Bayrou, moralisation et morale

Ça y est, on est maintenant fixé, le projet de moralisation de la vie publique ne fera pas référence à la morale. François Bayrou, le nouveau Garde des Sceaux, a implicitement jeté l’éponge et rebaptisé son projet de loi « restauration de la confiance dans notre vie démocratique ». La nouvelle loi prendra donc la forme d’un catalogue de mesures, par exemple l’interdiction des emplois familiaux et la suppression de la réserve parlementaire.

En France, deux “affaires “, l’une concernant François Fillon et l’autre Richard Ferrand ont agité la vie politique, sachant que le premier a été mis en examen et le second non, tandis que par ailleurs en Belgique plus une semaine ne s’écoule sans que ne soient publiées des révélations sur des rémunérations jugées excessives octroyées à des personnalités politiques. Le point commun entre toutes ces affaires c’est que l’émoi qu’elles suscitent n’est pas en un premier temps lié à leur caractère légal ou non.

C’est pourquoi La Ligne Claire estime que le projet de loi porté par M. Bayrou, s’il peut se révéler efficace, ne répond pas à une exigence de vérité car il élude en définitive la question du bien ou du mal, autrement dit la question morale. M. Ferrand déclarait à ce propos «qu’il avait sa conscience pour lui et qu’il n’était pas mis en cause par la justice de la République» (*). Pourtant, agir selon sa seule conscience ne suffit pas dès lors qu’on s’érige en juge de sa propre conscience car l’accent est désormais mis non plus sur la vérité du jugement (de la conscience) mais sur la certitude avec laquelle le sujet acquiesce: peu importe que ma conscience m’indique le bien ou le mal, par exemple « Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain », l’argent public ou celui des assurés d’une mutuelle mettons, pourvu que je sois convaincu de cette indication. Dans cette conception, parler de conscience vraie ou fausse n’a plus de sens dès lors que l’on définit pour vrai ce que l’on tient pour certain, y compris ce qu’on tient pour certain de bonne foi mais qui peut se révéler faux au sens de contraire à la vérité. Inversément, lorsque le public s’émeut au sujet d’un emploi fictif, c’est bien parce que la réalité de cet emploi ne correspond pas à la vérité.

De l’avis de La Ligne Claire, le public demande ce que M. Bayrou lui refuse, une conduite qui soit alignée sur une loi morale. En proposant une loi sur la moralisation dépourvue de référence morale, M. Bayrou esquive la question de la vérité et se réfugie dans celle du légalisme. A défaut d’une référence qui nous oblige de l’extérieur, on risque d’entendre de la Sarthe à la rade de Brest des hommes politiques dire qu’ils n’ont pas enfreint la loi tandis que le public estime bafouées la justice et l’honnêteté.

(*) avant que la parquet de Brest n’ouvre une enquête préliminaire

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

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