“J’peux pas! J’ai aquaponey!”

Outre ce titre accrocheur, il est vrai que ce matin je n’étais pas disponible. Mon argument a fait mouche auprès de tous mes interlocuteurs. En effet, tentez de justifier votre indisponibilité par un cours d’aquaponey, et vos amis vont rapidement penser qu’il s’agit plutôt d’une esquive maladroite de votre part que d’une excuse très sérieuse.

Si vous souhaitez connaitre les véritables origines de l’aquaponey, je vous laisse en compagnie de l’article de Pegasebuzz.

Et pourtant, en ce qui nous concerne, mon cheval et moi étions bel et bien à la piscine ce matin. Oui, vous avez tout à fait bien lu : Calliopée et moi avons enfilé notre plus beau maillot à paillettes pour aller barboter dans une piscine équestre. Enfin, tout est vrai, sauf pour le maillot à paillettes… je suis navrée pour les déçus, et vous invite à lire la suite pour vivre cette expérience atypique avec nous.

 

« Une jument complètement folle! »

Vendredi matin, 8h30. Rendez-vous aux écuries pour le départ au centre aquatique. Nous prévoyons d’embarquer 4 chevaux. 

C’était sans compter sur une poulinière un peu sauvage. Ce matin elle était d’humeur joueuse et nous a proposé un petite course de vitesse dans son pré. Outre notre échauffement de bon matin, je vous laisse deviner laquelle d’entre nous a gagné… Ce sera donc 3 chevaux au programme.

Nous embarquons, un premier hongre très calme. Puis vient au tour de Lolita, une jument au travail entrainée par la propriétaire de l’écurie. Enfin, vient le tour de ma petite Calliopée, qui monte tout en douceur.

Le van démarre, nous arrivons au bout de l’allée quand le van et notre énorme pick-up commencent à trembler. Je jette un regard interloquée à la propriétaire de l’écurie, ma main déjà placée sur la poignée de la portière de la voiture tel un réflexe. Celle-ci me répond : « Ne t’inquiètes pas, Lolita est complètement folle, elle fait toujours ça. ». Je dois avouer ne pas avoir été totalement rassurée, sachant que mon petit bijou de cheval était sa première voisine de transport…

 

Au coeur du lieu

Notre course d’athlétisme n’étant bien évidemment pas prévue au programme initial, nous arrivons avec 15 min de retard à la piscine. Devrais-je dire, au centre de réhabilitation. En effet, nous nous trouvons au sud de Gand (Belgique), dans un centre spécialisé pour la revalidation équestre. 

Notre immense pick-up s’avance dans une petite allée de graviers bordée de barrières en bois. Nous tractons notre van dans une courette, où se trouve un rond de longe que nous contournons. Nous nous parquons devant une étable en bois où sont méticuleusement stockées des balles de paille carrées. Je relève immédiatement que tout est pensé et agencé de manière très pratique, et esthétique. Ça sent « les gens de chevaux » avant même de pénétrer à l’intérieur.

L’immense porte du hangar à côté de nous s’entrouvre. Le coeur du lieu se dévoile à nous.

Je décharge ma jument la première, et pénètre un peu impressionnée dans ce lieu inconnu.
A ma droite, un couloir de nage. En face de nous, un tapis de course pour chevaux. A ma gauche, des places de pansage individuelles bardées de bois vers lesquelles je me dirige pour installer ma jument.

 

« C’est sa première fois? »

Je patiente dans mon box et attache ma jument à la longe. J’aperçois une plaie sur son jarret droit. Lolita… Cette folle de jument s’est tellement énervée durant le transport qu’elle a réussi à cogner sa voisine à travers les parois. Tandis que je désinfecte sa plaie très superficielle à l’isobétadine, l’assistante me tend des protections que je lui place sur les membres antérieurs.

« C’est sa première fois? » me lance le propriétaire des lieux. Je hoche la tête en signe d’acquiescement. Il s’agit d’un ostéopathe non vétérinaire qui a créé son propre centre de soin de rééducation pour chevaux. C’est une pratique autorisée et courante en Belgique, contrairement à la Suisse où les soins d’ostéopathie et physiothérapie sont l’apanage exclusif des diplômés vétérinaires. 

Il s’avance vers moi et m’explique : « Très bien, je te montre avec le premier comment il faut s’y prendre. J’ai d’autres chevaux à traiter après. Tu as juste à répéter la même chose avec ta jument. »

« Juste à…?! », le praticien me semble bien décontracté comparé à l’inquiétude que je nourris à l’idée de lancer ma jument dans l’eau pour la première fois.

 

Calliopée retient son souffle

Nous lançons Lolita la première. Cette furie s’est littéralement jetée dans l’eau. Tout s’est bien passé. Elle a visiblement adoré son expérience. Cela me rassure un peu.

Vient au tour de Calliopée. Je m’avance timidement vers l’entrée du couloir de nage avec la propriétaire de l’écurie. Nous devons chacune la guider pour maintenir sa nage la plus rectiligne possible d’un bout à l’autre du couloir, et freiner sa sortie de l’eau pour éviter qu’elle ne se blesse. Le puits mesure 2,50 de profondeur afin de permettre au cheval de nager en utilisant l’amplitude de ses postérieurs, et ce, sans se blesser au fond de la piscine.

Ma jument renifle timidement l’eau trouble tout en descendant sur la rampe recouverte de caoutchouc anti-dérapant. Elle projette l’eau avec son nez pour jouer. Je la sens bien, je suis confiante. Je la motive un peu à la voix pour avancer, et elle s’élance dans l’eau. Nous effectuons notre première ligne de nage, une longueur d’environ 30m. 

Calliopée retient son souffle durant toute la longueur. J’observe ses naseaux fermés et ses babines retroussées laissant apparaitre ses dents serrées contre lesquelles l’eau reflue à chaque poussée de ses antérieurs. 

Ma petite voix intérieure de propriétaire inquiète m’interpelle : « Elle va se noyer! ». 

(NB: En effet, tout propriétaire vétérinaire peut en témoigner, le jour où il s’agit de votre propre animal : vous n’êtes plus vétérinaire. Vous êtes simplement réduit au statut de propriétaire inquiet.)

Notre nageuse en herbe arrive au bout du couloir, nous freinons sa sortie pour éviter qu’elle ne se blesse. Etourdie par son expérience, je vois ses membres chancelants, son souffle court. Ses veines sont dilatées et apparentes sur toute la

surface de son corps. Je place ma main sur la peau de son thorax échauffée par l’effort. Je sens ainsi son coeur battre la chamade, tout comme mon coeur de propriétaire face à cette expérience inédite pour nous.

 

Il s’agit d’un véritable entrainement

En tant que médecin vétérinaire, qui plus est spécialisée en médecine sportive, je repère tout de suite que cette expérience n’a rien d’anodin. En effet, le cheval fournit un effort très intense pour nager. Ceci est additionné au stress de l’exercice qui est nouveau pour lui. Je perçois rapidement que ma jument fatigue.

Nous effectuons ainsi 7 longueurs entrecoupées de pauses durant lesquelles je la marche pour qu’elle récupère. Le but est de permettre au système cardiovasculaire de revenir à un état de repos afin de repartir sur un nouvel effort dans des conditions optimales. 

Ce type d’effort s’apparente à un effort à intervalles de haute intensité. Plus la jument sera entrainée, plus les temps de récupération pourront être courts, et le nombres d’intervalles d’efforts augmentés.

C’est le cas pour notre hongre qui s’élance dans l’eau et enchaine avec aisance une dizaine de longueurs sans pause.

La propriétaire de l’écurie qui m’accompagne me l’assure « Tu verras, on vient toutes les semaines avec les nôtres. C’est impressionnant la vitesse à laquelle ils développent leur musculature! »

 

Retour au calme

Calliopée a apprécié son expérience, elle se lançait seule dans l’eau sur ses dernières longueurs. 

Après cette série d’entrainement terminée, je la replace sur son aire de pansage afin de la doucher et en profite lui nettoyer et désinfecter sa petite plaie à nouveau.

Nous chargeons les chevaux dans notre van, Calliopée en tête tranquillement installée loin de Lolita. Le retour se fait extrêmement calme. Lolita semblait également bien fatiguée, elle ne s’est pas manifestée une seule fois sur le trajet du retour.

Arrivée aux écuries, je décharge ma jument, et lui sert un bon mâche de récupération avant de la libérer au pré. 

J’anticipe déjà les courbatures qu’elle aura dans les prochains jours suite à l’effort qu’elle a fournit ce matin. Mademoiselle aura droit à deux jours de repos, et je mettrai à profit mes talents de physiothérapeute pour une bonne séance de massage demain afin de soutenir sa récupération.

Rendez-vous est pris vendredi prochain pour notre prochaine séance d’aquaponey!

En attendant notre prochaine séance avec impatience, voici un extrait de notre séance en vidéo.

Pour plus d’actualités, n’hésitez pas à vous abonner! C’est gratuit, et vous offrez des carrottes à Calliopée.

Un vétérinaire : des spécialités. Comment choisir le bon vétérinaire pour son animal?

Où étais-je passée?

Si vous aviez remarqué ma disparition des blogs du Temps cette dernière année, cet article vient inaugurer une nouvelle série qui répondra à toutes vos questions. Premier indice à la fin de cet article! 

Je me fais une joie de vous retrouver et vous souhaite une belle lecture!

Le champ des disciplines que regroupe la médecine vétérinaire est immensément vaste et chacune possède des caractéristiques particulières. 

J’avais abordé succinctement ce sujet quand à « l’art vétérinaire » dans l’un de mes précédent articles que je vous invite à consulter. Celui-ci expose le choix de son domaine de prédilection du jeune vétérinaire au démarrage de sa carrière professionnelle.

Dans la suite de cet article, nous aborderons toutes les dénominations et titres que peut acquérir un vétérinaire au cours de sa carrière. 

Médecin, Docteur, Spécialiste, Spécialisé en… Ces termes n’auront plus aucun secret pour vous! Cela vous permettra de comprendre quel professionnel consulter dans une situation donnée, et ce que représente son niveau d’études et de connaissances dans son domaine.

 

Vétérinaire généraliste : une multitude d’activités

Une chose est certaine : en médecine vétérinaire, il est impossible de s’ennuyer! En tant que vétérinaire généraliste, la variété de tâches est (presque) infinie.

Un vétérinaire généraliste est un vétérinaire praticien qui travaille en cabinet vétérinaire. C’est votre vétérinaire. C’est le médecin qui contrôle régulièrement votre animal, qui effectue ses bilans de santé annuels, sa vaccination, et qui va traiter votre compagnon en première ligne.

Un vétérinaire généraliste peut exercer toutes les disciplines qui touchent à la santé animale. Médecine préventive, médecine interne, chirurgie, dentisterie, ophtalmologie, dermatologie, etc…

Ces disciplines existent pour toutes les espèces d’animaux de compagnie (chiens, chats, nouveaux animaux de compagnie), les chevaux, les animaux de rente (vaches, cochons, …) et les animaux sauvages (zoo et faune sauvage). 

Si l’on combine chacune des disciplines de cet éventail avec la multitude d’espèce dans nos pays, nous nous rendons rapidement compte qu’être vétérinaire assure un travail sans aucune monotonie!

La formation de vétérinaire généraliste correspond à un niveau d’études de master dans les pays européens (deuxième cycle universitaire), et totalise généralement 5 à 7 ans d’études selon les pays. Le candidat qui réussit avec succès ce cursus se verra diplômé « médecin vétérinaire ».

Votre vétérinaire est donc un représentant du corps médical, garant de la santé et du bien-être de votre animal. Il pourra gérer les cas médicaux les plus fréquents et les pathologies les plus classiques.

Toutefois, la médecine étant en évolution constante, celle-ci atteint un degré de complexité de plus en plus important chaque année. Il est donc impossible pour une seule personne (aussi compétente soit-elle), de tout connaître sur toutes les pathologies, dans toutes les disciplines et ce pour toutes les espèces.

C’est pour cette raison qu’il existe des spécialisations en médecine vétérinaire.

 

 

Bonjour Docteur…

En tant que médecin, de part son statut professionnel et médical, votre vétérinaire est souvent appelé « docteur » si il est un homme, ou « doctoresse » pour une femme. C’est un usage dans le language courant. 

Pourtant, au sens académique du terme, un médecin vétérinaire n’est pas « Docteur » par défaut. En effet, en Suisse, comme dans d’autres pays d’Europe, pour devenir « Docteur » il faut avoir défendu une thèse de doctorat (également appelé PhD dans les pays anglo-saxons).

Ce titre peut être obtenu, selon les pays, après 1 à 4 ans de travaux de recherche scientifique et la défense de l’ouvrage qui condense les résultats de ces recherches. Il s’agit d’un diplôme de 3ème cycle à visée de recherche. Il ne sanctionne pas un niveau clinique.

 

Une autorité européenne

En médecine humaine, votre médecin généraliste vous réfère vers un cardiologue, un neurologue ou un dermatologue en cas de nécessité d’une expertise dans un domaine de santé en particulier. Sachez qu’il en est de même pour nos animaux de compagnie! Il s’agit alors d’un « vétérinaire spécialiste ».

En ce qui concerne les vétérinaires spécialistes : Il existe une autorité européenne qui enregistre toutes les spécialités reconnues en médecine vétérinaire. Cet organisme se nomme EBVS (European board of veterinary specialisation). Seules sont reconnues comme spécialité vétérinaire les disciplines enregistrées par cet organisme. L’EBVS est le garant du respect des connaissances et avancées scientifiques dans le domaine vétérinaire, et a autorité pour imposer le respect d’une charte de formation scientifique et éthique qui garanti le plus haut niveau de qualité de formation clinique en médecine vétérinaire.

Chaque discipline enregistrée auprès de l’EBVS constitue un collège. Chaque collège est composé des vétérinaires diplômés spécialistes dans leur domaine. Ceux-ci ont alors complété au minimum 3 à 4 années d’études supplémentaires dédiées à leur domaine de spécialité clinique. Ce titre est intitulé « Diplomate du collège européen » et est obtenu après le succès du candidat à un examen final de niveau d’excellence.

Le collège européen est niveau de spécialisation reconnu au niveau européen et mondial. En effet, il existe le même système de spécialisation propre aux pays anglo-saxons. Il s’agit alors d’un “collège américain”.

Il existe actuellement 27 collèges reconnus par l’EBVS. Les collèges sont reconnus selon leur discipline (cardiologie, neurologie, chrirugie, dermatologie, médecine interne, médecine sportive, dentisterie, imagerie médicale, ….) et les espèces considérée. Les plus communes sont : animaux de compagnie (chiens ou chats) et équins.

Le spécialiste possède le plus haut niveau de compétences clinique reconnu dans sa discipline. Il est apte à diagnostiquer et traiter les cas les plus complexes qui relèvent de son domaine de compétences. Vous pouvez consulter un spécialiste dans le pour apporter une solution à un problème médical précis ou en cas d’impasse médicale, et ceci en accord et sur les conseils de votre vétérinaire traitant.

 

Spécialisé en … ?

En ce qui concerne les vétérinaires généralistes « spécialisés en » un (ou plusieurs domaines) : Il s’agit de vétérinaires praticiens qui ont souhaité approfondir leur connaissances dans un domaine d’intérêt en particulier.

Cet approfondissement peut se faire au travers de formations plus ou moins contraignantes selon les disponibilité du praticien. Celles-ci sont le plus souvent organisées en séminaires de 3j à 5j, renouvelés mensuellement jusqu’à complétion du cursus. Il s’agit la plupart du temps de formations fournies par des associations ou organismes privés. Les formateurs de ces organismes sont la plupart du temps des vétérinaires spécialistes (cf précédent) qui animent des séminaires d’approfondissement à l’attention des vétérinaires généralistes afin de leur transmettre les connaissances nécessaires à l’enrichissement de leur palette d’outils médicaux et diagnostiques.

Les titres associés à ces formations sont variés. Leur reconaissance officielle est propre au pays concerné et au degré de la formation en question. C’est l’organisme de régulation de la profession vétérinaire du pays considéré qui fait autorité pour la reconaissance de ces cursus aditionnels et leur appellation.

 

Et la formation continue dans tout ça ?

La formation continue constitue un devoir obligatoire auquel doit agréer tout médecin vétérinaire généraliste en activité. Il s’agit de séminaires, congrès, revues vétérinaires, webinar, ou tout outil reconnu mis à disposition du praticien pour maintenir ses conaissances à jour.

Ce système à pour but d’assurer la qualité des prestations de santé vétérinaire à la lumière des conaissances actuelles. Chaque participation, ou utilisation, de l’un de ces moyens de diffusion des conaissances médicales vétérinaire rapporte des points à son souscrivant. Chaque vétérinaire doit collecter un certain nombre de points afin de pouvoir attester de l’actualisation de ses conaissances, ceci lui permettant la poursuite de son exercice par l’autorité de régulation de la profession.

 

Voici pour un aperçu des différents titres officiels que peut porter un vétérinaire et les formations qu’il peut poursuivre. J’espère que cela vous a aidé à mieux comprendre l’organisation des disciplines qui constituent notre métier, et vous permettra de choisir le professionel adapté au cas de votre animal.

Si certaines de vos interrogations n’ont pas trouvé réponse dans ces lignes, je serai ravie de vous répondre dans les commentaires.

 

Comme indiqué dans le prélude de cet article, j’ai fais le choix de placer de côté mon activité d’information et de conseil auprès de mes lecteurs entre parenthèses ces derniers mois. J’en suis tout à fait navrée. La raison de cet absence vous a été exposée dans cet article : j’ai débuté une spécialisation en médecine vétérinaire (un collège européen donc si vous avez bien suivi ce qui précède). Ceci m’a demandé un investissement personnel et professionnel important que je détaillerai dans les articles suivants. Au plaisir de vous retrouver pour connaitre la suite de l’aventure et vous dévoiler ma spécialité!

A très bientôt, 

Diane Grosjean, DMV

Fourbure : quand les déconvenues s’enchainent !

Aujourd’hui je souhaite partager avec vous une tranche de vie personnelle. Un exemple manifeste que nul n’est à l’abri d’une déconvenue…même un médecin vétérinaire dans son propre domaine d’expertise.

Pour présentation : j’ai effectué mes études à l’université de Liège, choisissant comme orientation la médecine équine pour mes cliniques de master. Je suis également (l’heureuse) propriétaire d’un troupeau de 7 équidés. C’est de mon cher petit âne, Lustig, dont nous allons parler aujourd’hui.

Un âne couché

Comme chaque jour, je visite mes petits chevaux dans le pré d’en face, leur apporte eau, (friandises) et nourriture afin de satisfaire leur appétit gargantuesque!

Ce jour là, à ma grande surprise, Lustig manque à l’appel. Je l’aperçois au loin dans le pré, couché. Un âne couché…Mon sang ne fait qu’un tour : quelque chose ne va pas.

Des vieux réflexes…intacts dans ma mémoire

Je m’empresse de le rejoindre, mes neurones de vétérinaire fonctionnant à toute allure : « diagnostic différentiel : arthrose, fourbure, diabète, etc…? » J’arrive auprès de lui. 

Un coup d’oeil rapide, examen clinique éclair. Je confirme mes diagnostics : arthrose ET fourbure. C’est fou comme les vieux réflexes reviennent vite dans ces moments là, deux ans sans pratiquer en clientèle équine, et pourtant tout est intact dans ma mémoire.

Il se lève

Tant bien que mal, sous mes chaleureux encouragements : Lustig se lève! 

Campé du devant, un pas laborieux devant l’autre, il rejoins sa botte de foin. Je n’ai pas le coeur à l’en dissuader, même si je sais que c’est probablement l’un des facteurs de sa pathologie : l’excès de glucides solubles est l’un des facteurs déclencheurs de la maladie. Par ailleurs nous pouvons noter que le surpoids (bon je l’admet : l’obésité dans le cas de Loustig), une fourbure chronique, voir un syndrome de Cushing sont des causes sous-jacentes à explorer afin d’identifier la cause de sa pathologie.

Une urgence

Comme vous l’avez compris, la fourbure est une pathologie révélatrice d’un problème de santé de fond. Pourtant, en terme de prise en charge, il s’agit d’une urgence médicale. Un prise en charge précoce permet de préserver le pronostic vital de l’animal.

… traitement ?

  • AINS : J’opte pour une cure de flunixine-méglumine quelques jours avant d’enchainer avec l’aspirine sur une plus longue période.
  • Froid : en urgence, refroidir les pieds est un point essentiel. Comme je vous le montre sur ces images prises avec la caméra thermique, la fourbure se traduit par une élévation conséquente de la température du pied.

  • ARA 3000 : pour l’arthrose, en traitement d’attaque, une injection par semaine pendant 4 semaines.

Avec quelques recherches supplémentaires, je me décide pour un traitement à base de Navitol Lencare® et Crysanphyton Equistro®. Le but à ce stade est de ramener une circulation sanguine normale dans le pied afin de diminuer l’inflammation de celui-ci.

Rupture de stock!

Un peu chamboulée par cette matinée bien mal commencée, je débarque chez mon confrère pour lui raconter mon cas et lui demander les produits sus-mentionné. Et là c’est le drame : rupture de stock! Il me tend de la flunixine et des alternatives en phytothérapie . Pour le reste, prochaine commande mardi. Zut! Mon Loustig va passer un dur week-end et moi aussi. 

Sous étroite surveillance

Après cette matinée qui a eu bon d’ébranler toute ma confiance de vétérinaire, je rentre à la maison traiter mon petit protégé. Il a la bienséance de coopérer, même si il ne présente pas un air enchanté quand je lui enfile un tube de pâte dans la bouche… Je lui fait ses injections d’urgence, lui administre son remède de cheval, et prie pour que son état s’améliore.

NB : A l’heure où j’écris ces lignes, après 3 jours de traitement, Loustig marche, avec précaution certes, mais son état clinique s’améliore.

Pourquoi partager cette expérience?

Lorsque j’étais plus jeune (naive et non vétérinaire) : je rêvais d’un métier de vétérinaire super-héros (un esprit incollable, une habilité à toute épreuve, sans frontière d’espèce ou de discipline). 

La réalité de mon métier telle que je la vis est toute autre. 

L’exemple de ce matin m’en a une nouvelle fois fait prendre conscience. En tant que propriétaire et vétérinaire, mise au pied du mur par une pathologie sur mon propre animal, je me rend compte que je ne suis pas le super-héros dont je rêvais autrefois. 

Je réalise en toute humilité que mes études m’ont appris une logique de raisonnement qui m’aide à affronter les difficultés que la médecine m’oppose. La réalité est que ce n’est ni facile, ni inné. J’ai appris à rassembler des indices cliniques afin d’y associer un diagnostique médical et élaborer un traitement approprié au cas par cas.

C’est la définition du métier de vétérinaire à mon sens : un savoir-faire qui s’apprend, se perfectionne et se répète afin de nous permettre en tant que praticien de surmonter n’importe quelle difficulté.

NB : Pour lecture complémentaire sur l’aspect technique et médical de la fourbure, je vous recommande cet article spécialement dédié écrit par l’IFCE : https://bit.ly/2WSb6cW

A la découverte de l’art vétérinaire

Aujourd’hui, je souhaite vous faire découvrir l’art vétérinaire. Il s’agit pas de l’art au sens de ce tableau, premier portrait animalier de la peinture occidentale, réalisé par Jacopo Bassano en 1548. Ce que nous allons découvrir, ce sont les infinies possibilités que recouvre le métier de vétérinaire. L’historique singulier d’un art élevé au rang de science.

D’un savoir populaire à une science universitaire

Dans notre profession, nous évoquons l’exercice de « l’art vétérinaire ». A l’origine, cet art est une médecine des campagnes, un savoir populaire, transmis oralement entre initiés. La profession est alors incarnée par le maréchal, l’équarrisseur, le boucher ou encore le paysan.

Puis vint la reconnaissance en tant que science médicale dès la fin du 18e siècle. Sous l’impulsion de la création de la première école vétérinaire au monde en France, à Lyon, en 1762 : Berne fonde la première école vétérinaire Suisse en 1805. Le médecin vétérinaire est alors reconnu comme un artisan incarnant connaissances médicales et règles d’action, véritable garant de la santé animale. 

Puis la formation devint universitaire dès 1900, Berne devant ainsi la première faculté vétérinaire reconnue au monde.

Un naturel déconcertant

Cet art vétérinaire, je l’ai côtoyé, approché, parfois apprivoisé.

Je vois mes confrères plus expérimentés exercer tel des maitres de leur discipline, usant de leur talent pour analyser un cas clinique tel un chef d’orchestre, ou bien réalisant une chirurgie à la manière d’une véritable pièce d’orfèvrerie.

L’art vétérinaire se définirait donc ainsi : découvrir sa spécialité. Un domaine d’exercice, où ce mêlent naturel, connaissances et excellence.

Des possibilités vastes

Je ne cesse de m’interroger face à la multitude de possibilités et de spécialisations offrant cette profession. Tout d’abord, il nous faut choisir une espèce de prédilection : chiens, chats, chevaux, ruminants, porcs, nouveaux animaux de compagnie, faune sauvage,…

Les possibilités sont vastes, et les perspectives de carrières toutes opposées. 

Le saviez-vous? Il existe toute une panoplie de carrières en science des denrées alimentaires. De la fourche à la fourchette, le vétérinaire est également le garant de votre sécurité alimentaire.

Des domaines ultra spécialisés

La difficulté ne s’arrêtant pas là, sur le modèle de la médecine humaine, la médecine vétérinaire propose une large variété de spécialisations pour chaque espèce : médecine interne, chirurgie, dermatologie, reproduction, ophtalmologie, cardiologie, neurologie, imagerie médicale, comportement,… De nouvelles spécialisations voient le jour au rythme de l’évolution trépidante des connaissances scientifiques et médicales.

Pour achever ce portrait, chaque spécialisation voit elle-même émerger des vétérinaires ultra spécialistes dans tel ou tel domaine particulier, souvent incarnés par des chercheurs très expérimentés et motivés par l’évolution de leur discipline. 

Un oisillon jeté du nid

Jusqu’alors, baignée dans ce milieu durant mes 7 années d’études, biberonnée par les services spécialisés, rassérénée par les titulaires de collèges européens comme un saint graal de la médecine vétérinaire (diplômes d’études universitaires spécialisées en médecine vétérinaire), et éduquée par le système universitaire. Je quitte la faculté vétérinaire, mon diplôme en poche.

Seule en pleine nature, tel un oisillon jeté du nid, je cherche à faire mon petit bout de chemin dans ce métier choisi par passion. Eclectique et passionnée, je démarre ma carrière, bien loin de mon rêve d’enfance, mais ce sujet sera l’objet d’un autre article!

Puis, au détour d’une rencontre, vint le jour où je découvre l’ostéopathie vétérinaire. Débuta alors un voyage initiatique mêlant philosophie et science. Aurais-je découvert mon art? Très excitée par cette possibilité, j’entame une formation spécialisée qui bouleverse mes codes et ma vision de la médecine vétérinaire.

Je souhaite vous partager dans cette prochaine série d’articles les étapes clés de cette histoire, au travers des rencontres humaines et animales qui ont changé ma vie.

A suivre…

Retrouvez dans la catégorie : « Ostéopathie vétérinaire » tous les articles de cette série.

Références : 

  • LAVAGNE D’ORTIGUE C. Deux chiens de chasse liés à une souche, musée du Louvre (en ligne) www.louvre.fr, consulté le 30 mai 2018.
  • LAROUSSE Encyclopédie. Art vétérinaire (en ligne) larousse-edu.fr, consulté le 30 mais 2018.
  • SACKMANN W. Médecine vétérinaire, Dictionnaire historique de la Suisse, 29/12/2009.

Manucure à haut risque pour Cléa, lionne de 22 ans

Aujourd’hui, j’ai participé à ma première consultation pour une lionne au zoo de Servion. Une expérience fascinante que je tenais à vous partager.

Notre patiente du jour se prénomme Cléa. Une magnifique lionne de bientôt 22 ans, née au zoo en 1996 sous le regard du directeur M. Roland Bulliard. Soucieux du bien-être de sa lionne, celui-ci a contacté notre cabinet afin d’examiner son animal. Il semble que Cléa présente une ou plusieurs griffes incarnées, un phénomène fréquent chez les félins âgés. En effet, Cléa présente une longévité exceptionnelle même pour un lion né en captivité.

Une intervention risquée

Notre équipe est composée ce jour de deux vétérinaires : Dr. med. vet. Alexandra Durrer et moi-même, accompagnées de notre assistant vétérinaire M. Anthony Forcina. Arrivés au zoo, nous sommes accueillis par l’équipe de soigneurs en charge du bien-être de Cléa. L’ambiance est plutôt détendue. Ce n’est pas la première fois que l’équipe dirigée par la Dresse Alexandra Durrer intervient ici, Cléa a déjà subit le même type d’intervention en 2016. Une expérience sans encombres, qui nous l’espérons sera reproduite aujourd’hui.

L’intervention du jour peut être qualifiée : « à hauts risques ». Evidemment, nous pensons au risque pris par la vétérinaire qui entrera d’ici quelques minutes dans le box d’un fauve en liberté. Pourtant, Alexandra me confie : « J’espère que l’anesthésie se passera bien ». Nous sommes en effet inquiètes du risque anesthésique encouru par Cléa. Comme pour tout animal âgé nous devons prendre des précautions supplémentaires au cas où un accident survient.

Un animal de 180kg, à jeun…

Je prends les renseignements usuels : Cléa est à jeun, pèse 180kg, et ne manifeste aucun problème autre que les griffes qui nous motivent aujourd’hui.

Alexandra engrange alors une mécanique bien rodée : mesure des doses anesthésiques, préparation des seringues hypodermiques, montage des fléchettes, charge du fusil de télé-injection, vérification du set d’urgence anesthésique et antisédant. Nous sommes prêts.

Alexandra se poste devant la cage du félin, le silence fût.

Cléa ne l’entend pourtant pas de cette oreille. La vielle lionne regarde fixement la vétérinaire munie de son fusil. La mamie agite même quelques gros coups de pattes contre la grille. L’intervention de ce jour nécessitera 4 tirs dans l’épaule et le fessier, agrémentés d’un petit supplément d’anesthésique.

« Clac, Clac, Clac »

Une trentaine de minutes plus tard, Cléa dort d’un sommeil léger. Un supplément en oxygène lui est apporté de notre compresseur jusqu’à sa gueule via un long tube. « Encore deux petites minutes » nous dit Alexandra testant une énième fois le réflexe palpébral à l’aide d’une tige télescopique. Puis, après réflexion, deux réflexes vomitifs, et encore quelques minutes supplémentaires : Cléa semble bien endormie.  Il est temps de rentrer dans la cage…

Tout le personnel s’active autour des vétérinaires, Anthony maintient la tête en cas de sursaut de Cléa. Deux soigneurs rentrent dans la cage pour maintenir les pattes de la lionne et assister la vétérinaire. « Clac, Clac, Clac » entend-on. L’immense pince à griffe, à l’échelle de notre patiente, nécessite une certaine force d’activation, mais vient à bout des griffes dures et acérées de la vieille lionne. Plusieurs griffes incarnées ôtées en un éclair, puis un nettoyage et une désinfection des immenses coussinets est effectué. Il nous faut faire vite.

     

Un réveil en douceur

« Alzane! » nous appelle Alexandra. Je lui tend l’antisédant, cela sonne la fin de cette consultation atypique. Tout le monde sort du box. La lionne est recouverte de paille pour maintenir sa température, et les soigneurs installent un chauffage portatif devant son grand museau.

Nous contrôlons le réveil, tout semble bien se passer. Cléa se réveille doucement, « I believe I can fly » me chuchote Anthony en souriant: cela résume bien la tête de notre lionne au réveil. Celle-ci n’a pourtant que peu perdu de sa superbe. Elle semble également peu reconnaissante de la belle manucure dispensée par Alexandra. Dès que la vielle lionne entend la voix de la vétérinaire, celle-ci se retourne et la grogne d’un air réprobateur. « Aurevoir Cléa, à la prochaine » lui dit Alexandra accompagné d’un petit signe de la main. « Je ne pense pas qu’elle oubliera ta visite» lui soufflais-je… et moi non plus d’ailleurs.

Les griffes des félins doivent être contrôlées

Au quotidien, je vois souvent lors de mes consultations de vieux chats qui n’ont plus la force ni le courage d’entretenir leurs griffes, et qui, comme Cléa, présentent des griffes incarnées.

Celles-ci sont très douloureuses et peuvent s’infecter, jusqu’à provoquer des problèmes plus graves comme un abcès.

En tant que propriétaires, tout comme les soigneurs du zoo de Servion : contrôlez les griffes de votre félin!

En cas de doute, demandez conseil à votre vétérinaire. Comme pour Cléa, il pourra effectuer une coupe de griffes si nécessaire, et normalement sans anesthésie générale cette fois!

 

Dr Diane Grosjean