Il est important que mettre au monde un enfant soit un choix

En 1992, à l’âge de 17 ans j’ai avorté au CHUV à Lausanne. Je sais, aujourd’hui que je suis maman, encore mieux qu’à l’époque, que c’était le meilleur des choix pour ce foetus, le père et moi. C’est bien plus tard que j’ai réalisé que la dépénalisation de l’avortement en Suisse n’a été accordée qu’en 2002!!!!! Je n’ai jamais oublié le regard empathique de l’infirmière quand je lui ai dit que ce n’était pas possible au moment où elle m’annonçait, avec un sourire incertain, que j’était enceinte. Je ne sais pas comment ces professionnels de la santé se sont arrangés de cette entrave à la loi, probablement en écrivant un rapport stipulant que, pour des raisons médicales, l’avortement était favorable, mais je leur en serai toute ma vie incommensurablement reconnaissante!

Je m’imagine donc aujourd’hui dans une situation inverse, où le corps médical n’aurait pas été sensible à mon désarroi face à cette nouvelle. Et ça me fait complètement flipper! Qu’est-ce que j’aurais fait porté à cet enfant, de ressentiment et d’immaturité, de ne pas pouvoir vivre mon cheminement vers l’âge adulte, tout ce qui fait qu’aujourd’hui j’arrive à apporter à mon enfant, stabilité affective, morale, intellectuelle; facultés que j’ai développées en m’impliquant dans le désir fort d’une profession qui me passionne, des relations affectives et amicales, tout ce qui me situe par rapport au monde. J’aurais fait autrement, c’est certain, mais cela n’aurait pas été mon choix. Et je sais à quel point, pour assumer ce bouleversement identitaire qu’est la parentalité, il est immensément important que mettre au monde un enfant soit un choix, un investissement voulu. Pour ne pas faire payer à cet enfant ce non-choix. Les enfants ne demandent pas à venir au monde, contrairement à ce que l’injonction morale à la procréation semble vouloir nous imposer. Je ne sais pas ce qu’il y a dans la tête des Pro life. Mais ce qui est sûr c’est qu’ils nient profondément le fait que la parentalité n’est pas une évidence qui nous comblerait naturellement dans nos questionnements existentiels. Cette expérience comble certainement beaucoup de vide, mais en ajoute également d’autres. Et il faut être solide pour l’assumer.

Merci aux alliés! Restons toujours vigilantes ! Comme le disait notre chère Simone de Beauvoir: “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.”

 

Celine Bolomey, comédienne

En quelques heures, la honte avait définitivement changé de camp

Je vais participer à la grève du 14 juin car je veux remercier les femmes qui ont osé parler, qui ont osé revendiquer les droits que j’ai aujourd’hui. Il est important d’avoir le plus d’égalité possible, qu’il n’y ait plus de discrimination en fonction du sexe, de la couleur de peau, de la religion, de la nationalité. Je veux encourager les femmes qui n’ont pas l’occasion ou la liberté de parler de continuer à se battre.

Le féminisme est un humanisme.

 

Léonie, 13 ans, Genève, Vieille-ville.

 

J’en ai marre qu’on nous considère comme des objets sexuels, qu’on nous juge par rapport à notre physique et qu’on oublie notre intelligence et nos émotions.

À l’Université, après un examen oral très bien noté, un camarade qui a fait moins bien m’a dit :

« Comment t’as fait ? t’es passée sous la table ? »

Je n’avais pas les armes, sur le moment, pour répondre à ça.

Je vais faire grève pour que les filles et les femmes puissent se défendre contre les attaques perpétuelles qu’elles soient physiques ou verbales.

 

Roxane, 25 ans, Genève

 

Lorsque MeToo est sorti, que j’ai vu la déferlante de statuts reprenant ce hashtag sur le mur de mes copines, sur le mien, sur le mur d’inconnues, j’ai posté un message proposant aux femmes pour qui ce serait trop dur de raconter publiquement l’histoire rattachée à ce MeToo de me contacter en message privé. C’était en début de soirée. J’ai passé une nuit blanche à discuter avec des femmes abusées, touchées, violées, battues, sous l’emprise d’un homme, un patron, un collègue, un conjoint, un fils, des femmes insultées en permanence dans la rue, traquées, des femmes qui ne sortent plus, des femmes qui souffrent de dépression car elles ne peuvent plus faire face à la violence machiste de cette société.

J’ai su, au petit matin, que la société avait changé cette nuit là. Dans l’intimité de ces témoignages, un processus s’était enclenché, le combat collectif et massif avait commencé.

En quelques heures, la honte avait définitivement changé de camps.

Le 14 juin sera une journée de lutte collective et organisée, mais la vraie lutte se passe au quotidien et pour chaque femme subissant la domination masculine, nous serons des milliers avec elle.

 

Paule Mangeat, 41 ans, Pâquis

Continuons à nous battre, main dans la main avec des hommes féministes

Ma vision des inégalités, femme née en 1969 dans une famille « traditionnelle »

 

Enfant, je n’ai pas conscience du problème. Elevée avec deux grands frères, je joue avec eux, fais du vélo, du foot, il me semble qu’on est pareil. Je peux faire des travaux manuels et de la couture en primaire, même si cela implique de ne pas faire de vêtements (c’est bien connu, les hommes sont nuls en couture….), ça m’est totalement égal puisque je préfère travailler le bois et la terre.

Plus tard je découvre des dates : droit de vote en Suisse, à Genève, de travailler sans consentement marital, d’ouvrir un compte en banque… et que ces formidables travaux manuels mixtes n’existent que depuis l’année de ma volée.

A l’arrivée de l’adolescence, je prends conscience des inégalités : je suis seule à faire la vaisselle, mes frères pas, même si maman (élevée à l’école ménagère vaudoise, bonjour l’angoisse) dit qu’elle ne fait pas de différence. Grand-maman, sa maman, m’explique que non, à 16 ans je ne peux pas sortir le soir, je suis une fille… Je ressens de l’injustice et à partir de là quelque chose est et reste révolté en moi. Pas seulement pour des questions de genre d’ailleurs, j’ai bien d’autres chats à fouetter : l’éducation/dressage des enfants, les clivages de classe, Tchernobyl, Creys-Malville, le climat déjà et le capitalisme aussi. Et c’est aussi le moment où je réalise que mon corps est un sujet de discrimination : cheveux roux, léger surpoids, boutons ou lunettes… n’importe quelle différence peut être utilisée à charge.

Pour revenir aux inégalités que nous, femmes, subissons quotidiennement, j’ai vu des violences physiques de mon frère envers ma mère, puis subis de la violence conjugale. Témoin ou sujet d’autres formes de violences, plus pernicieuses et difficiles à dénoncer, car nous, nos paroles, sont apparemment moins importantes que celles des hommes : négation de mes capacités professionnelles car je ne suis pas un mâle blanc de plus de 60 ans, mansplaining pour ne pas écouter mes arguments – forts valables au demeurant – en me disant que je ne peux pas comprendre ce qui se joue à un niveau macro dans une structure de moins de 10 personnes… quand mes amis se défendent de ne pas être des machos, sans réaliser qu’ils (et nous aussi) sont imprégnés par l’éducation, les modèles érigés par nos sociétés patriarcales.

Je pourrais faire une liste infinie : ridicule amélioration du partage des tâches domestiques ; salaire et AVS inégaux ; qualité d’écoute et de considération moindres ; manques de respect et violences…. sont quelques uns des arguments qui me confortent dans la nécessité de faire grève, car nous sommes loin de l’égalité; les acquis des précédentes années sont précaires quand on voit par exemple que le droit à l’avortement revient sur le tapis.

Continuons à nous battre, main dans la main avec des hommes féministes.

 

Nathalie Mastail-Hirosawa, 50 ans, quartier de l’hôpital, rédactrice et photographe indépendante, artiste, performer et mère d’une jeune adulte

Les meufS : groupe féministe d’élèves du secondaire II

Les meufS sont un groupe d’élèves du secondaire Ils souhaitent réellement faire un changement dans les établissements tels que le collège, l’école de commerce, l’école de culture générale et les écoles professionnelles. Composé de 1 à 3 représentant(s) par établissement, les meufS souhaitent donner aux élèves une plateforme féministe ouverte, où l’on peut discuter de féminisme, d’expériences personnelles et des problèmes dans les écoles.

Les buts des meufS inclue : le combat contre le harcèlement sexuel et sexiste dans les écoles, la création d’un espace sûr et ouvert pour les élèves souhaitant témoigner ou discuter de problématiques féministes et sensibiliser les profs et les élèves par rapport au harcèlement sexiste et sexuel. En plus de cela, les meufS sont également solidaires avec les femmes* plus exposées aux violences sexistes et sexuelles, telles que les mères ou les femmes dans les lieux de travail, étant nous-mêmes sur le point d’entrer dans la vie active. Les meufS participent également à la grève des femmes* du 14 juin et organisent des activités pour les élèves du secondaire II ce jour-là.

Ce groupe féministe est né principalement de la constatation du harcèlement sexuel et sexiste dans les écoles que ce soit sous forme de commentaires déplacés sur la tenue ou le corps, de phrases sexistes ou même de comportements gênants. Avec cela est venu la constatation que ces comportements étaient normalisés, que ce soit du côté des élèves ou des profs, et que les élèves se sentaient souvent impuissants face à une hiérarchie et direction puissante. Notre déception envers ce système nous a poussé à créer les meufS, afin de mettre fin, une bonne fois pour toutes, aux problèmes liés au genre dans les établissements du secondaire II.

Les MEUFS

Je fais la grève pour les filles et les garçons d’aujourd’hui

Nous obliger à faire de la couture.

Recevoir des « points handicaps » quand on jouait contre une équipe de garçons au foot.

Entendre qu’ « ils sont comme ça» lorsqu’on se plaint de mains baladeuses.

Voir sa mère dépressive à la maison et son père dans sa bulle de travail.

Plus tard, subir trop souvent le ton condescendant et paternaliste.

Voir dans les médias les hommes forts, intelligents, puissants.

Nous représenter lisses, douces, effacées.

L’injustice violente et inacceptable d’un congé paternité inexistant, ainsi que toutes les injustices économiques.

L’énergie toujours renouvelée pour ETRE RESPECTEE COMME UN ETRE HUMAIN A PART ENTIERE

…  fait de moi une femme en colère et en combat intérieur en permanence !

M.

 

Je suis une femme privilégiée et je ferai la grève le 14 juin prochain. Privilégiée car j’ai un travail, un toit, de quoi manger, une couverture d’assurance maladie et que je me sens en sécurité chez moi.

Un travail à temps partiel, ce qui me permet beaucoup de libertés et une présence pour mes enfants. Ce qui veut aussi dire que ma prévoyance vieillesse est toute relative. Et que mes fins de mois ne sont équilibrées que grâce à la solidarité de mon compagnon.

La sécurité à la maison : ça ne fait que trois ans et demi que je me suis sortie de mon enfer. Le système continue à ne pas aider, ni moi, ni mes enfants, malgré les déclarations d’intention. Violences et viols conjugaux sont encore tabous mais bien plus répandus qu’on ne le croirait. Heureusement qu’il y a des associations qui soutiennent les femmes dans ce genre de situation.

Je fais la grève, mais pas au détriment de mes enfants, ni d’autres femmes. Il n’est pas question de les laisser… à une autre femme qui de toute manière ne peut pas se libérer parce qu’elle doit s’occuper de ses propres enfants ?!

J’arrangerai mes horaires, comme toujours, afin de pouvoir concilier mes obligations et mes revendications et envies. Ne pas me mettre en dernière place, même s’il faut jongler avec beaucoup d’éléments. Ça aussi, c’est une raison de faire la grève.

Je fais la grève pour cette amie qui a vécu sans papiers pendant des années, qui tremblait même quand elle a eu un permis B, puis C. Qui n’est tranquille que depuis qu’elle a pu être naturalisée Suisse.

Je fais la grève pour les femmes qui ne peuvent pas la faire, que leur employeur le leur interdise, que leurs finances ne le leur permettent pas, ou que leur situation légale les retienne ; contre toutes les déclarations du genre : « mais oui, les femmes ont droit au même salaire, mais oui elles ont droit à choisir librement leur profession » qui ne sont pas suivies.

Je fais la grève pour les femmes que d’autres femmes piétinent sur le chemin de leur indépendance.

Je fais la grève parce qu’il y a encore et toujours des hommes bienpensants qui paternalisent les femmes, sous un discours d’égalité, qui fait bien dans le débat.

Je fais la grève pour les filles et les femmes qu’on bouscule, dénigre et maltraite parce qu’on en a pris l’habitude. Je fais la grève pour celles qui sont touchées dans leur intégrité morale et physique du fait de faire partie du « sexe faible ».

Je fais la grève pour que les femmes aient vraiment le droit de décider de ce qui concerne leur corps, que ce soit au lit ou chez le médecin.

Je fais la grève pour les filles et les garçons d’aujourd’hui, qu’ils apprennent qu’ils ont une responsabilité commune, des qualités et des compétences qui ne sont pas liées à leur genre de naissance. Qu’ils sont différents, mais qu’ils ont les mêmes droits.

A.

Lettre à notre maîtresse d’école

Lettre de quatre petites filles à leur maîtresse d’école :

Chère Laetitia, nous avons décidé de faire la grève des femmes le vendredi 14 Juin.

Les femmes (nous y compris) subissent de nombreuses injustices tous les jours.

Voici quelques problèmes que nous trouvons importants:

  • Nous, quand nous serons grandes, nous serons moins bien payées que nos frères, nos amis, nos collègues, … pour le même travail.
  • Dans les films que vous avons vus, les femmes ont souvent un rôle plus minime que les hommes.
  • Dans les clips et les vidéos sur Youtube il y a souvent des paroles sexistes.
  • Nous avons pu observer que dans les Manga, films ou dans la réalité, ce sont la plupart du temps les femmes qui font le ménage, la cuisine, s’occupent des enfants… Ex: pour cette vente de pâtisserie il y a très peu de pères qui ont fait des gâteaux, bonbons…
  • Nous avons aussi observé que les hommes prennent beaucoup plus la parole que les femmes pour dire leurs opinions et des fois ils parlent même à la place des femmes.
  • N: Mes grands-parents disent à mon frère qu’il est intelligent et fort et à moi que je suis gentille, belle et mignonne.
  • & C.: Nous, et peut-être d’autres filles, avons peur de faire certaines choses parce qu’il y a des garçons, nous avons peur qu’ils se moquent de nous.
  • : Un jour, j’essayais des habits à Manor. Un monsieur qui devait penser que j’avais 15 ans a commencé à me siffler. De plus, il y avait sa femme à côté.

Il y a plein d’autres problèmes mais nous trouvons que ceux-ci sont les plus importants.

Nous aimerions bien en parler le vendredi matin en classe

 

M. (11 ans), M. (10 ans), N. (10 ans) et C. (11 ans)

élèves de l’école de Meinier

 

Parce que la société demande à une femme politique de prouver qu’elle est compétente

Pourquoi je fais la grève ?

 

Je fais la grève

Parce que j’en ai marre d’entendre des personnes énonçant des propos sexistes affirmer que ce n’en sont pas, et surtout argument suprême, que je manque d’humour ou que j’ai mes humeurs;

Parce que lorsqu’une femme s’exprime tant au niveau personnel, professionnel ou politique, on lui coupe plus fréquemment la parole qu’à un homme ; que durant son intervention elle a droit à plus de commentaires et d’injures !

Parce à ce jour, les femmes sortant en soirée, seules ou en groupe, mettent toujours en place des comportements de protection pour éviter ceux qui ne comprennent pas un NON.

 

Je fais la grève

Pour depuis des années :

– M’empêcher de sourire à un homme et mettre une « armure » pour éviter qu’un comportement aimable soit pris une invitation à aller plus loin,

– devoir supporter des comportements masochistes lorsqu’une femme passe près d’un bastion masculin (bistrot, terrain de sport, etc.);

– devoir éviter la nuit d’emprunter certaines rues, de contourner les parcs lors de déplacement seule à pied ou à vélo ;

Et d’en reprendre conscience lorsque qu’une personne qui m’accompagne exprime son incompréhension face au parcours choisi.

 

Je fais grève

Parce que des filles et des femmes de tout âge se sentent en insécurité de jour comme nuit lorsque des hommes ont un comportement inadéquat à la maison, dans la rue, à la sortie d’un lieu festif, etc. ;

Parce qu’un dimanche après-midi, un homme, n’ayant pas apprécié d’être dépassé à vélo par une femme, mimait des actes sexuels assis sur son vélo en présence de badauds, dont des enfants ;

Et parce qu’en tant que femme, il faut faire constamment attention à s’habiller et se comporter décemment (bien plus qu’un homme) ;

 

Je fais grève

Parce qu’au niveau professionnel à Genève, c’est toujours majoritairement la femme, dans le ménage, qui travaille à temps partiel et qui s’absente de son travail en cas d’une obligation familiale liée aux enfants ;

Parce qu’à travail égal, son salaire est fréquemment plus bas que celui d’un homme et qu’elle aura droit à des prestations sociales moindres lors de sa retraite.

 

Je fais grève

Parce que la société demande à une femme politique, à contrario de son homologue masculin, de prouver qu’elle est compétente pour la fonction qu’elle convoite ; et qu’une grande partie des médias continue à parler de sa tenue vestimentaire et de son sourire dans un article politique ;

Parce que le plafond de verre est loin d’être brisé ;

Parce que malgré le fait que les femmes représentent la moitié de la population, elles sont toujours insuffisamment rendues visibles par les médias tout au long de l’année (exception faite en 2019 ?).

 

Pour finir, je fais grève

Parce que suite à la lecture de ce texte, des femmes et des hommes, vont se dire, elle manque de distance, elle chipote, elle est mal…

ET parce qu’il faut revendiquer continuellement pour une EGALITE DE FAIT en illustrant la situation par des problèmes rencontrés quotidiennement, régulièrement.

 

Laurence Corpataux, 58 ans, conseillière municipale en Ville de Genève

Je pense que je m’en voudrais si je n’agissais pas pour que cela change

Étudiante à l’université et employée dans un laboratoire de microbiologie pour des petits travaux non qualifiés je n’en peux plus des inégalités que subissent, entre autres, les femmes. En tant que femme de couleur, j’ai subi de nombreuses discriminations et ai été témoin de tant de commentaires/agressions sexistes/racistes/homophobes que la coupe est PLUS que pleine. Je veux que les choses changent, et maintenant.

Et je pense que je m’en voudrais si je n’agissais pas pour que cela change.

Je compte donc refuser de travailler ce jour-là et suis déjà exemptée d’examens à l’université, grâce aux belles actions mises en place et des gens qui se sont mobilisés pour cela!

Océane

 

Pour les rentières la vie n’est pas toujours drôle. L’AVS et les rentes du 2e pilier perdent de leur pouvoir d’achat. Faire la grève pour demander la consolidation de la prévoyance vieillesse.

Je n’ai eu droit au 2e pilier qu’après mes 40 ans.

Line, 79 ans

 

Au travail on a un nouveau chef qui a de petits commentaires sexistes. Du genre les hommes règlent mieux leurs problèmes directement pendant que les femmes se crêpent le chignon. Les hommes boivent leur café fort et les cafés longs c’est pour les bonnes femmes. Quand on m’a engagée, on m’a fait tout un discours autour du fait que je devais me vacciner avant d’avoir des enfants. Je lui ai répondu que je n’en voulais pas et elle m’a dit que j’étais trop jeune pour avoir ce genre de réflexions et que j’allais forcément changer d’avis, parce qu’une femme veut forcément avoir une famille.

Maria, 
29 ans, Grand-Lancy, HUG

Le 14 juin 2019 je ferai grève et la représentation n’aura pas lieu

Des quatre femmes que compte l’équipe de création du spectacle « Mon chien-dieu », je suis la seule visible sur le plateau. J’ai choisi de mettre un pied dans l’engrenage théâtral pour qu’il se grippe, l’espace d’un jour.

Le temps de la réflexion.

Le 14 juin 2019 je ferai grève et la représentation n’aura pas lieu.

Parce que la demi-mesure ne suffit plus et qu’il s’agit de créer une onde de choc permettant de nouvelles avancées féministes et sociales.

Cette décision est le fruit d’une longue réflexion. Elle n’est pas facile. Elle ressort de mon initiative, de mes revendications, mais elle a été rendue possible parce que l’équipe qui m’entoure et le Théâtre m’ont soutenue dans cette démarche.

Je ne fais pas grève parce que mes conditions d’engagement ou de travail sur ce spectacle en particulier sont problématiques. Je fais grève parce que plutôt que de penser individuellement, je choisis de penser au collectif.

En ce 14 juin, je souhaite que cette institution culturelle mise à l’arrêt nous permette à toutes et à tous de faire un point.

Parce que dans le domaine culturel (aussi !), des inégalités subsistent.

Parce que les différences de salaires entre les hommes et les femmes survivent sans raison.

Parce que les compétences féminines ne sont pas assez valorisées.

Parce que si il y a de nombreuses comédiennes, costumières, maquilleuses, nous avons besoin d’encore plus de régisseuses, de régisseuses générales, de programmatrices, de metteures en scène, de directrices, de directrices techniques, de créatrices lumière, de créatrices son, de techniscénistes, de machinistes, de cintrières, de cheffes constructeur, de scénographes, de dramaturges, de directrices comptables et financières, de productrices, d’administratrices.

Parce que le sexisme banalisé blesse et entrave la création artistique.

Parce que le théâtre véhicule encore parfois des visions stéréotypées de la femme.

Parce que la difficulté de concilier grossesse, maternité et profession est réelle.

Pour toutes ces raisons et pour d’autres, je participerai à la grève des femmes.

Si le 14 juin vous n’entendrez pas ma voix, pas plus que celle de Douna Loup, l’autrice de « Mon chien-dieu », c’est que je la ferai entendre autrement, en la ralliant par solidarité à celle des femmes du monde entier, visibles ou invisibles.

J’espère que vous nous entendrez.

Charlotte Dumartheray – Théâtre du Loup, pour le 14 juin 2019

 

Mes entretiens d’embauches se sont presque toujours tournés autour de mes enfants

Il y a à peu près vingt ans, quand je suis arrivée en Suisse, je cherchais du travail dans une banque comme lorsque j’habitais en Colombie. Une de mes filles avait 7 ans et l’autre 10 mois. Mes entretiens d’embauches se sont presque toujours tournés autour de mes enfants, de comment j’allais les garder, si j’avais une nounou, si ils allaient à la crèche. Le fait de venir d’ailleurs est une difficulté de plus. 
Ça n’est pas le sujet d’un entretien, ils n’ont qu’à regarder les diplômes, le parcours. C’était très présent à l’époque. On ne demande jamais ça à un homme. Mon conjoint, on ne lui a jamais posé la question, il a trouvé du travail au bout d’un mois et demi et moi au bout d’un an. J’ai arrêté de chercher dans la banque, je trouve que c’est un milieu très, très macho en Suisse. Si tu es une femme et que tu as des enfants, on te met des bâtons dans les roues. Même si l’homme a des enfants, il ne vivra pas ça.

Gisèle,
 48 ans, Lancy, vendeuse

 

Quand j’étais petite, je voulais être astronaute mais on m’a toujours dit que c’était un métier de garçon. Mon prof de physique me disait qu’il fallait être « bon en science ». Bon, pas bonne.
Mes collègues savent que je fais grève, que je me renseigne, que j’en parler autour de moi, que je me positionne. L’autre jours, trois collègues masculins m’ont coincée dans l’ascenseur et m’ont dit « alors, tu fais moins la maline hein? ». C’est quoi ça, si ça n’est pas du harcèlement sexiste? Je veux un congé parental, je pense que les premiers mois de la vie d’un enfant peuvent être très isolants pour la mère. Les hommes auraient tout intérêt à vivre les premiers mois de leur enfant, à pouvoir construire cette relation privilégiée. L’égalité profite à tous, elle combat aussi le mythe de la virilité qui nuit aux hommes, leur met une pression de concurrence, de performance, les force à cacher leur sensibilité et à passer moins de temps en famille.

Cheffe de projet, 
38 ans, maman d’un enfant de 6 ans, mariée à un homme solidaire

 

Je fais la grève pour plusieurs raisons, Tout d’abord, pour les inégalités salariales. J’étais très choquée par les statistiques. Faire grève ici montre aussi qu’on est solidaire envers les femmes d’autres pays dont les droits ne sont pas forcément respectés.
Je me suis intéressée à ce mouvement il y a un an. J’étais avec un partenaire qui avait beaucoup de stéréotypes de comment devait être une femme. Je me suis rendue compte qu’il voulait me changer. Il trouvait qu’une femme ne doit pas boire, ne pas crier, ne pas être provoquante. Ça ne me choquait pas au début parce que j’étais amoureuse mais ça a fini par me questionner. Je trouve que si toutes les femmes devaient se comporter comme ça, ce serait inhumain.

Justine, 18 ans, étudiante, maturité artistique ECG, Arzier