Daniel Cardon de Lichtbuer

Daniel Cardon de Lichtbuer, une vie plurielle

Les lecteurs belges de La Ligne Claire trouveront peut-être quelque intérêt à parcourir cette recension d’une récente biographie du Baron Daniel Cardon de Lichtbuer, due à la plume de Vincent Delcorps.

Comme la Gaule qu’il aura étudiée au cours de latin chez les Jésuites, la carrière du Baron Daniel Cardon de Lichtbuer se divise en trois parties, les institutions européennes, la finance et le secteur non-marchand.

Daniel Cardon est lui-même à l’origine de la conception de cet ouvrage, dont il confie la rédaction à Vincent Delcorps, journaliste et historien, bien au fait de l’histoire économique et financière belge de l’après-guerre.

Les Institutions européennes

À la suggestion de Jean-Charles Snoy, secrétaire général du ministère des Affaires économiques en 1958, Daniel Cardon entame un parcours de haut niveau à la CECA d’abord puis, à la suite de la fusion des exécutifs, à la CEE, en qualité de membre du cabinet d’Albert Coppé, commissaire belge. Si Delcorps s’attache peut-être davantage à l’histoire des institutions qu’à celle de Daniel Cardon, on devine que c’est au cours de cette période que non seulement il acquerra ses compétences mais qu’il se forgera ses propres convictions.

La BBL

Dans la foulée de la fusion des instances européennes, Daniel Cardon rejoindra la BBL en 1975, où il prendra en charge la construction du Cours Saint-Michel puis la direction du personnel. En 1992 il est nommé à la tête de la BBL ; à ce moment, tout le monde, la Banque Nationale, les milieux bancaires, la presse, les collaborateurs s’accordent sur un point : « Mais ce n’est pas un banquier !». On soulignera à ce propos son rôle dans l’acquisition d’une collection d’œuvres d’art, partie intégrante de l’image et de la stratégie de l’entreprise. A son départ en 1996, Daniel Cardon laisse une BBL au bilan assaini et à la rentabilité solide.

Par ailleurs à cette époque il assure la vice-présidence de la FEB en 1980, la présidence de l’Association Belge des Banques en 1983, et la présidence de l’EFMA en 1988. C’est au cours de cette période que se révèle l’homme public qui se fait connaître par ses prises de position et qui noue sans relâche des relations avec toutes les composantes de la société belge.

Child Focus et les Demeures Historiques

La carrière de Daniel Cardon prendra alors un tournant inattendu puisqu’il assurera à la demande du premier ministre Jean-Luc Dehaene la présidence de Child Focus, une association de défense des droits de l’enfant, créée dans la foulée de la sinistre affaire Dutroux. Si Child Focus répond d’abord à une objective nécessité de protection de l’enfance, elle répond aussi aux attentes de la société belge très ébranlée par l’affaire, en proie au doute moral. Aussi Daniel Cardon se souciera-t-il de créer une association professionnelle plutôt qu’un club de bénévoles ; démarcheur infatigable, il saura au cours des dix années de sa présidence solliciter et obtenir le soutien de nombreuses personnalités et institutions, de la Reine Paola au Parlement Européen.

À la même époque il assumera en 1992 la présidence d’Europa Nostra, une organisation qui a pour vocation la préservation du patrimoine culturel européen ; dans le même esprit il assurera de 2003 à 2013 la présidence de l’Association des Demeures Historiques. Loin de se contenter de la restauration de vieilles pierres, il s’agit pour Daniel Cardon de promouvoir le patrimoine comme une richesse et non pas comme une charge et surtout comme une richesse de notre maison commune, l’Europe.

Vincent Delcorps, on l’a dit, est aussi bien journaliste qu’historien. Expert en matière économique et politique, son domaine de choix peut prendre le pas sur le sujet de son livre, Daniel Cardon. Les passages consacrés à la construction européenne des années 1950 et 1960, l’histoire de la Banque de Bruxelles et de la Banque Lambert, le récit de leur fusion en 1975 témoignent de la maîtrise de l’auteur mais pourront laisser l’un ou l’autre lecteur désemparé face à une matière qui peut se révéler certes passionnante mais touffue. Mais surtout il faudra attendre la moitié du livre pour qu’on y découvre tardivement notre personnage et que l’auteur nous en livre le portrait. Pourtant l’histoire économique l’emporte si bien que la personnalité de l’homme n’est jamais totalement dévoilée au lecteur, alors qu’il s’agit d’un homme qui justement n’a de cesse dans sa vie de nouer des relations. En définitive l’ouvrage de Delcorps donne de Daniel Cardon l’image que ce dernier entend donner, et dont la dimension privée est passée sous silence, que ce soit par souci de pudeur ou d’autres motifs.

Davantage homme de la parole que de l’écrit, Daniel Cardon a souhaité confier à un tiers la rédaction d’un ouvrage dont le style se situe à la croisée des souvenirs, peut-être dictés, et de la biographie, bien insérés dans l’histoire de Belgique de la deuxième moitié du XXe siècle. Ceci dit, ce petit livre de lecture agréable témoigne du souci d’un homme, conscient du rôle qu’il aura tenu dans la vie publique, de laisser une trace tangible de son action, sa part à lui dans l’édification d’un patrimoine.

Il y a une trentaine d’années, alors qu’il dirigeait la BBL, Daniel Cardon confiait à un collaborateur : « Tu sais, je reviens des sports d’hiver et j’ai vu Jean-Paul Belmondo sur les pistes – et je l’ai reconnu ! » « Et lui, Monsieur Cardon, vous a-t-il reconnu » ? » « Toi, mon ami, tu me connais bien ».

Vincent Delcorps, Daniel Cardon de Lichtbuer, Une vie plurielle, Racine, 197 p.

 

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

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