Homo politicus, homo economicus : la confiance, pièce maîtresse du succès de la Suisse

Je profite de notre récente fête nationale pour inaugurer officiellement cette tribune. Non pas dans le but d’écrire uniquement sur notre pays mais plutôt pour essayer d’en saisir son essence. Car oui, en réponse à celles et ceux qui se considèrent plus futés que les autres en arguant que « la Suisse n’existe pas »  – par le truchement de quelques discours sociologisants aux odeurs douteuses, ce lopin de terre à l’échelle du monde possède bien des attributs uniques qui forgent son identité.

A commencer par notre système politique. Certes, notre structure bicamérale s’inspire du modèle états-unien. Il n’en demeure pas moins que nos adjonctions à tous les niveaux du pouvoir politique sont uniques, et donnent aux citoyens de ce pays des outils exceptionnels pour enrichir la vie de la cité. Ces droits sont associés à des devoirs corrélatifs qu’il convient de ne pas oublier. Les uns ne revêtissent de véritable sens que si les autres sont remplis. En cela, un réveil collectif est nécessaire. Notre société aime valoriser celui qui parle fort. Elle aime celui qui saura se démarquer des autres par d’agiles artifices, quelques après-midis par année, hors des périodes de vacances scolaires. Elle aime celui qui tirera tous azimuts sur la génération « des vieux », qui n’aura de cesse de faire croire que tout est à réinventer. Pourtant, notre génération n’a jamais eu autant d’opportunités et peut être reconnaissante de tout ce qu’elle a reçu. Elle peut compter sur une éducation quasi-gratuite de première qualité, sur des infrastructures toujours plus efficientes, sur un ordre juridique robuste et enfin sur un système politique qui donne le dernier mot aux citoyennes et citoyens. Car quoi qu’en disent les pessimistes et jusqu’à preuve du contraire, les citoyennes et citoyens de ce pays continuent de s’exprimer en tout temps et sur de nombreux sujets. Et c’est là qu’un sursaut est nécessaire. Ce trésor national qu’est notre système politique est en danger. Et celui qui guette, bien plus que les extrêmes, est le désintérêt croissant pour l’engagement citoyen. Je pense ici à l’engagement pérenne au service de sa communauté. L’engagement qui résiste aux contradictions et aux affres du court terme. L’engagement, enfin, qui s’inscrit dans la réalité de tous les jours. Sans quoi, le fédéralisme si cher à notre Histoire ne fait plus guère sens de même que le principe de subsidiarité. La politique de proximité doit être nourrie par des citoyennes et citoyens engagés et prêts à abandonner quelques loisirs pour le bien commun. C’est ainsi seulement que nous pourrons préserver ce trésor national qu’est notre système politique. Celui qui écoute, celui qui donne confiance.

Car la confiance est une seconde caractéristique typique de notre pays et un facteur déterminant de notre compétitivité. En effet, le vecteur de la confiance consiste en un échange de signaux rassurants à même de dynamiser toutes les relations économiques. A ceux qui considèrent qu’il vaut mieux être heureux que riche, je répondrais que le niveau de compétitivité est positivement corrélé au bien-être social ainsi qu’à une distribution efficace des ressources. Si le bonheur est subjectif, le niveau de compétitivité est plus aisément quantifiable. Dans ce contexte, la Suisse fait figure d’exemple dans les grands classements internationaux. Dans une société individualiste au sens positif du terme comme la nôtre, le niveau de confiance se construit au niveau des institutions bien plus qu’au niveau de la communauté immédiate de destin. La confiance sert d’huile aux rouages de la chaîne de causalité par laquelle la séquence dynamique de la prospérité économique est mise en mouvement. Si les facteurs de base déterminants et inhérents à cette prospérité sont souvent similaires, les moments lors desquels ils interviennent ainsi que leur nature, selon qu’ils constituent une cause ou une conséquence avec des intensités diverses et variées, forment un enchaînement d’évènements dont la composition diffère d’un cas à un autre. Dans le cas de la Suisse, ce processus nous permet de vivre dans une relative stabilité économique qui contribue au climat de confiance qui à son tour, in fine, renforce les facteurs déterminants de la prospérité économique de notre pays.

Cette tribune homo politicus, homo economicus a pour principal objectif de tenter de disséquer certaines des strates de cette chaîne de causalité, parfois de manière plus systémique, parfois de manière davantage individuelle, qui a mené notre pays là où il se trouve aujourd’hui. Car au fond, chacune et chacun d’entre nous est à la fois un être social, politique et économique. Nous formons un système que l’on nomme communément « société ». Sans avoir la prétention de comprendre complètement cette société et encore moins de rivaliser avec les grands esprits, j’aurai grand plaisir à partager ici certaines pensées et positions économiques, politiques et philosophiques, et d’en débattre avec vous.