La crise actuelle met en lumière l’interdépendance des acteurs économiques

Une étude confirme que la pandémie de coronavirus cause des difficultés d’approvisionnement, d’écoulement des produits et une détérioration des paiements pour de nombreuses entreprises. Cela montre à quel point l’économie est imbriquée. Il s’agira d’en tirer des leçons le moment venu.

Les informations sur la pandémie du Covid-19 qui arrivent en rafale chaque jour montrent à quel point le monde de l’économie est secoué par cette crise sans précédent. Les mesures sanitaires drastiques prises dans le monde induisent des problèmes en cascade pour les entreprises. Une enquête réalisée par la faîtière economiesuisse montre qu’une grande partie d’entre elles éprouvent déjà des difficultés à vendre leurs produits et services en Suisse. Les fournisseurs du secteur de la restauration, des hôtels, des organisateurs d’événements et des artisans sont fortement impactés par les interdictions liées à l’état d’urgence. Les autres fournisseurs du commerce de détail rencontrent des problèmes similaires.

Une tendance très semblable s’observe dans l’approvisionnement en composants et en produits intermédiaires, plongeant les entreprises dans de grandes difficultés. Celles-ci se font l’écho de retards dans la livraison de produits en provenance d’Asie ces dernières semaines. Cependant, des engorgements se produisent de plus en plus dans les importations en provenance de nos voisins européens. Les fournisseurs suisses ont eux aussi, parfois, du retard.

Les avantages d’une diversification

L’effet domino auquel on assiste montre à quel point l’économie mondiale est imbriquée et interdépendante. Une fois la crise passée, il sera indispensable de mener des réflexions sur les chaînes d’approvisionnement et la localisation des fournisseurs. Cependant, comme le dit cette semaine dans la presse Jérôme Cosandey, directeur d’Avenir Suisse, «dans cette même crise, les avantages d’une diversification géographique ne peuvent pas être ignorés non plus». Si l’épidémie est venue de Chine, cette dernière semble avoir surmonté la première vague du Covid-19, alors que l’Europe la subit actuellement de plein fouet. Du coup, l’Asie peut désormais de nouveau exporter du matériel sanitaire dont nous avons bien besoin, tout comme d’autres produits nécessaires à notre économie. «Penser trouver son salut uniquement au sein de l’Europe serait une approche insuffisante», souligne-t-il avec raison.

Pour l’heure, les entreprises estiment qu’un retour à la normale ne se produira avant au moins six mois. Cette estimation repose sur le postulat crucial qu’il n’y aura pas de «shutdown» généralisé. C’est pourquoi les entrepreneurs demandent aux autorités de pouvoir continuer à maintenir leur production. De nombreuses sociétés sont dans l’incapacité de poursuivre leurs activités parce que des sous-traitants sont à l’arrêt. Tout ne peut pas être stoppé d’un coup: l’économie doit pouvoir continuer à produire dans la mesure du possible, dans le strict respect des contraintes sanitaires. Le redémarrage espéré à terme en sera facilité. Le Conseil fédéral n’a pas dit autre chose lors de la conférence de presse de ce mercredi.

Cette crise constitue aussi l’occasion de saluer l’engagement et le courage de toutes celles et de tous ceux qui, en dépit de ce contexte douloureux et anxiogène, continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes en étant au front.

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Coronavirus: les «remèdes» pour soutenir l’économie existent

L’épidémie de Covid-19 commence d’impacter durement certains secteurs économiques. Le préjudice aux entreprises dépendra de la durée de la crise sanitaire. Les solutions pour en atténuer les effets ne manquent pas. Tour d’horizon des pistes à explorer.

C’est le magazine «Bilan» qui avance le chiffre dans son édition de cette semaine: le coût financier de l’épidémie de coronavirus aurait déjà atteint le milliard de francs pour l’industrie suisse de l’événementiel. L’interdiction fédérale de tout rassemblement de plus de 1000 personnes jusqu’au 15 mars a provoqué de nombreuses annulations et, par cascade, des dégâts financiers majeurs. Des licenciements ont été prononcés, alors que des faillites sont redoutées. Si ce secteur est durement touché, c’est bien l’ensemble de l’économie suisse qui tourne aujourd’hui au ralenti.

L’ampleur de l’impact sur les entreprises reste encore difficile à estimer. Elle dépendra de la durée de la crise sanitaire. Si celle-ci n’excède pas deux mois, la plupart des sociétés pourront se relever. Au-delà, les dommages risquent d’être considérables. De nombreux pays et autres organisations ont déjà annoncé des mesures de soutien se chiffrant en milliards. La Commission européenne a décidé mardi de créer un fonds de 25 milliards d’euros pour aider les membres de l’Union européenne, alors que la Grande-Bretagne a annoncé hier un plan de 30 milliards de livres pour soutenir l’économie face à l’impact de l’épidémie.

Options envisageables

Et en Suisse, où en est-on? L’idée d’allouer une partie des milliards de francs que la Banque nationale suisse (BNS) va verser aux cantons afin de soulager les entreprises en difficulté fait son chemin un peu partout dans le pays, et dans tous les milieux. Nous n’en sommes pas encore là. Dans l’immédiat, d’autres options sont envisageables, comme le recours au chômage partiel. A cet égard, la Confédération a réduit hier de dix à trois jours le délai pour déposer des demandes de réduction de l’horaire de travail. Cette mesure permettra à nombre de sociétés déjà impactées de laisser passer un «orage» que l’on espère le moins dommageable possible. On peut aussi imaginer de demander aux collectivités publiques d’accélérer les paiements dus aux sociétés privées, ou encore d’envisager de différer de quelques mois, sans pénalité, le paiement des impôts qui leur sont dus par les entreprises. Enfin, les autorités compétentes seraient également bien inspirées de faire preuve de souplesse dans la prise en considération des cas de quarantaine.

Pour le reste, les entreprises et les citoyens peuvent contribuer à enrayer la propagation de l’épidémie, et par là même, son funeste impact en respectant les prescriptions émises par la Confédération. Toutes les informations utiles sont disponibles sur le site de la CVCI à l’adresse www.cvci.ch/coronavirus.

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La globalisation, oui, mais avec pondération

L’épidémie de coronavirus met en lumière une réalité préoccupante: la Chine regroupe une grande partie de la production mondiale de principes actifs médicamenteux. Si la mondialisation est profitable, il est peut-être temps d’adapter ce modèle aux réalités du XXIe siècle.

Le journal «Le Temps» annonçait la semaine dernière l’imminence d’une «grave pénurie de médicaments». En cause: la concentration des fournisseurs de matières premières en Asie, où la pharma occidentale a délocalisé une grande partie de sa production dans les années 2000 afin d’optimiser ses coûts. De nombreux antidouleurs et antibiotiques commencent déjà à manquer dans les pharmacies de notre pays.

L’épidémie de coronavirus qui sévit actuellement en Chine accentue le phénomène, car elle paralyse les chaînes de production et, donc, d’approvisionnement. Elle met surtout en évidence la vulnérabilité que fait peser cette délocalisation sur le système sanitaire. Dans ce contexte, le groupe pharmaceutique Sanofi a communiqué lundi qu’il allait «regrouper en une nouvelle entreprise autonome certaines de ses activités européennes dans les principes actifs pharmaceutiques, des molécules essentielles entrant dans la composition de tout médicament, dans un contexte de dépendance croissante des laboratoires mondiaux vis-à-vis de la production asiatique». La nouvelle filiale doit réunir six des onze sites de fabrication de principes actifs que compte l’entreprise en Europe. La nouvelle entité, forte de 3100 employés, aura son siège en région parisienne.

Voilà un signal intéressant. L’idée, bien sûr, ne consiste pas à remettre en question la mondialisation. Les échanges internationaux demeurent indispensables à la prospérité générale et ont permis de réduire les inégalités dans le monde. Le cas soudain et extrême de l’épidémie vient simplement nous rappeler que les concentrations industrielles ne sont pas toujours souhaitables, a fortiori lorsqu’elles se trouvent à l’autre bout de la planète. A une époque où le changement climatique devient un enjeu central pour nous tous, produire plus près ne peut qu’améliorer notre bilan carbone.

Tendance en hausse

Rapatrier sa production est une tendance que l’on observe depuis quelques années en Occident, même en Suisse. La raison principale? Le coût du travail, qui a souvent été à la base d’une décision de délocalisation, augmente également dans les pays lointains. De fait, les économies obtenues sur la main-d’œuvre ne compensent plus les coûts logistiques et douaniers. Relocaliser est aussi en phase avec l’exigence de proximité que revendiquent toujours plus de consommateurs. Les entreprises y trouvent leur compte en termes d’image et de notoriété. D’un point de vue logistique, à l’heure de l’industrie 4.0, la relocalisation s’avère aussi payante, car elle permet de réduire les coûts, d’améliorer les délais de livraison et, point non négligeable, le service à la clientèle.

Il est peut-être temps de reconsidérer la globalisation à la lumière des nouveaux paradigmes de ce siècle. Elle a du bon, mais avec modération.

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La 5G mérite mieux qu’un moratoire

Le canton de Vaud a décidé de ne pas autoriser la construction de nouvelles antennes dans le sillage du rapport fédéral portant sur le déploiement de cette technologie sur le territoire suisse. Et pendant ce temps, l’économie doit ronger son frein.

On appelle cela familièrement «refiler une patate chaude». La semaine dernière, le Conseil d’Etat vaudois a annoncé qu’il interdisait la construction de nouvelles antennes 5G sur son sol jusqu’à ce que la Confédération mette «à disposition des cantons certains outils permettant, notamment, de vérifier que ces installations respectent les valeurs limites en matière de rayonnement». Il s’abrite derrière le principe de précaution. Il a beau jeu de le faire, d’ailleurs, car le rapport publié fin novembre sur mandat du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) portant sur le déploiement de la 5G sur le territoire suisse ne livre guère de conclusions claires… Devant ce flou fédéral, le gouvernement vaudois consent toutefois à accepter les modifications d’antennes dites mineures qui n’impliquent pas d’augmentation de leur puissance.

Il est louable de vouloir préserver la santé de la population face à une technologie que certaines études accusent d’induire un risque sanitaire. Or, et c’est bien là son seul mérite, le groupe de travail mandaté par le DETEC «constate que, jusqu’à présent, aucun effet sanitaire n’a été prouvé de manière cohérente en dessous des valeurs limites fixées dans l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI) pour les fréquences de téléphonie mobile utilisées actuellement». Or, avec ou sans moratoire, les opérateurs respecteraient ces limites, tant pour la 3G, la 4G ou la 5G. Des valeurs qui, soit dit en passant, sont dix fois moins élevées que dans d’autres pays! Les experts estiment en outre que 90% du rayonnement auquel nous sommes exposés ne dépend que de nous: il s’agit du smartphone que nous gardons longuement à l’oreille au lieu d’utiliser une oreillette avec micro intégré, du wifi que nous laissons activé en permanence, du téléphone conservé près de soi la nuit sans l’éteindre ou encore du PC portable posé sur les genoux. Il est donc aisé de limiter les risques d’exposition aux ondes.

Technologie indispensable

Disons-le clairement: dans ces conditions, les moratoires décrétés par les cantons n’ont pas lieu d’être, et ils doivent conséquemment être levés. Des voix s’élèvent même pour dénoncer leur caractère illégal au regard de la législation fédérale en la matière. Les réseaux sont presque saturés dans les grandes villes. Si la 5G paraît surfaite pour l’utilisateur lambda, l’économie, elle, attend avec impatience le déploiement d’une technologie indispensable pour le développement prometteur de l’internet des objets connectés. Songeons aussi aux diverses applications médicales possibles et aux drones. Le canton de Vaud, où le moratoire dure depuis le mois d’avril, a déjà pris beaucoup de retard dans la couverture de la 5G. Pendant ce temps, les opérateurs de téléphonie mobile investissent dans des cantons moins réfractaires au progrès.

Il est possible de développer un réseau performant dans le respect de normes sévères en matière de santé publique. S’agissant de la 5G, un peu de discernement ne ferait pas de mal à nos autorités, qu’elles soient fédérales ou cantonales.

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Timbrer ou pas? La question va bien au-delà

Le fait d’enregistrer son temps de travail, usage qui remonte à l’époque industrielle, est-il un facteur de réduction du stress? Une étude aborde la problématique sans vraiment répondre à cette question, tout en suscitant un vrai débat de société.

Lorsque l’on parle de timbrage, nous sommes nombreux à avoir la vision d’une usine avec son lot de travailleurs à la chaîne en bleu de travail. A l’heure où l’agilité et la flexibilité sont érigées en vertus, cette image peut réellement paraître d’un autre temps. Il est vrai que depuis quelques années, on tend à supprimer l’obligation de timbrer ou à en simplifier la procédure. Une révision législative fédérale a d’ailleurs introduit, le 1er janvier 2016, un régime dérogatoire. L’article 73a de l’Ordonnance 1 relative à la loi sur le travail prévoit ainsi la possibilité de ne plus enregistrer le temps de travail pour les employés touchant un salaire brut annuel de plus de 120’000 francs et disposant d’une grande autonomie dans l’organisation de leur travail, y compris dans l’aménagement de leurs horaires.

C’est dans ce contexte que le Secrétariat d’État à l’économie a mandaté l’Université de Genève pour évaluer l’impact des mesures d’accompagnement sur la durée du travail effectif, le stress au travail, la conciliation famille-travail et la santé des travailleurs. Sa conclusion principale: les personnes qui renoncent à timbrer ou qui effectuent un enregistrement simplifié travaillent plus longtemps et ont plus fréquemment des horaires atypiques. Les employés qui ont renoncé au timbrage travaillent ainsi 45,6 heures en moyenne contre 41,8 heures pour les travailleurs au bénéfice de l’enregistrement simplifié et 39,6 heures dans le cas d’un enregistrement systématique du temps de travail.

L’étude ne met pas en évidence un lien direct entre la modalité d’enregistrement du temps de travail et l’exposition à un risque de stress important. Cependant, ses auteurs observent que «l’absence de mesures d’accompagnement dans l’entreprise et l’insatisfaction vis-à-vis du mode d’enregistrement des heures de travail sont significativement corrélées avec un niveau de stress élevé». L’étude montre surtout que ceux qui renoncent à timbrer ne sont pas en moins bonne santé et ne sont pas davantage stressées que les personnes qui enregistrent systématiquement leur temps de travail, dès le moment où leur entreprise introduit des mesures d’accompagnement. Au passage, il est piquant d’observer le paradoxe suivant: de nombreux employés dénigrent le timbrage sous prétexte qu’ils se sentent surveillés. D’un autre côté, toutefois, enregistrer le temps de travail leur assure de ne pas bosser au-delà de ce que leur contrat prescrit.

Un défi pour les managers

Au-delà de ces constats, la question du stress me paraît relever d’un plus vaste débat de société, car elle déborde largement du cadre professionnel. Les individus ne sont pas soumis à un rythme élevé qu’au bureau ou à l’usine: la pression est également présente dans le cadre de la vie privée. La famille, les aléas de l’existence et la dépendance grandissante aux réseaux sociaux soumettent les gens à une spirale incessante qui finit par mettre la santé à rude épreuve. Pour les chefs d’entreprise, cette tendance lourde représente un défi. Aucun d’entre eux ne souhaite voir ses collaborateurs partir en burnout, car cela implique un surcroît de travail pour les collègues, une réorganisation temporaire, voire le report de décisions stratégiques. Sans parler, bien entendu, du coût humain pour ceux qui en sont victimes

Alors, faut-il timbrer ou pas? Ce n’est qu’une partie de l’équation à laquelle sont confrontés aujourd’hui les managers dans le tumulte du XXIe siècle. A eux de résoudre au mieux les variables qui sont de leur ressort.

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La déconnexion numérique est une question de bon sens

Déferlante digitale oblige, chacun d’entre nous peut être joint partout, en tout temps. Les entreprises doivent-elles édicter des directives claires pour encadrer cette évolution? Ou faut-il légiférer? La réponse relève d’une certaine évidence.

Le smartphone est devenu un compagnon indispensable pour l’immense majorité d’entre nous. Une étude fédérale présentée cette semaine montre que les 16-25 ans y consacrent 4 heures par jour en moyenne, contre deux heures et demie pour les personnes âgées entre 40 et 55 ans. Cette enquête montre aussi que les jeunes sont plus conscients de leur dépendance à internet que les adultes. Dans les faits, le téléphone portable remplace allègrement l’ordinateur. Il n’est dès lors pas évident de tracer une frontière entre l’usage privé ou professionnel de ce nouveau graal de la communication. Des voix s’élèvent d’ailleurs pour demander que l’Etat légifère dans ce domaine pour préserver la sphère personnelle des employés. Par voix de motion, en 2017, une élue a demandé au Conseil fédéral (CF) d’édicter une loi pour accompagner l’évolution technologique du travail («Déconnexion en dehors des heures de travail»).

Les sept Sages n’ont pas jugé utile de donner suite à cette intervention. Ils ont souligné que, pour protéger la santé des travailleurs, il est important de définir des laps de temps pendant lesquels le travail doit être fourni et d’autres pendant lesquels il n’a pas à l’être. Dans la pratique, le CF juge déterminante la façon dont est concrètement réglementée la joignabilité dans l’entreprise. Cela peut se faire par des directives internes, par des clauses dans le contrat de travail, ou encore par des accords passés avec la représentation des travailleurs dans l’entreprise ou par des accords collectifs conclus entre les associations de travailleurs et les associations d’employeurs.

Une réflexion à mener dans chaque entreprise

Cette vision des choses répond à une certaine logique. Régler la question du droit à la déconnexion par la loi est à la fois trop compliqué et trop contraignant, tant les entreprises diffèrent les unes des autres par leur taille et par leurs secteurs d’activités. En outre, chacun réagit différemment face au mail professionnel du samedi soir: certains y répondront parce que cela les rassure alors que d’autres préféreront ne l’ouvrir que le lundi matin. A mes yeux, une politique de RH moderne oblige chaque firme à se préoccuper de cette question. La santé des collaborateurs relève de la responsabilité des employeurs, car l’on sait quel peut être le coût humain et professionnel d’un burnout. Une réflexion doit être menée dans chaque société, surtout à une époque où les modes de vie évoluent vite: les jeunes talents, en particulier, recherchent plus de liberté et souhaitent davantage du télétravail. Il s’agit dès lors de veiller à ce que les «règles du jeu» soient en adéquation tant avec les impératifs de rentabilité de l’entreprise qu’avec les contraintes et les desiderata des employés.

Cela dit, ne soyons pas trop naïfs: de nombreux chefs d’entreprise constatent que des collaborateurs alternent allègrement activités professionnelle et privée au travail, que ce soit avec l’ordinateur du bureau ou avec leur propre smartphone. Une petite commande chez Zalando par ici, une réservation de vol chez Easyjet par là ou encore une recherche sur le prochain festival musical sont monnaie courante. Il s’agit donc de faire de l’ordre et d’appliquer des règles claires pour l’ensemble des collaborateurs. C’est ainsi qu’une entreprise moderne pourra attirer de jeunes talents et prévenir le surmenage professionnel. Il faut pour cela édicter des règles sur mesure, mais surtout pas de lois. C’est une simple question de bon sens.

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La gouvernance du CHUV s’invitera dans le débat électoral

La redéfinition du statut du Centre hospitalier universitaire vaudois sera sans doute l’un des thèmes les plus chauds de la campagne de ce printemps, qui désignera le nouveau responsable du Département de la santé et des affaires sociales (DSAS).

Établissement-phare de la santé cantonale, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) n’est actuellement qu’un service de l’État, directement soumis à l’autorité du chef du DSAS. Une situation pour le moins incongrue dans la mesure où les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui sont d’une taille similaire, n’ont pas de lien aussi direct avec le pouvoir politique, et cela même si celui-ci est largement représenté au sein du conseil d’administration. À Zurich, à Bâle ou à Berne, les grandes structures hospitalières varient quelque peu, mais elles comprennent toutes un organe de surveillance stratégique, qui englobe également plusieurs établissements affiliés.

À une époque où les défis stratégiques et financiers du système de santé suisse n’ont jamais été aussi grands, cette singularité structurelle soulève de sérieuses questions. La principale relève de l’évidence: le conseiller d’Etat en charge de la Santé est à la fois juge et partie. Il arbitre les financements croisés, puisque le canton finance une partie des soins et décide comment cet argent est dépensé dans le cadre du CHUV, ainsi que de la politique d’acquisition des équipements lourds. Il se prononce en outre sur le nombre de lits accordés au domaine privé. Cette double casquette d’employeur et «subventionneur» est source de conflits d’intérêt, et nuit tant au fonctionnement de l’établissement que de celui du secteur. Avec son budget annuel de l’ordre de 1,7 milliard de francs, le grand hôpital des hauts de la capitale a urgemment besoin d’une métamorphose afin de répondre aux normes actuelles de gouvernance d’entités de cette taille.

Une mise à jour indispensable

Cette évidence ne date pas d’hier: en août 2017 déjà, les quatre principales organisations économiques cantonales, dont la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, ont publié un catalogue de mesures qu’elles jugent utiles à l’avenir du canton. La transformation du CHUV en établissement autonome de droit public, doté d’un conseil d’administration, y figure en bonne place. Partout, la pression augmente pour une meilleure gouvernance, plus transparente, plus indépendante. Financé par les deniers publics et privés, pourvoyeur de plus de 10’000 emplois, le CHUV ne peut échapper à cette indispensable mise à jour, qui ne s’apparente pas une privatisation comme le chef actuel du DSAS se plaît à l’insinuer sur tous les tons. Une approche moderne et ouverte de la gestion hospitalière doit conduire à une optimisation de la maîtrise des coûts et des ressources. Une gouvernance régie par un organe propre permettrait de mettre en œuvre une stratégie autonome et dynamique. Le conseil d’administration d’une telle entité serait notamment constitué de spécialistes indépendants dans des domaines aussi divers que la santé, le management, les ressources humaines, les finances ou encore le transfert technologique

Cette question est d’une totale actualité: une initiative parlementaire lancée l’été dernier demande l’adoption d’un projet de loi sur le CHUV dans le but d’en redistribuer les responsabilités, de rendre l’appareil plus autonome, plus transparent, et ouvert à des experts externes. En comparaison intercantonale, il est l’unique hôpital universitaire qui ne bénéficie pas d’une certaine autonomie définie par la loi.

Avant de se déterminer pour le premier tour de cette élection complémentaire, agendé le 17 mars prochain, un regard averti sur les intentions des candidats dans ce dossier primordial s’impose de toute évidence.

Crédit photo: SAM-CHUV