Les chrétiens d’Orient, une histoire religieuse à grands traits

Le caractère coloré du christianisme oriental doit beaucoup aux disputes doctrinales qui vont surgir dès l’origine du christianisme mais qui se manifesteront au grand jour après la publication de l’Edit de Milan par Constantin qui accorde la liberté de culte aux chrétiens. Avec la liberté de culte vient aussi la liberté de débattre de questions épineuses près de trois siècles après la venue de Jésus sur terre. Les questions en débat tournent d’abord autour de la nature du Christ. Qui est-il ? Un homme, un Dieu, les deux à la fois, un être intermédiaire ? De la réponse à cette question découle aussi le rapport du Christ au Père et à l’Esprit comme aussi la position de Marie, mère de Jésus certes mais mère de Dieu aussi ? Les querelles byzantines au sujet du sexe des anges, qui sont passées au rang de proverbe, c’est bien en Orient qu’elles se déroulent. Pour trancher ces questions l’Eglise inventera un nouvel instrument toujours en vigueur de nos jours, appelé le concile oeucuménique, chargé de définir la doctrine officielle, mais dont les décisions provoqueront à leur tour des dissidences parmi ceux qui refuseront de s’y plier. Pour les besoins de notre courte histoire religieuse, on s’intéressera aux sept premiers conciles oeucuméniques qui tous se tiendront en Orient. Le graphe en bas de page retrace de manière schématique l’évolution des différents courants au sein du christianisme.

L’arianisme et le concile de Nicée

La première de ces grandes disputes est provoquée au début du IVe siècle, par Arius un théologien d’Alexandrie qui tient Jésus-Christ en une position subordonnée par rapport à Dieu le Père. Ce courant religieux, l’arianisme, conquerra les peuples germaniques, les Wisigoths implantés en Hispanie et en Afrique du Nord comme les Ostrogoths en Italie, aux dépens de la doctrine catholique et orthodoxe (1). Face à cette menace l’Empereur Constantin convoque le tout premier concile à Nicée (en Turquie actuelle) en 325. Le concile condamnera l’arianisme, aujourd’hui disparu, et affirmera la nature divine de Jésus-Christ. De plus, le Concile définira une première confession de foi, appelée symbole de Nicée.

Le concile de Constantinople

Face à la persistance de l’arianisme, un second concile se tient à Constantinople en 381, qui affirmera ce que nous connaissons aujourd’hui comme le dogme de la Trinité et complètera la profession de foi du concile précédent pour définir le symbole de Nicée-Constantinople (le « Credo ») ; toutes les Eglises chrétiennes actuelles reconnaissent l’autorité de ces deux conciles.

Le concile d’Ephèse

Deux générations plus tard un troisième se réunit à Ephèse en 431 pour contrer les thèses de Nestor, patriarche de Constantinople, qui soutenait qu’en Jésus cohabitaient séparément deux natures, l’humaine et la divine. Le Concile promptement condamne Nestor, le dépose de son patriarcat et affirme en outre que la Vierge Marie est Theotokos, c’est-à-dire Mère de Dieu et pas simplement Christotokos, mère du Christ, comme le soutenait Nestor. Les canons adoptés par le concile sont rejetés par certains qui formeront ce qu’on appelle les Eglises nestoriennes, appelées encore Eglises des deux (premiers) conciles, qui subsistent aujourd’hui dans Eglise apostolique assyrienne de l’Orient et l’Ancienne Eglise de l’Orient.

Le concile de Chalcédoine

Vingt plus tard à peine se déroule en 451 à Chalcédoine, sur la rive opposée du Bosphore, face à Constantinople, le quatrième concile, convoqué à l’initiative de l’empereur en vue de traiter une fois encore des questions traitant de la nature de Jésus-Christ. Le concile affirme que le Christ possède deux natures, divine et humaine, en une seule personne. Ces affirmations conduisent au schisme des Eglises connues aujourd’hui comme monophysites (ou encore miaphysites) qui tiennent au contraire qu’il n’y a qu’une seule nature en Jésus-Christ ; on appelle encore ces Eglises Eglises des trois conciles ou encore Eglises pré-chalcédoniennes. Très présentes en Orient, elles comptent en leur sein les Eglises de tradition copte, syriaque, y compris les Eglises malankare, malabare et arménienne.

Les conciles ultérieurs

Les trois conciles suivants, Constantinople II en 583, Constantinople III en 680-681 et Nicée II en 787, contrairement aux précédents, ne débouchent pas sur des schismes et sont sans influence directe sur l’établissement des Eglises orientales. Notons cependant que Nicée II condamne les iconoclastes au motif que le refus des images revient à nier l’incarnation du Christ. Cette condamnation relève bien entendu une importance capitale pour le développement ultérieur de l’art sacré en Orient comme en Occident.

Le Grand Schisme d’Orient

Si les sept premiers conciles sont évoqués ici c’est parce que ce sont les seuls qui soient tenus pour oecuméniques par l’Eglise orthodoxe, qui bien entendu maintient une présence importante en Orient. On ne saurait passer sous silence les excommunications réciproques que se lancent le pape et le patriarche de Constantinople en 1054 ; toutefois si cette date est retenue formellement comme celle du grand schisme d’Orient, il s’agit aux yeux des contemporains d’un incident de plus qui s’inscrit dans une querelle couvant depuis longtemps. La véritable rupture entre chrétiens catholiques et orthodoxes interviendra de manière définitive avec le sac de Constantinople en 1204 qui sera cause d’une méfiance jamais dissipée. Il faudra attendre 1965, la veille de la clôture du concile Vatican II, pour que le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras lèvent les excommunications mutuelles.

Les Uniates

Cette rupture amènera l’Eglise catholique d’une part à établir des patriarcats latins en Orient et d’autre part plus tard, dans l’esprit de la Contre-Réforme, à constituer des Eglises de rite oriental mais qui reconnaissent l’autorité spirituelle du pape, et qu’on appelle Eglises uniates ou encore Eglises catholiques orientales, en les détachant de leur Eglise d’origine. On verra ainsi apparaître au sein d’un même rite, les Arméniens par exemple, une Eglise catholique et une Eglise détachée de Rome.

Présences réformées

Terminons notre brève histoire du christianisme en Orient en signalant la présence d’Eglises et de communautés protestantes dès le XVIIe siècle. On compte aujourd’hui quelque onze Eglises issues de la Réforme établies en Orient, auxquelles viennent s’ajouter de nos jours des mouvements évangéliques. Le nombre des protestants en Orient reste cependant modeste, estimé à 80’000 (2).

(1) Dans l’Antiquité il n’y a pas lieu de distinguer les catholiques des orthodoxes mais plutôt l’Eglise impériale, qui s’entend et catholique et orthodoxe, des schismatiques. Graduellement des différences de sensibilité et de risque verront le jour entre Grecs et Latins mais ce n’est qu’après le Grand Schisme d’Orient qu’ont peut parler d’Eglise catholique et orthodoxes distinctes, au sons ces mots aujourd’hui.

(2) Source : Solidarité-Orient ASBL

Evolution du christianisme

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Chrétiens d’Orient: repères chronologiques élémentaires

Naissance et Empire Romain

Jésus naît sous le règne de l’empereur Auguste et meurt sous celui de Tibère. C’est dans ce vaste ensemble culturel que forme l’empire romain que se développe le christianisme primitif. En 313 l’empereur Constantin publie l’édit de Milan qui consacre la reconnaissance du culte chrétien ; en 324 il fonde une nouvelle ville à laquelle il donne son nom, Constantinople, qu’il consacre en 330 et qui comprend dès sa fondation une église nouvelle, Sainte-Sophie. En 395, l’empire romain est formellement partagé en un empire d’Occident qui disparaît en 496 et un empire d’Orient qui durera mille ans jusqu’à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453.

Conquête Arabe et Croisades

Au cours de la première moitié du VIIe siècle les tribus arabes font irruption hors de la péninsule arabique et, en l’espace de quelques années, s’implantent d’abord en Syrie et en Mésopotamie, puis en Egypte en enfin à Carthage, toutes provinces romaines (byzantines), qui seront à jamais perdues pour l’Empire. En 637 les Arabes prennent Jérusalem.

Cette présence musulmane durable sur les Lieux Saints comptera parmi les facteurs majeurs qui alimenteront les Croisades, un phénomène qui naît en Europe occidentale, alors patrie des « Francs » ainsi que les nomment les Byzantins. Dès la Première Croisade, les Francs prennent Jérusalem en 1099 et établissent une présence latine en Orient qui durera deux siècles.

Lors de la Quatrième Croisade, les Francs et leurs alliés Vénitiens, sensés délivrés les Lieux Saints, se dirigent au contraire vers Constantinople, y mettent le siège et en 1204 livrent la ville au pillage (1) et établissent un Empire latin d’Orient qui durera jusqu’en 1261. Plus que tout autre événement, le sac de Constantinople marquera la présence chrétienne en Orient. Tout d’abord, même si l’Empire byzantin subsistera jusqu’en 1453, jamais il ne se relèvera du coup porté par ceux qui étaient supposés être des alliés dans la foi ; ensuite il provoque une blessure profonde entre les églises catholique et orthodoxe qui n’est toujours pas cicatrisée en 2015.

Empire ottoman

Les Ottomans supplantent et les Grecs et les Arabes dans tout l’Orient où ils assoient leur domination jusqu’au démembrement de leur empire au lendemain de la Première Guerre Mondiale, qui voit la création des Etats tels que nous les connaissons aujourd’hui, auxquels viendra s’ajouter l’Etat d’Israël en 1948.

(1) les célèbres lions qui ornent la basilique Saint-Marc à Venise ornaient autrefois l’hippodrome de Constantinople, furent pillés par les Vénitiens à cette occasion.

Chrétiens d'Orient

Chrétiens d’Orient: Introduction

Les événements tragiques au Moyen-Orient ont conduit La Ligne Claire (l’auteur de ce blog), à se renseigner plus soigneusement sur l’identité des chrétiens de cette région, aujourd’hui en proie aux persécutions et poussés à l’exil. Aussi La Ligne Claire se propose-t-elle d’offrir à ses lecteurs un guide des différentes églises qui composent la communauté chrétienne de cette région.

Au risque de mentionner évidence, rappelons que le christianisme naît en Palestine après la mort de Jésus survenue vraisemblablement autour entre 30 et 33 de notre ère. Quelques années plus tard, Paul de Tarse, à la suite d’une vision sur le chemin de Damas entre 37 et 40, se fait l’ardent propagateur de cette religion naissante qui se conçoit au départ comme une branche du judaïsme.

Réalité complexe et non figée

Dès 45, Paul parcourt le pourtour oriental de la Méditerranée et s’adresse en premier lieu aux nombreuses communautés juives de la diaspora, de culture hellénique, qui s’y sont établies à partir de l’exil à Babylone au VIe siècle avant notre ère. C’est donc dans cette région du monde que nous appelons le Proche et le Moyen-Orient que se diffuse en premier lieu le christianisme.

Aux yeux du lecteur européen, le christianisme oriental peut apparaître comme une réalité complexe en raison des ses nombreuses confessions; de plus, cette réalité n’est pas figée et a bien entendu connu d’importants développements au cours de deux mille ans au gré l’histoire politique comme religieuse, très vite marquée par les divergences de doctrine.

Plusieurs lectures du christianisme oriental sont possibles selon le pays, le groupe ethnique, la langue les rites ou encore l’histoire politique. Cependant La Ligne Claire a choisi de suivre ces églises à partir des points de doctrine qui leur ont donné naissance et qui, dans une large mesure, assurent le fondement de leur identité.

C’est pourquoi, après un bref rappel des grands repères historiques de l’histoire politique et religieuse de la région, La Ligne Claire offrira à ses lecteurs un bref guide des principales églises de la région. La Ligne Claire a pour vocation d’être un blog de vulgarisation et n’entend pas se substituer ni aux historiens ni aux théologiens. Dans le cas présent, elle a pour objectif d’offrir à ses lecteurs une sorte de «Who’s who» des chrétiens d’Orient, des origines jusqu’à nos jours.

Photo: Chrétiens d’Irak à Bagdad, 2015 (Reuters)