L’Apocalypse Covid-19 : l’indigence mentale au grand jour

Avertissement : je ne proposerai pas ici à la lecture ce que j’écrirais ailleurs, sur un plan académique ou plus large. Je réserverai ce blog plutôt à des réactions d’humeur, d’ironie, de colère ou de dépit. Les pages n’auront donc rien de consensuel, ni de poli. Elles pourront heurter des lecteurs, certes, et je ne m’en excuserai pas. Car l’enjeu de ce que j’entends ici dénoncer est sans proportion avec nos susceptibilités réciproques.

Dans des circonstances exceptionnelles, qui défient violemment l’ordinaire, nous sommes parfois amenés à nourrir des considérations inhabituelles ou à énoncer des propos eux-mêmes hors normes, que ne nous auraient jamais arrachés des circonstances ordinaires. Je dois l’avouer, le Covid nous a gâtés !

Il n’était pas nécessaire d’être doté d’une pénétration de jugement à toute épreuve pour avoir depuis des lustres compris que Trump était un crétin vaniteux. Et c’est très probablement la raison pour laquelle Poutine a, via ses hackers, cherché à favoriser son élection. Quoi de mieux en effet pour affaiblir une démocratie que de contribuer à l’élection d’un imbécile ? Une preuve d’affaiblissement ? Nombreux ceux qui par exemple s’attendaient à ce que les conséquences de la pandémie soient particulièrement ravageuses en Afrique, ce qui, ne serait-ce qu’en raison de la jeunesse de sa population, était peu probable. Or, nous le constatons aujourd’hui, le pays où la gestion de la pandémie est la plus chaotique n’est autre que les États-Unis, avec un Président appelant même ses électeurs dans trois États à majorité démocrate à contester par les armes (recours au 2e Amendement) le confinement. Au 24 avril le bilan global est de 49’889 morts. En revanche, si l’on considère le nombre de morts par millions d’habitants, le bilan est plus flatteur : 152 par million d’habitants aux USA, pour le moment, contre toutefois 474 pour l’Espagne, ou 422 pour l’Italie, pays touchés sensiblement plus tôt, mais 67 en Allemagne. Une statistique globale toutefois relativement fragile : le confinement et les politiques sanitaires relèvent en effet de la responsabilité de chaque État, et le taux de pénétration de la pandémie varie fortement d’un État à l’autre. Au 13 avril, par exemple le taux à New York était de 513 décès par million d’habitants, et de seulement 17 en Californie.

Cette nation est en quelque sorte devenue l’un des pays les moins civilisés, les plus abandonnés à la barbarie, sans véritable système de santé publique, avec une obésité et un diabète quasi-systématiques et dus à l’industrie agro-alimentaire, sans sécurité sociale (laquelle est conférée par l’employeur, avec aujourd’hui 17 millions de chômeurs), avec des gens dotés d’armes de guerre partout et enclins à répétition à des tueries collectives, le pays où 1 % de la population s’arroge la quasi-totalité des dividendes de la croissance, le pays où les équipements publics sont délabrés, le pays où une chaîne de télévision comme Fox News, inséparable de la force politique des Républicains, inonde de fake news et autres mensonges les téléspectateurs, où on élit un juge à la Cour suprême, soupçonné de viol et parce qu’il a pour insigne qualité d’être viscéralement hostile au parti démocrate (Brett Kavanaugh), etc. Nous sommes loin des États-Unis de Roosevelt ou de Kennedy, ce pays est devenu lamentable, une sorte de contre-exemple absolu, et ce en raison d’un individualisme cupide érigé, au sens propre, en religion quasi-nationale. Rien d’étonnant donc à ce que la pandémie y soit plus meurtrière que partout ailleurs dans le monde !

Évidemment une telle situation ne relève pas de la seule responsabilité de Trump, en un sens c’est même le contraire : seul en effet un tel pays – plus exactement une très forte minorité du pays – pouvait s’y reconnaitre, le porter au pouvoir et persister à s’y identifier. Trump n’est que l’aboutissement de la dérive du parti Républicain, et partant d’une grande partie de la société américaine, entamée dès le début des années 1980. En revanche, Trump aura porté jusqu’à l’incandescence la bêtise. Depuis son arrivée au pouvoir il n’a cessé de contester le changement climatique, et il aura même supprimé d’importants crédits en faveur des sciences du climat. Mais, évidemment, comme nos propres pays regorgent de climato-sceptiques, cela ne choque guère. Et quand bien même nous ne serions pas climato-sceptiques en parole, nous le sommes dans les faits, par la faiblesse de nos politiques publiques en la matière. Mais en revanche, déclarer en conférence de presse matinale, à côté de conseillers scientifiques médusés, que nous devrions javelliser (traduction européenne) nos poumons pour lutter contre le Covid-19, là c’est carrément le mur du son de la stupidité qui explose ! A la prochaine canicule, Trump invitera probablement ses partisans à viser de leurs armes automatiques le soleil. Tel est le Président des États-Unis d’Amérique !

Il est cocasse de constater que le parti Républicain, avec un anticommunisme historiquement chevillé au corps, a fini par soviétiser la société américaine. Je ne veux évidemment pas dire par là que la société nord-américaine soit devenue égalitaire ! Convient-il de le rappeler, la société soviétique, avec sa nomenklatura et son goulag, ne l’était guère. Non, mais nous avons tous appris sur les bancs de l’école la désastreuse affaire Lyssenko. Rappelons qui était Lyssenko. Trofim Lyssenko (1898 – 1976) est un technicien agricole soviétique, sans formation scientifique, qui, sous Staline, a fini par présider l’académie des sciences agronomiques d’URSS, où il a prétendu qu’il existait une génétique communiste révolutionnaire (hérédité acquise via l’environnement), différente de la génétique bourgeoise, en fait scientifique et internationalement reconnue. Il a contribué à conduire au goulag et à faire condamner à mort le grand et authentique savant généticien russe, Nicolaï Vavilov. Avec Staline, la génétique était une science bourgeoise, avec Trump, les sciences du climat relèvent du haox ! Étonnant non. A cette différence près que Staline, tout dictateur monstrueux qu’il fut, était capable de rédiger des articles de haute tenue … Est-ce ce qu’on appelle le progrès ?[1]

Le problème est qu’il y a en ce sens des petits Trump partout. Nous nous souvenons tous des propos climato-sceptiques du président alors de l’UDC, Albert Rösti, juste avant la canicule de juin dernier… De manière générale les chambres parlementaires helvétiques, et le Conseil fédéral, ne se signalent pas non plus par des lois et des décisions particulièrement avant-gardistes en matière d’écologie. En vérité, nous sommes désormais victimes d’un déni de réalité et d’un déni de connaissances scientifiques, non moins importants que celui qui prévalait en Union soviétique, à cette double différence près : premièrement, désormais la maladie affecte massivement non les partis révolutionnaires, mais les partis bourgeois, mais non exclusivement ; en second lieu, les enjeux sont malheureusement d’une tout autre ampleur. Il en va désormais de la survie même de l’humanité. Cette obstination idéologique de ces partis conduit à un désert, avec un effondrement du vivant autour de nous, désormais largement documenté, et un désert brûlant. Un simple rappel, la ville de Paris s’attend dès le milieu du siècle à des pointes de chaleur de 50° !

Là encore, la pandémie aura joué un rôle révélateur en termes de bêtise et d’obstination. Voilà ce qu’écrivait récemment, dans une brochure patronale Pierre-Gabriel Bieri : « Il faut éviter que certaines personnes soient tentées de s’habituer à la situation actuelle, voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses : beaucoup moins de circulation sur les routes, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d’agitation, le retour à une vie simple et à un commerce local, la fin de la société de consommation … » [2]

Ces propos ont dévasté les réseaux sociaux. Convenons-en, nous sommes dans un esprit et, si j’ose dire, une logique pleinement trumpienne. Certes, cette crise va laisser derrière elle un paysage de dévastations économiques et un nombre impressionnant d’acteurs économiques appauvris et parfois ruinés. Évidemment, il ne s’agit pas plus de le nier que d’imaginer qu’on puisse faire durer l’état de chien à l’arrêt de nos économies. Mais ces constats évidents ne doivent nullement nous conduire à revenir à la situation antérieure – ce que nous sommes en train de faire –, qui nous conduira à terme, non seulement à la ruine économique, mais plus encore à la mort. Pour revenir à l’image de Paris, déambuler dans une ville à plus de 45 °, dans une campagne environnante où la photosynthèse aura cessé (entre 40 et 45°), ne sera guère favorable au shopping !

En réalité, et j’en terminerai là, je crains que le trumpisme ne soit que la version pathétique et exagérée d’un fond idéologique largement répandu au sein de nombre de milieux économiques et politiques ?

[1] Remarquons qu’il y a quelque chose cocasse dans la séduction exercée sur les milieux académiques par le modèle universitaire américain : c’est le modèle d’une université coupée de la vie nationale, cherchant à attirer les meilleurs cerveaux internationaux, sans souci de la formation domestique à l’amont. Je crains qu’avec l’état de la société environnante, ce modèle ne soit pas durable.

[2] Pierre-Gabriel Bieri, Centre Patronal, Service d’information, n° 3284, 15 avril 2020. Le patronat français, par la plume de Geoffroy Roux de Bézieux, exige quant à lui ni plus ni moins « un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales », comme l’indique la lettre du 3 avril adressée au ministère de la transition écologique et solidaire, et révélée par Le Canard enchaîné.