Europe. L’Europe c’est là où on trouve des cathédrales gothiques, des églises, des monastères, des villages qui portent le nom d’un saint, des monuments baroques, civils comme religieux, qu’on retrouve du Portugal à la Baltique. Qu’on quitte l’Europe et au retour, la manifestation architecturale de cet espace culturel s’impose comme une évidence.

Cet héritage culturel chrétien est respectueux de toutes les religions comme de toutes les personnes qui n’en professent aucune. Ainsi, si le Traité de Rome, qui fonde la future Union Européenne, est signé en la ville du même nom, il est bon de se rappeler qu’à l’époque de l’Antiquité il y avait des Juifs à Rome avant qu’il n’y eût des chrétiens.

 

L’IDEE IMPERIALE

Les lecteurs de La Ligne Claire se souviendront qu’elle tient la construction européenne pour la manifestation moderne de l’idée d’empire, qui traverse l’histoire de l’Europe, de l’empire romain à nos jours. C’est donc à Rome, à la fois capitale de l’empire et siège de la chrétienté, qu’est signé le traité qui porte son nom ; bien plus, la date de signature, le 25 mars 1957 s’inscrit elle aussi dans la tradition chrétienne puisque ce jour-là on célèbre la fête de l’Annonciation, qui fait espérer la venue d’un monde nouveau et meilleur, neuf mois plus tard à Noël.

L’histoire de l’Europe peut se lire comme une quête du rétablissement de l’idée impériale, après la chute de l’empire romain d’Occident au Ve siècle. L’empire de Charlemagne puis le Saint-Empire s’inscrivent dans cette ligne avec laquelle renoue l’Union Européenne en 1957 après deux tentatives d’empires fondés dans la violence, celui de Napoléon et celui d’Hitler.

L’idée d’empire est distincte de celle de nation et ne l’efface pas non plus. Si le Saint-Empire avait son cœur en Allemagne, au cours des siècles des Italiens, des Français, des Tchèques, des Polonais, des Hollandais, des Luxembourgeois et des Belges en ont fait partie, souvent pendant longtemps. L’idée d’empire s’accommode aussi de formes politiques variées ; ainsi, le Royaume de Bohême, le duché de Bavière et les villes libres d’Allemagne, Francfort ou Hambourg par exemple, non seulement appartenaient au Saint-Empire, mais en revendiquaient l’appartenance.

Surtout, loin de menacer l’existence des nations, l’empire en est le garant ; là où par exemple il existe une minorité hongroise au sein de la nation roumaine, dans l’empire tant les magyares que les roumains trouvent une place égale.

 

POUR UNE VERITABLE DEMOCRATIE

A l’heure où nous sommes appelés à élire nos représentants au Parlement européen, trois enjeux se présentent à nous auxquels nous sommes appelés à répondre : la véritable nature démocratique du projet européen, la protection de son existence et de son identité et enfin une politique commune orientée vers l’avenir.

Les citoyens de l’Union Européenne sont certes des sujets de droit mais ils ne sont pas que cela car ils appartiennent aussi à des communautés qui peuvent être régionales, nationales et européenne. Non seulement ces différentes communautés ne s’opposent pas entre elles mais l’individu, sujet de droit, et la communauté ne s’opposent pas non plus. Tout l’enjeu du projet européen consiste précisément en leur conjugaison.

Les citoyens européens sont bien entendu attachés à leurs libertés, conquises parfois de haute lutte et qui s’expriment dans la forme politique de la démocratie. Pour autant, aujourd’hui, deux  menaces la guettent, l’une conceptuelle et l’autre comportementale.

Ces dernières années, on a pu assister dans le chef de ceux qu’on appelle les postmodernes à un dévoiement de la notion des droits de l’homme. Là où les droits de l’homme émanaient de la nature humaine, quiconque aujourd’hui s’estime en droit de faire valoir des désirs individuels, d’exiger de la puissance publique qu’ils les ratifient et de les imposer à l’ensemble de la société sans référence aucune au droit naturel ; c’est ce que Benoît XVI appelait la dictature du relativisme. « Sans Dieu, il n’y a plus de démocratie » disait le même Benoît XVI qui rappelle que ce n’est pas parce qu’une loi est accueillie par la majorité d’un moment qu’elle est automatiquement bonne ou juste. Il ne s’agit pas ici de croire en Dieu ou pas mais de reconnaître qu’il existe des limites que l’homme n’a pas le droit de franchir. Cette menace est aujourd’hui très présente dans tous les sujets de société qui animent les débats en ce moment. Que tous ceux qui se réclament de la démocratie pour relancer le projet européen reconnaissent qu’en matière de mœurs tout n’est pas permis. Si le droit naturel est ignoré ou nié, alors effectivement l’Europe ne se fera pas.

La deuxième menace qui plane sur nos démocraties émane des comportements qu’on peut observer chez certains politiciens. Ils sont légion et ont pour nom carriérisme, népotisme, candidats poursuivis ou même condamnés par la justice, clientélisme, parachutes dorés, nominations dans les organismes parastataux, autant de comportements qui trahissent la démocratie et minent la confiance que les citoyens européens ont investie dans nos élus.

Enfin, la démocratie doit s’inscrire dans la succession des générations, c’est-à-dire dans l’histoire car si le droit de vote est accordé à tous les citoyens majeurs aujourd’hui, leurs décisions peuvent engager les générations futures, par exemple en matière de dette publique, de financement des retraites et bien entendu en matière d’environnement.

En définitive, la démocratie européenne, avant d’être une question d’institutions ou de mécanismes, est d’abord une question d’éthique qui se fonde sur la loi naturelle et qui soit respectueuse du lien qui unit les générations présentes et à venir.

 

LA PROTECTION DE L’EUROPE ET DE SON IDENTITE

L’Europe a ses propres limites, qu’elle tire de son histoire et de sa géographie et qu’il y a lieu de respecter. C’est pourquoi, ni l’Afrique, ni le Moyen-Orient, ni la Russie n’appartiennent à l’Europe et n’ont vocation à y appartenir. Ces pays demeurent nos voisins car on ne peut pas changer la géographie et il est donc important de maintenir avec eux des rapports de bon voisinage. Il découle de tout ceci que l’Europe a à la fois le devoir et le droit d’exercer un contrôle strict à ses frontières et de décider qui admettre et qui refuser. « Il faut “écouter” les peuples autochtones, “souvent oubliés et dont les droits ont besoin d’être pris en compte et la culture protégée, pour que ne se perde pas une partie de l’identité et de la richesse de cette nation ». Cette phrase, prononcée par le pape François à l’occasion de son voyage au Chili l’an dernier vaut tout autant pour les peuples européens que pour les Indiens Mapuche à qui il s’adressait.

Aussi, l’Europe a-t-elle le devoir de protéger ses citoyens. L’Europe s’est d’abord constituée dans la partie ouest du continent tandis que les armées soviétiques en occupaient le centre et l’Est. Dans ce contexte de grave menace à ses portes, il était naturel de s’allier aux Américains qui avaient participé à la libération du continent en 1944 et 1945. Aujourd’hui, alors que les chars soviétiques se sont retirés, les menaces sont autres et peuvent provenir de sources jusqu’alors insoupçonnées : espionnage industriel, hégémonie économique ou encore cyber-attaques. Ainsi, les deux guerres menées par les Américains en Irak par exemple ont contribué à déstabiliser le Moyen-Orient et à lancer vers nos pays des flux de réfugiés, tandis que ce n’était ni Vladimir Poutine, ni même Donald Trump qui piratait les téléphones portables du Président Hollande et de la Chancelière Merkel, mais Barack Obama. En matière de défense, il faut certes éviter de tomber dans l’angélisme, mais il y a lieu de reconnaître que les pays tiers ont eux aussi des intérêts légitimes, la Russie, notre voisine en particulier. Pas plus que les Etats-Unis ne pouvaient accepter que soient stationnés des missiles soviétiques sur l’île de Cuba, les Russes ne peuvent accepter des armes hostiles à leur porte immédiate. La sécurité de l’Union sera d’autant mieux assurée qu’elle reconnaît les intérêts de celle de ses voisins.

A l’heure où le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne, à l’heure où la Chine s’invite dans nos campagnes, à l’heure où le Moyen-Orient se noie dans le sang et où des hommes se noient dans la Méditerranée, s’impose à nous la mise en place d’une diplomatie européenne qui puisse s’appuyer sur une industrie de défense propre et une force militaire commune, distincte de l’OTAN.

 

UNE AMBITION COMMUNE

Outre la défense, trois domaines entre autres exigent une politique commune : l’union monétaire et budgétaire, la question écologique et une fiscalité fédérale.

La moitié de notre continent a vécu quarante ans sous une forme d’économie dirigiste. On sait aujourd’hui que non seulement elle ne répond pas aux besoins des populations mais qu’elle entraîne avec elle une dictature politique. De ce point de vue l’économie de marché lui est préférable. Pour autant l’économie de marché ne constitue pas un idéal insurpassable. Il existe un marché libre de la drogue et de la prostitution qui ne les rend désirables ipso facto. On peut observer que le commerce et donc le marché, le lieu où s’exerce le commerce, existe de tout temps et sous toutes les latitudes ; il n’en demeure pas moins que le marché ne constitue pas une fin en soi, moins encore une chose à déifier, mais un mécanisme d’allocation des ressources, au mieux moralement neutre. C’est donc l’éthique qui en définitive doit être le juge de ce qui est bon et non, et l’éthique relève de la politique au sens où l’a vu plus haut.

A l’heure actuelle, l’euro n’est pas partagé par l’ensemble des pays de l’Union et on peut observer que les bienfaits et les inconvénients liés à son l’introduction n’ont pas été répartis de manière égale ; on sait aussi que la construction de l’union monétaire est inachevée de même que sont connus les outils à mettre en place en vue de la mener à bien, à savoir un budget européen financé par un impôt européen indirect, par exemple sur la pollution. Ce budget européen doit être déployé dans des domaines aussi variés que la défense, la lutte anti-terroriste, le transport et la recherche, qui concernent l’ensemble du continent. Car l’alternative à l’euro, ce ne sont plus aujourd’hui les anciennes monnaies nationales, mais le dollar américain et sans doute demain le yuan chinois. Depuis 75 ans, le dollar américain domine certains flux marchands, notamment le commerce du pétrole et des matières premières, à telle enseigne que le gouvernement américain peut aujourd’hui en toute impunité imposer ses lois partout dans le monde, soit une forme de vassalité. Loin d’être une cession de souveraineté, l’achèvement de la construction monétaire européenne constitue le gage de la souveraineté partagée de tous ses Etats membres et la condition pour conduire une politique étrangère propre, par exemple à l’égard de l’Iran ou encore une politique d’approvisionnement en énergie à l’abri de pressions étrangères.

La question écologique quant à elle appartient tout naturellement au domaine européen car ni le climat ni les pollutions ne s’arrêtent aux frontières – il suffit de se souvenir de l’accident de la centrale de Tchernobyl et du nuage radioactif qui s’était répandu sur la Scandinavie et l’Europe centrale. De même que le soleil éclaire et réchauffe les bons et les méchants, de même la pollution ne fait pas de distinction. Dans écologie on retrouve le mot grec « oikos » qui désigne la maison, le foyer et c’est pourquoi l’écologie trouve sa place en Europe, notre maison commune. Mais il existe aussi une écologie humaine, celle des habitants de cette maison, et qui se doit de prendre soin de l’homme et de la femme en tant qu’ils appartiennent à la nature et qui se doit de respecter leur nature propre tout autant que celle des plantes et des animaux.

Parmi les questions qui relèvent de l’éthique appartient ce que M. Macron appelle à raison le juste paiement de l’impôt en particulier par les entreprises multinationales et les gens riches, qui les uns et les autres disposent de moyens certes légaux mais pas nécessairement justes de réduire, voire d’éluder l’impôt. Car l’impôt est la contrepartie de services fournis ou financés par l’Etat, le transport ou l’éducation notamment. Certains pays de l’Union seront appelés non seulement à revoir leur modèle d’affaires mais à examiner leur conscience.

 

L’EUROPE, UNE PATRIE COMMUNE

Les questions économiques et de défense méritent bien entendu toute leur place dans le débat européen. Cependant, l’ambition qui animait les pères fondateurs a cédé la place à des institutions sans âme dont la seule fonction se réduit à administrer un grand marché. L’Europe n’est pas réductible aux institutions européennes et moins encore à la manière dont il s’avère qu’elles fonctionnent aujourd’hui.

Il est sans doute nécessaire de revoir le fonctionnement de l’Union, et celui de la Commission, mal compris par les citoyens, voire même d’en réviser les traités. En particulier, le principe de subsidiarité, qui puise son fondement dans l’organisation de l’Eglise catholique, doit être examiné d’un œil neuf et rétabli à sa juste place.

questions de politique monétaire, de défense, de migration sont certes complexes mais celles qui tournaient autour du charbon et de l’acier il y a soixante ans ne l’étaient pas moins. Ces questions demandent des solutions techniques justes qui, pour être acceptées par tous, doivent intégrer le pardon. Comme dans un couple, le pardon est constitutif de l’Union, il est ce qui permet de renoncer à ce qui est perçu (à tort) comme le bien personnel immédiat en vue d’un bien commun plus grand, l’Union justement. Si les circonstances historiques de l’après-guerre se sont désormais estompées, la nécessité du pardon, septante fois sept fois, conserve toute son actualité à propos de sujets comme un budget commun, un impôt fédéral, les flux de migrants et d’autres encore.

L’Europe est notre patrie commune, notre maison commune, notre destinée commune. Aujourd’hui réduite à un monde a-historique, régie par les seules règles du marché et des capitaux, elle est appelée à renouer avec sa culture. Or la culture a horreur du vide. La culture est la réponse tant face à l’Islam que face au vide spirituel que la laïcité ne peut combler ; elle est la seule réponse possible aux défis qui naissent des flux migratoires. Seule la culture est à même de transformer la peur du grand remplacement en un accueil, une intégration, en un mot en une civilisation.

 

Cordialement,

 

La Ligne Claire

Astérix chez les Français

Astérix renvoie aux Français une image d’eux-mêmes

 

La parution d’un nouvel album d’Astérix fournit l’occasion de s’interroger sur son succès. Certes, la série renvoie aux Français l’image qu’ils ont d’eux-mêmes: bagarreurs, irrévérencieux, amateurs de bonne chère, adeptes d’un mode de vie tout à la fois fier et désinvolte et qu’ils s’imaginent le monde leur envier, mais il y a plus.

 

France Libre et village gaulois

Astérix voit le jour en 1959, l’année même où le Général de Gaulle, rappelé au pouvoir l’année précédente, est élu président de la République. De Gaulle, le plus illustre des Français, est rappelé au pouvoir parce qu’il incarne tout à la fois l’homme de l’espoir avec l’appel du 18 juin, l’homme qui assure une place à la France dans l’échiquier des nations en 1944-45 et l’homme de la nouvelle Ve République ; en un mot, il est le seul qui sache à la fois faire front à l’adversité et incarner une certaine idée de la France. On le retrouve sans peine sous les traits du chef gaulois Abraracourcix, les bras tendus vers le ciel haranguant les habitants du village en termes de « Gaulois, Gauloises », incarnation d’une certaine idée de la Gaule. De même que de Gaulle crée à Londres la France libre, de même Astérix habite un village non-occupé qui résiste « encore et toujours » à l’envahisseur, sorte de portrait onshore de la France libre.

De plus il est tout aussi aisé de reconnaître sous les légions romaines les divisions de la Wehrmacht. Si les forces allemandes finissent par occuper l’ensemble du territoire français, le village gaulois symbolise ce qu’on ne peut conquérir matériellement, l’esprit de résistance, celui-là même dont de Gaulle s’est fait l’âme à Londres. Face à la réalité de fait, la défaite et l’occupation de la Gaule, Uderzo et Goscinny n’ont d’autre recours que de faire appel à la dérision pour dépeindre l’occupant. Certes les Romains disposent de la force mais ils sont niais et lourds d’esprit alors que les Gaulois se révèlent malins et astucieux.

Toute la Gaule (la France) est donc occupée par les Romains (les Allemands). Qu’est-ce qui permet donc aux Gaulois de faire face aux Romains ? Une force supérieure en nombre, des compétences qui font défaut à l’occupant, une certaine ingéniosité tout simplement ? Non, rien de tout cela car, tous les lecteurs d’Astérix le savent, la réponse tient en la potion magique du druide Panoramix. Et qu’a-t-elle donc de particulier cette potion ? Loin d’être le produit d’un savoir-faire supérieur, la potion est magique justement, il suffit de la tirer de son chapeau pour déjouer les légions romaines et affirmer non seulement l’identité gauloise mais le triomphe de son génie face à la puissance de l’occupant. Vue sous cet angle, la potion magique n’est que l’instrument qui permet au village gaulois d’entretenir l’illusion de son indépendance, célébrée dans de grands festins, alors que la Gaule est occupée par les Romains, livrée à des forces qu’elle ne maîtrise plus, de la même manière que de Gaulle a su persuader les Français de la grandeur de la France en dépit de la défaite de 1940 et de la décolonisation.

 

Empire romain et Union Européenne

Tous les lecteurs des albums d’Astérix le savent, leur héros ne reste guère à demeure et entreprend au contraire de rendre visite aux peuples voisins, cette fois-ci en Italie où il retourne depuis Astérix Gladiateur, paru en 1964. Sous le vernis d’une excursion touristique décrite de façon pittoresque, les voyages d’Astérix poursuivent en réalité un double but. Le premier est de démontrer, qu’en franchissant à sa guise la ceinture des camps romains qui ceignent le village, Astérix proclame son indépendance face à César alors que la Gaule fait désormais partie de l’Empire romain de même que la France actuelle a cédé une part de sa souveraineté à l’Union Européenne et à la BCE. Le second aspect des voyages d’Astérix consiste à en faire le héraut de ces valeurs gaulliennes, françaises dans leur nature mais qui se veulent universelles dans leur portée. Astérix témoigne d’une France qui demeure elle-même malgré tout et qui invite ses voisins à faire de même. Les Belges et les Suisses seront donc reconnaissants envers leur grand voisin qui, par l’entremise de son petit héros Gaulois, leur aura expliqué qui ils sont et ce qu’il y a lieu de faire pour préserver leur identité dont, sans lui, ils n’auraient pas eu connaissance.

En définitive, le succès d’Astérix tient à ce double aspect. D’une part il agit comme un exorcisme de la défaite de 1940 et du déclin politique et économique de la France depuis la guerre : Astérix entretient sous forme ludique l’idée d’une certaine France où non seulement il fait bon vivre mais où le génie français s’impose comme une évidence. D’autre part il conforte les Français dans l’idée, que d’autres peut-être tiendront pour une illusion, qu’un destin particulier les appelle à jouer un rôle singulier dans le monde. Jean-Luc Mélenchon par exemple ne disait pas autre chose lorsqu’il évoquait, à l’occasion de la campagne électorale pour la présidentielle de 2012, la destinée universelle de la France. En 2017, c’est aux Italiens qu’il revient d’en prendre connaissance.