Chrétiens d’Orient: l’Eglise orthodoxe

L’Eglise orthodoxe en Orient

Par Eglise orthodoxe, il y a lieu d’entendre l’Eglise qui se réclame des sept premiers conciles oeucuméniques, les seuls qu’elle reconnaisse, se démarquant de se fait d’une part de l’Eglise catholique qui en connaît vingt et d’autre part des Eglises non-chalcédoniennes qui s’en sont séparé à l’issue du concile de Chalcédoine en 451.

L’Eglise orthodoxe s’entend elle-même comme l’Eglise des origines qu’elle retrace aux temps apostoliques. Organisée sous une sorte de fédération d’Eglises nationales autonomes quant à leur organisation, elles maintiennent entre elles une forte unité dogmatique. Dès les premiers siècles de l’Eglise quatre villes vont émerger dont l’évêque aura rang de patriarche : Rome, Alexandrie, Jérusalem et Antioche, en raison de la fondation du siège par un apôtre ; à celles-ci viendra s’adjoindre Constantinople, une ville dont le siège ne remonte pas aux temps apostoliques puisque la ville elle-même n’a été fondée qu’au début du IVe siècle. Néanmoins en raison de l’importance que prendra la ville en qualité de capitale de l’empire, elle accédera au rang patriarcal vers l’an 400. Aujourd’hui le patriarche de Constantinople est qualifié de patriarche oeucuménique et jouit d’une primauté d’honneur au sein de la communion orthodoxe qui ne lui confère cependant aucune autorité administrative au sein des autres patriarcats de l’orthodoxie.

De nos jours le centre de gravité de l’orthodoxie s’est déplacé vers les Balkans et surtout vers la Russie, de loin le patriarcat qui compte le plus grand nombre de fidèles. En Orient proprement dit il ne reste plus que quelques milliers de fidèles qui se réclament de l’orthodoxie (grecque). Trois grands phénomènes en sont la cause. Tout d’abord, on l’a vu à plusieurs reprises, sont survenus les schismes qui sont nés du concile de Chalcédoine et qui ont donc donné naissance à diverses Eglises qui se sont retirées de cette communion orthodoxe. En deuxième lieu il convient de mentionner les conquêtes arabe et ottomane qui, bien que tolérantes de la présence chrétienne en leur empire, ont souvent favorisé les Eglises schismatiques au dépens de l’Eglise orthodoxe, soupçonnée d’être une émanation de l’ennemi byzantin. Enfin, il y a eu la chute de l’empire ottoman sur fond de rivalité entre la Grèce et la Turquie et qui a amené la Turquie (en 1923) a expulser la presque totalité des Grecs résidant sur le territoire de la nouvelle République de Turquie. Avec ses expulsions s’éteignit non seulement la présence chrétienne dans la partie du monde qui avait vu la naissance de cette nouvelle religion mais la présence grecque en Asie Mineure, de deux mille ans antérieure à l’arrivée des Turcs ottomans. Ainsi, à la veille de la Première Guerre Mondiale, Constantinople comptait 50% de chrétiens parmi sa population alors qu’il n’en demeure pas plus que 5’000 de nos jours. Pour dire les choses crûment, les Turcs ont massacrés les Arméniens et expulsés les Grecs, les deux foyers de populations chrétiennes en leur sein.

Présence au Proche-Orient

Si le centre de gravité de l’orthodoxie s’est déplacé hors du Proche-Orient, outre Constantinople, trois patriarcats y subsistent qui font partie de la communion orthodoxe : Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Le patriarcat d’Alexandrie doit sa fondation selon la Tradition à l’évangéliste saint Marc. A la suite du concile de Chalcédoine, l’Eglise d’Egypte se scinde en l’Eglise copte majoritaire et l’Eglise grecque-orthodoxe minoritaire, qui demeure en communion avec le patriarche oeucuménique. Après la conquête arabe de l’Egypte au VIIe siècle, les grecs-orthodoxes sont devenus une minorité au sein d’une minorité. Cependant, le développement à partir de 1850 de la ville d’Alexandrie en une grande ville multiculturelle vit l’afflux de nombreux Libanais et Grecs, qui vinrent gonfler les rangs de la petite communauté. La politique d’arabisation menée par Nasser à partir de 1956 sonna le glas de cette expansion. Néanmoins cette Eglise compte quelques 300 mille fidèles de nos jours en Egypte, sous la direction de son patriarche Théodore II.

L’Eglise orthodoxe d’Antioche se considère le successeur de l’Eglise fondée par les apôtres Pierre et Paul, tel que relaté dans les Actes de Apôtres, bien que d’autres églises orientales se prévalent elles aussi de cette succession. Toujours est-il que ce qu’il y a lieu de retenir est qu’au Ier siècle Antioche constitue la plus grande ville hellénisée d’Orient et que c’est là que se développe le christianisme auprès des Juifs de la diaspora comme des Gentils en quête de spiritualité, dans une version qui se démarque du christianisme des Hébreux à Jérusalem. Très tôt cette Eglise se distingue par la stature de son troisième évêque, saint Ignace d’Antioche, mort en martyr vers 110 et auteur de sept lettres rédigées lors de son incarcération à Rome.

Au XIVe siècle, face à la menace ottomane, le patriarcat fut déplacé à Damas, où il a toujours son siège de nos jours. Certaines estimations portent à 1,5 millions le nombre des fidèles de cette Eglise, établis au Liban et en Syrie ainsi qu’ailleurs au Moyen-Orient sous la direction du patriarche Jean X, élu en 2012.

Si l’Eglise orthodoxe de Jérusalem se réclame quant à elle de sa fondation par l’apôtre saint Jacques, la présence juive et chrétienne en Judée se fait très faible à la suite des guerres menées par les empereurs Titus et Hadrien au 1er et au IIe siècles après Jésus-Christ si bien que dès le milieu du Ier siècle le siège épiscopal est occupé non plus par un Juif mais par un Gentil. Avec la prise de Jérusalem par les Arabes en 637 s’ouvre une période de persécution tandis que la prise de la ville par les Croisés francs en 1099, loin d’y mettre fin, contraint le patriarche orthodoxe à se réfugier à Constantinople d’où il ne reviendrait qu’un siècle plus tard.

L’Eglise orthodoxe de Jérusalem compte environ cinq mille fidèles, pour la plupart des Palestiniens tandis que le haut clergé est dominé par les Grecs. Cette situation est source de complications et a valu au Patriarche Théophile III des critiques de la part de la population arabe au motif qu’il se montrerait trop bienveillant à l’égard des Israéliens et de leurs alliés américains.

Le patriarcat a son siège en l’église du Saint- Sépulchre à Jérusalem, érigée sur les lieux présumés du calvaire et du tombeau du Christ.

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Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

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