“J’peux pas! J’ai aquaponey!”

Outre ce titre accrocheur, il est vrai que ce matin je n’étais pas disponible. Mon argument a fait mouche auprès de tous mes interlocuteurs. En effet, tentez de justifier votre indisponibilité par un cours d’aquaponey, et vos amis vont rapidement penser qu’il s’agit plutôt d’une esquive maladroite de votre part que d’une excuse très sérieuse.

Si vous souhaitez connaitre les véritables origines de l’aquaponey, je vous laisse en compagnie de l’article de Pegasebuzz.

Et pourtant, en ce qui nous concerne, mon cheval et moi étions bel et bien à la piscine ce matin. Oui, vous avez tout à fait bien lu : Calliopée et moi avons enfilé notre plus beau maillot à paillettes pour aller barboter dans une piscine équestre. Enfin, tout est vrai, sauf pour le maillot à paillettes… je suis navrée pour les déçus, et vous invite à lire la suite pour vivre cette expérience atypique avec nous.

 

« Une jument complètement folle! »

Vendredi matin, 8h30. Rendez-vous aux écuries pour le départ au centre aquatique. Nous prévoyons d’embarquer 4 chevaux. 

C’était sans compter sur une poulinière un peu sauvage. Ce matin elle était d’humeur joueuse et nous a proposé un petite course de vitesse dans son pré. Outre notre échauffement de bon matin, je vous laisse deviner laquelle d’entre nous a gagné… Ce sera donc 3 chevaux au programme.

Nous embarquons, un premier hongre très calme. Puis vient au tour de Lolita, une jument au travail entrainée par la propriétaire de l’écurie. Enfin, vient le tour de ma petite Calliopée, qui monte tout en douceur.

Le van démarre, nous arrivons au bout de l’allée quand le van et notre énorme pick-up commencent à trembler. Je jette un regard interloquée à la propriétaire de l’écurie, ma main déjà placée sur la poignée de la portière de la voiture tel un réflexe. Celle-ci me répond : « Ne t’inquiètes pas, Lolita est complètement folle, elle fait toujours ça. ». Je dois avouer ne pas avoir été totalement rassurée, sachant que mon petit bijou de cheval était sa première voisine de transport…

 

Au coeur du lieu

Notre course d’athlétisme n’étant bien évidemment pas prévue au programme initial, nous arrivons avec 15 min de retard à la piscine. Devrais-je dire, au centre de réhabilitation. En effet, nous nous trouvons au sud de Gand (Belgique), dans un centre spécialisé pour la revalidation équestre. 

Notre immense pick-up s’avance dans une petite allée de graviers bordée de barrières en bois. Nous tractons notre van dans une courette, où se trouve un rond de longe que nous contournons. Nous nous parquons devant une étable en bois où sont méticuleusement stockées des balles de paille carrées. Je relève immédiatement que tout est pensé et agencé de manière très pratique, et esthétique. Ça sent « les gens de chevaux » avant même de pénétrer à l’intérieur.

L’immense porte du hangar à côté de nous s’entrouvre. Le coeur du lieu se dévoile à nous.

Je décharge ma jument la première, et pénètre un peu impressionnée dans ce lieu inconnu.
A ma droite, un couloir de nage. En face de nous, un tapis de course pour chevaux. A ma gauche, des places de pansage individuelles bardées de bois vers lesquelles je me dirige pour installer ma jument.

 

« C’est sa première fois? »

Je patiente dans mon box et attache ma jument à la longe. J’aperçois une plaie sur son jarret droit. Lolita… Cette folle de jument s’est tellement énervée durant le transport qu’elle a réussi à cogner sa voisine à travers les parois. Tandis que je désinfecte sa plaie très superficielle à l’isobétadine, l’assistante me tend des protections que je lui place sur les membres antérieurs.

« C’est sa première fois? » me lance le propriétaire des lieux. Je hoche la tête en signe d’acquiescement. Il s’agit d’un ostéopathe non vétérinaire qui a créé son propre centre de soin de rééducation pour chevaux. C’est une pratique autorisée et courante en Belgique, contrairement à la Suisse où les soins d’ostéopathie et physiothérapie sont l’apanage exclusif des diplômés vétérinaires. 

Il s’avance vers moi et m’explique : « Très bien, je te montre avec le premier comment il faut s’y prendre. J’ai d’autres chevaux à traiter après. Tu as juste à répéter la même chose avec ta jument. »

« Juste à…?! », le praticien me semble bien décontracté comparé à l’inquiétude que je nourris à l’idée de lancer ma jument dans l’eau pour la première fois.

 

Calliopée retient son souffle

Nous lançons Lolita la première. Cette furie s’est littéralement jetée dans l’eau. Tout s’est bien passé. Elle a visiblement adoré son expérience. Cela me rassure un peu.

Vient au tour de Calliopée. Je m’avance timidement vers l’entrée du couloir de nage avec la propriétaire de l’écurie. Nous devons chacune la guider pour maintenir sa nage la plus rectiligne possible d’un bout à l’autre du couloir, et freiner sa sortie de l’eau pour éviter qu’elle ne se blesse. Le puits mesure 2,50 de profondeur afin de permettre au cheval de nager en utilisant l’amplitude de ses postérieurs, et ce, sans se blesser au fond de la piscine.

Ma jument renifle timidement l’eau trouble tout en descendant sur la rampe recouverte de caoutchouc anti-dérapant. Elle projette l’eau avec son nez pour jouer. Je la sens bien, je suis confiante. Je la motive un peu à la voix pour avancer, et elle s’élance dans l’eau. Nous effectuons notre première ligne de nage, une longueur d’environ 30m. 

Calliopée retient son souffle durant toute la longueur. J’observe ses naseaux fermés et ses babines retroussées laissant apparaitre ses dents serrées contre lesquelles l’eau reflue à chaque poussée de ses antérieurs. 

Ma petite voix intérieure de propriétaire inquiète m’interpelle : « Elle va se noyer! ». 

(NB: En effet, tout propriétaire vétérinaire peut en témoigner, le jour où il s’agit de votre propre animal : vous n’êtes plus vétérinaire. Vous êtes simplement réduit au statut de propriétaire inquiet.)

Notre nageuse en herbe arrive au bout du couloir, nous freinons sa sortie pour éviter qu’elle ne se blesse. Etourdie par son expérience, je vois ses membres chancelants, son souffle court. Ses veines sont dilatées et apparentes sur toute la

surface de son corps. Je place ma main sur la peau de son thorax échauffée par l’effort. Je sens ainsi son coeur battre la chamade, tout comme mon coeur de propriétaire face à cette expérience inédite pour nous.

 

Il s’agit d’un véritable entrainement

En tant que médecin vétérinaire, qui plus est spécialisée en médecine sportive, je repère tout de suite que cette expérience n’a rien d’anodin. En effet, le cheval fournit un effort très intense pour nager. Ceci est additionné au stress de l’exercice qui est nouveau pour lui. Je perçois rapidement que ma jument fatigue.

Nous effectuons ainsi 7 longueurs entrecoupées de pauses durant lesquelles je la marche pour qu’elle récupère. Le but est de permettre au système cardiovasculaire de revenir à un état de repos afin de repartir sur un nouvel effort dans des conditions optimales. 

Ce type d’effort s’apparente à un effort à intervalles de haute intensité. Plus la jument sera entrainée, plus les temps de récupération pourront être courts, et le nombres d’intervalles d’efforts augmentés.

C’est le cas pour notre hongre qui s’élance dans l’eau et enchaine avec aisance une dizaine de longueurs sans pause.

La propriétaire de l’écurie qui m’accompagne me l’assure « Tu verras, on vient toutes les semaines avec les nôtres. C’est impressionnant la vitesse à laquelle ils développent leur musculature! »

 

Retour au calme

Calliopée a apprécié son expérience, elle se lançait seule dans l’eau sur ses dernières longueurs. 

Après cette série d’entrainement terminée, je la replace sur son aire de pansage afin de la doucher et en profite lui nettoyer et désinfecter sa petite plaie à nouveau.

Nous chargeons les chevaux dans notre van, Calliopée en tête tranquillement installée loin de Lolita. Le retour se fait extrêmement calme. Lolita semblait également bien fatiguée, elle ne s’est pas manifestée une seule fois sur le trajet du retour.

Arrivée aux écuries, je décharge ma jument, et lui sert un bon mâche de récupération avant de la libérer au pré. 

J’anticipe déjà les courbatures qu’elle aura dans les prochains jours suite à l’effort qu’elle a fournit ce matin. Mademoiselle aura droit à deux jours de repos, et je mettrai à profit mes talents de physiothérapeute pour une bonne séance de massage demain afin de soutenir sa récupération.

Rendez-vous est pris vendredi prochain pour notre prochaine séance d’aquaponey!

En attendant notre prochaine séance avec impatience, voici un extrait de notre séance en vidéo.

Pour plus d’actualités, n’hésitez pas à vous abonner! C’est gratuit, et vous offrez des carrottes à Calliopée.

Diane Grosjean

Diane Grosjean

Motivée par une vocation née dès son plus jeune âge, Diane Grosjean obtient son diplôme de Docteur en médecine vétérinaire à l'université de Liège. Spécialisée en ostéopathie vétérinaire, elle exerce en tant que médecin vétérinaire ostéopathe indépendant en canton de Vaud et de Genève.

4 réponses à ““J’peux pas! J’ai aquaponey!”

  1. Quel luxe, les animaux sont un peu comme les hommes, il y a des chanceux.
    Ici, j’ai des “tajamares” (des bassins d’eau naturelle pour que les animaux puissent boire).

    Deux sur quatre chevaux s’y baignent tout seul, mais je n’ai pas encore mis le caleçon à paillettes pour habituer les deux autres.
    (pas envie de prendre une +patada+ dans ma vieille tronche 🙂

    1. Le plus important en milieu naturel et d’avoir des berges sécurisées pour leur permettre de rentrer et sortir de l’eau en toute sécurité. Les plus farouches y viendront, il faut être patient et leur laisser du temps 🙂

  2. Comment ne pas vous remercier de nous faire humer l’odeur du crottin parmi tout ces blogs? Quelle bonté de mener son poney à la piscine!

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