Spleen écologique

Plus il prend réellement corps, et plus « le monde d’après » s’éloigne des espérances qui se sont exprimées durant le confinement. Avant même que ne se manifestent crûment les dégâts économiques et sociaux découlant des manque-à-gagner accumulés les derniers temps, force est de remarquer les braises qui pourraient enflammer les prochains mois. Apprendra-t-on qu’un bateau français a été coulé par la marine turque, avec la complicité de navires trumpistes, aux confins de la mer Égée, dans les eaux territoriales grecques ? En cas de dérapage, quelle serait l’attitude de l’Allemagne, déjà très timorée, avec sur son territoire une importante population turque proche du parti islamiste AKP ? Avec cette affaire de recherche d’hydrocarbures en Méditerranée, Erdogan rejoint le club des dictateurs cherchant à redéfinir à leur avantage, par le recours aux forces armées, le monde géopolitique : Poutine en Crimée ou Xi Jinping en mer de Chine. L’Europe marchande et hétéroclite a enfin reconnu, par la voix du vice-président de la Commission, Josep Borrell, ces logiques impériales la menaçant. La politique d’encouragement à la haine raciale de Trump lui permettra-t-elle de faire passer, lors des élections de novembre, au second plan la gestion calamiteuse de la Covid-19 ? S’il n’est pas réélu, Trump refusera-t-il de quitter la Maison Blanche comme il l’a laissé à mi-voix entendre, au point de susciter une amorce de guerre civile ? La résorption de la Biélorussie au sein de l’empire russe finira-t-elle par avoir raison de la résistance du peuple ? L’Agence Internationale de l’Énergie a annoncé un resserrement de l’offre pétrolière dès 2025. Un resserrement qui pourrait être plus sévère que prévu en raison de l’arrêt des investissements dus au Coronavirus. Ce qui ne saurait améliorer l’état de tensions que connaissent les relations internationales. Etc.

Et sur la scène française, la situation n’est pas moins grosse d’événements délétères. La stratégie de gouvernement par le mensonge ne cesse de se confirmer. Récemment, l’écologie selon Jean Castex est apparue au grand jour : les préfets pourront continuer à déroger au droit de l’environnement en matière économique[1] ; les néonicotinïdes pour la culture des betteraves sucrières, et autres plantes, ont été à nouveau autorisés, alors qu’il existe des alternatives ; etc. Les manifestations de la violence sur la voie publique semblent être montées d’un cran : une rave-party massive dans les Cévennes sans la moindre autorisation, mais s’imposant par le nombre ; et, surtout, une police poussée aux exactions répressives, alors même qu’une police républicaine, respectueuse des règles déontologiques, est une nécessité démocratique ; etc.[2]

Autrement dit, alors que nous menacent diverses catastrophes écologiques et autres effondrements, jamais nous n’avons été dans des dispositions si peu propices non seulement à les anticiper, mais même à leur faire face. Les raisons de désespérance écologiques, en dépit d’une conscience populaire montante, n’ont jamais été aussi lourdes.

Examinons quelques-unes de ces raisons de désespérer. La première est la montée en puissance tous azimuts, tant aux plans individuel que politique et collectif, d’une forme particulière de crétinisme. Je n’entends nullement par là un manque de QI, mais plus fondamentalement une affirmation inconditionnelle de la force brute, des désirs et autres intérêts, et partant le refus des médiations, des règles et de la loi, de toute forme de nuance et de considération de la complexité des situations. Une attitude qui n’exclut évidemment ni le mensonge et la manipulation, ni le cynisme, ni même la bêtise crasse. De telles dispositions sont d’évidence contradictoires avec quelque souci écologique que ce soit, le déni écologique en est même un marqueur important. La chose est particulièrement évidente politiquement : pour Trump et Bolsonaro la destruction environnementale est un axe politique majeur ; pour les autres figures politiques du crétinisme au sens évoqué – les Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Orban, le Pis en Pologne, auparavant Salvini, par certains côtés les gouvernements Macron en France –, l’écologie est une question sans grande importance, sans constituer non plus une obsession négative.

Sur un plan individuel, les choses sont plus complexes en matière de relation à l’écologie. L’attitude que nous dénonçons peut en effet très bien s’accompagner d’une forme de souci écologique. L’étude de Philippe Moati sur les « Perspectives utopiques des Français »[3] montre bien cette porosité entre les visions du futur, le souci sécuritaire pouvant par exemple recouvrer un authentique souci écologique. Il faut toutefois qu’il y ait une certaine forme de recoupement entre les formes individuelle et collective du crétinisme, sans quoi l’élection par des voies démocratiques de certains de ces dirigeants serait compréhensible.

L’affirmation brutale du Soi, qu’il soit individuel ou collectif, lequel collectif sert le plus souvent à servir en premier lieu les intérêts d’individus particuliers, s’oppose à toute forme d’attitude consistant à opter pour le point de vue du tiers, au-delà des parties en conflits, à savoir le point de vue du droit, de la morale, de l’intérêt général, de la raison, etc. ; d’où l’appellation de crétinisme. Une telle affirmation ne peut que déboucher sur la violence et l’injustice. Elle est dès lors contradictoire avec toute posture écologique sérieuse qui appelle en outre une décentration par rapport à l’espèce humaine elle-même.

Ajoutons un trait supplémentaire, l’unilatéralisme. Selon ce point de vue, les riches seraient tous des salauds ou des génies, et réciproquement pour les classes populaires. Application classique, les flics sont tous des salauds. Même si certains le sont, et se voient même encouragés à l’être par les pouvoirs publics, il n’empêche qu’il n’est pas de société d’une certaine taille sans police.  La logique identitaire participe d’un mécanisme analogue : le peuple X est bon, les autres mauvais, même s’il convient pour ce faire d’exclure une partie dudit peuple. Crétinisme à nouveau.

Une autre raison de désespérer relève de la puissance du déni. L’épreuve des faits ne conduit nullement à changer, mais au contraire débouche sur une réaffirmation forte du déni initial. J’ai longtemps cru qu’éprouver les dérèglements climatiques dans sa chair, par les sens, amènerait à Canossa les négationnistes. Ce changement perceptible depuis l’été 2018 a bien débouché sur un seuil de mobilisation climatique jamais connu, certes. Mais il conduit tout autant ceux qui s’étaient installés dans le déni à le redoubler. Il y a là probablement une conséquence de ce qu’on appelle la dissonance cognitive. Les propos d’un Luc Ferry sur les ondes disant qu’il a toujours fait chaud sont affligeants de crétinisme au premier degré. L’acharnement notamment des Bruckner, Onfray, Finkielkraut et autre Ferry contre Greta Thunberg, avec force insultes, suffirait à vous faire désespérer du genre humain. Répondre à l’angoisse de l’enfance face à un avenir largement compromis par une génération à laquelle on appartient n’est rien de moins qu’indécent.

Pour rester sur la même veine, le succès que confèrent aux complotistes de tous poils les réseaux sociaux et plus généralement le numérique et la fragmentation de l’information qui en découle, sont encore une cause fondamentale de désespérance. Si vous croyez par exemple que la Terre est plate et couverte d’un dôme de glace pour empêcher les océans de se dissiper dans l’espace, vous ne serez guère enclin à emboiter le pas au GIEC. Sinon la panique quasi-immédiate est garantie. Les raisons de votre négationnisme climatique sont alors profondes. Il vous faut, comme dans le cas de Ferry et consorts évoqué plus haut, choisir entre le changement climatique et vos croyances, le platisme pour les uns, libéralisme économique et scientisme pour les autres. Rappelons qu’un pays comme les États-Unis dénombre 16 % de platistes contre 9 % en France.[4] Fox-News est manifestement plus efficace que CNews et Valeurs actuelles. Évoquons encore l’actuel phénomène des anti-masques qui n’est pas sans liens non plus avec diverses thèses conspirationnistes. Je me contenterai de rappeler les résultats de l’enquête d’Antoine Bristielle : chez les anti-masques « 52 % des interrogés croient aux Illuminati (contre 27 % dans la population française), 56 % au « grand remplacement » (25 % dans la moyenne française) – rengaine de l’extrême droite selon laquelle une « population française traditionnelle », « de souche » disparaîtrait à la faveur de son « remplacement » par une autre, extra-européenne –, 52 % à un « complot sioniste » (22 % en France)…»[5]. Certaines études montrent que les jeunes générations connaîtraient une baisse du QI de 0,33 point par an depuis 1975 (1975 – 1991), conséquence probable tant des pesticides que de l’addiction au numérique.[6] Décidément diverses formes de crétinisme nous guettent.

Je pourrais largement poursuivre cette énumération des raisons qui s’opposent à ce que nous prenions à bras le corps la hauteur des défis écologiques ; et ce dans les dix ans, après quoi nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer le pire. Est-ce à dire qu’il faille plier les bras et s’abstenir d’agir ? Certainement pas, et les raisons ne manquent pas non plus. L’histoire nous réserve des surprises et les plus désespérées des causes ne se sont pas toujours perdues. Agir au nom d’une jeunesse désespérée mais combattante est un impératif moral et de solidarité. Enfin, même si les raisons politiques d’agir demeurent faibles, le fondement moral de l’action reste quant à lui intact. Pour autant qu’une action morale ne devrait pas être mue par l’attente d’un bénéfice, alors nous n’avons jamais été aussi fondés à nous battre pour contribuer à sauver le vivant sur Terre.

 

 

Article initialement publié par AOC, le 16 septembre 2020.

 

 

 

[1] Voir Corinne Lepage, “Le gouvernement démolit le droit de l’environnement”, Reporterre, 31 août 2020.  

[2] A quoi il convient d’ajouter, deux mois après la rédaction de ce papier, l’assassinat islamiste de Samuel Paty, professeur d’histoire, le vendredi 16 octobre, pour avoir avec tact enseigné dans un collège des Yvelines la liberté d’expression, en mobilisant quelques caricatures de Mahomet ; assassinat soutenu et produit par tout un réseau comme l’a établi d’ores et déjà l’enquête en cours.

[3]  http://lobsoco.com/wp-content/uploads/2020/06/LObSoCo_ADEME-I-LObservatoire-des-perspectives-utopiques-Vague-2-I-Rapport-danalyse-I-Juin-2020.pdf

[4] Voir https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/9-des-francais-pensent-que-la-terre-est-plate-7799740266

[5] Voir Lucie Soullier, « La défiance imprègne notre société : le discours antimasque, nouveau terreau complotiste », lemonde.fr, 25 août 2020,

[6] Voir Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg, “Flynn effect and its reversal are both environmentally caused”, PNAS June 26, 2018 115 (26) 6674-6678; first published June 11, 2018 https://doi.org/10.1073/pnas.1718793115

 

Dominique Bourg

Dominique Bourg

Dominique Bourg est un philosophe franco-suisse, professeur honoraire à l'Université de Lausanne. Il dirige la publication en ligne https://lapenseeecologique.com/ et diverses collections aux Puf.

37 réponses à “Spleen écologique

  1. Votre énumération est inquiétante et c’est malheureusement, je le crains, la bien triste réalité actuelle. Ces citoyens qui rejoignent malgré eux le banc des « crétins » ne l’ont probablement pas décidé, car influencé par des manipulateurs et bonimenteurs divers et variés qui ont profité de leur cruel manque de connaissances élémentaires. L’écologie n’est pas une croyance, mais une somme de connaissances scientifiques. C’est cette dernière, en démocratie, qui permettra aux terriens de se sortir de ce terrible mauvais pas favorisé par la croyance néolibérale qui anime encore notre activité économique. Des corrections sont possibles, urgentes. Restons optimistes.

      1. Votre analyse est intéressante, exceptée cette phrase :
        “La stratégie de gouvernement par le mensonge ne cesse de se confirmer.”

        Comment accuser un gouvernement après plus de 40 ans d’inactions, en quoi ont-ils menti, puisqu’ils sont aussi étonnés et choqués que nous par les évènements récents ?

        Comment juger un gouvernement qui fait de son mieux et qui “colmate” en permanence les brèches avec des trous béants juste derrière, qui ont perduré ???

        Comment ne pas voir la corruption qui s’est installée dans nos administrations qui depuis des années n’évoluent pas et bloquent la France ???

        Faire des propositions “d’économie circulaire” et pourquoi pas “d’énergie circulaire” si c’est possible, ne serait-ce pas plus positif que de nous propulser comme la “collapsologie” dans un monde noir, dans lequel nous ne sortirons pas ???

        Du positif Monsieur, il nous faut dans ce monde, nous ne le laisserons pas sombrer, quoique vous en pensiez !!!

        #AmbassadeursReseauxSociaux
        #MajoriteSilencieuse
        #FranceUnie

        1. Que gouverner soit une chose difficile et complexe, je vous le concède aisément. Toutefois, concernant le gouvernement français (pas beaucoup mieux ici), le détricotage du droit de l’environnement est une constatation documentée, alors qu’elle n’est pas assumée officiellement. Pour le climat, Le Haut Conseil en la matière rappelle lui-même l’inaction.
          Mon article ne vise pas par ailleurs à nous inviter à nous laisser sombrer, mais force est de constater que du côté de nos conditions physiques et biologiques nous avons d’ores et déjà décidé de sombrer. Les émissions accumulées jusqu’à aujourd’hui ont déjà tranché : plus 2° à compter de 2040.

  2. Article très intéressant, dont il faut relever la bonne syntaxe et le bon vocabulaire, ce qui fait tout de même plaisir si on compare avec beaucoup d’autres blogueurs.

    Malgré tout, je ferais respectueusement observer à monsieur le professeur Lebourg, que lui-même n’est pas tout à fait exempt de certains biais cognitifs, certes opposés à ceux de la catégorie de crétins qu’il dénonce. Par exemple il fait des raccourcis audacieux selon le principe bien connu : alopex, pix, pax, pox, fuchs, ou fox, selon lequel le mot fuchs en allemand ou fox en anglais dériverait tout naturellement d’alopex en grec.

    Monsieur Lebourg fait beaucoup de raccourcis de ce genre, avec la même rigueur intellectuelle alopex, pix, pax, pox, fox, en partant par exemple de la méfiance que certaines personnes comme moi, qui suis sans doute un crétin mais pas un analphabète, éprouvent à l’endroit de la mignonne Greta Thunberg, rejeton d’une famille d’artistes de music hall qui a été recrutée pour servir de plastron dans une campagne de communication mondiale avec l’appui de tout l’establishment allant du forum de Davos, à l’ONU etc. Monsieur Lebourg infère de ce doute méthodologique face à ce qui est manifestement une belle opération de communication très professionnelle et très réussie, par une série de glissements et syllogismnes qui chacun sont tendancieux, que toute personne ayant des doutes sur l’opération Greta, mais aussi sur Extension Rebellion et ses financements, et sur d’autres plastrons de propagande, serait automatiquement un négationniste de la shoah, un croyant dans la conspiration des illuminati, un antisémite adepte des protocoles des sages de Sion, un “platiste”, etc., etc.

    Excusez moi monsieur le philosophe mais je suis un estomaqué de votre usage très particulier des règles de la logique déductive et inductive.

    Ceci étant dit, c’est certain qu’il existe une quantité de crétins et de personnes qui ont une tendance à voir les choses par le petit bout de la lorgnette de leur intérêt personnel ou de leur préjugés (mais attention, il faut le rappeler quand même, aux préjugés qui sont ceux d’un universitaire progressite et écolo, c’est parfois la paille et la poutre). C’est tout à fait vrai.

    Ceci étant dit, l’analyse de monsieur Lebourg, si on suit ses prémisses avec rigueur intellectuelle, ne peut conduire qu’à une conclusion: le principe du vote majoritaire et donc de la démocratie tout simplement, qui selon la définition de Abraham Lincoln est “le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple” doit être abandonnée et condamnée comme un système pervers qui ne peut que favoriser les décisions aberrantes prises par une majorité de crétins, surtout en temps de crise, puisque les crises exacerbent les conflits et donc la tendance des petites gens à souhaiter qu’on pense à leurs problèmes avant le reste, et notamment, avant le désir d’édification d’une Polis universelle parfaite.

    Je demande donc poliment à monsieur Lebourg, s’il daigne valider mon commentaire: quel système propose-t-il pour remplacer la démocratie ? et sur la base de quelles règles et de quels critères, propose-t-il d’organiser la privation des droits civiques pour les crétins et comment il entend organiser la sélection des savants éclairés qui auront le monopole du pouvoir gouvernemental ?

    Car tout de même, il serait vraiment absolument indispensable de procéder à cette réforme d’une urgence absolue, n’est-ce pas ? Sinon la planète sera en feu demain matin.

    1. Merci pour votre humour !
      Puisque le crétinisme tel que je le définis est en chacun de nous, tentation permanente, je ne saurais partager la conclusion que vous tirez de mes propos. Comme l’a fait judicieusement remarquer Pierre Rosanvallon, pas de démocratie sans contre-démocratie, c’est-à-dire sans contreforts, sans institutions qui lui permettent d’exister, à commencer par l’éducation publique et les moyens de communication. Or le numérique, la fragmentation du paysage de l’information, les réseaux sociaux (un certain usage des …) sapent le travail de l’éducation publique et permettent le développement de dérives mensongères et haineuses. Nous en sommes là.
      Accessoirement mon nom est Bourg et non Lebourg …

      1. Mille excuse pour m’être trompé sur votre nom. J’ai du faire une confusion avec Nicolas Lebourg, un de ces nombreux universitaires qui sont payés par nos impôts pour traquer les idées d’extrême drouate. Comme je suis d’extrême droite moi-même, je lis tous ses textes.

        Les réflexions de Pierre Rosanvallon que vous citez sont bien intéressantes, mais je crois qu’il y a beaucoup de contresens dans ce que l’on enseigne au sujet de la démocratie. On la met trop à toutes les sauces.

        Me permettrez-vous une petite réflexion personnelle sur la question?

        Il y a aujourd’hui deux conceptions de la démocratie: classiquement, c’est le pouvoir du peuple, c’est à dire le suffrage universel. Mais le concept a subi une mutation complète depuis que les peuples ont commencé à voter contre les avis des beaux esprits humanistes et progressistes. Vous faites partie de ces beaux esprits qui n’osent pas répudier complètement le suffrage universel, mais ont tendance à considérer comme des crétins, les sans dents et gilets jaunes qui ont par exemple voté contre le traité constitutionnel européen de Giscard le 29 mai 2005, ou qui votent Le Pen, ou Trump, ou même UDC en Suisse. A ces manants on refuse le titre de citoyens ou de démocrates. Ce ne sont que des populistes ou des poujadistes. Vous avez enrichi le lexique en les traitant carrément de crétins.

        Ces déçus de la démocratie dont vous faites partie ont inventé une nouvelle définition de la démocratie qui n’a plus rien à voir avec le suffrage universel ni avec le pouvoir du peuple. La démocratie est désormais définie comme une doxa humaniste, progressiste, et vous ajoutez écologiste. Essentiellement il s’agit des droits de l’homme, et du progrès, auxquels on peut ajouter l’écologie.

        La démocratie se confond donc désormais avec l’antipopulisme. La démocratie ne peut désormais plus coïncider avec les choix du peuple, ou alors seulement quand le peuple vote selon les voeux de l’élite éclairée. Par exemple si le peuple américain réélit Trump, cette élection serait antidémocratique, car la démocratie selon la nouvelle définition exigerait que Biden soit élu. Donc la minorité qui aurait voté Biden incarnerait la démocratie, au sens nouveau, contre la majorité populiste qui aurait réélu Trump.

        Donc c’est un contresens complet. Cette théorie ne peut pas tenir. Vous ajoutez à la sauce l’ingrédient écologique en déplorant que les déplorables ne s’y intéressent pas beaucoup, mais vous êtes dans ce contresens, ou cette aporie, pour prendre un mot qui fait chic et intello.

        C’est pourquoi je ne suis pas impressionné par ces raisonnements à la Pierre Rosanvallon. Pour moi ce sont des sophismes d’un penseur officiel du système pour masquer l’abandon par les élites de la démocratie au sens de Lincoln, l’abandon du suffrage universel.

        Si on voit la chose historiquement il faut faire le lien avec le projet des Lumières. Au XVIIIe siècle, ni Diderot, ni Helvetius, ni Voltaire, ni aucun des promoteurs de la Révolution ne s’intéressaient le moindrement à la démocratie. Ils voulaient une émancipation de l’Humanié, mais elle devait se faire par le despotisme éclairé.

        Ce n’est que beaucoup plus tard, constatant l’échec de la régénération au nom des Lumières mais en s’appuyant sur les élites, que les Républicains du XIXe comme Louis Blanc ont pensé qu’il serait expédient de s’adresser au petit peuple, de flatter ses passions, ses ressentiments, etc., pour réussir une révolution démocratique. Ce fut donc un changement de stratégie à 180 degrés, et c’est dans cet esprit qu’on a fait la révolution de 1848 qui a proclamé le suffrage universel.

        Si vous lisez les textes des républicains de cette époque, vous constaterez qu’ils se fondent exactement sur les mêmes affects qu’aujourd’hui Marine Le Pen. Rejet des traités européens (à l’époque le traité de Vienne, incarnés par Metternich et Guizot, ces homme haïs, aujourd’hui l’Europe de Bruxelles, non moins haïe), appel au peuple, les petits contre les gros, contre ”la caste”, etc.

        La rhétorique républicaine démocratique de 1848 était du populisme à 100%. Ca, Pierre Rosanvallon et vous avez trop tendance à l’ignorer. Pareil pour le Risorgimento en Italie, et pour le Vormärz en Allemagne. On oublie tout ça.

        Aujourd’hui c’est 1848 à fronts renversés. L’establishment (dont vous faites un peu partie, au moins de l’establishment universitaire et intellectuel) se sent assiégé par une meute hurlante de populistes, a bunch of deplorables, ou crétins comme vous les qualifiez, qui se réfèrent à la démocratie au sens de suffrage universel. Et vous, vous leur répondez comme l’aurait fait Diderot, au nom des Lumières, qui ne sont pas accessibles aux crétins. Vous ne le dites pas clairement, mais je moi je lis entre les lignes que vous êtes pour un nouveau despotisme éclairé, au nom de la survie du genre humain menacé d’extinction immédiate par l’urgence climatique.

        Aurez-vous le courage de reconnaître qu’entre les lignes vous appelez à un nouveau despotisme éclairé où les experts du GIEC devraient recevoir les pleins pouvoirs mondiaux? Moi, c’est ce que je comprends, quand je vous lis. Et je trouve que vous êtes dans l’outrance.

        Nous avons donc d’un côté les démocrates, les vrais, au sens traditionnel du mot, qui parlent suffrage universel et qui veulent que la voix du peuple soit entendue. Ils se heurtent aux marquis poudrés du Progrès sur leurs talons rouges qui leur reprochent leur démocratie illibérale, et prônent le libéralisme antidémocratique, nécessaire selon eux car ils récusent les choix du suffrage universel.

        Votre article est amusant, il est très envoyé. Mais c’est un billet d’humeur. Vous êtes dans l’excès. On ne peut pas faire de la politique comme ça

        1. Le populisme consiste à appeler peuple ceux qui vous ressemblent et à en exclure les autres. Ce que vous me semblez faire. Pour la démocratie, elle ne se réduit nullement au suffrage universel qui peut en être le fossoyeur, comme en Allemagne avec Hitler, ou Bolsonaro, ou Trump élu largement minoritaire en 2016 grâce au système alambiqué des Grands électeurs. Le peuple un n’existe que dans les fantasmes des deux extrêmes, droite ou gauche. Il en va du peuple comme des écosystèmes, la diversité y règne ! Dès lors la démocratie est inséparable et des droits humains et de l’État de droit, complément indispensable au suffrage universel afin qu’il ne débouche pas sur la tyrannie de la majorité sur les minorités, le contraire de la démocratie. Libre à vous d’être d’extrême droite, mais les mots ayant un sens, extrême renvoyant notamment à une réalité statistique,ne vous étonnez donc pas du caractère minoritaire sur la durée de votre positionnement ; et quand il n’en va pas ainsi, cela signifie qu’une pathologie sociale est à l’œuvre. Voter pour un milliardaire fou en croyant qu’il va vous sauver, c’est une forme de crétinisme qui s’empare de nous pour ménager un réveil difficile. Réveil difficile des Allemands en avril-mai 1945 quand le Führer, le seul cohérent avec ses théories raciales délirantes, pensait que, parce que vaincu par les Slaves, le peuple allemand devait disparaître et libérer la scène de la lutte entre les peuples pour la survie.

          1. Bien sûr que le peuple est divers et non monolithique, mais comment faire fonctionner une démocratie sans établir un critère clair ? qui ne peut être que celui de la majorité, pour déterminer quel choix est fait par le corps électoral démo-cratiquement.

            Si on ne conserve pas ce critère, quel critère proposez vous?

            Il y a bien sûr des correctifs à la stricte majorité numérique ”one man one vote”. Par exemple en Suisse dans les votations constitutionnelles la double majorité du peuple et des cantons, est requise. Une proposition massivement acceptée par le peuple, peut donc échouer parce qu’il manque un canton à la majorité des cantons et il peut s’agir d’un canton ayant une population minuscule comme Appenzell Rhodes-intérieure (15’170 habitants), ce qui pourrait faire capoter une proposition adoptée avec des fortes majorités dans les cantons de Zurich, Berne et/ou Vaud . Heureusement ça ne se produit presque jamais mais ça peut se produire. C’est un peu la même considération qui veut qu’aux USA il y ait un système de grands électeurs, par états. Mais apparemment ces correctifs ne vous satisfont pas. Alors dites nous s’il vous plaît quel critère vous préconisez

            J’ai dit à dessein et par provocation que je suis d’extrême droite. Je ne le suis pas vraiment car je pense que la gauche et la droite sont des notions issues de la révolution française qui n’ont plus de sens. Mais admettons que dans un sens je sois d’extrême droite, ou plutôt ce que la gauche appelle extrême droite. Je ne prétends nullement exprimer une conception majoritaire. Je pourrais éventuellement vous rejoindre dans l’idée que le peuple n’a pas toujours raison, car j’appartiens à une tradition intellectuelle plutôt contre révolutionnaire. Mais je suis cohérent en disant cela, pas vous dans la mesure où vous situez quant à vous dans la tradition démocratique opposée à la mienne, du moins je crois.

            Ma position est-elle tellement extrême qu’il n’y aurait aucune chance de rallier une majorité sur certaines de mes idées ? Je ne sais pas. De toute façon je ne fais pas de politique active, sauf en votant. Donc la question est vaine.

            Mais je me permets tout de même de vous retourner poliment le compliment. Si ma position est extrême et donc pas “merhrheitsfähig”, que dire de votre conception à vous ? qui consiste à dire que la majorité exprimée par une vote référendaire ou une élection au suffrage universel, peut être anti-démocratique, alors que le choix de la minorité serait, lui, démocratique. Vous avouerez que cette idée est proprement renversante et inaccaptable par les gens ordinaires.

            Jamais vous ne pourrez politiquement faire admettre dans des pays qui baignent depuis 150 ans dans le consensus idéologique démocratique, que la minorité puisse avoir raison contre la majorité, après qu’on ait voté. (Je ne parle pas des spécialités constitutionnelles susmentionnées, ancrées dans la coutume et sacralisées apr des constitutions vénérables, comme la double majorité du peuple et des cantons en Suisse ou le sytème des grands électeurs aux USA.)

            De fait, mes remarques vous mettent quand-même dans l’embarras, car vous récusez intellectuellement le suffrage universel, mais vous ne voulez pas le dire. Vous savez que cela vous mettrait totalement en porte à faux avec l’opinion majoritaire.

            Votre conception, encore plus que la mienne ne peut être que très minoritaire dans la durée. Car il y a dans vos arguments et dans tout l’argumentaire des “anti-populistes” une connotation censitaire évidente, ainsi qu’un mépris du populo impossible à contester.

            Ayez du moins l’honnêteté de le reconnaître. Inutile de sortir le point goodwin pour botter en touche.

          2. Merci de votre nouvelle réponse. Nous avons du mal à nous comprendre. Je ne suis pas opposé à la règle majoritaire, elle est consubstantielle à la démocratie, même s’il existe des modulations possibles (Un exemple, le Luxembourg a créé une commission pour réfléchir à l’après 2050 où les jeunes sont sur-pondérés). Je dis seulement qu’elle fait partie d’un processus plus large destiné à empêcher une tyrannie majoritaire ; processus mentionné plus haut (droits humains et État de droit). En outre il s’agit d’une construction séculaire.

          3. Cher monsieur,

            Je crois qu’il est inutile de nous lancer dans un long dialogue de sourds. Je pense que cela ne peut mener à rien car votre pensée est tautologique. Quoique qu’assez raffinée, c’est une pensée en “tunnel”, comme toujours avec les intellectuels qui dénient toute légitimité à ce qu’ils appellent avec mépris, et faussement, le “populisme”. Vous contestez évidemment le principe du suffrage universel et vous tendez vers un suffrage censitaire. Mais vous n’osez pas le dire clairement, alors vous biaisez.

            Ca m’amuserait de continuer le dialogue avec vous, car vous êtes un intellectuel cultivé et je pourrais argumenter longuement avec plaisir, par exemple en me référant à Marsile de Padoue. Mais c’est du temps perdu. Et surtout je ne voudrais pas vous lasser ni lasser les internautes.

            Vous avez le pouvoir en place de votre côté, dans votre dénonciation du crétinisme. C’est assez dans l’air du temps élitiste, anti gilets jaunes et dédaigneux envers le populo, ou nous voyons ce pouvoir mondialiste qui nous opprime prendre l’habitude d’ignorer les votes populaires.

            Ainsi on a commis une forfaiture très grave en France en ignorant le résultat du référendum du 29 mai 2005. En Suisse, de même, le parlement s’est permis une grave violation de la Constitution fédérale, en ne mettant pas en oeuvre l’article 121a de la Constitution fédérale (qui exige un contrôle autonome par la Suisse de l’immigration au risque de la résiliation de l’ALCP). Cet article avait pourtant été validement adopté par le souverain (peuple et cantons) le 9 février 2014.

            Ces forfaitures successives minent la légitimité du pouvoir. C’est ce qui explique la montée du populisme.

            Il y aura un clash à moment donné entre ces deux logiques, qui ne peut être tranché que par la reconnaissance officielle de la supériorité des résultats réféfendaires, même désagréables au goût des intellectuels comme vous, soit par l’abrogation de la démocratie et le passage à une forme de dictature avec des pouvoirs accrus donnés à l’élite éclairée sous des prétextes divers comme le prétexte climatique ou le prétexte sanitaire.

            Bien sûr je ne conteste pas l’existence des questions climatiques ni d’une épidémie qui est ce qu’elle est, mais je suis horrifié de l’outrecuidance inouïe d’un pouvoir de plus en plus illégitime (car il ignore les résultats des consultations référendaires) qui en plus se permet d’instaurer le couvrefeu et toutes ces mesures qui sont tellement liberticides que je ne sais pas comment il faudrait les qualifier.

            Pour moi c’est une tentative de passage en force du pouvoir mondialiste, par le mensonge et la propagande. Mais je pense que cela échouera, car les problèmes réels de survie immédiate qui se posent aux crétins, finiront par peser plus lourd dans la balance.

            J’espère vous avoir au moins prouvé une chose, c’est qu’il y a aussi des gens lettrés parmi les crétins.

            Salutations respecteusues.

            J. M.

          4. Oui restons en là cher Monsieur. D’accord avec vous sur le référendum de 2005 en France, non pour ce que vous me prêtez concernant la règle majoritaire ou les Gilets jaunes, évidence et aucun refus de ma part pour la première, aucun mépris, certainement pas, pour les seconds, très divers (le peuple justement). J’ai apprécié nos échanges et votre humour. Cordialement. DB

          5. @ J. Maître Je pense que vous devriez lire Montesquieu, là vous comprendriez que la démocratie n’est pas l’ochlocratie, et qu’elle ne se résume effectivement pas à un mode de scrutin (quitte à ce qu’un (semi-)dictateur soit élu), c’est aussi une conception générale de la société, de la politique et du débat. Pour faire court, la démocratie, ce n’est pas “5 minutes pour les nazis, 5 minutes pour les Juifs”.

            Au lieu de nier la légitimité d’un pouvoir démocratique basé sur le Parlement et de verser dans les lieux communs et poncifs complotistes (“le pouvoir mondialiste”, “l’etablishment”) qui correspondent davantage à des fantasmes réactionnaires qu’à la réalité (surtout quand on sait à quel point les lobbys puissants ne cessent de paralyser, sinon de freiner les changements sociaux, économiques et environnementaux, et ce dans chaque pays), vous feriez mieux de dire tout de suite que vous êtes contre le progrès humain. C’est un droit évidemment, mais il faut l’assumer.

            Quand vous dites que vous n’êtes pas d’extrême-droite, pour ensuite revendiquer “l’héritage contre-révolutionnaire”, et pour mieux glorifier des personnalités, quoi qu’on en dise, d’extrême-droite (Trump), ou des sujets initiés et entretenus par l’extrême-droite (l’immigration ou tout ce qui touche à des opinions nationalistes), je pense qu’il ne faut pas être hypocrite. Vous pouvez vous mentir à vous-même si vous voulez, mais ne mentez pas aux autres. La toile de fond est connue.

            Et les notions de “droite” et de “gauche” prennent justement tout leur sens entre ceux qui sont pour que la société évolue, et ceux qui veulent stagner ou revenir en arrière. Certes, ce sont des concepts issus de la révolution de 1789, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne sont plus valables. Ils ont seulement évolué, pris d’autres formes, mais dire que gauche et droite n’existent pas, équivaut à dire que tout se vaut. C’est du relativisme.

    2. Belle stratégie de l’homme de paille : “vous êtes contre la démocratie”.
      Au sujet de la jeune Greta, vous n’avez pas l’impression que, tout comme Extinction Rebellion, que leur grand dessein du grand projet de l’establishment c’est plutôt “business as usual” et service aux intérêts détenteurs de mégaphones en dollars que décroissance, graines de chia bio et permaculture ? D’ailleurs quel objectif derrière ce sombre dessein de notre scandinave à nattes ?
      À mes yeux, ce rejet n’est que pure réactance. L’angoisse, ce n’est pas agréable. On a tendance à lutter contre le messager si le message n’est pas plaisant. Mais comment ne voyez-vous pas les conséquences du changement climatique ?
      Je suis par contre d’accord pour dire que la pauvre enfant ne sert pas sa cause justement en raison de l’angoisse transmise mais aussi de l’absence de perspectives, de récit, de projet lié au message. C’est la froide réalité mais on préfère se cacher derrière son doigt.

      Quant à la théorie d’un crétinisme croissant, je dirais “oui, mais déjà depuis 10 à 15 000 ans (néolithique et première”sédentarisations”. On a sélectionné (involontairement) les plus dociles depuis la verticalisation hiérarchique de nos sociétés. Les rebelles étant moins favorisés par le groupe. Et le groupe réussissant mieux en étant solidaire et homogène (les deux me paraissant liés).
      Bref, plus que de crétinisme (que je ne remets pas en question), c’est de l’organisation sociale et sociétale que viennent les difficultés à agir de manière efficace voire même à percevoir les dangers (voir la géopolitique naïve des pays européens depuis 25 ans. Pétrie de supérieurorité coloniale, personne n’entendait plier l’échine devant un Xi. Maintenant c’est la norme).
      Nous ne sommes qu’une espèce d’animaux comme les autres. À ceci près que notre disparition sera due à une trop grande efficacité et aura un tragique mélant au pathétique d’en être la raison sachante mais incapable d’y remédier.

      1. Ce n’est pas parce qu’on veut transmettre un message qu’on est obligé de donner des solutions. Vous l’avez dit vous-même, Greta Thunberg ne fait qu’adresser un message, et c’est parce que c’est une adolescente qu’on y est plus sensible.

        Sinon, prêter des “sombres desseins” à une jeune adolescente, engagée, qui ne fait que véhiculer un message global, ne me semble pas raisonnable et encore moins honnête. Ou du moins, il faut dire quels sont selon vous ces sombres desseins.

        Par ailleurs, certes, bien des politiques, notamment les néolibéraux, ont cru bon de récupérer son discours pour faire parler leur idéologie, mais ce n’est pas un argument pour prétendre que la jeune fille est une marionnette. Aussi, je sens bien, derrière ce discours, admonesté par la frange conservatrice et réactionnaire de l’intelligentsia française mais pas seulement, qu’il y a un mépris sous-jacent de la jeunesse, parce que, en fin de compte, on remet systématiquement en cause la légitimité de la parole d’un jeune militant, surtout quand il s’agit d’une femme. L’essentiel des attaques médiatico-politiques envers Thunberg auxquelles l’on a pu assister, ne sont pas basées sur le contenu mais sur la forme, et sur la personne elle-même.

        Pour finir, oui je suis d’accord, tout cela manque de solutions, tout cela manque de récit. Et je suis le premier à dire qu’il faut un récit pour pouvoir avancer. En ce qui me concerne, je suis pour une gauche qui ne verse pas dans la collapsologie ou le néo-luddisme, mais qui pousse la réflexion beaucoup plus loin sur le cadre socio-économique en place, précisément pour pouvoir s’attaquer aux vrais problèmes. Le problème réside avant tout dans une mauvaise gestion des ressources par une ploutocratie, ce qui fait accessoirement qu’on est encore en Préhistoire énergétique, alors qu’on aurait déjà dû abandonner les énergies fossiles depuis longtemps.

  3. Le malheur de l’écologie, est d’avoir été “kidnappé” par des mouvements politiques. L’opposition politique s’est retournée contre l’écologie, ou s’était retournée.
    On pourrait s’attendre à une certaine sagesse de ces partis qui revendiquent plus d’écologie, ben non, ils s’en servent pour se distinguer, au lieu d’en faire un thème universelle.
    L’écologie doit être apolitique, c’est l’affaire de tous au-delà d’une vision de société.

    Quant au monde d’après, il n’y a que les bisounours qui sont naïfs. Le monde d’après est une vision occidentale, pas universelle. Le monde n’existe pas, il y a des mondes, et l’interaction entre ces mondes détermine en partie le nôtre, occidentale.

    1. C’est plutôt la majorité qui s’est retournée contre l’écologie. Pour autant qu’elle implique une réorganisation de la société, je ne vois pas comment elle pourrait être apolitique, ou alors les mots n’ont aucun sens. En revanche, sur le niveau de danger auquel nous sommes confrontés, il devrait y avoir consensus ; comme autrefois, droite et gauche s’entendaient pour penser qu’il convenait de maximiser la production de richesses matérielles tout en s’opposant sur les moyens et les principes de redistribution der la richesse produite.

  4. Personnellement, je n’ai rien contre les riches, chacun ses goûts.

    Et je n’ai pas non plus de conseils à leur donner, sinon d’être assez prudent pour qu’un jour, on ne remonte pas des guillotines, même sur leur paquebot de 230m 🙂

  5. J‘ai lu votre blog avec intérêt. J’ai cependant tiqué sur votre citation 6 sur l’effet Flynn. Si les auteurs concluent de leur analyse que cet effet est probablement dû à des facteurs environnementaux au sens large ( naturel, social, politique, etc), il n’ont nullement identifié ni les pesticides ni l’addiction au numérique. D’où tirez-vous votre interprétation?

    1. Il n’y a tout simplement pas d’explication génétique à la baisse constatée du QI. Elle est donc très probablement d’origine environnementale. Or il existe maints travaux sur les effets de la pollution sur les processus biologiques ; il en est également de nombreux déjà sur les effets du numérique sur nos comportements.

  6. La tentation dictatoriale d’une partie de la gauche écologique est grande, sous le prétexte, déjà connu, de “faire le bien malgré eux”.
    Or, ce n’est pas une option dans nos contrées démocratiques, ce sera toujours le peuple qui décidera ou influencera.

    L’Etat de droit, c’est une forme de gouvernance des juges, les US vont y goûter avec sa majorité de juges républicains. L’Etat de droit n’a pas plus de valeurs démocratiques que la voix du peuple puisqu’il peut être manipulé pour imposer une doctrine au peuple.
    Et c’est bien là-dessus que comptent certains mouvements pour s’imposer (migration, écologie, …), en complétant des droits via des institutions internationales.
    Mais les institutions “multilatérales”, comme l’ONU sont en phase d’effondrement.

    L’Etat de droit qui impose une vision écologique n’existera pas.

    La droite comme la gauche sont capable chacun, avec leur modèle d’atteindre les objectifs. Pour le moment, la mue n’a pas été faîte.

    Exemple frappant : Une Suisse à 10-12 millions d’habitants n’a rien d’écologique, aucun mouvements dit écologique n’en parlent. L’écologie est d’abord un prétexte à une vision du monde. La gauche perdante philosophiquement, se la joue écologique pour reprendre des combats perdus.

    Les objectifs écologiques à atteindre sont apolitiques, il y a plusieurs approches possible, qui elles, sont politiques.
    Lorsque la majorité de la population sera convaincue des nécessités écologiques, les choses iront vite, beaucoup plus qu’à travers la dictature de l’Etat de droit sur le peuple, souhaité par une certaine gauche.

    1. L’État de droit est l’État où tant les gouvernants que les gouvernés sont assujettis à la loi, et nullement le gouvernement des juges. C’est l’idée de constitution.
      J’ai déjà répondu à cette idée baroque selon laquelle l’écologie est apolitique. En un sens le diagnostic sur l’état du dérèglement climatique est apolitique. Mais ce sont des politiques qui ont conduit à cet état de choses, et d’autres politiques qui pourraient le réduire.

    2. La surpopulation est un faux problème. Avant de dire “telle proportion de la population n’a rien d’écologique”, il serait de mise de tenir compte des inégalités criantes. Toute la population ne produit ni ne consomme de la même manière, toute la population ne bénéficie pas du même accès aux richesses. Il faut donc questionner la gestion des ressources. C’est parce que les ressources sont gérées par un système monétaire (qui crée de la rareté fictive) avec une minorité qui les contrôle pour s’enrichir toujours plus, qu’elles ne sont pas réparties équitablement. En réalité, techniquement, nous aurions la possibilité de créer l’abondance pour toute l’humanité.

      Donc dire que la population est un problème, c’est faire diversion, et c’est encore raisonner dans les schémas de pensée de l’économie basée sur les profits qui est à la base de nos problèmes.

      1. Les flux d’énergie et de matières, inséparables du niveau de vie matériel de celles et ceux qui les occasionnent, sont certes la première cause de déstabilisation du système Terre. Il n’empêche que la démographie est aussi un facteur de déséquilibre, pour les animaax humains comme pour les autres, et là on est proche du ratio une personne / une unité d’impact sur la biodiversité.

  7. Tout d’abord, je pense que se référer au QI est une erreur, parce que, d’une part, il est très orienté vers certaines formes d’intelligence plutôt que d’autres, et que, d’autre part, c’est un indicateur qui est basé sur les critères du système productiviste. L’intelligence elle-même n’est pas une science exacte, et les nouvelles découvertes ringardisent cette grille de lecture. Par exemple, le QI ne teste pas le degré d’empathie qui est pourtant une forme d’intelligence, qui gagnerait à être bien plus estimée et glorifiée parce qu’elle nous amènerait à régler un certain nombre de problèmes.

    Ensuite, pour ma part, cette montée de l’obscurantisme, qui contraste avec l’arrivée des réseaux sociaux, est due à un contexte socio-économique global ; la vérité est devenue un marché, l’émotion est devenue un marché, et donc, on arrive dans l’ère de la post-vérité, du relativisme (“tout se vaut”). Au lieu d’être un outil d’émancipation, d’alphabétisation, et de démocratisation de l’information, on arrive donc à une sorte de société parallèle qui est le nouveau laboratoire des idéologies extrémistes, où la surinformation, du fait de l’absence de régulation, empêche de distinguer le vrai du faux. Dans ces conditions, qui ne favorisent pas vraiment le débat contradictoire, où les filtres n’existent pas, où les faits se confondent avec les opinions et où les opinions se confondent avec les sentiments, le tout perdant de sa substance et ne devenant plus qu’un gigantesque commerce (où tout est mis sur le même plan parce que tout est à consommer et à exploiter), n’importe qui détient le même pouvoir qu’un prix Nobel ou un grand scientifique. Il est donc peu étonnant que l’on assiste à une diminution de l’esprit critique et une remise en cause permanente des connaissances élémentaires. De plus, il faut admettre que Internet est la plus grande expérience anarchique à ce jour car elle transcende les nations, et, à l’heure qu’il est, le droit international est trop faible face aux multinationales.

    Par ailleurs, Internet, comme toute technologie en fin de compte, est un outil. Certes, cet outil est aujourd’hui, comme bien d’autres, fait pour une ploutocratie qui n’a que pour seul souci de grossir. Nous sommes de fait dans une économie basée sur les profits, d’où cette société de consommation. Cette économie n’est pas tournée vers le progrès humain par définition. On est ici dans la dictature du chiffre et du court-terme.

    Néanmoins, il faut rappeler que les grands progrès technologiques, de tout temps, ne sont pas inventés pour l’argent, mais pour la création, la résolution des problèmes et la découverte. Si aujourd’hui nous sommes dans ce dévoiement, c’est du fait d’une marchandisation toujours plus vorace qui pénètre toujours plus l’existence et les âmes.

    En somme, on ne peut pas régler le problème du climat sans aller à la racine de tous les problèmes sociaux et économiques. Sinon, on sera condamné à ne mettre que des pansements. L’heure n’est plus aux ajustements paramétriques. C’est toute une philosophie qu’il faut remettre en cause, et pour cela il faut élever la réflexion. Aujourd’hui, le progrès technologique est au service du système social et économique, alors que cela devrait être l’inverse. Une espèce évoluée, que nous prétendons souvent être, devrait rebondir sur le progrès technologique pour améliorer radicalement la condition humaine. Pour cela, il faut s’affranchir des schémas de pensée et du système de valeurs ambiants, qui ont été imposés par l’économie basée sur les profits. C’est pourquoi je défends l’économie basée sur les ressources (imaginée par Jacques Fresco dans les années 1970).

    Enfin, s’agissant du système politique le plus approprié, -et ayant lu votre échange musclé avec M. Maître-, je pense qu’il s’agit d’un sujet plus complexe et que l’on ne peut pas faire l’impasse sur les différentes formes de démocratie. Parce qu’une fois qu’on a dit : “la démocratie c’est le suffrage universel”, on n’a pas tout dit. On ne dit pas qu’il existe plusieurs formes de démocratie.

    La démocratie représentative (qui est encore le modèle de démocratie dominant) permet parfois aux droits humains et à l’égalité de progresser mais il est aussi celui, paradoxalement, qui produit les pires dictatures. La démocratie semi-directe (comme celle de la Suisse) présente l’avantage de ne pas confier tous les pouvoirs à une petite minorité, en revanche elle tend à faire progresser moins vite la société, puisqu’elle part du principe que chaque citoyen peut se prononcer sur tous les sujets sans en être spécialiste (ce qui pose un problème de taille), et passe forcément au moins en partie par des campagnes qui jouent sur les émotions et les instincts primaires plutôt que la réflexion, auxquelles certaines personnes seront bien entendu plus sensibles que d’autres.

    De plus, même dans l’idée du référendum, il y a le cas binaire et abrutissant du “Oui / Non” (encore plus ridicule sur des sujets comme l’Union Européenne qui sont vastes et complexes, où il faut de la connaissance et de la réflexion pour pouvoir s’exprimer de manière éclairée), mais il y a aussi les questions à choix multiples, que je préfère et de loin.

    Il n’y a pas de démocratie plus démocratique qu’une autre, il y a seulement une forme, avec ou sans intermédiaire, qu’on privilégie suivant ses opinions politiques. Le défaut intrinsèque à la démocratie, c’est qu’il n’y a que celui qui vote qui s’exprime, donc ceux qui ne votent pas (a fortiori quand ils ne se reconnaissent pas dans “l’offre” politique) sont invisibles.

    En ce qui me concerne, bien que je sois démocrate, je continue de penser que ce sont les minorités qui font l’histoire. Ce sont celles qui font avancer la société, à tout le moins ce sont elles qui introduisent des réflexions et des nouveaux modes de pensée. Ce n’est pas la majorité des individus qui décide de se dire “Et pourquoi pas ceci ? Et pourquoi pas cela ?” et de le soumettre aux débats.

    Comme vous l’avez justement dit tout-à-l’heure, je me méfie de la notion de “peuple” parce qu’elle est récupérée de toutes parts, et notamment par les extrémistes de tous bords, qui invoquent “la majorité” pour faire passer leurs idées, surtout en se gardant bien de dire qu’ils ont intellectuellement construit, le plus souvent en exploitant mentalement leurs “proies” (par les émotions négatives, comme la peur ou la colère), la progression de leurs idées. Ceux qui prétendent le plus parler au nom du peuple, sont en réalité ceux qui le méprisent le plus, puisqu’ils ne s’adressent pas à son intelligence et sa réflexion mais à ce qu’il y a de pire dans l’âme humaine.

    1. Une réponse juste sur le QI. Certes c’est un instrument imparfait pour le moins. Si imparfait soit-il, appliqué à l’identique durant des décennies sur de nombreuses populations, il révèle néanmoins une tendance.

    2. Je vous suis sur cette notion de marchandisation. Souvenons nous que lors des sommets de Dublin et Rio (1992), puis Bonn (2001), l’eau potable avait finalement été considérée comme un « bien«  et un « besoin ». La valeur financière qui a pu lui a être attribuée a fait que elle est devenue une marchandise.
      Quelques financiers spécialisées se sont précipités sur l’exploitation de ces ressources, de répartition inégale, pour bien évidemment en tirer profit. Je n’ai plus suivi l’actualité de ce grave problème et espère qu’il a été corrigé, car l’eau doit être considérée comme un bien universel. N’en déplaise aux néolibéraux.

  8. EN REPONSE A J. MAÎTRE

    Dans le discours de Monsieur J.Maître, monsieur Bourg est dépeint comme un universitaire élitiste qui serait opposé, ou intellectuellement très éloigné, des gilets jaunes qui, eux, seraient à ranger dans la case des crétins (selon monsieur J.Maître).

    Pour information : je suis coordinateur d’une structure socioculturelle en zone rurale-périurbaine qui sera très heureuse d’accueillir prochainement monsieur Bourg pour une conférence-débat sur l’urgence écologique, le défi climatique, l’effondrement du vivant…

    Durant tout l’automne et l’hiver 2018/2019, notre association s’est résolument mobilisée dans le mouvement des gilets jaunes, elle était impliquée sur les ronds-points et co-organisatrice de manifestations dans notre département comme à Paris.

    Je suggèrerais à monsieur J.Maître de s’exprimer en son nom, et non au nom de groupes sociaux ou de mobilisations sociales dont il semble avoir une connaissance un rien superficielle.

  9. Les philosophes parlent avec des mots et se contentent de dire qu’il fait plus chaud en 2020 qu’en 1950, mais un ingénieur pose des chiffres de manière à pouvoir comparer :
    Les rapports du GIEC nous apprennent ( cela vient en fait d’instituts de physique) que le forçage radiatif anthropique est évalué à 2 watts/m2 (pas mesurable parmi la chaufferie atmosphérique se montant à 395 watts / m2 ) , c’est à dire la perturbation climatique apportée par l’homme . On distingue déjà la différence d’amplitude entre ces deux valeurs .
    En se livrant à un petit calcul, on arrive à trouver que les océans se sont réchauffés de 0.04 degré en dix années dû à l’apport radiatif humain de 2 watts/m2 . Et bien , figurez-vous que depuis que l’on a installé le système ARGO en l’an 2000 permettant de mesurer la température des profondeurs océaniques, les experts ont relevé une augmentation de 0.04 degré dans les océans profonds pendant la dernière décennie !
    Comme les océans occupent 70 % de la surface terrestre et que l’eau possède une capacité thermique importante , cela en fait une réservoir d’énergie considérable ( > 100 fois celui de l’atmosphère) qu’on ne peut pas porter à ébullition instantanément ou même en quelques siècles .
    Les océans sont loin d’être homogènes et les courants océaniques jouent un rôle majeur non seulement pour le climat, mais également pour la bio diversité marine , et répartissent ainsi leur énergie selon des mécanismes complexes encore mal connus .
    On retrouve donc des pics de températures entre 1940-45 semblables à ceux que l’on vient de vivre dans les années 2015-20 , avec une différence de quelques dixièmes de degré qui s’explique justement par ces 2 watts/m2 , avec des fractions d’incertitude dues à l’imprécision des mesures …
    Il ne suffit pas de jongler avec des mots pour parler de sujets éminemment scientifiques , mais de creuser les causes des phénomènes qui se manifestent par des canicules ou autres …
    Saviez-vous que Max Planck, qui cherchait à résoudre le problème du corps noir au XIX ème siècle , a finalement trouvé la solution en inventant la physique quantique . On pourrait établir un raccourci en affirmant que le climat , c’est de la physique quantique ! Ce qu’on peut démontrer facilement puisque quand une molécule de gaz à effet de serre intercepte un photon infrarouge émis par la Terre, un de ses électron saute d’un état d’énergie à un autre et que cette différence correspond à sa longueur d’onde ! H2O est la molécule principale responsable de l’effet de serre à environ 70% , le CO2 à environ 20% , … Une augmentation de 50% de CO2 entraine une augmentation de 5% de son effet en watts/m2 , soit 1% de l’ensemble des GES qui représentent 155 watts/m2 , donc le CO2 anthropique ajoute 1.55 watts/m2 , ajouté aux autres CH4 et N2O …, on obtient les 2watts /m2 (CQFD)

    Evidemment , pour vous , c’est peut-être du chinois , alors restons chacun dans son domaine …

    1. Merci cher Monsieur d’illustrer ce que j’appelle “crétinisme”, qui n’a pas d’abord à voir avec un problème de QI, mais de posture morale, d’affirmation brutale de soi et de déni de règles diverses. En l’occurrence, j’ajouterais la mention spéciale, troll. Vous êtes ingénieur, bien vous en fasse, mais nombre d’ingénieurs aujourd’hui, les meilleurs, s’interrogent sur l’état dans lequel ils ont placé la planète ! La question n’a pas l’air de vous effleurer ! Ingénieur certes, mais ni physicien, ni physicien des sciences du climat. Libre à vous de croire qu’il vous suffit de quelques extraits de manuels de physique pour invalider les travaux validés par la communauté de milliers de chercheurs. Bien sûr le Co2 n’est pas le premier des gaz à effet de serre qui est la vapeur d’eau, bien sûr la faible teneur de l’atmosphère en CO2 est intuitivement étonnante (qui rétroagit sur la quantité de vapeur d’eau), il n’empêche que seule cette variable permet de rendre compte de l’état du système aujourd’hui et de reproduire l’évolution des dernières décennies. Vos affirmation sur les moyennes de températures sont risibles. La différence d’ordre de grandeur entre les chiffres qui caractérisent l’effet de serre naturel et l’effet de serre lié aux émissions de gaz à effet de serre a été une source de débats légitimes, mais ce n’est plus le cas. Nous avons vécu pendant l’holocène une période de très grande stabilité, thermique et géochimique, et ce qui s’est produit depuis est une rupture de cet équilibre, anticipée par les calculs des modélisateurs, et désormais clairement visible comme un évènement nouveau, d’évolution rapide, sans aucun équivalent au cours des 10 000 dernières années. Il a suffit (la nature l’a confirmé) une quantité annuelle relativement faible de CO2 et autres gaz à effet de serre, se cumulant au fil des années, pour servir de déclencheur aux changements actuels. Ne vous donnez pas la peine de me répondre, le message passera ipso facto en corbeille, je n’en peux plus de ces trolleries.

  10. Bon, peut-être que monsieur Bourg n’est pas tout à fait insensible à la cause des gilets jaunes, mais je trouve que sa manière d’englober tous ceux qui ne pensent pas comme lui dans une catégorie générale de crétins, dénote quand même d’un certain mépris du populo.

    S’agissant de sa sollicitude pour lesdits gilets jaunes, est-ce qu’il est pour la taxe carbone ? cette mesure antisociale qui est la cause du mouvement des gilets jaunes.

    Quant à Jonathan, il fait une citation que je ne comprends pas: ”5 minutes pour Hitler 5 minutes pour les Juifs”. J’ai déjà entendu cette formule et je n’ai jamais compris ce qu’elle veut dire. Peut-être que Jonathan pourrait m’expliquer. Il pourrait me dire aussi combien de minutes chacun mérite à son avis.

    Je soupçonne que Jonathan tente de faire une perfide reductio ad hitlerum en insinuant que le réactionnaire que je suis serait un admirateur d’Hitler. Et je réponds: point Godwin ! Ce n’est pas une manière de débattre ça Jonathan.

    Il me reproche aussi de ne pas croire au progrès humain. Là il a raison. Vous y croyez vous ?

    1. Ultime réponse concernant la taxe carbone et les Gilets Jaunes : il y a 9 millions de précaires énergétiques en France (= 10 % au moins des revenus pour chauffage et eau chaude), la taxe carbone peut avoir un sens en Suède, mais non en France. Je vous renvoie au livre “Retour sur Terre” (Puf) où nous (7 auteurs) proposons des quota, et non une taxe carbone, quota avec un plafond en unités de charge écologique égal pour tout le monde.

    2. Poser la question, c’est déjà y répondre. Et ce n’est pas un reproche, c’est juste qu’il faut l’assumer au lieu de dire qu’on n’est pas d’extrême-droite. Car être contre la démocratie, contre les droits fondamentaux et pour le retour en arrière, c’est bien de cela qu’il s’agit. Vous devez d’ailleurs être suffisamment érudit pour savoir que l’extrême-droite n’a pas pour seule déclinaison le (néo-)fascisme. C’est aussi le royalisme et le paléo-libertarianisme.

      Sinon, isoler de mon propos une phrase qui ne vous a pas plu pour ainsi faire semblant de ne pas comprendre ce que j’ai voulu expliquer, ce n’est pas une manière de débattre. Or, j’utilisais ici une allégorie pour illustrer que la démocratie vidée de sa substance ne ressemble plus à la démocratie, et qu’il n’y a pas de démocratie sans protection des minorités. Ni plus, ni moins.

  11. Vous revenez sur la question de l’inadéquation d’un système politique avec les problèmes du moment. Notre système politique est fondé sur un parlement dont les composantes sont regroupées selon les intérêts qu’ils défendent plus ou moins ouvertement. Historiquement, cela était parfois un moyen de ramener la paix entre des clans rivaux (comme en Islande) ou entre différents cantons avec notre diète. Finalement, depuis la révolution industriel, le parlement et les élections arbitres les conflits d’intérêt, notamment entre les classes sociales. Comme vous le constatez, les avocats, industriels et fonctionnaires qui trustent les sièges du parlement sont incapables empoigner des problèmes concrets avec succès dès lors que cela n’est plus du domaine du verbe. En temps de guerre, on élit un général pour cette raison. Mais de nos jours, il y a trop de problèmes concrets dont la complexité est inabordable pour nos politiciens. Du naufrage écologique à la pandémie, ces derniers semblent pitoyables. Le moins d’Etat scandé pendant des décennies leur donnait un prétexte pour ne pas s’en occuper. Devant le succès d’un rival à l’économie planifiée, ce discours pèche un peu. Mais l’ampleur des difficultés nécessite d’autres approches, d’autres compétences, une autre gouvernance. Bref, je prêche pour une révolution Copernicienne de la gouvernance. Alors qu’en Occident tout tourne autour d’une lutte d’intérêt, objet de toutes les crispations, il convient de résoudre cette question par une définition consensuelle et une soumission à l’intérêt général afin de pouvoir se consacrer librement à une approche pragmatique, technique et pérenne des problèmes concrets plutôt qu’à des joutes verbale support des rivalités d’intérêt. Non, non, il ne s’agit pas de ressusciter le matérialisme scientifique. La notion même d’intérêt devrait pouvoir faire l’objet d’un débat ouvert et constant comme tout débat sur des questions de moralité, mais ne pas mobiliser les énergies politiques au-delà de ce qui se passe actuellement cas pour le mariage gay ou l’avortement par exemple… ce qui implique plus de sincérité et de crédibilité que n’en ont nos hommes politiques actuels ainsi que leurs partis. Bref, il faut expulser les lobbies pour faire entrer les techniciens.

    1. Deux réponses. Plus facile à dire qu’à faire. Un problème surtout, la neutralité supposée des techniques : le numérique est neutre ? Il n’implique aucun changement de la société, ou le bien uniquement ? En réalité il suscite des changements contradictoires et pour beaucoup non souhaités, dont certains destructeurs pour las démocratie, l’environnement, la formation du cerveau et de la personnalité.

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