Perspectives 2020: faut-il être vraiment pessimiste ?

Partagez-vous avec moi le sentiment que nous vivons une période extra-ordinaire ? A force de défis multiples et inédits, l’ambiance est certes à la morosité, mais est-ce pour autant vraiment justifié et avec quelles cartes doit-on dès lors jouer ?

Taux négatifs, croissance anémique, numérisation accélérée de la société, vieillissement de la population, altération du climat, tensions politiques…Ces thèmes sont autant de sujets de conversation permanents que de motifs d’inquiétude. Ils constituent assurément de vrais défis et ne portent pas à l’optimisme, dans une société qui peine de plus en plus à se projeter dans l’avenir. Autant dire que s’ils ne sont pas sérieusement empoignés, ils pourraient rapidement miner la confiance de chacun et nous entraîner vers des rivages inconnus.

Nous vivons dans un monde dangereux !

Les faits tout d’abord sont sérieux :

Je rependrais ici les propos de Jean-Pierre Danthine, Professeur et ancien Président de la Banque Nationale Suisse, qu’il a tenus récemment lors d’une conférence organisée par le Credit Suisse. Son constat est sans appel: « Nous vivons dans un monde dangereux ! ». Si, à ses yeux, les dangers se situent à moyen terme en dehors de la sphère strictement économique – changement climatique, remise en cause du système d’économie libérale, rejet des élites, de la science et du progrès, voire même questionnement sur la pérennité de la démocratie – leurs effets politiques, économiques et sociaux collatéraux sont potentiellement très importants et pernicieux dans la durée. La situation pourrait être d’autant plus périlleuse qu’elle s’inscrit dans un contexte économique inédit pour le monde industriel, à savoir le ralentissement, depuis plusieurs années, de la productivité des facteurs de production – seul moteur réel de croissance.

Sommes-nous prêts à affronter les problèmes lucidement, sans sombrer dans le catastrophisme ambiant ?

Ces défis très concrets étant énumérés, le danger d’y répondre avec de mauvaises solutions politiques et économiques est bien réel, l’histoire nous le démontre. Pour ma part, je considère que nous devons affronter les problèmes sans complaisance et avec ambition. Pour la Suisse, comme pour les entreprises, la question centrale est la suivante : Sommes –nous prêts à les affronter lucidement, sans sombrer dans le catastrophisme ambiant ?

Les pessimistes évaluent, à raison, la progression générale des risques. Les optimistes profiteront de cette évaluation pour y chercher des opportunités.

Les constats et nos atouts :

Je livre une réflexion et un constat personnels nourris par les rencontres que j’ai régulièrement avec des entrepreneurs. Je viens de passer quelques jours dans le canton du Jura et j’en suis revenu, une nouvelle fois, ébloui par la qualité des produits et le savoir-faire des entreprises que j’ai visitées. Certes, leurs carnets de commandes ne sont plus aussi pleins que durant les années précédentes, mais les entrepreneurs restent positifs: leurs produits sortent du lot et demeurent souvent sans concurrence. Ces entreprises, comme de nombreuses PME suisses, sont remarquablement agiles, réactives, innovantes. A voir la façon avec laquelle elles ont su surmonter le choc du franc fort ou s’adapter aux exigences de la mondialisation, à observer les efforts qu’elles déploient pour intégrer la numérisation dans leurs processus de production, elles sont indéniablement capables d’aborder d’autres défis, dont celui potentiellement également disruptif en termes économiques et sociaux du changement climatique.

Nous pouvons relever le gant

A l’image des banquiers centraux face à la crise financière, nous devons affronter les problèmes sans complaisance et les gérer au mieux, parfois de façon non conventionnelle. Et même avec ambition. Pays riche, de tradition consensuelle, la Suisse a les moyens de relever le gant pour autant que les conditions-cadres restent favorables au développement économique.

Dans ce nouveau et tumultueux contexte, la formation et l’innovation resteront plus que jamais les pierres angulaires de notre adaptation et de notre avenir.

La Suisse ne compte malheureusement pas de GAFA au nombre de ses entreprises. Elle jouit néanmoins d’atouts fantastiques : elle a su développer des pôles d’innovation très performants, tels ceux de l’industrie pharmaceutique et de la technologie médicale, ou ceux de nos Hautes Ecoles de Zurich et Lausanne notamment. L’EPFZ collabore aujourd’hui très fructueusement avec Google par exemple et l’EPFL est devenue un vivier de start-ups technologiques formidables. Ce sont autant d’atouts à exploiter.

Autre constat: même si les guerres commerciales freinent les échanges commerciaux, la richesse mondiale n’a jamais été aussi importante. Elle continue de croître, mais avec un rythme plus lent qu’auparavant. Selon le Global Wealth Report 2019* publié la semaine passée par le Credit Suisse, la fortune mondiale a augmenté de 2,6% l’an passé. Cette croissance reste certes très inégalitaire. Elle l’est même davantage sur le plan national qu’entre les pays. Ce phénomène résulte de l’évolution des pays émergents. Notons tout de même que c’est dans notre pays que la croissance a été la plus forte l’an dernier et qu’entre 2000 et 2019, la fortune des ménages a progressé de 45%, soit à un rythme annuel de 2%.

Faisons pencher la balance du bon côté

Un facteur immatériel et non quantifiable se révélera cependant déterminant: ce sera notre attitude personnelle et collective. Elle fera, ou non, pencher la balance du bon côté. Restons pragmatiques et résistons à la polarisation qui guettent nos sociétés.

De nouveaux métiers émergeront inévitablement à l’avenir. Il faudra les repérer, les développer et les conserver !
Ce qui ne changera pas en revanche, c’est le besoin de servir impeccablement la clientèle : compétence, proximité et efficacité resteront des facteurs absolument distinctifs. C’est assurément une évidence, mais c’est une réalité qui demande à être vécue véritablement au quotidien.

Dans ses prévisions pour 2020, le Credit Suisse estime que les craintes d’une récession sont exagérées. Si les prévisions de croissance chiffrées à 1,1% pour 2020 et 1,4% pour 2021 sont modestes et en baisse, elles restent tout de même positives. Elles sont portées par la consommation. Donc en grande partie par notre confiance en l’avenir.
En ce qui me concerne, je reste optimiste ! Et si nous faisions tous de même ?

* https://www.credit-suisse.com/about-us/en/reports-research/csri.html

Michael Willimann

Michael Willimann

Michael Willimann est responsable de la Région Suisse romande au Credit Suisse et en charge des affaires PME. Depuis 30 ans, il a inscrit son parcours professionnel au service des entrepreneurs et des PME. Que ce soit dans le lancement d’une nouvelle activité, la restructuration ou la succession d’entreprise, il observe, questionne et accompagne les dirigeants dans leurs discussions stratégiques.

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