Burkini – nouvelles révélations

Face à l’émoi causé par l’affaire du burkini chez nos voisins français, La Ligne Claire s’est résolu à quitter son bureau, où de toutes façons il faisait trop chaud, pour mesurer de ses propres yeux l’ampleur du problème. Si la décision du Conseil d’Etat il y a deux jours a pour le moment, semble-t-il, tranché le débat, La Ligne Claire souhaite faire part à ses lecteurs du résultat de ses investigations.

Soucieux de la légalité républicaine, nous reproduisons ici un extrait de l’arrêté pris par le maire de Nice qui interdisait ses plages, jusqu’au 15 septembre, «toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité». On mesure d’amblée l’ampleur du problème pour les vacanciers contraints de s’équiper d’une tenue de bain jusqu’au 15 septembre et d’une deuxième après. Les parents de La Ligne Claire avaient été autrefois mis en face de situations similaires – enfin, mutatis mutandis – lorsque, il y a un demi-siècle, embarqués vers les mers du sud sur un paquebot britannique, une fois franchie le tropique du Cancer, il leur fallait remiser le smoking noir et endosser un smoking blanc pour aller dîner dans la salle-à-manger de première classe.

Pendant ce temps-là La Ligne Claire avait enfilé ses espadrilles et étaient descendue à la plage. Or voilà que se présente à ses yeux une femme en monokini.

Monokini

Que dit l’arrêté municipal à ce propos ? « Que la dame a lieu de porter une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité ». Mais voilà, face à l’absence de jurisprudence en la matière, comment juger ? Heureusement La Ligne Claire s’est souvenue des paroles mémorables du bon roi Henri IV «Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». A cette aune, le monokini fait à coup sûr partie de la tradition républicaine car, comme le rappelait récemment Emmanuel Macron « il y a une république avant la république » sans qu’on sache pour autant ce qu’il ait voulu dire.

Un peu plus loin, La Ligne Claire tombe nez à nez sur une autre dame qui, certes, portait un bikini mais un string.

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Méfiante, La Ligne Claire croyait se souvenir que l’Académie Française avait banni cet anglicisme de mauvais aloi et qu’une commission en avait recommandé le remplacement par maillot-ficelle (à noter qu’une seconde commission est toujours en séance pour déterminer si, oui ou non, l’usage du trait d’union s’impose en pareil cas). Mais au sens de l’arrêté municipal, le string n’est-il pas le nœud du problème ? Car, face à une possible infraction aux bonnes mœurs, il y a lieu de peser la diversité culturelle puisque le string nous vient du Brésil, un pays dont les chanteurs célèbrent Brigitte Bardot et auquel nous unit une tradition dynastique puisque feue Madame la Comtesse de Paris était issue de la Maison d’Orléans-Bragance qui avait régné sur ce vaste empire il n’y a guère.

Face à l’ampleur de la question, La Ligne Claire s’est résolue de faire appel aux services de deux célèbres détectives de la police judiciaire qui, forts de leur déguisement, se glissent incognito parmi les maillots, de la Baule à Saint-Tropez.

Dupont et Dupond

Un peu plus loin encore, une dame faisait de la plongée sous-marine, équipée d’un masque et d’un tuba. Or, depuis 2010, une loi interdit de dissimuler le visage dans l’espace public. La plage est assurément un lieu public, mais la mer ?

Masque de plongée

  • Pour nous l’affaire est claire, n’est-ce pas ?
  • Atteinte à l’ordre public
  • Mais sans masque je ne puis plonger
  • Dura lex sed lex
  • Madame, au nom de la loi, ôtez votre masque et remettez votre bikini
  • Je dirais même plus, il faut pouvoir soutenir ce qu’on avance
  • C’est mon avis que je partage avec le Conseil d’Etat.

 

 

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

3 réponses à “Burkini – nouvelles révélations

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