Tous complotistes ?

Le complotisme n’est pas le complot. Comploter, réalité historique multiple et récurrente, consiste pour une minorité agissante à chercher en s’emparer du pouvoir politique par la violence, en le dissimulant, et en cachant ses intentions à ceux qui vont involontairement contribuer à la réalisation de cette fin. Par exemple, pour considérer avec sympathie la chose, les officiers supérieurs allemands qui ourdirent en juillet 1944 un complot contre Hitler – une tentative d’assassinat –, cherchèrent à utiliser à leur insu des forces de réserve pour neutraliser la SS. C’est ce faire-croire, plus exactement la dénonciation de ce dernier, qui est le ressort sur lequel reposent aujourd’hui les complotismes. Les complotistes de tous acabits dénoncent systématiquement un « faire-croire », sans que le but visé par ceux qui cherchent prétendument à faire-croire, ni par ceux qui le dénoncent, soit toujours limpide. C’est précisément ce flou qui me conduira à m’interroger sur les relations entre le mainstream politico-économique et, paradoxalement, le complotisme.

Revenons à un précédent historique complotiste et à son succès : la diffusion massive des thèses de ce faux célèbre que furent les Protocoles des sages de Sion. Ce dernier prêtait aux Juifs, métamorphosés en un unique acteur, l’intention de dominer le monde à leur profit. Il s’agissait alors d’alimenter la haine antisémite, laquelle constituera par ailleurs le moteur fondamental du nazisme. Le complotisme antisémite a pendant des décennies affecté une part non négligeable et même majoritaire de la population dans de nombreux pays.

Nous entrons dans une nouvelle période de triomphe du complotisme, mais désormais décliné au pluriel, et avec des traits spécifiques. Il est en effet difficile d’isoler ce regain de complotisme de l’existence de réseaux sociaux et de la fragmentation plus générale du paysage de l’information. Celle-ci encourage à la formation de niches informationnelles, par exemple la chaîne Fox News, qui attirent le chaland par un discours décalé, outrancier et extrême-droitier ; un discours qui n’est pas loin de créer une réalité alternative.

Autre trait important, l’intention de ces dénonciations diverses n’est plus désormais d’une limpidité absolue. Prenons le cas du platisme, très fort sur le plan du « on vous ment » : effectivement nous avons tous appris que la Terre était plus ou moins sphérique, ce qui n’avait pas échappé à ceux qui jetaient un œil sur la lune ou le soleil … Dès lors, tout le monde nous a menti ! Le prétendu mensonge englobe en effet nos parents, nos frères et sœurs, nos instituteurs, nos professeures, etc. jusqu’à l’ensemble des institutions, qui toutes et tous l’ont colporté ! Mais en même temps pour quoi et pourquoi ? C’est fascinant, la finalité présumée semble en effet, à la différence des complotismes passés, totalement dépolitisée. Seul trait commun et propre à l’époque : toutes les élites vous mentent, toute forme d’autorité participe d’un mensonge quasi-général. Et pourtant ce sont semble-t-il 16 % des Nord-Américains et 9 % des Français qui soutiendraient cette absurdité. Le récentisme, la croyance selon laquelle l’histoire enseignée n’est qu’une fiction, le monde ayant toujours été ce qu’il est (je simplifie, l’histoire officielle compterait plusieurs siècles en trop), semble relever de la même logique. Là également, un intérêt politique absent, en tous cas pas absolument évident, mais un rejet des élites scientifiques trompant le bon peuple par des fictions historiques, comme pour le platisme.

Avec le mouvement nord-américain QAnon, qui tend toutefois à s’étendre géographiquement, on reste sur quelque chose de beaucoup plus classique, proche des Protocoles des sages de Sion. La démarche n’est pas moins grossière que celle de l’antisémitisme d’extrême droite. Il s’agit de jeter l’opprobre sur les fonctionnaires de l’« État profond », et sur certaines femmes et certains hommes politiques taxés de « pédophiles sataniques », avec, paradoxe, la figure de Trump comme sauveur ; paradoxe, car le narcissisme primaire du personnage ne permet pas de le ranger a priori dans la catégorie altruiste des sauveurs du genre humain. La dénonciation de ce que nous serions des humains-reptiliens (bravo la réflexivité toutefois !) manipulés par des extra-terrestres relève d’une logique similaire.

Revenons sur le mécanisme à l’œuvre. Avec la validation des énoncés scientifiques le flux, si j’ose dire, circule tout autant entre les membres d’une communauté épistémique, qu’entre cette communauté et le réel via des protocoles serrés. Et c’est in fine la communauté qui finit par valider définitivement tel énoncé. Une fois validé, l’énoncé est réputé universel, bien qu’il soit en droit possible de remettre en cause l’universalité de sa validité par des connaissances nouvelles. En revanche, avec le complotisme, le flux ne circule pour l’essentiel qu’au sein d’une communauté, définie par son opposition au reste de l’humanité ; la relation au réel passe alors uniquement par le jeu entre cette communauté et l’humanité, entre nous et les autres. Le réel est ici avant tout identitaire, et donc n’est pas. Même si curieusement des complotistes cherchent parfois à valider empiriquement leur croyance, en se tuant par exemple avec le lancement d’une fusée amateur censée valider la platitude de notre planète.

Si tel est bien le cas, force est de constater que ce mécanisme est à l’œuvre au cœur même du mainstream néolibéral de nos sociétés. Quand en effet le Président du Sénat français, Gérard Larcher, déclare qu’il refuse la modification de l’article 1 de la Constitution tel que proposé par l’Assemblée nationale, avec le verbe « garantir », au motif que ce verbe placerait l’environnement au-dessus de l’économie, il raisonne comme un platiste. Le seul fondement de sa position est le pur rejet de celle adverse, comme s’il n’était entre les deux aucune tierce réalité. On ne voit guère en effet comment les activités économiques pourraient se développer sur une planète brûlante. La position arrêtée par la majorité sénatoriale n’aurait de sens que si l’indécision climatique n’avait aucune conséquence, comme si les modèles climatiques étaient de pures fictions … comme si la Terre était plate. Ou encore, affirmer comme le gouvernement Macron que la faiblesse de la loi climat est réaliste, c’est agir là encore comme si la faiblesse des réductions de GES qu’elle implique n’avait aucune conséquence mesurable. La réalité – avec de multiples conséquences hautement dommageables et ce au très long cours –, c’est au contraire les 2 degrés que nous connaîtrons très probablement dès le début de la décennie 2040, avec toutes les conséquences funestes d’ici là d’un changement climatique d’ores et déjà en cours. Là encore, la Terre est pour le gouvernement français plate ; et derechef pour un Conseil fédéral et une loi CO2 bien timorés.

Rappelons en revanche les initiatives climatiques adoptées de par le monde par différentes instances juridiques. En novembre dernier le gouvernement français a été condamné par le Conseil d’État dans le cadre de la procédure initiée par la ville de Grande-Synthe et son Maire d’alors Damien Carême : il devra se justifier par rapport aux moyens requis pour se conformer à son engagement européen de diminution de ses émissions de 40 % à l’horizon 2030. Et pourtant, cela n’a pas empêché quelques mois plus tard le vote d’une loi climat n’autorisant a priori qu’une réduction de quelques pourcents des émissions françaises. En Hollande ce fut la Cour suprême qui avec l’Affaire Urgenda obligea le gouvernement à relever de 5 % ses engagements de réduction. Plus significatif a encore été la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe de passer d’une de réduction des émissions allemandes de 55 à 65 % à l’horizon 2030. Dans ce contexte, il est difficile d’être plus platiste et provincial que ce procureur de Zurich défendant le Crédit Suisse (Bankenprozesse) par un discours climato-sceptique en mai.

 

Dominique Bourg

Dominique Bourg est un philosophe franco-suisse, professeur honoraire à l'Université de Lausanne. Il dirige la publication en ligne https://lapenseeecologique.com/ et diverses collections aux Puf.

27 réponses à “Tous complotistes ?

  1. Je n’ai jamais de ma vie rencontré un “platiste “, ni lu, ni entendu nulle part un seul énoncé “platiste”. En revanche j’ai entendu très souvent des porte paroles de l’establishment mondialiste, partisans du gouvernement mondial, soit d’obédience pharmaco-vaccinale, soit écolo-réchauffiste, se prévaloir de l’existence d’une prétendue thèse “platiste” pour tenter de discréditer ceux qui s’opposent à leurs théories. Par conséquent je crois qu’il n’existe pas de “platisme”, sauf dans l’imagination de ceux qui sont complices d’une des nombreux complots que nous subissons.

    Concernant les “reptiliens”, je pense qu’il n’existe pas de réelle thèse prétendant que nous soyons gouvernés par une élite secrète d’origine reptilienne ou extraterrestre. Pour moi, ceux qui énoncent ce genre de thèses farfelues, comme David Icke par exemple, sont tous simplement des antisémites astucieux qui disent “reptiliens” au lieu de “juifs”, de manière à éviter des procès pénaux. Mais leurs disciples décodent.

    A part ça, il est certain qu’existe actuellement une très forte propension du public à penser qu’on nous ment, et que si on nous ment c’est dans un but, même s’il n’est pas toujours facile d’identifier le but poursuivi par les menteurs officiels. Ca c’est une évidence, mais cette incrédulité générale est facilement explicable.

    Chacun a pu voir de ses propres yeux à la télévision la démolition contrôlée de deux tours en acier totalement ignifugé qui se sont effondrées pile poil sur leur base, au centimètre près, en 7 secondes chrono en mains. Tout scientifique sérieux et tout ingénieur ayant une connaissance élémentaire de la résistance des matériaux, sait qu’une telle chose est absolument impossible sauf par l’usage d’explosifs à tous les étages, et une préparation minutieuse. Probablement, il fallait de la lignite et même des “mini nukes” comme explosifs. Pour que le mensonge soit encore plus cousu de fil blanc, la troisième tour, qui n’avait pas brûlé et n’avait été percutée par aucun avion, s’est volatilisée d’elle-même de la même façon le lendemain. A la suite de ces faits prodigieux et incroyables qui ont été observés par des milliards de personnes, on a pu voir Colin Powell mentir à l’ONU en brandissant une petite fiole. Et la conséquence de tous ces mensonges effrontés et toutes ces mises en scène hollywoodiennes, a été le déclenchement d’une guerre contre l’Irak sous des prétextes mensongers (dont le caractère mensonger a été reconnu par les menteurs eux-mêmes comme Tony Blair, mais après que la guerre soit finie) et cette guerre a causé au moins un million de victimes innocentes.

    Evidemment, après un pareil enfumage mondial, il n’est plus possible que le public croie un seul mot des allégations des médias comme des gouvernements, même quand ils disent la vérité, ce qui leur arrive aussi parfois, mais rarement. Il existe donc une présomption légitime de fake news qui affecte toutes les affirmations rocambolesques et difficiles à croire, notamment celles du GIEC, celle de Greta Thunberg, fille d’une famille d’artistes de show business engagée à prix d’or pour faire son numéro à Davos devant les grands de ce monde (comme si c’était crédible qu’une gamine de 15 ans un peu déjamtée ait accès à un tel cénacle et soit écoutée bouche bée par les représentants du pouvoir mondial économique et politique, à moins évidemment qu’il s’agisse encore d’une autre mise en scène). Le discrédit touche aussi la parole des autorités médicales, c’est à dire de l’OMS, des comités scientifiques truffés de conflits d’intérêt, de Bill Gates qui finance la plus grande part du budget de l’OMS, etc. Et maintenant on apprend que la commissaire européenne en charge de la santé, Stélla Kyriakídou, ou plutôt son mari, a reçu un pot de vin de 4 millions d’euros sur un compte offshore à Chypre, pour faciliter la décision d’acheter des vaccins par l’Union Européenne. De toute façon, même si la corruption n’était pas avérée il faudrait encore nous expliquer comment il se fait que l’Union Européenne ait acheté le médicament Remdésivir pour un milliard d’euros juste la veille de la publication du fait que ce médicament est toxique et sans effet sur le Covid. Et il faut nous expliquer le Lancet gate.

    Bref, tout ça n’a rien arrangé et maintenant avec la meilleure volonté du monde, il est devenu impossible de croire ce qu’on nous dit.

    Comment voulez-vous dans ces conditions qu’on croie encore ce qu’on nous raconte. Personnellement je ne crois plus à aucune des théories apocalyptiques qui nous sont assémnées par les nouveaux Savonarole tant du climat que de la fausse pandémie. C’est clair, net et précis que ce sont tous des menteurs.

    1. Merci de ce long commentaire qui éclaire votre point de vue. Simple remarque : votre refus de “croire” s’appuie sur la croyance sans filtre au contenu du “dans ces conditions”, qui repose pourtant sur des chaînes de témoignages et de transmission de l’information incontrôlables. Paradoxe propre à toute position de repli sceptique. Avec le climat au moins, les premiers modèles remontent aux années 60 … et les rapports antérieurs du GIEC sont en accès libre.

    2. La longueur de vos commentaires, ici comme sur d’autres blogs, n’a d’égale que l’indigence de vos sources. Au sujet des tours du World Trade Center, quelles sont vos preuves à l’appui de vos allégations? Il ne suffit pas d’invoquer “tout scientifique sérieux et tout ingénieur ayant une connaissance élémentaire de la résistance des matériaux” pour qu’on vous croie sur parole.

      Si tel était le cas, je pourrais alors affirmer que, pour avoir vu les tours encore en construction, en 1967, j’ai constaté que les ouvriers y plaçaient des charges explosives et des gadgets “mini-nukes” à chaque étage en vue de leur “traitement” ultérieur à des fins médiatiques, et ceci selon les recommandations des Sages de Sion, ou des Illuminati.

      Continuez selon cette logique. Vous êtes en passe de devenir un parfait candidat pour intronisation à la Thule-Gesellchaft.

    3. Merci pour votre commentaire qui met en perspective le reste de vos interventions et qui prouve, une fois de plus, l’ampleur de l’impact de la désinformation complotiste sur les esprits faibles.
      Vous avez oublié de parler du diiiiiipe stéite et des nanoparticules.
      Continuez de commenter surtout, c’est un pur délice !

    4. Simplement farfelu.
      Votre commentaire est l’exemple type d’un discours complotiste. Même mieux, un modèle! Merci pour cet exemple qui illustre parfaitement ce que dénonce l’article de M. Bourg.

  2. M. D. Bourg confond les principes et les mesures :
    Si on a bien mis en évidence le principe de l’effet de serre et par conséquent son renforcement par la combustion de pétrole, en revanche les projections alarmistes de 2degrés pour 2040 ne reposent sur aucunes données mesurées:
    Les estimations acceptées par la communauté scientifique rapportent 3 watts/m2 la part anthropique du réchauffement, avec une augmentation mesurée de 0.2 degré par décennie, comprenant la part naturelle , depuis 40 ans .
    Partant de ces faits, on voit mal comment la température pourrait augmenter de 0.8 degré jusqu’en 2040 , sachant que la référence nous indique 1,2 degré en 2020 !
    Ce n’est pas du complotisme de mettre des erreurs en évidence !
    J’ajoute que vous aurez sans doute des surprises jusqu’en 2040 quand on peut s’attendre à une baisse des températures pour des raisons naturelles qui vous échappent …
    S’imaginer que le climat ne dépend que du CO2 est la pire bêtise du siècle…

    1. Réponse courte aux sempiternelles remarques biaisées. Nous avons simplement à faire à une croissance géométrique et non arithmétique. Le rythme de la concentration atmosphérique de CO2 croit également. Anomalie même, non expliquée, cette année, variation saisonnière plus forte : 417 ppm en mars, pic récent à 421. Quant aux 2 degrés/2040, modèle de l’IPSL. Quant au CO2 il interagit avec d’autres déterminants du climat.

      1. Ce n’est ni une croissance géométrique*, ni une croissance arithmétique, mais une dynamique chaotique … avec une part de déterminisme. De combien et de quelle origine? M. Bourg va nous le dire.

        *euphémisme pour “exponentielle”, un peu trop tarte à la crème.

        1. Le chaos est déterministe … ne perdez pas votre temps et surtout ne me faites pas perdre le mien. Corbeille directe.

  3. Il n’y a pas de certitude, parce qu’on est loin de maîtriser les mécanismes du climat. Les modèles, en générales fonctionnent bien dans les situations de stabilité, et foirent dans l’instabilité.

    Ce qui n’empêche pas que les incertitudes nous obligent à faire un effort, mais sans être dogmatique.
    Casser l’économie, c’est nous enlever les moyen de lutter contre le réchauffement (moins de moyens de recherches, de technologies), sans compter, les violences, famines et guerres (Hitler, …) qui surgiraient avec une pauvreté élevée.

    L’écologie n’est pas supérieure à l’économie, ni l’inverse. Il faut avancer en duo. La hausse forte de la population mondiale, nous oblige à l’innovation, le partage est illusoire, et insuffisant.

    Changer de modèle économique immédiatement? Utopie, parce que la complexité ne nous permet pas de choisir un modèle qui évite le moyen-âge. Il faut faire évoluer l’économie pour maintenir l’économie en bonne forme, pas révolutionner. D’où le duo indispensable à traiter dans les décisions, sans favoriser l’un ou l’autre : économie/écologie

    1. Certes nous ne les maîtrisons pas et ne les maîtriserons pas empiriquement ou techniquement, d’où le côté contradictoire de vos affirmations. En revanche épistémiquement, les connaissances qui sont les nôtres nous ont bien indiqué depuis 60 ans maintenant la direction prise, laquelle s’affermit irrémédiablement. Continuer à l’ignorer précipitera dans la violence l’économie à laquelle vous tenez tant. Là où je vous rejoins, en revanche, c’est dans la reconnaissance de la difficulté inédite qu’il y a à en réduire le volume matériel sans une autre forme d’effondrement. Un passage certes fort étroit où nous a conduits notre avidité. Compte tenu de l’aboutissement connu d’avance du business as usual, c’est pourtant la seule issue.

  4. Si le complotisme prend de l’essor dans le monde, c’est que les élites complotent elles-aussi…
    Le mensonge d’état (même petit) renforce la méfiance et la défiance qui a son tour renforce les mensonges, les techniques d’ingénierie sociales et les manipulations (cercle vicieux du mensonge). Pour en sortir il faudrait renforcer l’intégrité de nos dirigeants (nettoyer la corruption systémique) et amener la transparence comme vertu politique (une utopie – tant les stratégies géopolitiques et militaires sont encore prégnantes dans l’esprit de nos dirigeants – “nous sommes en guerre” et en guerre il y a des secrets d’états qu’il n’est pas bon de divulguer – c.f. Wikileaks).

    Le complotisme semble être un épiphénomène avec de multiples résurgences dans l’histoire humaine.
    Pour l’analyser, je pense que prendre pour exemple les cas les plus risibles (reptiliens, Qanon, Illuminati, plagistes, etc.) empêche de raisonner sur le sens profond de ce que le complotisme représente vraiment. Il y a une gradation, une propension plus ou moins importante chez chacun de nous à adhérer à certaines thèses non officielles. Cela peut être lié à notre histoire personnelle, nos études, notre psychologie développementale, la qualité de l’attachement dont nous avons pu bénéficier… Est-ce que nos parents étaient dans la manipulation ? ou le contact était sécurisant, aimant et authentique ?
    La théorie de l’attachement (Bowlby) a démontré qu’un grand pourcentage d’individu ont un attachement insécure susceptible de déclencher en situation de stress différentes stratégies de survie – la paranoia en est une… mais contrairement à la schizophrénie paranoïde, la paranoïa est toujours déclenché par un petit quelque chose de vrai (le mensonge initial/l’incongruence/l’omission/la tromperie délibérée…).

    Voici pele-mele quelques prédicats qui concourent à augmenter le “phénomène de complotisme” :
    Protention du Cortex Cingulaire de créer du sens (et de la prédictibilité). La perte du sens créé du stress, de l’anxiété et même de l’angoisse. La thèse du complot peut être sécurisante (via la projection – le mal est identifiable).
    Plus de 10% de nos dirigeants ou élites ont des traits psychopathiques et/ou narcissiques (mépris pour le petit peuple et oeuvrent souvent pour des intérêts privés), ce qui renforce la dynamique de méfiance…
    Les traumatismes (guerres) créent des clivages dans la psyché humaine (interne/externe ; humain/non-humain ; riches/pauvres ; vainqueurs/vaincus…). Plus récemment, on a pu mettre en évidence la dimension transgénérationnelle des traumatismes. Quand l’histoire humaine regorge de tromperies, manipulations, mensonge, difficile de refaire confiance, sans rétablir les faits véritables…c’est-à-dire que les gouvernements puissent faire amende honorable…restaurer la réalité objective (l’histoire est toujours écrite avec l’état d’esprit du conquérant) … Il s’agit d’une thérapie sociale, collective… Le vrai, l’authentique le pardon guérit les blessures profondes.

    Une société qui a effectué une psychothérapie sur elle même et qui souhaite aller dans le sens de sa propre guérison – peut atteindre un état où petit à petit les mensonges se dissiperons, ils n’aurons plus lieux d’être…ils n’auront plus de niches d’ombre sur laquelle se fixer et se nourrir.
    Je m’interroge aussi sur le sens du mot Apocalypse (Révélation), au delà de tout religiosité…n’est ce pas la porte de sortie – que tous les mensonges soient révélés à la conscience. Ceux que nous entretenons en nous-même mais aussi ceux que nous entretenons collectivement…

    1. Merci de votre riche commentaire. Oui bien sûr il y a de multiples causes à cette extension du complotisme dont souvent le cynisme, l’indifférence voire, comme vous le dites, la psychopathie de certaines élites, le dysfonctionnement désormais du pacte démocratique libéral – enrichissement matériel/redistribution -, la globalisation, etc. Je ne le nie pas, mais cela n’explique pas pour autant le grotesque des expressions dont je parle, malheureusement largement diffuses, nullement démographiquement marginales, lequel grotesque alimente le déni des défis environnementaux ; rappelons simplement que les 75 millions d’électeurs de Trump ne sont pas tous des milliardaires cyniques, etc. Et m’intéresse ici le déni de réalité que partagent autant les mainstream que les complotistes.

      1. “Comploter, réalité historique multiple et récurrente, consiste pour une minorité agissante à chercher en s’emparer du pouvoir politique par la violence, en le dissimulant, et en cachant ses intentions à ceux qui vont involontairement contribuer à la réalisation de cette fin”, écrivez-vous. Lénine, Trotski et Rosa Luxembourg ont planifié la révolution bolchévique dans les bistrots (bistrot est un mot d’origine russe) de Zurich et de Genève. Etaient-ils complotistes ou comploteurs? Si leurs amis socialistes suisses et allemands ne leur avaient pas facilité la tâche – les premiers pour leur fournir une base arrière, et les seconds pour permettre à Lénine de gagner la Russie, alors en guerre avec l’Allemagne, dans son train plombé (qui, soit dit en passant, n’a jamais été plombé que dans l’imagination des journalistes), le camarade Oulianov aurait-il jamais eu la moindre chance de déclencher la révolution d’octobre 1917?

        1. Merci de votre commentaire. Ce qui est clair est le caractère initialement très minoritaire des Bolcheviks, l’aide apportée par les Allemands au retour de Lénine dans sa patrie, l’écrasement des Soviets, la dictature féroce qui s’en suit, etc. On est dans le cas d’une prise de pouvoir révolutionnaire avec des aspects de complot, mais pas un pur et simple complot, ce qu’interdirait la volonté de solliciter les masses.

          1. Merci à vous pour votre réponse. Pour la petite histoire (qui aurait aussi pu modifier la grande), ma grand-mère paternelle, réfugiée d’origine russe venue étudier la médecine à Berne, comme beaucoup de jeunes femmes russes auxquelles l’accès à l’université était interdite sous le régime tsariste, a été condamnée à mort par contumace par celui-ci pour avoir pris part à une manifestation d’étudiants réclamant l’admission des femmes à l’université. A Berne, elle a connu Lénine et mon père, encore enfant, l’ayant vu apparaître au coin d’une rue, lui fit un pied-de-nez. Il s’enfuyait déjà mais le futur petit père des peuples parvint à le rattraper en lui disant:

            – Tu vas voir, sale gamin!

            Menace aussitôt appuyée par une gifle, seule atrocité que mon futur père eut à subir de la révolution russe.

            Quand sa mère apprit que Lénine avait quitté Zurich, en avril 1917, pour gagner Saint-Pétersburg, elle télégraphia aussitôt aux autorités russes pour les prévenir de son départ. Mais elle ignorait qu’entre-temps les Postes étaient passées sous contrôle des Rouges et que son message avait été intercepté. Elle fut alors condamnée à mort une seconde fois par contumace – celle-ci par ses anciens camarades.

            Ne dit-on pas que l’histoire ne se répète jamais deux fois de la même manière?

            Cordialement,

            aldn

          2. Merci de ce témoignage succulent sur fond tragique et qui aurait enchanté Simone Weil : il valide, a posteriori, la pertinence de ses analyses critiques du mouvement révolutionnaire.

  5. Ben voyons, on badine sur Simone Weil, qui elle pourtant était dans le dur intellectuellement, pas dans le badinage comme vous. On s’extasie sur une “succulente” anecdote au sujet de Lénine, ça ne mange pas de foin. Mais une critique réelle d’un internaute qui met en cause les impensés du discours mensonger qui nous est asséné pour faire passer en force un coup d’état, elle passe à l’as. On est donc dans le monde d’après, où aucun discours discordant n’est toléré. On est dans la tautologie sur le thème : Nous avons raison parce que nous avons raison et que nous sommes du côté du manche, nous tenons les médias, et ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ont tort parce qu’ils ont tort. Ce sont des complotistes et on ne parle pas avec les complotistes. Fermez le ban. Moyennant quoi on met à mort les sociétés en plongeant les vraies gens dans la détresse parce qu’on se fait complice d’une mafia financière qui veut faire un ngreat reset sur le dos des gens ordinaires. Et on a bonne conscience parce qu’on est de bonne foi. On croit aux mensonges du GIEC. Evidemment pour un zélote du réchauffement climatique, d’être considéré comme un idiot utile de différents lobbies, qui aide à maquiller un crime politique, c’est une offense personnelle. C’est donc inconvenant.

    Désolé, mais ça m’est égal si vous publiez mes commentaires ou pas. Bien sûr la jobardise d’un intellectuel comme vous me sidère, mais je ne tiens pas à débattre avec des gens que je méprise. Si mon commentaire n’est pas mis en ligne, je m’en fous. De toute façon le coup d’état dont vous êtes complice avortera. Car les masses populaires se soulèveron avant, avec ou sans gilets jaunes. Et ça commencera par la France. Il y a une prophétie de Pie XII qui annonce que “… pour ne pas mourir, la France changera de régime sans douceur”. Donc, dites à votre copine Sophie Swaton que son “revenu de transition écologique” n’aboutira jamais à rien, pas plus que les ateliers nationaux de 1848.

    Quand je pense que le contribuable suisse engraisse des inutiles pareils avec son argent durement gagné….

    1. Merci cher Monsieur de confirmer, bien involontairement je le concède, mes propos, certes partiels (j’en ai bien d’autres), sur le complotisme. IL est facile d’écrire n’importe quoi, vous en administrez une preuve éclatante, tout seul face à un écran. Un modèle climatique, c’est 20 ans de travail par des dizaines de chercheurs, autre chose qu’un rot dans un bar mal fréquenté ! Ne perdez plus désormais votre temps et surtout ne me faites plus perdre le mien et celui des lecteurs de ce blog.

    2. “Le great reseeeeet”
      “On nous cache des chooooses”
      “Ca m’est égal mais prenez mes 47 paragraphes !” 🤣🤣🤣🤣

      On vous reconnaît vous savez, même avec d’autres pseudos, ça ne rend pas vos propos moins ridicules.

      Bientôt les bars pourront rouvrir, vous pourrez à nouveau parler à votre verre de Garanoir.

  6. Je dois concéder que lorsque j’avais 22-23 ans (j’en ai 25 de plus) j’ai lu le fameux Livre N°5 – LES SOCIÉTÉS SECRÈTES ET LEUR POUVOIR AU 20ème SIÈCLE de Jan Udo Holey (Jan van Helsing). Dont le contenu très conspirationniste a été considéré comme antisémite et condamnés par les autorités allemandes…(l’auteur a aussi eu l’outrecuidance de nommer certaines personnalités politiques de l’époque comme faisant partie de différentes organisations secrètes…). C’est à travers ce livre que j’ai entendu parler pour la première fois des mythiques ILLUMINATI, Des Bilderberger, de la commission Trilatérale, Des (faux) Protocoles des Sages de Sion, du Sionnisme, des francs-maçons, du Nouvel Ordre Mondial, de la famille Rothschild, du FMI, du 666, de la puce implantée, etc.
    Peut être que tout cela n’est que fantasmagorie, mais il importe d’être vigilant, car s’il y a des forces obscures et régressives qui conspirent contre l’humanité (dans une volonté de l’asservir ou de l’anéantir), nous nous devons de nous y opposer de toute notre force. D’autre part les récents événements liés au COVID et toutes les anomalies qui y sont liées méritent que nous gardions les yeux grands ouverts sur ce qui se passe actuellement et évitions de faire trop vite confiance à nos gouverne-ments et aux corporations qui se disent “bienfaitrices” et qui pourraient être bien plus machiavéliques que nous ne pourrions imaginer.
    Bien sûr toutes ces considérations bien humaines perdrons toutes importances, lorsque la crise écologique s’accentuera mettant en péril notre propre survie… mais c’est une autre histoire.

  7. Ça me fait mal au cœur de voir que l’auteur d’un article si bien structuré doit passer son temps à répondre à des bêtises pareilles (ne m’en veuillez pas, certains commentaires sont pertinents).
    Merci pour votre contribution M. Bourg et courage pour la suite.

    1. Merci cher Monsieur de votre compassion, et vous ne voyez pas les pires qui vont directement à la corbeille. La capacité d’aveuglement et effectivement une forme de bêtise sont hallucinantes.

      1. Dans la mythologie biblique, il est raconté que des hommes se sont alliés pour construire une tour avec l’ambition d‘atteindre le ciel. Mais ce projet titanesque finit par échouer, déjoué par Dieu qui ne permit plus aux hommes de se comprendre entre eux (perte de sens) et Dieu les dispersa sur la surface de la Terre.
        Ne vivons-nous pas la tour de Babel 2.0 ? Dans ce projet insensé d’atteindre le ciel (asymptote économique, progrès infini?) les peuples finirent pas ne plus se comprendre (chacun parlant une autre langue). Allons-nous finir dispersé à la surface de la Terre ? (suite à l’effondrement de notre civilisation ?). Ne rejouons-nous pas une histoire qui s’est déjà joué dans l’histoire de l’humanité ? Les philosophes sont justement là pour éclairer de leur sagesse, de donner sens (recadrage historique, politique et spirituel) à ce que nous vivons. Je n’en attend pas moins de vous grace à ce blog, à vos riches interventions médiatisées et livres…Mais il y a des points sur lequel je suis en désaccord (je peux ?).
        Je pense que condamner avec virulence la pensée d’autrui lorsqu’elle est différente n’élève pas le débat. Condamner, moquer, railler (même si l’autre est manifestement dans l’erreur) n’est pas très digne d’un sage. Je pense plutôt qu’il faudrait encourager certains à aller plus loin dans leur pensée, de ne pas rester à des opinions, d’encourager à penser de façon critique, de ne pas se satisfaire d’une pensée binaire paresseuse (vrai, faux), de chercher les nuances, la complexité…tout en tolérant l’altérité. Au lieu de renforcer l’autre dans sa posture défensive, on ouvre alors des voies de dialogues de communication qui enrichissent (lorsqu’on échange chacun une idée, on repart avec 2 idées…).

        1. Cher Monsieur,
          Vous avez sans doute raison, mais c’est plus fort que moi, je ne supporte plus le déni face à l’évidence. Cette attitude de déni ne me semble plus relever de l’opinion discutable, par définition.
          D’ailleurs, pour reprendre le contexte religieux, nous avons avec ce déni affaire à une attitude analogue à celle de pharaon s’enfermant de plus en plus, après chaque avertissement divin. Ancien Testament, oui mais pensez à Christ conseillant simplement de tourner les pas, en secouant son manteau, face au refus d’entendre.
          Dès 2013 nous avions avec un climatologue publié une tribune sur le non-sens du dialogue avec les climato-sceptiques …
          Le dialogue exige une disposition d’esprit préalable.

          1. Pour le coup, vous sortez de la voie scientifique (observer et décrire des faits et leurs fonctionnement, débattre) pour vous donner le rôle prophétique.
            Le problème n’est pas le changement climatique, que le discours apocalyptique qui gravite autour. Ce discours, de type religieux, ne peux pas être contesté car il s’auto-construit de manière absolue (bien ou mal). Raison pour laquelle vous ne souhaitez pas discuter avec les climato-sceptiques, qui construisent aussi un discours de type religieux.
            Mais le problème, c’est que tout cela n’est pas de la science, et chacun s’insulte à coup d’anathème. Et cela ne fait pas avancer le débat, mais divisera la société.

          2. Quand bien même je me comporterais comme vous le dites, ça ne changerait rien à la nature du problème : une question de science (le climat n’accède pas à nos sens, une question de statistiques et de temps long) et non d’opinion ; et via les événements extrêmes une question désormais, et depuis peu, d’expérience et de faits universellement observables. A quoi s’ajoutent nos mécanismes psychologiques de déni et l’intérêt de nos expériences religieuses passées en la matière, lesquelles fournissent un joli répertoire d’attitudes. Pour le reste, je secoue mon manteau.

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