Sully

Vous vous souviendrez que le 15 janvier 2009, le capitaine Chesley «  Sully » Sullenberger avait effectué un amerrissage d’urgence sur le fleuve Hudson à New York après que son avion eut été frappé par un vol d’oiseaux et les deux moteurs mis hors d’usage. Les 155 passagers et membres d’équipage eurent la vie sauve et le monde entier salua Sully comme un héros, un héros au sang-froid, courageux et généreux, qui avait su juger correctement qu’il ne pourrait pas se poser à aucun des aéroports à proximité en raison de la perte de puissance et de l’altitude trop faible.

Clint Eastwood entreprit de tirer un film de cette noble histoire, sorti en salle vers la fin de l’an dernier. Deux problèmes surgissent d’emblée: tout d’abord, l’incident ne dure quelques minutes, bien moins que le format d’une heure quarante requis par le film et ensuite tout le monde connaît l’issue de l’histoire. Comment faire ? Eastwood fera œuvre de trois techniques. Tout d’abord, il insère des scènes où l’avion se fracasse contre un immeuble, images des cauchemars qu’éprouve Sully et qui sont destinées à rappeler au spectateur que, oui, il s‘agit bien d’un héros et que l’issue favorable n’était pas prédestinée. Ensuite, il fait appel de manière classique aux flashbacks dans le but de nous montrer que, dès son plus jeune âge, Sully était féru d’aviation et que plus tard il s’est révélé un pilote expérimenté dans l’US Air Force. Mais le troisième ressort est la montée en épingle de l’enquête menée par la National Transportation Safety Board. Eastwood s’inscrit ici dans la longue tradition américaine des procès portés à l’écran où la nature contradictoire de la procédure judiciaire est sensée tenir le spectateur en haleine. De l’avis de la Ligne Claire, c’est raté et la transformation des méchants enquêteurs de la NTSB à la solde supposée de compagnie d’assurances rapaces en admirateurs du capitaine, Moïse qui tire équipage et passagers des murs d’eau glacée, n’est pas crédible. Seule scène qui vaille la peine, l’amerrissage puis l’évacuation de l’avion et l’arrivée des bateaux de secours transmettent le caractère dramatique de la situation et durent ce qu’elles ont duré dans la réalité, une petite demi-heure.

Si « Sully » est un film qui se laisse regarder de manière agréable, il ne traite en définitive que d’un fait divers, extraordinaire certes, et du comportement héroïque de Sullenberger. Mais ni l’un ni l’autre ne fournissent ipso facto la matière à un bon film. Face à la difficulté à développer la narration et de donner de l‘épaisseur au caractère de son héros, Eastwood opte pour une caricature du caractère des personnages impliqués dans l’affaire, le capitaine impassible face aux juges iniques. L’exploit de Sully est effectivement cela, un exploit, mais qui reste de l’ordre d’un fait divers qui sort de l’ordinaire.

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

2 réponses à “Sully

  1. Bonjour Monsieur

    Si ma mémoire est bonne, le commandant de bord Sullenberger est aussi un pilote de planeur et le miracle, si miracle il y eut, fut qu’il retrouva quasi instantanément les réflexes d’un pilote de planeur : pour retrouver la planète en bon état, vous n’avez droit qu’à un essai car il n’est pas question de remettre des gaz qui n’existent pas. Si mes souvenirs sont bons, ceci est évoqué dans le film : ” Personne n’a jamais réussi un amerrissage ” dit son copilote. Ce point n’est malheureusement pas évoqué.
    Quant à l’enquête du NSTB, fut-elle comme il est relaté ? C’est peu plausible en effet car dans ce genre de situation tout est analysé, ce sans parti pris, ne serait-ce que pour le retour d’expérience, et en tous les cas, à chaque fois que c’est possible, l’accident est reproduit en simulateur.
    J’ai eu l’occasion de lire des enquêtes accidents concernant tous les modes de transport dont deux en détail, un maritime et un autre routier. Tout est détaillé sans une quelconque recherche de coupable, il appartient à la justice de statuer si elle est saisie, afin que l’événement, ou plutôt la série d’événements car c’est souvent un concours de circonstances qui mène à la catastrophe ne se reproduise plus.
    Il eut été intéressant de montrer les véritables conclusions qui furent tirées de cet événement mais est-ce que ceci aurait pu permettre de faire un bon film ? Techniquement sans aucun doute mais commercialement ? Et peut-être est-ce ici le cœur du problème : un film est une œuvre d’art d’art destinée à être vendue à des millions de personnes…
    Au plaisir de vous lire de nouveau.
    G.L.

  2. Sully est un film qui fait l’apologie d’une Amérique post 11 Septembre 2001, prête à faire face, entrainée et solidaire. Ce qu’ont effectivement démontré les services de sécurité de la ville de New York en 2009. Le film m’a tenu en haleine et est une réussite technique malgré le défi de raconter un fait divers ne durant que quelques minutes. La dimension “America Great Again” est à considérer au regard des dernières élections présidentielles…

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