De la lecture de Claude Lefort à la défense des zadistes du Mortmont : pourquoi me suis-je radicalisé ?

J’ai été nourri aux leçons qu’il était possible de tirer des deux grands totalitarismes du 20e siècle (de Weil, Arendt à Lefort notamment). Tel a été ma formation politique et de philosophie politique. J’étais un social-démocrate bon teint, la social-démocratie m’apparaissant à l’époque comme le moins mauvais compromis historique et social possible. Petit à petit, mes recherches et le suivi de la donne environnementale qu’elles impliquaient m’ont conduit à prendre conscience que derrière le danger totalitaire caractéristique du siècle dernier – lequel reste toutefois hautement présent – se développait un autre danger, plus dévastateur encore, plus retors et surtout quasi-pérenne dans ses conséquences. J’évoque évidemment la déstabilisation en cours du système Terre, les dommages qui vont se multiplier et s’intensifier, les difficultés futures à produire notre alimentation, les flux migratoires qui à l’instar d’autres phénomènes climatiques atteindront des proportions hors norme et sans précédents. L’histoire que je veux raconter ne m’est évidemment pas strictement personnelle, elle n’aurait alors aucun intérêt. Je ne doute pas que d’autres aient parcouru un cheminement analogue, et que d’autres encore l’emprunteront.

Disons-le d’emblée, lecteur si tu partages la foi du charbonnier de gauche ou de droite, mieux vaut interrompre ta lecture.

Primo, je me situe ici sur un plan systémique. Gauche et droite signifient alors le rassemblement de l’essentiel de nos différends, de nos conflits de valeurs et d’analyses, sous une forme binaire, probablement indispensable à l’expression démocratique de nos choix et préférences. Aucune des deux postures n’incarne le bien ou le mal, biens et maux différant simplement en fonction de l’option dominante retenue. En revanche, l’une sans l’autre débouche assez rapidement sur des aberrations et à terme sur l’horreur. Chaque camp livré à lui-même a nourri mensonges, lâchetés, arbitraires multiples et à terme des crimes aux expressions et échelles variables. Aucun choix possible entre Pinochet et Pol Pot, entre Hitler et Staline. Le parallélisme entre communisme stalinien et nazisme ne résiste pas l’analyse, si ce n’est justement – et c’est pour nous ce qui importe le plus –, sur deux points : l’arbitraire destructeur et meurtrier d’un côté, et la référence à une transcendance de l’autre, celle de l’histoire et de sa science matérialiste dialectique pour le premier, la référence aux rapports de force mécaniques et à leur expression biologique et raciale pour le second ; autrement dit la transcendance de l’histoire pour l’un, celle de la nature (une figure de) pour l’autre.

Secundo, le point de vue développé ici n’est pas étroitement politique, mais à hauteur de civilisation. Succinctement, le système gauche-droite tel que nous l’avons connu depuis le 19e siècle était étroitement dépendant d’une civilisation en train de se déliter, après s’être globalisée. Or, la civilisation en cours de construction n’apparaît pas avec une évidence absolue, et ce d’autant moins que la précédente, toujours sur pieds, connaît même une forme d’extrémisation. D’où le côté souvent cocasse des positionnements politiques actuels et la perte d’évidence et d’adhésion du partage traditionnel gauche-droite. D’où toutes sortes de phénomènes politiques désormais difficilement assignables. Bric-à-brac. Le totalitarisme numérique (surveillance et notation des citoyens) et néanmoins hautement meurtrier (massacre des Ouïghours) de Xi Jinping est-il de gauche ou de droite ? Un parti pilier de la démocratie nord-américaine, les Républicains, devient populiste et dénie à l’autre parti partie-prenante de l’alternance démocratique la légitimité à gouverner. Les jeunes maires EELV en France se font brocarder alors précisément qu’ils s’essaient à changer le référentiel de l’alternance politique. Etc.

Revenons au système politique moderne et à son référentiel de civilisation. L’opposition droite-gauche des deux derniers siècles n’était de loin pas purement politique, elle s’ancrait de façon fondamentale dans la modernité mécaniste ; elle en a permis une expression politique particulièrement efficace. La modernité, sur fonds de développement de la physique nouvelle, et au sortir des guerres de religion, nous a conduits à marginaliser la question chrétienne du salut. Dès lors il n’était plus possible de poser face à la société, et même au-dessus d’elle, une fin transcendante et structurante. Comme l’a rapidement dégagé Hobbes, la seule fin restante était l’accumulation de moyens, l’enrichissement général. Tel est précisément ce à quoi l’opposition droite-gauche a fini par donner une expression politique et plus encore démocratique. Nous sommes parvenus à exprimer via cette structuration du débat public l’ensemble des aspirations contradictoires de la société. Étaient communes la double aspiration à l’enrichissement du plus grand nombre et l’idée d’une redistribution de la richesse produite. L’enrichissement en passait par les sciences et leurs retombées en termes d’industrialisation – ce que nous appelons le Progrès –, lequel impliquait un arrachement progressif à la nature et une artificialisation croissante. Tel était le consensus politique attaché à une civilisation commune. Il est loisible à ce propos de parler de consensus en creux, ce dernier étant inséparable de deux oppositions essentielles, constitutives de la polarité droite-gauche. S’opposaient en effet à ceux qui pensaient que l’entreprise privée assurerait la production la plus efficace, ceux qui pensaient que seule la rationalisation collective des moyens de production pouvait garantir le développement matériel maximal. S’opposaient encore deux conceptions de la redistribution juste de la richesse ainsi produite : selon une égalité arithmétique pour la gauche, et géométrique pour la droite.

Or ces façons de concevoir le cours de nos sociétés sont devenues caduques. L’enrichissement maximal entre en contradiction frontale avec le système Terre et ses limites. L’Agence européenne de l’environnement reconnait elle-même que nous n’avons d’autre choix que de réduire le volume de nos économies, à savoir la masse d’objets et d’infrastructures produite[1]. Il va nous falloir développer des activités très légères en termes de flux d’énergie et de matières, humano- et éco-centrées, et ce tout d’abord pour sauver notre peau ; et plus largement pour maintenir le niveau optimal d’activités et de création de richesses, non plus exclusivement matérielles. Hors démographie et atteinte à la biodiversité, la richesse matérielle étant la cause directe de la dégradation des écosystèmes, il est clair que la redistribution de la richesse se pose en des termes absolument nouveaux. Sur le plan énergie-matière une forme d’égalitarisme semble en effet difficilement évitable, si la richesse est devenue le facteur premier de destruction de l’habitabilité de la Terre ; les distinctions sociales devront très probablement trouver d’autres formes d’expression. Même si nous en sommes encore loin, c’est bien une nouvelle forme de civilisation que nous devons construire, et qui plus est dans l’urgence. Or, nous ne disposons pas encore d’une expression politique de cette situation, qui sache la ramener à une construction binaire, du type droite-gauche, rassemblant l’ensemble des interprétations opposées de ce nouveau consensus en creux, encore en gestation, de ce nouvel horizon de sobriété matérielle commune.

Pis encore, le référentiel de l’ancien monde est encore dominant dans les médias, pour partie dans l’enseignement, dans les entreprises, les partis politiques. Cela fait beaucoup. Partout sont aux manettes des élites techno-libérales, attachées au référentiel moderne. En revanche ont d’ores et déjà décroché des pans entiers de la société comme le confirment certains sondages, et au premier chef une partie importante de la jeunesse la mieux formée. Je rappelle ici les 55 % de l’enquête Obsoco pour la partie de la population française pour laquelle la sobriété est un horizon insurmontable[2]. C’est une grande part des 75 % qui permettent à un consensus en creux de se former au sein d’une démocratie.

On comprend mieux dès lors la situation baroque, entre deux eaux, dans laquelle nous nous trouvons politiquement. La situation des jeunes maires EELV en France est à cet égard révélatrice. Étant authentiquement écologistes, elles et ils sont toutes et tous attachés à susciter un imaginaire nouveau ; cela les conduit à devenir parfois les objets d’un hallali médiatique. Occupons-nous de deux affaires, celle du sapin de Noël de la ville de Bordeaux et celle de la suppression des aides de la ville à l’aéroclub local par la maire de Poitiers. La critique des plats végétariens de la ville de Lyon est tellement grotesque qu’il n’est pas opportun d’en parler. Le cas de la ville de Strasbourg et de sa mosquée ne relève pas de la même logique. On pourrait parler du changement apparemment brutal de politique culturelle à Grenoble, mais je ne suis pas certain de pouvoir mettre ce sujet sur le même plan logique que les autres. La décision de la maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy, de baisser de 4’000 € la subvention de l’aéroclub local, et à terme de supprimer ces subventions aux activités émettrices, est, j’en suis désolé, totalement fondée. Pour quelle raison financer une activité de loisir énergivore quand on devrait baisser nos émissions de 60 % en 10 ans ? Condamner les enfants de demain à se terrer sous des canicules de 48°, quand bien même liraient-ils Vol de nuit, n’est certes pas le meilleur service à leur rendre. Les contestations relèvent en l’occurrence du gag d’une classe de politiciens et de journalistes hors sol, pour ne pas dire hors limites planétaires. Sont en revanche plus contestables ses propos sur les rêves des enfants en matière de vol. Je comprends très bien l’intention de Léonore Moncond’huy, mais son expression est maladroite parce qu’elle offre un recoupement partiel, trompeur et involontaire, avec une époque sombre. Le fondement en est pourtant très clair et n’a rien à voir avec le totalitarisme : pourquoi financer des activités qui contribuent à conforter, non un imaginaire, mais l’expression datée qu’il a pu connaître un temps ? A cet égard, notre maire a parfaitement raison. Quant à dire que l’homme a toujours rêvé de voler, avec un désir aussi plein et univoque qu’un œuf, j’en doute et c’est bien le sens du vol d’Icare finissant par se brûler les ailes. Mais rien n’empêche les enfants, dieu merci, de réinterpréter un vieil archétype, de rêver par exemple de parapente, mieux encore d’identification à tel oiseau de leur connaissance … Deuxième exemple, le Maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, et sa décision contestée de façon tout aussi hystérique : le renoncement à l’achat du traditionnel sapin adulte exhibé sur une place de la ville, au motif du refus d’exposer « un arbre mort ». Là encore l’attention du Maire à un nouvel imaginaire me paraît intéressante. A une époque où la déforestation constitue un enjeu majeur, cette décision est tout sauf absurde. Attention toutefois au respect de la fête de Noël laquelle renvoie même au-delà du christianisme : elle plonge ses racines profondes dans les civilisations européennes qui se sont succédé. Sapin de la Forêt Noire ou non, il conviendra de maintenir le rite ancestral de la fête du solstice d’hiver, laquelle s’élance depuis les deux derniers millénaires chrétiens dans l’histoire au long cours de l’occupation humaine de ces terres, laquelle pourrait précisément être compromise, en tous cas entravée, par la dérive climatique à l’œuvre. Il est urgent de mailler aux anciens de nouveaux symboles.

Revenons à la question du radicalisme. Lors du siècle dernier, politiquement parlant, l’expression renvoyaient à ceux qui refusaient le consensus institutionnel des démocraties libérales : à droite les tenants du rejet global de la modernité, à gauche essentiellement les communistes qui prétendaient substituer le matérialisme historique aux mécanismes électoraux. Ces temps, répétons-le, sont révolus. Dès lors le radicalisme acquiert un double sens, et résolument nouveau. Celui en premier lieu, positif, de ceux qui cherchent, contre le mouvement encore d’une partie de la société, le sol, l’humus même, de la civilisation nouvelle émergente : la sobriété dont avons parlé, fondée sur la prise de conscience de l’état de la planète, documenté scientifiquement et désormais de plus en plus accessible à nos sens. L’autre radicalisme, destructeur, est celui des tenants de l’ancien monde qui sont en passe de devenir l’équivalent actuel de ce que furent les royalistes ou les communistes d’antan. Grosso modo il s’agit de la classe politique traditionnelle, plus particulièrement de son expression droitière, plus attachée curieusement à l’ordre ancien que ce qu’il reste de gauche. Ne pas vouloir limiter, si ce n’est à très petits pas, nos émissions de gaz à effet de serre, vouloir à toute force poursuivre les modes de vie dispendieux d’autrefois, vanter les mérites de la 5 G, de la voiture autonome, promouvoir à tout va la biologie de synthèse et ses dangers, tout attendre de la géoingénierie, imaginer que nous allons habiter sur Mars, etc., toutes attitudes qui accélèrent les processus de destruction de l’habitabilité de la Terre : ce sont des comportements en devenir de radicalité, radicaux d’ores et déjà objectivement parlant, mettant en danger non seulement l’ordre public futur, mais la possibilité même de vivre sur Terre. Difficile d’imaginer radicalité plus extrémiste !

Alors dans ces circonstances de bascule de civilisation, au sens négatif du terme, je crains que les rodomontades issues des rangs des partis traditionnels – par exemple l’UDC ou le PLR pour la Suisse, les LR ou la Macronie pour la France, avec en tête un Président dont l’imaginaire et l’imagination sont directement issus des MBA –, ne finissent par nous apparaître relever d’un extrémisme insupportable. Disons-le sans détour, la recherche en revanche de modes de vie respectueux du vivant, d’un vivre-ensemble plus harmonieux sur les ZAD, du Mortmont et d’ailleurs, la pratique de la désobéissance civile, n’ont rien, au sens négatif, de radical. Elles constituent bien plutôt des freins fragiles à l’embardée suicidaire d’une civilisation devenue folle, incapable d’entendre effectivement les avertissements qu’elle sait pourtant produire. Les réprimer avec une violence variable n’accélérera certes pas le changement, cela risque même de pousser à la violence la partie de la population la plus consciente et généreuse.

Pour aller plus loin :

  • Bourg, Le Marché contre l’humanité, Puf, 2019.
  • Bourg, Clémence Demay & Brian Favre (éd.), Désobéir pour la Terre. Défense de l’état de nécessité, à paraître aux Puf en mai 2021.
  • Bourg, « Écologie et civilisations. Fin d’un monde et nouvelles perspectives », Futuribles, n° 442, mai-juin 2021.

[1] https://www.eea.europa.eu/themes/sustainability-transitions/drivers-of-change/growth-without-economic-growth

[2] L’Obsoco, Les Perspectives utopiques des Français, juin 2020, avec l’ADEME, document Pdf ; première mouture en septembre 2019.

Dominique Bourg

Dominique Bourg est un philosophe franco-suisse, professeur honoraire à l'Université de Lausanne. Il dirige la publication en ligne https://lapenseeecologique.com/ et diverses collections aux Puf.

22 réponses à “De la lecture de Claude Lefort à la défense des zadistes du Mortmont : pourquoi me suis-je radicalisé ?

  1. Mormont, pas Mortmont

    D’après un livre de Olsommer publié à l’époque par Bertil Galland (nos ancêtres les sarrasins), c’était le Mauremont. Rien à voir avec la mort

    1. Merci, information intéressante, mais les vestiges archéologiques détruits par l’exploitation de la carrière Holcim étaient bien celtes, avec des fosses sacrificielles semble-t-il. Du coup l’orthographe actuelle n’est pas sans fondements non plus.

  2. On va voir si les français trouvent les écologiste toujours crédibles. Les maires ont été les fossoyeurs des chance de succès des verts aux présidentielles, alors que la gauche est en recherche de crédibilité. Le boulevard des écolos pour être représentant de la gauche aux présidentielles a été enterré.

    Il faut être grandement stupide, le mot est faible, pour énerver la population sur des sujets secondaires (sapin de noël, cantine, …). Lorsque l’on a un peu de jugeote, on commence par ce qui fait consensus : isolation des bâtiments, électrification des taxis, … En résumé, les maires font du symbolisme écologique, au lieu de l’écologie.

    Vous êtes fier de freiner l’avancée écologique par radicalisme ? Pourtant le radicalisme provoque une réaction épidermique, qui fabrique une opposition de principe à tout ce qui est écolo, même pour les bonnes choses. Le radicalisme freine l’écologie.

    L’écologie ne doit pas être radicale, mais efficace. Et ça commence par ne pas énerver les gens pour des bricoles. Quant à la sobriété, c’est une utopie, c’est comme faire un régime, beaucoup de volonté au début, et ensuite les mauvaises habitudes reprennent.
    La société va évoluer, mais en aucun cas révolutionner parce que le radicalisme est idéologique, pas une normalité humaine.

    Penser écologie, c’est choisir un chemin efficace. Il ne faut pas “vendre” de la sobriété, mais une absence de pollution et de bruit dans un environnement moins béton et plus humanisé.

    L’écolo occidental oublie qui si l’Europe diminue ses émissions, ailleurs (Inde, Chine, …) c’est l’inverse. Et si l’Europe s’effondre économiquement par sobriété, ces autres pays vont préférer assumer le changement climatique avec sa perte de biodiversité plutôt que de suivre le chemin européen.
    L’Europe doit être un exemple dans la viabilité d’un couple écologie/économie.

    Le radicalisme est un frein à l’écologie.

    1. Si le monde d’après pouvait ressembler à celui d’avant, vous auriez raison. Le problème est que celui d’avant mène à la catastrophe. Alors proposer comme vous le faites de s’en tenir au plus près du monde d’avant, de n’accepter que ce qui ne le bouscule pas, est le meilleurs moyen d’hâter la catastrophe. Nous sommes dans le dur du réel, non dans le bon teint idéologique. Je crois que la stupidité ne soit pas là où vous la redoutez.

  3. Vous résumez le bras de fer gauche/droite comme si vous aviez un regard neutre à ce sujet alors que votre opinion a toujours été ancrée à gauche. Les reproches que vous faites aux partis de droite n’est qu’un nouvel angle d’attaque, rien de révolutionnaire.

    Quant au sens du radicalisme, elle n’est pas seulement optimiste, mais également pragmatique. L’appel à une sobriété urgente est un pari que la gauche “moderne” veut imposer à notre humanité : si ça ne marche pas, c’est-à-dire même si en réduisant aujourd’hui notre consommation au strict nécessaire vital et que cela n’empêche pas à stopper le dérèglement climatique (certains écologistes disent déjà que c’est trop tard, que le permafrost est en train de fondre et qu’il n’est pas possible d’arrêter ce processus), alors il n’y a pas de plan B.
    Il est effectivement crucial de fortement diminuer notre emprunte carbone – et à part quelques vieux réfractaires, l’ensemble de la droite est d’accord avec ça -, mais sans toutefois laisser tomber la recherche dans le cas où il ne nous reste plus qu’à devoir s’adapter à un climat hostile. La projet pour habiter sur Mars n’est absolument pas une ineptie, car les technologies développées pour parvenir à habiter de façon permanente sur une planète inhabitable seront d’autant plus utiles pour nous sauver sur Terre. Je ne vois pas en quoi cette attitude que vous dénoncez “accélère les processus de destruction de l’habitabilité de la Terre”.

    Par ailleurs, je ne crois pas à une conscience mondiale en faveur d’une décroissance imminente. Pendant que vous vous moquez de la 5G, la Chine développe la 6G. L’Europe, dont la nouvelle gauche ségrégationniste l’auto-mutile à cause de son passé colonialiste, n’a plus vraiment de poids pour décider de l’avenir du monde. Les puissances mondiales continueront de se développer en regardant l’Europe, avec pitié et amusement, accueillir la misère du monde jusqu’à en être submergée.

    Enfin, je ne vois pas où l’Etat a réprimé les militants des ZAD, et encore moins avec quelle violence ? Les forces de l’ordre n’ont fait qu’appliquer une décision de justice et elles ont procédé l’évacuation de la façon la plus exemplaire qui soit en se souciant en premier lieu de la sécurité des militants, et ce, en dépit des jets de pierres et de fumigènes polluantes. Si les militants avaient évacué lors de la dernière sommation de la police, ils n’auraient pas eu de poursuite judiciaire et le message qu’ils ont transmis n’aurait pas moins été entendu.
    Leurs manifestations sauvages qui se sont ensuivies à Lausanne confirment qu’ils ne recherchent que la confrontation policière, car au fond, ils ne sont que de simples anarchistes, rien de plus.

    1. Succinctement. Il n’y a guère de sens à parler d’écologie en dehors du diagnostic désormais documenté scientifiquement par des milliers d’articles, qu’il s’agisse de climat, d’effondrement de populations vivantes et de disparition d’espèces, de pandémies, de ressources en termes de métaux, de montée de la résistance aux antibiotiques, etc. Ce n’est pas une question d’idéologie et pour certaines de ces questions le compte à rebours est bel et bien enclenché. L`UNEP en autres ne cesse de le rappeler. Je ne tiens pas à perdre mon temps à redire indéfiniment que les petits pas n’ont aucun sens. En revanche, la résistance d’une grande part de la population n’est pas moins réelle et par ailleurs largement entretenue. C’est précisément le tragique de la situation qui nous échoit.
      Que la chose ne soit guère entendue en Chine ou en Inde (curieux pour un pays dont de nombreuses villes connaissent désormais régulièrement des températures excédant les 50° !), c’est juste et souligne le tragique de la situation, d’autant que ces pays appartiennent aux aires où l’habitabilité de la Terre sera extrêmement affectée. Les chances pour que nous parvenions à tenir compte à temps de l’état du monde sont effectivement minces. Je doute pour toutes ces raisons que les rêves de puissance de ces contrées puisse se matérialiser longtemps.
      Quant à l’Europe, elle fait piètre figure, incapable tant de s’écologiser que d’agir en puissance défendant ses intérêts.
      Pour les Zadistes, c’est vrai qu’il a été avant tout question d’appliquer la loi. C’est précisément là où le bât blesse compte tenu de l’état de l<a planète !

  4. C’est peut-être pour vous un détail, mais je ne suis pas d’accord avec votre critique des hommes qui ont le projet d’aller s’établir sur Mars (NB: je suis le président de la Mars Society suisse).
    Je ne suis pas partisan du gaspillage de nos ressources naturelles et je pense que la mentalité des Terriens évolue sur ce sujet (et donc la Demande qui dirige l’Offre). Il ne faut pas voir l’établissement de l’homme sur Mars comme une lubie ou une fantaisie inutile de « riches » radicaux, négative sur le plan environnemental. Il ne faut pas assimiler ce projet à d’autres actions empreintes d’indifférence et d’irresponsabilité environnementale. Les efforts nécessaires pour (sur)vivre sur cette autre planète aux ressources limitées, supposent une économie de moyens et un recyclage extrêmement rigoureux de tout ce qui pourra l’être, en faisant en sorte que de plus en plus d’éléments fabriqués soient recyclables (ainsi bien sûr que l’eau et l’air respirable). C’est une condition sine qua non de la durabilité donc du succès de l’implantation. Toute matière organique sera précieuse, tout morceau de métal sera « de l’or ». Vivre sur Mars sera de ce point de vue, une leçon de vie en général qui forcément sera bénéfique à la vie sur Terre. Par ailleurs, si vivre sur Mars s’avère possible, ce qui n’est bien évidemment pas encore démontré, Mars pourra devenir un conservatoire de notre civilisation, au cas où le Titanic sur lequel nous sommes embarqué et dont nous venons de changer le cap, ne pouvait pas dévier de sa route avant de heurter l’Iceberg.

    1. Cher Monsieur, je ne partage pas votre passion martienne et nous serons dans la décennie, ou la prochaine, contraints de faire ce que vous dites sur Terre. Par ailleurs, comme vous le savez, la masse de Mars n’est pas suffisante pour y retenir une atmosphère de type terrestre, laquelle a été produite à l’issue de milliards d’années. En revanche, l’exploration technique, non habitée, de l’espace a permis de beaucoup mieux connaître l’originalité de la Terre, de construire une planétologie comparative. Pour ma part, je m’arrête là. Cordialement.

  5. Il faut faire bouger les choses de manière plus radicale encore, toujours dans la non-violence, il serait bien de taper là ou ça fait mal : A la fierté qu’ont les politiciens de représenter leur région!
    région qui comme par exemple le Lavaux n’est plus qu’un réservoir de pesticides, d’herbicides, et non plus un lieu magique où il fait bon s’y promener !
    Les politiciens comme M Leuba prône le fait que le Lavaux est à l’Unesco, mais il faut faire en sorte de le sortir tant que la terre ne sera pas assainie durablement.
    Ce serait une bonne claque à ces politiciens aussi bien de gauche que de droite !
    Alertons le monde sur ce qui se passe dans nos régions avant de se tirer des balles dans le pieds en voulant taxer à tout va comme le veulent les Verts.
    Nous devons AGIR !

    1. Merci de votre message. Oui la vigne est celle des cultures qui est la plus gourmande en intrants divers. Chose intéressante, là où les vignes sont entrelacées, il arrive que des vignerons s’entendent pour passer ensemble au bio. Autre remarque, dans le pays voisin, mis à part pour le Bordeaux (vielle culture du négociant), la plupart des grands (sens qualitatif) sont passés à la biodynamie !

  6. Oh la la ! Rien ne vous empêche d’habiter harmonieusement une cabane en bois du canton, les oeuvres complètes de Jean-Jacques à portée de main. Droite, gauche, montagne et plaine, vous savez bien que ces termes sont liés à la position du mobilier de l’Assemblée Nationale en 1789 (les patriotes et le Tiers état se trouvant par hasard à la gauche des tribunes…). Si je peux me permettre, trois enfants et sociale démocratie fin des ’70 et ’80, c’était déja un peu mal barré, non ? Pourquoi ne vous être pas plutôt inspiré de Marcuse ou de Illitch, par exemple ? Pas de ZàD, pas de communautés, pas de dogmatisme, surtout ! Nous avons besoin d’inventeurs et d’exercice d’admirations. Un peu de confiance, nous en sortirons sans radicalisme.

  7. Lorsque je lis votre blog, vous me faites penser au personnage de Claire dans le très beau film de Lars von Trier, « Melancholia ».
    Résumons le sujet : une planète (Melancholia) se rapproche dangereusement de la terre. Toutes les instances dirigeantes annoncent que cette planète devrait passer suffisamment loin pour ne pas créer de risque.

    Claire, l’une des deux sœurs du récit, a un mauvais pressentiment et fait des recherches sur Internet pour apprendre que toutes les données concordent : le choc est inévitable.
    En panique, elle tente de fuir en voiture avec son fils avant de réaliser, après quelques kilomètres, qu’il n’y a nulle part où aller.

    Dans vos propos et vos réactions au commentaires, je retrouve une peu des traits de ce personnage au moment où il essaie de fuir : vous martelez des arguments philosophiques et scientifiques, tous très pertinents et parfaitement raisonnables, qui vous (nous) permettent de croire que l’on peut encore empêcher la catastrophe.

    Je crains toutefois que l’inertie des gigantesques processus en cours, l’ignorance ou le déni de l’Humanité soient à notre réalité présente et future ce que la planète « Melancholia » est au film.

    1. Je crains malheureusement que vous ayons raison, c’est tout du moins très probable. Ce qui signifie peut-être des milliards de morts et des décennies (a minima) sombres. Même si la probabilité de l’éviter est faible, il convient en dépit de tout de s’y employer : je continuerai à chanter avec le chœur en dépit de la surdité d’Œdipe !

  8. Monsieur,
    vous avez écrit 2234 mots, probablement fruits de longues reflexions d’un esprit très erudit. Comme dans un article scientifique, vous devrez en faire un abstrait qui résume en 200 mots l’ESSENTIEL de votre blog. (C’est tout à fait faisable sans en changer le message d’un yota comme je l’ai pratiqué sur une partie de votre blog). Cela m’aiderait beaucoup d’enlever toutes les fioritures, où je me perdais en lisant ce texte et en essayant de comprendre ce qui pourrait être votre message. Merci!

  9. Bonjour,
    J’apprécie lire vos positions, M. Bourg, car: elle précise bien les enjeux; elle montre bien comment il ne faut pas communiquer. En effet, poser le constat de notre crise écologique est nécessaire. Mais allons, écrire pour tout le monde serait encore mieux. Puis, je doute que exclure les plus grandes forces économiques de nos sociétés (les entreprises plus puissantes que certains Etats) permette de modifier nos sociétés. Probablement que chacun doit jouer son rôle dans le grand théâtre de la vie 😉

    1. Totalement d’accord avec vous cher Monsieur, pas question de fermer la porte de la communication avec quiconque, et surtout pas les entreprises et autres acteurs majeurs. Cordialement. DB

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