Le passage de la course à pied au triathlon

Comme évoqué dans mon premier article pour le blog du Temps « Le mental du sportif blessé », j’ai été victime d’une fracture de fatigue à la suite de l’ultra marathon de la Voie lycienne dans le Sud de la Turquie en octobre 2016, course durant laquelle j’ai parcouru en six jours 250 km (le récit de la course en anglais se trouve sur mon blog). Durant la période où je ne pouvais pas courir, j’ai commencé à nager régulièrement afin de préserver ma condition. Puis une fois totalement rétablie, j’ai ajouté le vélo dans le but de préparer ma saison de course à pied. Et j’ai rapidement profité des bénéfices de l’entraînement croisé que j’évoquais dans mon dernier billet « Cours moins, fais plus de vélo ».

triathlon antalya may 2016_Coraline ChapatteTout à coup, je ne courrais plus seulement, mais je nageais et faisais du vélo. Pas besoin de laisser planer le mystère plus longtemps, vous l’avez déjà deviné, la coureuse à pied que j’étais était en train de devenir une triathlète. Ou du moins en avait l’intention!

Je vais partager, sous la forme de deux volets, comment s’opère une transition de la course à pied au triathlon.

Dans ce billet, je traiterai de mon expérience personnelle et aborderai les questions d’ordres psychologiques et mentales d’un tel changement. Dans le second article à venir, je vous livrerai mes observations et les clés pour réussir son premier triathlon.

 

Duathlon d’abord, triathlon ensuite

En mars dernier, après être monté une dizaine de fois sur mon nouveau vélo de route, j’ai participé à un duathlon à Izmir, sur la côte de la Mer Egée. Un duathlon se déroule sous la forme suivante : course à pied, vélo et course à pied. Il y a plusieurs formats possibles en termes de distances. Celui auquel j’ai participé consistait en 5 km de course, 20 km de vélo et 2.5 km de course. Les distances sont courtes certes, mais le véritable challenge consiste à gérer les transitions. Pour moi, c’était ma première expérience dans la gestion de multiples disciplines dans une même course.

Je peux vraiment conseiller à tout futur triathlète de faire un premier test en combinant deux disciplines avant de passer à trois. Duathlon comme dans mon cas ou alors aquathlon (nation et course à pied). Cela permet de se préparer mentalement et en douceur à l’adaptation à trois disciplines et de découvrir les contraintes auxquelles il va devoir faire face.

Pour ma part, j’ai tout de suite réalisé à l’issue de mon premier duathlon – qui ne s’est pas mal passé soit dit en passant puisque j’ai raté le podium pour 2 secondes – que la préparation d’un triathlon demanderait une sacrée organisation pour combiner non pas deux disciplines comme pour le duathlon, mais trois : natation, vélo et course à pied.

 

Organisation et planification

Pour la coureuse à pied individualiste et solitaire qui préparait ses entraînements par elle-même et qui la plupart du temps courait selon ses envies et de façon spontanée, une nouvelle ère commençait : collaborer avec un entraîneur. Vivant en Turquie, j’ai contacté l’entraîneur de l’équipe nationale turque de triathlon, l’italien Andrea Gabba. Il a directement accepté de devenir mon coach.

Comme vous le savez peut-être, en plus d’écrire et d’être une athlète, je donne des cours de sport et entraîne moi-même plusieurs sportifs. Alors « être de l’autre côté » allait être une expérience intéressante.

Mon premier triathlon avait lieu le 16 mai au Sud de la Turquie au bord de la Mer méditerranée, à Antalya. Mais auparavant j’avais dans mon programme annuel un ultra marathon de 90 km: l’Iznik Ultra à la mi-avril. Je me suis concentrée sur cette compétition entre le duathlon d’Izmir et la course. Bref, de la longue distance et des longues heures d’entraînement à vitesse lente puis courir 90 km en une seule fois laissent des traces à la fois dans l’organisme et au niveau mental.

Mais avec le temps, j’ai appris à considérer cela comme « normal » et tant mes muscles que mon cerveau savent maintenant récupérer rapidement : 45 heures après avoir passé la ligne d’arrivée, je donnais un cours de spinning. L’un de mes prochains billets pour Le Temps traitera de la récupération, ce sera donc l’occasion de développer ce sujet plus longuement à ce moment-là.

Entre cet ultra marathon de 90 km et mon premier triathlon, il y avait exactement un mois. J’ai plein d’amis triathlètes dans mon entourage et à les entendre, faire du triathlon était quelque chose d’hors du commun : ils ne parlaient que de leurs multiples séances d’entraînement et insistaient sur le fait que l’organisation était primordiale. Sincèrement, je pensais que c’était un style qu’ils se donnaient! Qu’est-ce qui pouvait bien être si difficile ?

Evidemment, il y a trois disciplines, mais cela fait des années que je pratique différents sports (fitness, cours de spinning, randonnée, course à pied, un peu de vélo) pour travailler mon endurance et préparer mes courses à pied de moyenne et longue distance.

bike antalya triathlon Coraline Chapatte

A mon retour de l’ultra marathon d’Iznik, j’ai ouvert mon programme d’entraînement préparé par Andrea Gabba. Je me suis immédiatement dit que ça allait être génial : chaque jour deux sessions de sport et plein de sessions avec des intervalles (j’y reviendrai dans mon prochain article). Pour moi qui avait généralement l’habitude de chausser mes baskets et de courir à rythme moyen deux heures ou trois, ça allait faire du changement !

Je dois immédiatement dire que sans un programme d’entraînement préparé par une tierce personne, je n’aurais absolument rien fait la semaine après mon ultra marathon ! Il est toujours très facile de trouver des excuses et surtout de se reposer sur ses lauriers après une course. Mais voilà, je découvrais les premiers avantages de travailler avec un entraîneur : pas d’écart possible, faire ce qui est écrit sans tout remettre en question.

 

Mettre de l’ordre dans le chaos

La première semaine a été un peu chaotique, j’étais évidemment “un peu” fatiguée de mon ultra et jongler entre les trois disciplines me stressait vraiment. Mon organisation laissait fortement à désirer, je réussissais difficilement à trouver le temps nécessaire pour mes sessions d’entraînement. Moralement, j’étais exténuée ! En réalité, je découvrais la vie de triathlète… Donc mes amis n’exagéraient pas en disant que s’entraîner pour un triathlon était difficile.

Le week-end avant la seconde semaine, je me suis assise, pris mon programme d’entraînement entre les mains et planifié jour après jour et heure après heure ma semaine à venir en tenant compte des mes obligations professionnelles. Le programme préparé par mon coach m’indique chaque jour quelles sessions j’ai à faire, mais sans planifier chaque journée heure par heure aucune chance d’arriver à le respecter.

Une des difficultés du triathlon est que vu le nombre élevé de sessions d’entraînement par jour, si vous en manquez une, il est impossible de la faire le jour suivant car le lendemain, deux autres entraînements sont déjà prévus. Une organisation parfaite est incontournable !

 

La disparation de l’ego

Ma préparation pour mon premier triathlon, comme je l’ai dit plus haut, a duré en tout et pour tout un mois. Même si je fais du sport depuis mon plus jeune âge, j’ai réellement l’impression que ces quatre semaines m’ont enseignée beaucoup plus que ce que la course à pied m’a appris en trente ans.

Le fait de jongler constamment entre trois disciplines a un effet très positif sur l’ego. Vous ne pourrez immanquablement pas être au top dans tous les sports. Vous passerez constamment du sentiment de « oh, aujourd’hui j’ai fait un super entraînement » à celui de « mais dans quelle aventure me suis-je lancé ? » en passant par « moi le sportif de longue date qui croyait tout connaître de moi-même, comment est-ce possible d’avoir de telles défaillances ? »

 

Jour J : organisation, visualisation et plaisir

La course en elle-même mériterait un billet séparé, donc je vais faire court et m’en tenir aux points forts ici. Si vous avez envie de lire tous les détails, vous trouverez le récit détaillé de la course sur mon blog en anglais. L’organisation et le sens du détail sont importants. Avant la course, il faut veiller à bien préparer son espace dans la zone de transition et d’organiser ses différentes affaires : casque, lunettes de soleil, chaussure vélo, chaussures de course à pied et gels/bars afin de ne pas perdre de temps lors du passage de la natation au vélo et puis du vélo à la course à pied.

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Avant la course, il faut veiller à bien préparer son matériel.

Mentalement, des exercices de visualisation et la méditation m’ont aidé à arriver calme et sereine sur la ligne de départ. La visualisation est particulièrement importante pour fixer dans le cerveau les différentes étapes de la course et réaliser les opérations de changement de matériel dans le bon ordre lors des transitions.

Au niveau de la motivation et du plaisir, une course de triathlon apporte des sensations différentes celles que lors d’une épreuve de course à pied. J’ai trouvé la gestion de l’effort au point de vue mental plus facile car l’on passe d’un sport à l’autre. Durant les trente-six minutes qu’ont duré la natation, je me motivais en me voyant pédaler sur mon vélo par exemple. Automatiquement le cerveau séquence l’effort en trois parties. Revenir deux fois dans la zone de transition est aussi l’occasion de recevoir des encouragements des proches et des spectateurs.

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Troisième rang dans la catégorie 30+

Pour moi, mon premier triathlon s’est tout simplement déroulé comme dans un rêve. J’avais beaucoup d’appréhension quant à la natation et tout s’est passé merveilleusement bien puisque je me suis hissée sur la troisième marche du podium de la catégorie d’âge 30 ans et plus.

La semaine prochaine, j’évoquerai avec un peu plus de détails la façon dont je me suis entraînée et partagerai avec vous des conseils pour rendre votre passage au triathlon et la préparation de votre première compétition plus facile.

Coraline Chapatte

Coraline Chapatte

Bloggeuse, spécialiste des médias sociaux, chroniqueuse pour plusieurs sites internet turcs et étrangers, coach sportive, conférencière et motivatrice.

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