Couronne royale

De la monarchie – essai

La Ligne Claire sollicite l’indulgence de ses lecteurs en raison de la longueur inhabituelle de ce blog. Cet essai sur la monarchie entend souligner les mérites de cette institution tout en répondant aux arguments de ses détracteurs.

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Le départ en exil du roi Juan Carlos a amené certains, le parti Unidas Podemos par exemple, à réclamer non seulement la poursuite du cours de la justice à l’encontre du citoyen Juan-Carlos de Borbón y Borbón mais l’abolition de la monarchie même. Il est toujours malaisé de distinguer les critiques envers la personne de l’ex-souverain de celles envers l’institution du fait même que la personne n’est le souverain qu’en vertu de l’institution. En revanche, il est plus aisé de passer en revue les arguments avancés par les détracteurs de l’institution, et qu’on peut regrouper en trois catégories :

– le caractère héréditaire, supposé contraire aux principes démocratiques,

– le souverain est à l’abri d’une sanction électorale, de sorte qu’il ouvre la porte à de possibles abus de pouvoir,

– le coût réputé élevé de l’institution monarchique.

 

Dynastie et hérédité

La Ligne Claire avance la théorie selon laquelle l’institution monarchique n’est que l’application à l’organisation de l’État d’un phénomène universel et de tous temps, la dynastie. Ainsi, en dépit d’une république en guise de cache-sexe, la Corée des Kim et la Syrie des Assad, de même qu’en son temps le Cuba des frères Castro, fonctionnent en réalité sur le mode dynastique. Plus encore, des pays qui dans un passé pas trop lointain se sont affranchis de la Couronne britannique se sont empressés de reproduire en leur sein ces mêmes mécanismes : en Inde la dynastie Nehru-Gandhi a longtemps dominé la vie politique, sans rien céder à la famille Bhutto au Pakistan voisin, tandis qu’aux États-Unis, dès leur constitution, des dynasties politiques voient le jour, les Adams d’abord suivis des Roosevelt et des Bush à notre époque. Bien plus, nombre d’usurpateurs, au rang desquels Bonaparte figure en première place, s’empressent, une fois le pouvoir assuré, d’établir une dynastie nouvelle. Dans d’autres domaines de l’activité humaine se sont fait jour des dynasties d’artistes (Breughel, Bach), d’industriels (Ford, Rockefeller, Peugeot), de banquiers (Rothschild, Pictet) et de scientifiques (Bernoulli), manifestations d’un phénomène de tous lieux et de tous temps, et qui n’est pas propre à l’institution monarchique.

 

Monarchie héréditaire et monarchie élective

A côté de la monarchie héréditaire cohabite la monarchie élective. L’Europe en a connu plusieurs parmi lesquelles on peut citer le Saint-Siège, qui subsiste, la République de Venise, qui était en réalité une oligarchie et le Royaume de Pologne, où l’élection du souverain en a fait le jouet de ses puissants voisins, la Russie et la Prusse et a conduit à la disparition de l’État vers la fin du XVIIIe siècle. Quant à elle, si la dignité impériale était en principe élective en Occident, dans la pratique elle était devenue héréditaire dans la maison de Habsbourg à partir de 1452, qui par le fait même en a assuré la pérennité.

Pourquoi donc le système de la monarchie élective n’a-t-il pas fait ses preuves, à savoir un État stable, voire puissant ? On pourrait penser pourtant que le système n’offre que des avantages : à chaque élection, le corps électoral, quel qu’il soit, élit le candidat le plus apte ; celui-ci, élu à vie, n’a pas à se soucier de sa propre réélection et peut donc se vouer tout entier à la promotion du bien commun. Or, c’est précisément le contraire qu’on observe, à savoir que la monarchie élective devient aussitôt l’enjeu de factions, de partis, dirions-nous de nos jours, si bien que le souverain se comporte de fait comme un chef de bande, envers qui il devient redevable.

En vue de mettre fin à la pratique héritée des Francs de partager l’héritage d’un chef parmi tous ses fils, qui s’était avérée une source de division perpétuelle et surtout d’instabilité politique, les Capétiens adoptent à partir du Xe siècle le modèle de la monarchie héréditaire, auquel ils ajoutent une règle certes arbitraire mais simple et efficace, la primogéniture masculine. Quarante rois se succéderont en application de cette règle au fil de huit cents ans. Ce faisant, les Capétiens assurent non seulement leur propre survie mais celle de l’Etat, par-delà les menaces graves, la guerre de Cent Ans par exemple. Un système qui à chaque génération fait l’impasse sur les compétences de son successeur, a donné des saints et des fols, des longs et des gros, ma foi à l’image de l’humanité tout entière, tout en assurant une gestion efficace de l’Etat. On ne saurait donc trop insister sur ce constat qui surprendra certains: l’institution monarchique, combinée au principe héréditaire, constitue un facteur essentiel de la stabilité, de la pérennité et même de la grandeur de l’Etat.

Pour durer, tout système politique doit être perçu comme légitime et assurer une certaine efficacité. Illégitime, il sera renversé et inefficace, il le sera aussi. De ce point de vue la monarchie héréditaire se révèle redoutablement efficace : pour assurer sa succession, il suffit que le roi couche avec la reine, c’est-à-dire avec son épouse légitime, car le fruit de cette union, le futur chef de l’Etat, ne saurait être illégitime. Une nuit d’amour et voilà assurée la continuité de l’État, on ne saurait faire mieux.

 

Monarchie absolue et tyrannie

Si de nos jours on ne formule pas l’objection de l’absolutisme à l’encontre de l’institution monarchique, il ne paraît pas inutile dans le cadre de cet article de rappeler ce qu’il y a lieu d’entendre par monarchie absolue, dont la manifestation la plus éclatante demeure bien entendu Louis XIV. Pouvoir absolu signifie pouvoir parfait, c’est-à-dire complet ou encore achevé, mais ne signifie en aucun cas que le roi règne sans entrave ou de façon arbitraire. Le roi est lié tout d’abord par les lois fondamentales du royaume, sorte de constitution non-écrite, qui gouvernent notamment les règles en matière successorale. « Je suis dans l’heureuse impossibilité de n’y pouvoir rien changer » dira plus tard Louis XV à ce propos, indiquant tout-à-fait clairement qu’être bénéficiaire de la loi successorale ne signifie pas en être le maître ; même l’abdication n’est pas laissée au seul bon plaisir du roi : ainsi en 1936, c’est en vertu d’une loi votée par le Parlement que le roi Edouard VIII est autorisé à abdiquer. En outre, le roi est lié par le droit coutumier si bien que dans la réalité des faits il est confronté à un maquis de règles, de lois et d’ordonnances qui sont invoquées par des pouvoirs locaux, parlements de province par exemple, précisément pour contrer son autorité ; enfin le roi est lié par les traités qu’il conclut lui-même avec les puissances étrangères. Les limites à l’exercice du pouvoir royal sont donc à la fois réelles, nombreuses et efficaces. Retenons donc que le monarque absolu n’est en aucun cas un tyran, pas même un souverain qui règne de manière arbitraire, mais au contraire une personne que sa charge oblige.

 

Absence de sanctions

Dans ce contexte, l’impossibilité de sanctionner le souverain s’explique et se justifie donc très clairement. Autant le tyran se met à l’abri des sanctions par le fait même de son pouvoir tyrannique, c’est-à-dire l’oppression de ses opposants, autant l’absence de sanction du roi légitime doit être entendue comme un mécanisme qui assure la stabilité de l’institution et son inviolabilité. En effet, la possibilité de sanctionner le roi, que ce soit de manière formelle ou non, ouvre bien entendu la porte à une élection plus ou moins déguisée de son successeur.

Ce sont donc les textes de loi qui gouvernent le pouvoir royal qui font office de sanction. Au Royaume-Uni, où le souverain ne jouit plus d’un pouvoir effectif, la notion même de sanction perd de son sens. En Belgique, la Constitution en son article 106 stipule expressément qu’aucun acte du Roi n’est valable en l’absence du contreseing d’un ministre qui par le fait même de ce contreseing se rend responsable de cet acte. Si donc c’est le ministre qui est responsable et non pas le Roi, la question de la sanction de la personne du Roi est vide de sens.

 

Coûts

Il n’entre pas dans le cadre de cet article d’effectuer un audit des coûts liés à la monarchie en Espagne ou ailleurs. On se bornera donc à formuler à ce propos quelques remarques de portée générale.

Tout d’abord, la question des coûts est une question accessoire en ce sens qu’elle ne touche pas en tant que telle à l’essence de l’institution monarchique. C’est d’autant plus vrai qu’il revient au Parlement de fixer le montant de la liste civile.

Si la monarchie est susceptible de s’entourer d’un certain faste, plus ou moins coûteux, très variable selon les pays et les époques, elle n’en a aucunement le monopole : qu’on songe aux défilés du 14-Juillet, aux cérémonies d’investiture du Président des Etats-Unis ou encore aux parades grandioses qui se déroulent en Chine ou en Corée du Nord. De plus, certains coûts fixes liés à certaines monarchies sont amortis depuis des siècles tandis que les frais d’exploitation variables sont à mettre en rapport avec les avantages très réels qui découlent de la pérennité de l’institution, une qualité particulièrement appréciée à l’étranger. Même la République française n’hésite pas à tirer parti de Versailles ou de Chambord, où les visiteurs affluent par milliers. Enfin, notons que certaines fonctions présidentielles, à nouveau celle des Etats-Unis par exemple, peuvent s’avérer très coûteuses.

 

Conclusion et Épilogue

La monarchie se révèle l’application de phénomène dynastique, une réalité observable de l’activité humaine, à l’organisation de l’État tant et si bien que, même lorsque l’État revêt la forme extérieure de la république, l’attachement et le prestige de la dynastie persistent, que ce soit en Bavière, en Afrique auprès des chefs coutumiers ou des maharadjahs en Inde.

De l’avis de La Ligne Claire, Juan Carlos a sans aucun doute attenté au prestige de l’institution qu’il a incarnée pendant près de 40 ans. Que ceux qui songent à la museler gardent à l’esprit le sort de Stanislas Poniatowski. Élu roi de Pologne en 1764, l’ancien amant de Catherine la Grande deviendra vite le jouet des Russes. Il présidera au dépècement de son royaume et mourra en exil. Avec lui disparaissait non seulement la royauté mais pour 130 ans l’État polonais.

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

34 réponses à “De la monarchie – essai

  1. Merci pour ce rappel que personne et institution ne devraient pas être confondues, comme c’est trop souvent le cas. Aux dynasties industrielles américaines, ne pourrait-on ajouter celles des Cadillac, Pontiac, Chevrolet et autres Dupont de Nemours? Toutes issues de transfuges de la France de Louis XIV et de son rêve d’une nouvelle monarchie, purifiée des vices de l’ancienne, dans ce vaste empire que la France possédait autrefois en Amérique et dont Chateaubriand rappelle, dans la préface à son roman américain “Atala”, qu’elle s’étendait du Labrador au Golfe du Mexique et des Appalaches aux Rocheuses, ne cristallisent-elles pas cette ancienne Amérique dans celle d’aujourd’hui?

    Réduite ä la province québécoise et aux minorités de langue Cajun le long de la côte est des Etats-Unis, mais dont les noms rappellent la présence française jusqu’aux rives du Pacifique, et depuis l’appel du général de Gaulle à un Québec libre en 1967, combien parmi les descendants de cette Amérique apocryphe ne rêvent-ils pas d’un retour aux frontières de l’ancienne Louisiane?

    Aujourd’hui vouée à l’oubli, cette Amérique française, que Napoléon a vendue à ses nouveaux maîtres pour une bouchée de pain afin de financer ses guerres en Europe, n’existe plus guère dans la mentalité populaire, outre-Atlantique, que par les labels de “French fries”, French cheese” et autres “French kisses”. Pourtant, ne pourrait-on imaginer que quelques nostalgiques de l’Amérique française, retranchés dans la clandestinité, choisissent de passer à l’action directe pour rétablir les frontières et la langue de l’ancienne Louisiane avec pour mot d’ordre “Make America French again”?

    1. Curieusement et c’est un avant-gout de l’Europe, les grandes monarchies sont toutes germaniques, hohenzollern, Habsbourg.

      Les batards franco-anglais prefigurent l’Europe, las 🙂

      Une exception, le Portugal, si vous etes alle une fois a Golega, la fete du pur-sang lusitanien (le cheval pur race portuguais).

  2. Intéressantes réflexions. Manque cependant la question de l’institution de la monarchie. Comment et quand commence-t-elle ? Avec quelle légitimité dans un contexte donné ? Quelle famille, quel clan ou quelle mafia va s’imposer pour créer une dynastie ? That’s the question…

    1. Entre nous soit dit, on constate que les familles royales européennes actuelles descendent toutes de Charlemagne. Donc en réalité il s’agit d’une seule famille avec de nombreuses branches. Tous ces gens sont cousins entre eux. C’est une chose curieuse, mais il serait tès étonnant qu’un peuple européen accepte la création d’une dynastie régnante de parvenus n’ayant pas le sang bleu des rois francs. Napoléon a essayé, mais ça n’a pas duré. La greffe n’a pas pris. D’ailleurs les descendants des Bonaparte, qui sont presque tous des descendants de Jérôme, le “König Lustig” de Westphalie, sont aujourd’hui apparentés à diverses familles royales européennes, dont celle de Belgique. Donc, maintenant, ils font aussi partie de “La” famille. A la Renaissance il y a eu en Italie des familles de condottiere et de podestats, comme les Scaliger à Vérone ou les Sforza à Milan, ou de banquiers comme les Médicis à Florence, qui ont conquis le pouvoir, d’abord municipal, puis créé des dynasties. Mais très vite ces dynasties sont entrées dans le jeu des mariages princiers et leurs descendants aujourd’hui (il n’y en a plus beaucoup) font aussi partie de La famille. L’amiral Horthy, régent de Hongrie, avait rêvé de transmettre le pouvoir à son fils. Cela aussi ça a échoué. Il n’y a pas non plus de cas en Europe de l’ouest, de familles de premiers ministres qui se transmettent le pouvoir pendant plusieurs générations, comme les Schoguns du Japon ou la famille Küprülü dans l’empire ottoman ont pu le faire. La seule famille de maires du palais qui a réussi à s’emparer du pouvoir une fois pour toutes et à le garder pendant plus de mille ans, ce sont les Pippinides, c’est à dire justement les Carolingiens. Donc, il y a peu de chance de voir apparaître une nouvelle dynastie en Europe. Les Européens, curieusement, sont trop légitimistes pour ça.

    2. C’est une excellente question mais je ne pense pas qu’elle soit propre à la monarchie. En fait, elle se pose à tout Etat. La République française, par exemple, a été combattue par les autres puissances européennes mais fait aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance universelle. Il n’existe pas de pouvoir qui soit ipso facto légitime ab initio. Ceci dit, les familles dynastiques ont fait appel à deux mécanismes pour asseoir ou renforcer leur légitimité: i) le droit divin, selon lequel leur légitimité provient de Dieu, qui lui justement ne connaît ni commencement ni fin et ii) l’ancienneté de la dynastie, qui va les pousser à se réclamer d’ancêtres lointains et parfois mythologiques. Jules César par exemple prétendait descendre d’Enée. Plus prosaïquement, je pense que le temps fait son ouvrage si bien qu’au bout d’un certains temps un régime, qu’il soit monarchique ou républicain, en vient à être reconnu par ses pairs.

  3. Merci de nous avoir fait part de votre opinion sur la question “monarchique”.

    De mon côté, je suis en faveur de l’institution monarchique dans le cadre de son rôle historique, à savoir : concilier les traditions locales avec les valeurs universelles.
    C’est cette conciliation, qui permet le développement socio-économique d’un pays, la création d’une classe moyenne/bourgeoisie entrepreneuriale et la mise en place d’un régime démocratique. Ce processus favorise en outre le passage des populations du statut de sujet « obéissant » à celui de citoyen « libre ».
    Dès le démarrage de la démocratisation, la monarchie s’adapte graduellement pour devenir constitutionnelle, si tel est le bon vouloir des citoyens. C’est ce que nous constatons en Europe du Nord, dont les pays trustent les places d’honneur sur le podium de l’Indice du Développement Humain (IDH) de l’ONU.

    La monarchie a donc été très utile à l’humanité pour l’accompagner dans sa complexification : du clan préhistorique à la baronnie féodale et de la baronnie féodale à l’Etat-Nation moderne.
    Néanmoins, je doute qu’il faille à nouveau faire appel à la monarchie dans le cadre de l’actuelle transition environnementale, économique, sociale et digitale, qui évaporera les Etats-Nations au profit d’un nouveau monde multipolaire. Les choses sont devenues trop compliquées pour qu’un monarque aussi intelligent qu’il soit, puisse piloter cette transition.

    En effet, la transition historique d’aujourd’hui sera conduite par les dirigeants des Etats-continents : USA, Chine, Russie, Brésil, Inde etc.. en partenariat avec ceux de grandes Structures d’Intégration continentale du style : Union Européenne (UE) ou Union Africaine (UA). Toutefois, dans ces Etats-continentaux et dans ces grandes Structures d’Intégration continentale, flotte toujours le souvenir nostalgique du rôle qu’a joué la monarchie dans notre « humanisation ».

  4. Comme le disent a juste titre Dennis ou Martin, la monarchie n’a jamais cesse, on a seulement remplace les pions tiares.

    Imaginez-vous que Jeff Bezos pese trois fois le PIB suisse (chiffre ou pas chiffre, d’accord et en fortune, siouplait).
    Vous avez dit reigne?
    🙂
    (P.S. moi, j’aime plutot la monarchie de Diana, que celle de sa concurrente, l’amour de celui qui ne sera jamais roi)

      1. C’est exact ! Cependant, voici une précision : Stanislas Leszczynski ex-Roi de Pologne devint en “viager” Duc de Bar le 8 février 1737 et Duc de Lorraine le 21 mars 1737. En outre, il installa une Cour “polonaise” au Château de Lunéville.

        Nonobstant cette Cour polonaise, l’administration devint française en vue d’un rattachement ultérieur de ces 2 Duchés à la France à la mort du Roi Stanislas.
        C’est ainsi qu’un Intendant de justice, police et finances français fut nommé en la personne de Monsieur Antoine-Martin Chaumont de La Galaizière.
        Un de mes ancêtres était Conseiller financier auprès du Chancelier de La Galaizière. Son fils devint page à la Cour polonaise de Lunéville, ce qui nous valu ensuite et fort étrangement la polonisation de notre patronyme, mais écrit à la française.

        Peu de gens en France (à part les Lorrains) connaissent l’histoire de la brillante Cour polonaise de Lunéville. Celle-ci permit le développement culturel et technologique de la Lorraine avec entre autres : la fondation de la Bibliothèque Royale de Nancy, de la Société Royale des Sciences et Belles-lettres, de la Mission royale, de l’embellissement de Nancy et des villes lorraines via des palais et monuments de prestige… Notez bien : Royale et non Ducale !

  5. Synthèse bienvenue et très lisible. Elle mériterait une plus large diffusion. Merci.

    La monarchie est un régime réputé efficace mais le défi vient des empires revenus qui règlent la marche des continents. La tendance la plus raccord avec l’histoire européenne serait de relever le Saint-Empire pour faire le poids sur terre, tout en exaltant les libertés nationales, berceau de l’inventivité, de la production de richesses. Il en reste des traces vu du ciel : c’est la “banane bleue”.

    On s’éloigne de l’affaire Juan-Carlos qui ne fait que commencer.

  6. Aujourd’hui, 12 août 2020, l’Europe compte dix monarchies héréditaires :

    * le royaume de Belgique
    * le royaume de Danemark
    * le royaume d’Espagne
    * le grand-duché de Luxembourg
    * la principauté de Liechtenstein
    * la principauté de Monaco
    * le royaume de Norvège
    * le royaume des Pays-Bas
    * le royaume de Suède
    * le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande-du-Nord.

    Deux monarchies ne sont pas héréditaires :

    * l’État du Vatican (Saint-Siège)
    * la principauté d’Andorre.

    Selon le classement des pays par indice de démocratie 2020 (https://major-prepa.com/geopolitique/classement-pays-indice-de-democratie-2020/), la Norvège vient au premier rang des pays les plus démocratiques, suivie par la Suède (3e rang), le Danemark (5e rang), les Pas-Bas (11e rang), le Luxembourg (12e rang) et le Royaume-Uni (14e rang). Les Etats-Unis ne viennent qu’au 25e rang, et la France au 29e. La Suisse occupe un honorable dixième rang, tandis que la Chine est au 130e rang, la Russie au 144e. La Corée du Nord clôt la liste des 167 pays classés par leur indice de démocratie.

    Quant au Vatican, dernière monarchie absolue, et à Andorre, ils ne sont membres ni de l’ONU, ni de l’Union européenne.

    Qui sont donc les vrais démocrates?

          1. La Belgique est classée au 31ème rang après le Botswana (28ème), la France (29ème) et Israël (30ème).

    1. Si des monarchies sont de très bonnes démocraties (Norvège), mais d’autres sont des dictatures et si des non-monarchies sont de piètres démocraties, mais aussi de très bonnes démocraties (Suisse par ex.), alors la seule conclusion que l’on peut en tirer, c’est qu’il n’y a aucun lien entre les deux, ni positif, ni négatif. C’est donc un argument en faveur de la monarchie aussi pertinent que la vente de coca-cola, le prix moyen du chou-fleur ou l’usage d’antimite par habitant.

      1. “… si des non-monarchies sont de piètres démocraties, mais aussi de très bonnes démocraties […]”.

        J’ai un peu de peine à comprendre comment on peut être à la fois une piètre et une très bonne démocratie. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas bu de coca-cola depuis plus d’un demi-siècle…

        1. A mon avis, le critère le plus objectif pour comparer les pays, c’est l’indice de Développement Humain (IDH) des Nations Unies : http://hdr.undp.org/sites/default/files/hdr_2019_overview_-_french.pdf

          L’Indice de Développement Humain se mesure à partir de trois critères principaux : le produit intérieur brut (PIB) par habitant, l’espérance de vie des citoyens d’un Etat et le niveau d’éducation mesuré à partir de 15 ans et plus. Depuis 1990, il remplace le PIB qui occultait largement le niveau d’épanouissement individuel et collectif pour ne se focaliser que sur des critères économiques. En faisant entrer l’éducation et l’espérance de vie de la population dans sa grille de lecture, cet indice de mesure permet d’être plus précis dans l’analyse du développement des Etats.

          Voici l’IDH 2019 :
          1. Norvège
          2. Suisse
          3. Irlande
          4. Allemagne
          5. Hong=Kong
          6. Australie
          7. Islande
          8. Suède
          9. Singapour
          10. Pays-Bas
          11. Danemark
          12. Finlande
          13. Canada
          14. Nouvelle-Zélande
          15. Royaume Uni
          16. Etats-Unis
          17. Belgique
          18. Liechtenstein
          19. Japon
          20. Autriche.

          Sur les 20 premiers Etats en tête du podium sur 194 pays qui composent notre planète, – et en rappelant que les pays membres du Commonwealth ont comme Chefs d’Etat : Sa Très Gracieuse Majesté la Reine d’Angleterre, – nous constatons que sur ces 20 pays où il fait meilleur de vivre qu’ailleurs, 13 sont des monarchies !

          En paraphrasant Winston Churchill, on pourrait donc conclure, que la Monarchie constitutionnelle est le moins mauvais des systèmes institutionnels humains..

          P.S. Le Luxembourg est 21ème, la France 24ème, l’Espagne 25ème et l’Italie 29ème.

          1. “En paraphrasant Winston Churchill, on pourrait donc conclure, que la Monarchie constitutionnelle est le moins mauvais des systèmes institutionnels humains.. ”

            Churchill, un modèle le démocrate, vraiment. Exemple:

            * “Seconde Guerre mondiale : le complot nazi étouffé par Churchill – Des archives rendues publiques mettent au jour un complot du régime nazi concernant l’ancien roi Edward VIII. Un plan que le Premier ministre britannique a tout fait pour garder secret.” Voir la suite dans Le Point du 27 juillet 2017 à l’adresse suivante: https://www.lepoint.fr/monde/seconde-guerre-mondiale-le-complot-nazi-etouffe-par-churchill-20-07-2017-2144674_24.php.

            Sur la sombre histoire des liens de l’aristocratie anglaise avec le régime nazi, et en particulier le salut nazi de la future reine Elisabeth II, voir aussi:

            * ” Behind the infant Queen’s gesture lies a dark history of aristocratic Nazi links. It is no surprise that the royal archive is closed to historians: a wealth of embarrassment lies within.” – Karina Urbach, The Guardian du 19 juillet 2015 : https://www.theguardian.com/commentisfree/2015/jul/19/nazi-hitler-royal-family.

            * “Edward VIII et Hitler, une vieille histoire – Le scandale créé par le quotidien anglais “The Sun” le 18 juillet [2015] dernier, qui montre la reine Elisabeth et son oncle Edward VIII faisant le salut nazi, remue le passé trouble de la famille Windsor.” L’Obs du 21 juillet 2015 : https://www.nouvelobs.com/monde/20150721.OBS2962/edward-viii-et-hitler-une-vieille-histoire.html.

            * “Le Duc de Windsor et les nazis – Le passé refoulé de la famille royale anglaise”, Paris- Match, 20 juillet 2015: https://www.parismatch.com/Royal-Blog/Royaume-Uni/La-video-du-salut-nazi-de-la-reine-Elizabeth-II-a-relance-le-debat-sur-les-liens-entre-les-Nazis-et-l-ephemere-roi-Edward-VIII-803000.

            Faut-il encore rappeler la liaison sulfureuse d’Unity Mitford, descendante de l’ancienne noblesse britannique, qui souhaitait une alliance entre le Royaume-Uni et l’Allemagne nazie, avec Hitler et dont la soeur aînée, Diana, avait épousé Oswald Mosley, fondateur du parti fasciste anglais ?

          2. Je ne comprends pas très bien à quoi vous voulez en venir avec vos “contes à rebours”. Que beaucoup d’aristocrates britanniques aient eu de la sympathie pour l’Allemagne nazie, et sie tête antisémites, y compris Édouard VIII et sa femme qui était carrément un agent allemand, mais aussi de puissants éditeurs de journaux comme Lord Beaverbrook, ou des hommes politiques comme Oswald Mosley qui était issu de la plus haute aristocratie britannique et beaucoup d’autres, ça on le savait déjà. Churchill était plutôt un outsider dans l’establishment britannique. Vous auriez aussi pu faire des gossips sur d’autres faits étonnants, comme par exemple le fait que le “philosophe” Bernard-Henri Lévy ait été le compagnon pendant des années d’une extravagante lady britannique: Daphné Guiness, petite fille de Diana Mitford et épouse d’Oswald Mosley. La grand mère de la belle Daphné avait fait scandale en allant à une réception de la reine Elsabeth avec une magnifique broche en diamants en forme de croix gammée, cadeau du Führer qui était témoin de son mariage avec Mosley. The Queensland “was not amused”. Il est assez piquant que le snobisme et l’excitation irrésistible pour lui, de pouvoir s’introduire dans l’aristocratie britannique, ait eu pour effet que BHL n’ait pas du tout été gêné des antécédents de cette femme, qui le considérait “probably the man of my life”, et que donc il ait complètement oublié qu’il était juif. La nature humaine est pleine de bizarreries et de contradictions.

          3. Merci à “So What” de votre réponse. Cela m’évite de répliquer à “Contes à rebours”.
            J’en profite pour préciser dans que contexte Winston Churchill a prononcé sa célèbre citation sur la Démocratie.

            C’était à la Chambre des Communes le 11 novembre 1947 et il le fit en tant que Leader de l’opposition.
            Il dit ceci : “Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres.”

          4. “Contes à rebours” a piqué ma curiosité. Je me suis renseigné sur les polémiques auxquelles il fait allusion et j’ai découvert que l’historienne Karina Urbach est une des plus virulentes diffamatrices antideutsch du monde universitaire. Elle fait évidemment une carrière brillante, ce qui n’est pas étonnant car des intérêts très puissants tiennent à ce que la vision caricaturale, partiale et accusatrice de tout ce qui touche à l’Allemagne, et aux relations des autres pays avec l’Allemagne avant et pendant la guerre, soit inlassablement martelée. C’est hélas le sort de l’Allemagne actuelle, ce pays vaincu et occupé, de devoir souffrir que tout ce qui est se publie à son sujet par les historiens acclamés des grandes universités internationales provient toujours de ses ennemis implacables qui ne s’embarrassent d’aucune bonne foi. Tout historien qui s’efforcerait honnêtement de présenter les deux côtés de l’histoire, de manière objective, sera impitoyablement disqualifié sous des accusations infamantes de nazisme, ou autres. Il lui sera impossible de faire carrière.

            Nous avons connu ce genre de présentation biaisée, uniquement à charge, concernant la Suisse, lors de l’affaire des fonds en déshérence dans les années 1990.

            Les travaux de ce genre d'”historiens” doivent être consultés avec la plus grande prudence et même méfiance.

  7. Il y a eu des monarchies de toutes sortes au cours de l’histoire: féodale, absolue, despotisme éclairé (Frédéric II de Prusse, la grande Catherine de Russie), constitutionnelle, parlent aire, avec un roi qui gouverne ou qui ne gouverne pas, césarienne (Napoléon III, second empire), illibérale (François Joseph), gouvernements de cabinet sur le modèle de Louis-Philipe, imité par la suite en Belgique et en Italie, ou en principe c’est un système parlementaire, mais en pratique la camarilla autour du roi tient tout en mains.

    Une modalité qu’on m’a pas encore essayée serait la monarchie moderne populiste, avec un roi charismatique qui s’appuie directement sur le peuple contre les élites, et à l’occasion même contre le parlement au moyen du référendum, pour gouverner personnellement. J’aimerais beaucoup qu’on expérimente cette modalité là bientôt dans un pays européen. Reste à savoir lequel.

    Enfin je voudrais citer un mot très joli du feu prince Klaus,époux de la reine Béatrix des Pays-Bas: “Nous autres Néerlandais nous sommes un peuple républicain qui entretient une relation particulière avec une famille, et pour la transmission du pouvoir, nous laissons faire la nature”.

  8. A “So What”

    Intéressant commentaire. Karina Urbah traite des rapports des monarchies anglaises et allemandes avec le régime nazi. Dans son ouvrage “Go-Betweens for Hitler” (2015), elle consacre ses premières lignes à l’incident qui s’est produit en juillet 1940 à la frontière italo-allemande du Brenner, lorsqu’une duchesse bavaroise âgée de 83 ans a été empêchée de retourner dans le Reich allemand. “So what was the regime afraid of?, demande l’auteur du livre. Elle explique que “This book will show that the Nazi leadership feared the higher aristocracy because it had used their international networks for years and it therefore knew of their great potential. Members of the aristocracy had worked as go-betweens for Hitler and established useful contacts with the ruling elites of other countries. By 1940 the regime feared that these networks could also work against them.”

    A aucun moment je n’ai constaté – et je crois être un lecteur plutôt exigeant – que l’auteur n’a discrédité ni réduit l’aristocratie allemande au rang de valets du régime nazi, bien au contraire. A mesure qu’on avance dans la lecture de son ouvrage, on constate qu’en fait Hitler et les aristocrates, qui voyaient en lui un rempart contre le bolchévisme et le parlementarisme, jouaient en quelque sorte au chat et à la souris quant à savoir qui manipulerait l’autre.

    S’il est un reproche qu’on peut faire à la jeune historienne, c’est de ne pas avoir mis en lumière les changements survenus dans l’élite prussienne de la Wehrmacht quand celle-ci, d’abord acquise à la cause du régime nazi, avait passé à la résistance quand elle a pris conscience de son caractère criminel. Le cas de l’attentat manqué contre Hitler en 1944 en est sans doute la manifestation la plus connue.

    Ma mère, d’ancienne origine balte, avait eu pour amie au pensionnat bavarois où elle faisait ses études la fille d’un des conjurés de 1944, Rita von u. zu den Schuhlenburg. Tout séparait ces deux mondes, celui de l’ancienne noblesse prussienne et la racaille criminelle des bandes SA. Je n’ai pas encore assez lu les livres de Karina Urbach, mais je n’ai encore vu aucune référence à ce sujet dans ceux de ses écrits que j’ai déjà parcourus. Si c’est ce que vous entendez par présenter les deux côtés de l’histoire de manière honnête et objective, alors nous serions sans doute d’accord sur le fait qu’il manque cet aspect essentiel dans son exposé.

    En ce qui concerne BHL (que je confonds toujours avec DHL, je ne sais pourquoi) et les néo-précieux, il ne m’intéresse pas assez pour que je perde mon temps avec ce petit arriviste arrogant et prétentieux, que j’ai rencontré pour la première fois quand j’étais étudiant en philosophie à l’Université de Genève, au cour d’une conférence qu’il donnait au Victoria Hall.

    Aujourd’hui tout à fait ignoré par la philosophie officielle – à supposer qu’il y ait jamais eu un poids quelconque -, tout ce que j’en ai retenu à cette époque était qu’il brillait plus par son sens du marketing que par ses idées, surtout puisées dans les pages de Playboy Magazine. Et comme je ne suis pas un lecteur assidu de “Point de Vue – Images du Monde”, j’ignorais jusqu’ici son affaire avec la Prime Lady du Guiness Book of Extravagances.

    Je m’intéresse de bien plus près à cette génération systématiquement effacée de l’Histoire qui fut celle de l’émigration russe des années 1920, à laquelle mes parents appartenaient. Leur destin souvent dramatique a été l’exact contraire du parcours des harpions arrivistes façon BHL. Cette Russie fantôme, dont ma génération, assimilée à son milieu d’accueil, a oublié jusqu’à la langue et ignore à peu près tout, a pourtant nourri mon imaginaire d’enfant. S’il est un rêve que je fais, une chose dont je rêve, c’est de pouvoir consacrer mon temps à en préserver le souvenir.

    Cordialement.

  9. Cher conte à rebours, j’ai lu votre réplique avec un grand plaisir. Imaginez vous que je ne suis pas du tout balte, mais j’ai bien connu ce milieu qui est celui dont est issu votre mère, et l’ai même fréquenté assidument à une époque de ma vie en Allemagne.

    Les baltischen Ritterschaften sont très vivantes en Allemagne. Ces familles se fréquentent, organisent des bals, parfois se marient entre elles. Quelques rejetons, rares, occupent encore des positions importantes dans la société, ce qui était le cas du comte Otto Lambsdorff, ministre de l’économie. Beaucoup sont au Canada, où parfois ils ont acheté de la terre, car ce sont le plus souvent des agriculteurs. Ils ont conservé beaucoup de coutumes russes, comme la manière de boire la vodka avec des zakuski. Les jeunes n’ont plus l’accent russe. Mais j’ai connu quelques vieilles dames et vieux messieurs qui l’avaient encore. J’ai même quelque part dans ma bibliothèque le Baltisches Wappenbuch, qui avait été édité par Patrick von Glasenapp, que je connaissais très bien, répertoire de toutes les familles nobles baltes, avec leurs blasons et dates d’immatriculation dans une des quatre Ritterschaften d’Estland, Livland, Lettland ou Ösel. Je connais donc bien tous ces noms baltes comme Koskull, Üxküll, Mirbach, Stackelberg, Osten gennant Sacken, Ungern-Sternberg, Hahn etc., dont j’ai connu des représentants. On m’a aussi raconté des anecdotes et Witz typiquement baltes, comme par exemple celui-ci: à Dorpat, ville universtitaire du Baltikum, au temps de Guillaume II, un étudiant du Reich, donc un “Reichsdeutsche” s’était inscrit à la fraternité d’étudiants locale. On se battait en duel, à la rapière, bien entendu, comme partout en Allemagne, mais on y allait plus fort que dans le Reich. Un chirurgien était présent sur place pour veiller au grain. Mais voilà qu’un jour, le Reichsdeutsche est blessé grièvement. Le chirurgien fait ce qu’il peut, mais malheureusement le blessé succombe. Que faire? Un des étudiants fait cette remarque: “das schwierigste wird sein: wie soll man dies den Eltern sagen? Das sind doch Reichsdeutsche. Die haben dafür kein Verständnis!” Le tout dit sur un ton navré, avec l’accent russe. “Le plus difficile, c’est: comment allons-nous annoncer ça aux parents: ce sont des Reichsdeutsche n’est-ce pas. Ils n’ont aucune compréhension pour ce genre de choses”. Cette plaisanterie macabre montre bien un esprit très particulier, que les autres gens, par exemple les Reichsdeutsche, ne peuvent pas comprendre.

    Par la suite j’ai appris plus de choses sur l’histoire de cette noblesse allemande balte. Au début ils étaient arrivés là-bas avec les chevaliers teutoniques, ils ont dominé le territoire comme propriétaires terriens latifundiaires, jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Au cours des siècles les pays baltes n’ont pas toujours été dans l’orbite russe. Il y a eu aussi des périodes où on servait le roi de Suède, de Prusse, etc.?

    On a peine à imaginer aujourd’hui l’état d’esprit d’une élite très particulière comme celle-là, qui avait gardé beaucoup de réflexes des Raubritter du moyen-âge. Par exemple on a beaucoup reproché à certains nobles baltes d’avoir accepté des domaines en Pologne, de la main du Grossdeutcshe Reich, qui avait exproprié les propriétaires polonais. C’est très choquant quand on considère les choses avec nos yeux d’aujourd’hui. Mais il faut se souvenir que ces propriétaires avaient été eux-mêmes expropriés complètement à la suite du pacte de non agression d’Hitler avec Staline, qui avait sacrifié les pays baltes. Donc, certains ont vu cela comme une juste compensation. De toute façon, personne ne pleure sur le sort d’environ 15 millions de Volksdeutsche qui ont été “vertrieben” de Russie et de Pologne et donc pas loin de la moitié sont morts “verstorben und verdorben” disait Adenauer. C’est bien connu, il n’existe qu’une seule catégorie de personnes qui a souffert pendant la guerre.

    Il faut aussi se souvenir qu’à la suite de la défaite de l’Allemagne en 1918, il y a eu une sorte de guerre civile à l’est et au nord du Reich, dont on ne parle jamais mais qui a fait environ 4 millions de morts, parce que ces territoires baltes, silésiens, ruthènes, etc. ont été brusquement plongés dans le chaos (à peu près comme la libye d’aujourd’hui pour prendre une comparaison), avec une menace communiste sanguinaire et beaucoup de violence. Les Allemands patriotes se sont regroupés dans des corps francs, pour tenter de défendre tant bien que mal leur existence. Evidemment les sentiments politiques de tous ces gens n’étaient pas exactement ceux de démocrates actuels progressistes antiracistes et droit-de-l’hommistes. Beaucoup, plus tard, sont devenus nazis. Est-ce étonnant? Le maréchal Mannerheim, autre baron balte qui avait servi comme officier de la garde du Tsar, s’était allié à Hitler pour défendre la Finlande contre l’agression soviétique. Lui non plus, n’était pas un tendre. Pourtant il est généralement considéré comme un grand démocrate. La manière dont on écrit l’histoire est tellement fausse et tellement empreinte de propagande, toujours écrit par le vainqueur.

    Aujourd’hui leurs descendants n’en parlent pas trop, mais il est certain que le milieu russe-allemand, et donc balte, dans l’ensemble était très anticommuniste et souvent antisémite ce qui n’a rien d’étonnant si on regarde qui étaient les dirigeants du parti bolcheviste. Je pense à des personnages intéressants comme Max-Erwin von Scheubner-Richter, dont il est indéniable qu’il était un des tous premiers organisateurs du mouvement nazi et qu’Hitler tenait en haute estime, disant même de lui qu’il était le meilleur et le seul type vraiment irremplaçable dans toute l’organisation. Il est mort lors de la fusillade qui s’est produite devant la Feldherrenhalle à Munich lors du Putsch manqué de novembre 1923. Un autre balte (pas de la noblesse quant à lui) était l’affreux Alfred Rosenberg, qui a joué un rôle si néfaste pendant la guerre.

    Vous parlez de l’attitude de nombreux nobles allemands, dont certains, il faut bien l’avouer, ont servi le IIIe Reich. Evidemment c’est le cas. Comme pour tous les autes milieux sociaux en Allemagne, sans exception. Mais il ne faudrait tout de même pas oublier l’effondrement total de cet univers qu’était la société allemande à la suite du traité de Versailles, la misère noire dans laquelle sont tombés les Allemands, y compris des officiers glorieux qui s’étaient battu pour le Vaterland et se retrouvaient à devoir mendier leur pain en uniforme, parce qu’ils n’avaient pas d’autres vêtements, avec une croix de fer sur la poitrine. Comment ces gens auraient-ils pu ne pas donner une chance à un leader nationaliste, qui apparaissait comme le seul capable de redresser le Reich et le débarrasser du danger, très réel, du communisme?

    Alors c’est vrai que beaucoup de nobles, dont le monde s’était complètement effondré avec la chute du Kaiser, ont tenté de s’arranger avec les nazis. Aujourd’hui on met beaucoup en avant le complot du comte Stauffenberg qui a tenté d’assassiner Hitler. Mais on oublie de dire que Churchill avait dit que c’était complètement égal qui gouvernait l’Allemagne, que ce soit Adolf Hitler ou un père jésuite, de toute façon la guerre se poursuivrait jusqu’à la destruction complète du Reich. Par conséquent on ne devrait pas porter aux nues ces conjurés du 20 juillet. Leur tentative était vouée à l’échec et ne pouvait rien apporter de bon.

    Enfin bref. Vous semblez avoir trouvé intéressant le livre de Karina Urbach sur les Go between d’Hitler. Très franchement je n’ai pas envie de le lire. Je sais d’avance ce qu’il y a dedans. Je ferai peut-être l’effort de le lire, à cause de vous, mais pour le moment je me suis contenté de visionner quelques conférences de cette petite historienne très mauvaise et ça m’a suffi pour penser qu’elle ne vaut rien. Sa vision est superficielle, focalisée exclusivement sur sa logique à elle, qui peut se comprendre mais qui est trop unilatélrale, logique pour laquelle les raisons du peuple allemand dans son ensemble n’ont aucune espèce d’importance, seule compte la condamnation morale de ce qui s’est passé sous Hitler. Il est donc interdit de chercher à comprendre les raisons pour laquelle les choses se sont passées ainsi. Il est interdit par exemple d’avoir un regard critique sur les troubles révolutionnaires communistes causés par Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Kurt Eisner & Co, ni de comprendre pourquoi cela a suscité des réactions nationalistes, souvent antisémites évidemment.

    A mon avis ce genre d’historiens sont superficiels et biaisés. Ils n’ont pour objectif que d’entretenir la haine de soi allemande et l’Umerziehung à perpétuité. On peut lire leurs textes, mais il faut le faire en sachant qu’aucune confiance ne peut leur être accordée.

    1. Cher Monsieur,

      Votre long commentaire, qui traduit une si vaste et profonde connaissance du milieu et de l’histoire du peuple balte, vécue et pas seulement livresque, m’a beaucoup ému et je ne sais trop comment vous en remercier. Mes propres connaissances, bien pauvres en comparaison des vôtres, se résument pour l’essentiel aux témoignages que ma mère a laissés et au voyage que deux membres de ma famille et moi avons fait avec elle à Tallinn et à Leningrad en 1989, deux ans avant la chute de l’ex-URSS.

      C’était la première fois qu’elle revoyait les deux villes de son enfance et de son adolescence, après près de trois-quarts de siècle d’absence. Née à Moscou en 1910 (nous n’avons jamais su l’année exacte de sa naissance, tous ses papiers d’état-civil ayant été perdus après la révolution de 1917; elle ne se privait d’ailleurs pas d’en profiter pour se rajeunir de quelques années chaque fois que l’occasion se présentait), elle a vécu jusqu’à l’âge de dix ans à Saint-Pétersbourg, où son père, le baron Rudolph Christianovitch von Stenghel, était directeur des usines Skorohod, première industrie du cuir en Russie.
      Trotsky mentionne les usines Skorohod dans son Histoire de la révolution russe et les décrit comme “un bastion de socio-révolutionnaires (“a stronghold of social revolutionaries” dans la traduction anglaise). Les socio-révolutionnaires étaient, je crois, les principaux adversaires des bolchéviques.

      C’est aussi dans l’usine de mon grand-père que certains des premiers comités ouvriers se sont formés lors de la première révolution, celle de 1905, au lendemain de la défaite des troupes russes à Port Arthur, face aux Japonais. A leur retour du front, les soldats attribuaient en effet leur défaite à la mauvaise qualité de leurs chaussures. Celles-ci avaient été fabriquées aux usines Skorohod.

      J’ai appris que cette usine existe toujours, mais que les chaussures pour dames y ont remplacé les bottes et ganaches des soldats. Quant au site des anciennes usines, il a été transformé en centre culturel dont certaines des manifestations actuelles, y compris par des groupes LGBT, feraient sans doute se retourner mes grand-parents dans leur tombe s’ils en avaient connaissance, du moins d’après ce qu’on peut en lire dans la presse.

      Mais je m’en voudrais d’abuser plus de l’accueil de monsieur de la Barre sur son site pour raconter l’histoire de ma famille – nos parents nous ont toujours dit, à nous leurs enfants que nous n’avions aucune raison de nous en vanter, car nous n’avions rien fait pour cela. Je me contenterai donc de résumer celle de ma mère en disant qu’elle a survécu à une révolution et surtout à la terrible guerre civile qui l’a suivie, à deux guerres mondiales et à… trois enfants. De ces trois épreuves, je n’ai jamais su laquelle fut la pire pire elle.

      D’abord élevée par une gouvernante suisse, une froebelienne originaire de Saint-Gall, ma mère, qui parlait déjà six langues avant l’âge de dix ans, nous a laissé, à nous ses enfants et à son entourage, l’héritage de son amour bien russe pour les langues, la littérature, la peinture et surtout la musique. Elle pouvait jouer pendant des heures entières au piano ses compositeurs préférés, souvent sans regarder sa partition. Ce goût pour les arts, elle l’avait déjà reçu de sa propre mère, moscovite d’origine qui, naturalisée française, a fini sa vie avec son second mari, ancien officier de l’armée de Wrangel, parmi l’émigration russe en France.

      A Paris, parmi les autres Russes expatriés, elle avait pour amie la baronne Wrangel, épouse de l’ancien commandant des armées blanches. Toutes deux reposent aujourd’hui au cimetière russe de Sainte Geneviève-des-Bois à Cormeilles-en-Parisis. Le maire communiste de cette commune de l’ouest parisien avait un temps voulu faire raser ce cimetière historique pour le remplacer par un parking, jugeant “toutes ces vieilles tombes” inutiles.

      En évoquant ses souvenirs, ma mère déroutait souvent son entourage par sa “logique” bien russe, elle aussi. Elle mélangeait en effet tout: noms de lieux, de personnes et dates -, si bien que tenter de reconstituer le puzzle de son vécu relevait du travail d’un archéologue, d’un détective ou des deux.

      Depuis l’ouverture des archives officielles de l’Etat russe au public, au lendemain de la chute de l’URSS, j’ai pu obtenir un certain nombre de documents qui concernent tant mes ancêtres du côté maternel que paternel. Je compte les mettre à disposition, par exemple sur un site Web, pour celles et ceux qui pourraient s’y intéresser à des fins de recherche ou d’enseignement, à l’exclusion de toute autre utilisation.

      Pour revenir à votre message, et pour avoir enseigné l’histoire pendant quelques temps, je serais bien le dernier à mettre en question le sort tragique qu’a connu l’Allemagne au lendemain du Traité de Versailles, et en particulier pendant l’occupation de la Ruhr. En effet, aucune relation, comme vous le dites, honnête et objective ne saurait occulter ce contexte, comme c’est malheureusement trop souvent le cas. Je comprends donc mieux votre défiance envers les livres de Karina Urbach, et reconnais qu’après avoir fini la lecture de ses “Go-Betweens”, je suis pas mal resté sur ma faim, moi aussi.

      Mais je m’en veux d’avoir été aussi long dans mon commentaire et vous remercie encore très vivement pour le vôtre, qui m’a révélé tant de choses que j’ignorais.

      Très cordialement à vous.

        1. Un grand merci pour la mention de ce livre, dont j’avais déjà entendu parler et qui m’avait fort intrigué, mais que j’avais oublié entre-temps. Maintenant, je ne manquerai pas de le lire, ceci d’autant plus qu’une tante de ma mère, restée en URSS et devenue médecin, avait été décorée de l’ordre de Lénine pour son comportement à la bataille de Stalingrad. Ma mère l’avait revue dans sa maison de retraite à l’occasion d’un voyage en URSS (à l’exception de Leningrad) que j’avais offert à mes parents dans les années 1970.

          A “So What?”: Tous mes remerciements à vous aussi pour vos précieuses indications concernant les associations baltes en Allemagne. J’avais été en contact avec l’une d’entre elles il y a déjà quelques années en arrière, mais elle n’avait trouvé aucune trace de la famille de mon grand-père. Peut-être aurai-je plus de chance avec les autres…

          Quoi qu’il en soit, j’espère avoir un jour le plaisir de converser avec vous autrement que sous pseudo! J’indiquerai d’ailleurs dans un prochain courrier l’adresse de mon site Web, encore en construction, pour celles et ceux qui souhaiteraient poursuivre cet échange, sinon “da viva voce”, du moins par clavier interposé.

          Avec toutes mes amitiés entre-temps.

      1. Peut-être devriez-vous prendre contact avec les Baltische Ritterschaften, qui existent en Allemagne en tant qu’association de noblesse comme il y a de nombreuses autres associations similaires.

        Il existe également une autre association appelée Baltische Landsmannschaft, ou Deutsch-Baltische Gesellscahft, qui regroupe les Allemands d’origine balte en général, mais pas seulement les nobles.

        Personnellement les souvenirs dont je vous ai parlé remontent à il y a environ quarante ans, et donc j’ai perdu le contact avec ces amis. Mais je constate que ces associations ont des sites internet:

        https://www.baltische-ritterschaften.de

        http://www.deutsch-balten.ch

        Vous pourriez sûrement devenir membre de ces organisations, où vous rencontrerez des gens qui pourront vous aider dans vos recherches historiques et généalogiques.

        Bien à vous

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