Un vent d’optimisme qui plaide pour l’ouverture

Un sondage révèle que près de 40% des PME vaudoises se disent optimistes quant aux perspectives de reprise après la pandémie. Pérenniser la voie bilatérale avec l’Europe ne pourrait que renforcer ce message encourageant de l’économie.

C’est une bonne nouvelle dans le contexte chahuté de l’après-crise sanitaire. Selon les résultats d’un sondage réalisé par la BCV entre le 15 et le 29 mai, près de quatre PME vaudoises sur dix sont optimistes ou très optimistes en ce qui concerne les perspectives de reprise. Dans le même temps, celles qui se disent pessimistes et très pessimistes sont deux fois moins nombreuses. Si 48% des PME anticipent une baisse de leurs ventes sur l’année, elles sont en revanche 41% à envisager une stabilité de leur chiffre d’affaires et même 11% à attendre une progression dans l’année à venir. L’appréciation varie naturellement d’un secteur économique à l’autre, mais le message envoyé n’en est pas moins encourageant.

Ce vent d’optimisme est d’autant plus bienvenu qu’une échéance capitale se profile le 27 septembre, avec la votation sur l’initiative dite de «limitation». C’est une évidence: la suppression de la libre circulation avec les pays de l’Union européenne, que ce texte prône, porterait un coup terrible à notre économie. Plus de la moitié de notre production est exportée vers l’Europe. Des relations stables avec ces nombreux voisins sont indispensables, a fortiori en cette période d’incertitude, si nous voulons maintenir les dizaines de milliers d’emplois qui dépendent de ces échanges. Maintenir les accords existants avec Bruxelles donnerait en outre la visibilité nécessaire aux entreprises pour aller de l’avant. L’incertitude n’est jamais favorable au commerce.

L’instabilité qui règne depuis plusieurs années sur le plan géopolitique constitue une source d’inquiétude. Un certain protectionnisme refait surface, notamment chez les grandes puissances économiques, qui disposent toutes d’un grand marché intérieur. Ce n’est pas le cas de notre pays, qui gagne deux francs sur cinq grâce aux exportations. Des relations fortes et durables avec notre principal marché sont essentielles dans cette période pour le moins incertaine. Rompre avec notre premier partenaire commercial serait irresponsable au moment où les droits de douane et les barrières commerciales se multiplient un peu partout dans le monde.

Le front uni qui défend la voie bilatérale – le Conseil fédéral, la quasi-totalité des partis, les associations économiques et les organisations syndicales – ne s’y trompe pas: la Suisse a tout à gagner en pérennisant le partenariat fécond avec l’UE. Certains ironisent sur l’union de façade qui prévaut entre patronat et syndicat dans cette bataille. Il n’y a là rien d’incongru: tous se battent pour une juste cause, l’emploi. Après les tourments sanitaires et économiques que nous venons de traverser, il serait fou d’ajouter une crise institutionnelle aux conséquences dévastatrices.

Dire non à cette initiative, c’est dire oui à l’avenir de notre pays.

Photo: AdobeStock

Prolonger les RHT pour conserver les compétences

Restaurer la confiance des acteurs économiques n’est guère aisé en ces temps de pandémie mondiale. Cela passe notamment par une extension des réductions d’horaire de travail, instrument qui a largement fait ses preuves ces dernières années.

Le Baromètre de l’emploi au 1er trimestre 2020, publié hier par l’Office fédéral de la statistique (OFS), indique que le nombre de places de travail a reculé de 0,1% par rapport au trimestre précédent. Une baisse infime. Mais cela, c’était avant que le Covid-19 déferle sur la planète. Calculé sur la base de ces données, l’indicateur des prévisions d’évolution de l’emploi n’avait plus été aussi bas depuis le 3e trimestre 2009, poursuit l’OFS. Les perspectives sont particulièrement pessimistes dans l’industrie (–7,5%), dans l’hébergement et la restauration (–12,0%).

Ces chiffres ne vont pas contribuer à redonner confiance aux acteurs de l’économie au moment où le redémarrage des activités est encore plombé par moult incertitudes. La pandémie a poussé d’innombrables entreprises à demander des réductions d’horaire de travail (RHT). Plus de 1,5 million d’actifs en bénéficient aujourd’hui. Actuellement limité à 12 indemnités mensuelles (en 24 mois), ce régime fait craindre à certains secteurs que cette durée ne soit pas assez longue pour garantir le maintien des postes de travail. En première ligne figurent l’hôtellerie, le tourisme, l’horlogerie et l’industrie des machines. Swissmem, faîtière des entreprises de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux, a averti hier que les entrées de commandes dans le secteur risquaient de s’effondrer.

Extension indispensable

Dans ce contexte urgent, une extension de la durée de l’indemnisation des RHT à 18, voire à 24 mois, me paraît indispensable vu le caractère particulier et exceptionnel de la crise actuelle. Notre tissu économique dépend souvent de sous-traitants et de matériel provenant de l’étranger. Or, aujourd’hui, de nombreux clients annulent des achats en cours. La prospection, donc la perspective de garnir les carnets de commandes, reste difficile, et pour ne rien arranger, le franc reste fort. De plus, la relance des chaînes de productions mondiales prendra du temps. Etendre les indemnités mensuelles permettrait à de nombreuses entreprises de maintenir, dans la mesure du possible, leurs effectifs en dépit des perspectives économiques préoccupantes qui se dessinent. Conserver des compétences au lieu de licencier constitue un pas important vers la restauration de la confiance.

Une telle prolongation ne constituerait d’ailleurs pas une première: la Confédération y a eu recours en 2009 après la crise des «subprimes», et en 2016 lors de celle du franc fort. Cet instrument conjoncturel a fait ses preuves. Le Conseil fédéral devrait se pencher sur cette question dans le courant du mois de juin. Différentes démarches ont déjà été entreprises par des organisations économiques nationales auprès de Berne, ce que la CVCI salue. Celle-ci ne manquera pas d’apporter sa contribution à ce nécessaire travail de lobbyisme.

Photo: AdobeStock

Le redémarrage économique demandera de l’audace et du courage

Surmonter la pandémie actuelle constitue un défi majeur pour nos entreprises. Reprendre confiance dans un contexte aussi incertain exigera une prise de risques à laquelle notre pays n’est pas forcément habitué. C’est pourtant l’une des clés pour sortir de cette situation hors norme.

La crise sanitaire que nous vivons depuis bientôt trois mois s’est rapidement doublée d’un blocage de l’économie sans précédent. Les mesures d’aides urgentes et vigoureuses décidées par le Conseil fédéral, à l’image du chômage partiel, ont permis à une majorité d’entreprises d’encaisser le choc de cette première phase de la pandémie. Au moment où le déconfinement se met graduellement en place, un nouveau défi de taille attend l’industrie et le commerce: redémarrer pleinement les activités dans un environnement incertain d’où le Covid-19 n’a pas disparu. Le respect strict des consignes sanitaires est une condition sine qua non de la reprise. Il s’agit donc de garder ce virus à l’œil pour que l’économie puisse repartir.

Ce redémarrage, c’est certain, exigera du courage et de l’audace. Portée vers l’exportation, l’économie suisse gagne un franc sur deux à l’étranger. Même si les marchandises circulent, la demande mettra probablement des mois pour repartir. Et il paraît probable que le marché indigène redécollera lui aussi doucement. Le récent sondage que la CVCI a réalisé auprès de ses membres sur les effets de cette crise sanitaire montre que les entreprises, fortement impactées, comptent sur un retour à la normale au deuxième semestre. Dans ce contexte, reprendre confiance et regagner celle des consommateurs et des investisseurs ne sera pas une mince affaire. A cet égard, le maintien de conditions-cadres favorables demeure primordial.

S’inspirer de cette expérience

Les entrepreneurs devront se montrer persévérants – ils le sont par essence -, inventifs et prêts à prendre des risques. Ce dernier trait de caractère, il faut bien l’admettre, n’est pas forcément inscrit dans l’ADN des Suisses, au contraire des Anglo-Saxons qui en ont fait une marque de fabrique. C’est pourtant bien dans ce registre que les chefs d’entreprise d’ici pourront trouver matière à résoudre l’équation complexe qui se dresse devant eux. Notre sondage sur les effets du Covid-19 montre que cette crise a fait émerger nombre d’effets positifs dont il pourrait être judicieux de s’inspirer. Je veux parler notamment de l’accélération de la numérisation, des changements de consommation et de production, du développement de la créativité, du télétravail et des nouvelles organisations de travail, du retour à une production locale et de la simplification de certaines procédures.

Les incertitudes, qu’elles soient d’ordre sanitaire, économique ou politique, sont certes encore nombreuses. La situation inédite que nous vivons devrait pourtant être considérée comme une opportunité et servir de base à une réflexion sur nos modes de fonctionnement. Les valeurs humanistes, que l’on a sans doute un peu trop négligées ces dernières années, devront elles aussi être prises en compte dans ce nouveau départ. La CVCI et ses services seront à vos côtés pour vous accompagner dans ce monde où beaucoup reste à réinventer.

www.cvci.ch/coronavirus

Photo: AdobeStock

Les institutions doivent maintenant œuvrer à l’après-crise

Le Conseil fédéral a géré la pandémie actuelle par ordonnance, comme la loi le lui permet. A l’approche d’un début de déconfinement, il est souhaitable que le Parlement reprenne son rôle et que les autorités planchent de concert sur l’avenir. Cela vaut aussi pour l’échelon cantonal.

La «situation extraordinaire», telle que décrite par l’article 7 de la loi sur les épidémies, a conduit le Conseil fédéral à gérer seul la crise du Covid-19. Ces pouvoirs d’exception lui ont permis d’«ordonner les mesures nécessaires pour tout ou partie du pays». Il a plutôt bien assumé son rôle, même si on est loin d’un sans-faute. L’heure d’un déconfinement progressif étant venue, il est temps que les Chambres fédérales reviennent aux affaires, elles qui ont interrompu leur session de printemps à la mi-mars. La démocratie l’exige, et cela permettra aux institutions de réfléchir davantage sur le long terme.

Les parlementaires en ressentent la nécessité. Les bureaux des deux Conseils ont d’ailleurs décidé que les Chambres tiendront une session extraordinaire d’une semaine consacrée au seul coronavirus, dès le 4 mai à Bernexpo, la pandémie ne leur permettant pas de siéger en toute sécurité au Palais fédéral. Comme les sept Sages, le Parlement peut édicter des ordonnances dites de nécessité pour contrebalancer les décisions de l’exécutif. La Commission de l’économie et des redevances du Conseil national s’est déjà manifestée le 15 avril dernier en invitant ce dernier à présenter «rapidement une stratégie visant à mettre fin prochainement au blocage de l’économie.» Pas plus tard qu’hier, son homologue des États a prié le gouvernement de modifier les bases légales de telle sorte que les exploitants d’entreprises fermées par le Conseil fédéral au-delà du 27 avril (en particulier dans la restauration) puissent bénéficier d’une exonération de remboursement du crédit Covid-19 à hauteur de trois loyers mensuels au plus, pour les cas de rigueur.

Des scénarios pour l’avenir

Si la fin de la crise reste encore difficile à entrevoir, les autorités fédérales ont le devoir de proposer des scénarios pour l’avenir. L’être humain, tout comme le monde de l’économie, a horreur de l’incertitude. Aux mesures conjoncturelles prises ces dernières semaines doivent désormais s’ajouter des instruments de politique structurelle, tant il est vrai que le contexte économique sera différent désormais. Bien sûr, la violence et la soudaineté de cette pandémie impliquent une réflexion profonde avant d’aller de l’avant. Cette responsabilité, les institutions ont le devoir de l’endosser en recherchant les meilleures options pour passer ce cap périlleux. Dans ce nouveau monde qui se dessine, le maintien de bonnes conditions-cadres restera indispensable. Point positif, les élections fédérales sont derrière nous. On peut dès lors espérer que les apôtres du consensus l’emporteront sur les apprentis-sorciers et les démagogues.

Un devoir similaire incombe évidemment aux autorités cantonales. Le Conseil d’État vaudois a pris seul en main la gestion de la crise en mars dernier, mais comme à l’échelon fédéral, le Grand Conseil entend aujourd’hui retrouver ses prérogatives. Le parlement entend tenir une séance le 12 mai prochain dans une salle à Yverdon-les-Bains, qui permettra de respecter les directives d’éloignement. Là aussi, le législatif pourra compléter les décisions fédérales et infléchir, voire corriger celles, souvent timides, décrétées par le Château. On songe par exemple aux mesures trop modestes prises en faveur des start-up et des scale-up, ou encore des indépendants et des patrons d’entreprises.

Le contexte n’est cependant guère favorable. Les communales de 2021 et les cantonales de 2022 pourraient pousser nombre d’élus à une surenchère électoraliste parfaitement malvenue: que ce soit la décroissance à tout va, l’étatisme à tous crins ou encore la distribution d’argent tous azimuts. Cette parenthèse artificielle, liée à la pandémie, ne doit pas nous faire perdre de vue que notre société a besoin d’une économie forte pour prospérer et innover dans la durabilité. Celle-là même qui a permis aux autorités de disposer de sommes considérables pour atténuer les effets de cette crise sans précédent. Il faudra s’en souvenir au moment de prendre les bonnes décisions.

www.cvci.ch/coronavirus

Photo: AdobeStock

Le Canton doit mettre sur pied un vrai plan de relance pour les PME

Face à la crise du coronavirus, le gouvernement vaudois reste avare de mesures fiscales et économiques permettant aux entreprises de passer ce cap périlleux. Il y a pourtant urgence à délier les cordons d’une bourse que celles-ci ont largement contribué à remplir.

Le contraste est saisissant:  pendant que la Confédération aligne les mesures en faveur de l’économie à coup de dizaines de milliards de francs pour contrer les effets de la crise du Covid-19, le canton de Vaud fait preuve d’une réserve coupable dans ce dossier. C’est d’autant plus incompréhensible que la situation financière vaudoise est très favorable: le gouvernement ne vient-il pas d’annoncer qu’il réservait 403 millions provenant du bon résultat des comptes 2019 pour intervenir? Et si les chiffres sont aussi bons, depuis quinze ans rappelons-le, ils le doivent avant tout aux entreprises et aux employés que celles-ci salarient. Il est donc grand temps d’utiliser ce bas de laine pour soutenir un tissu économique meurtri par la crise actuelle.

Hier, les organisations économiques du Canton, dont la CVCI, ont tapé du poing sur la table en réclamant des actes forts par voie de communiqué. Le Conseil d’État a certes annoncé un soutien pour les start-up à hauteur de 20 millions, à quoi s’ajoutent 50 millions pour augmenter le fonds du chômage, ainsi que la suppression des intérêts moratoires pour les personnes morales. Une mesure que, soit dit en passant, Genève a prise il y a deux semaines, l’étendant même aux personnes physiques. Créer, en outre, un fonds d’aide d’urgence et d’indemnisation de 39 millions de francs pour le secteur culturel vaudois, c’est bien, mais qu’en est-il du reste de l’économie (indépendants, commerçants, patrons de PME, etc.)?

Plateforme d’échange nécessaire pour sortir de la crise

Pour le reste, c’est donc «circulez, il n’y a rien à a…voir». Cet attentisme n’est pas tolérable: les entreprises se débattent dans des difficultés considérables que les organisations économiques, en contact permanent avec leurs membres, ont identifiées. Elles connaissent leurs attentes et leurs besoins. C’est pourquoi elles demandent la création d’une plateforme permettant d’échanger régulièrement avec le gouvernement et son administration: «Cette délégation économique présenterait l’avantage de favoriser un échange d’informations et une consultation, inexistante à ce jour, sur les mesures possibles dans la volonté d’améliorer la situation du tissu économique vaudois», écrivent-elles. Il est nécessaire de faire circuler l’argent, de verser les salaires, de payer les sous-traitants, les fournisseurs. Cela relève de la solidarité, mais garantit aussi des revenus futurs.

Au-delà des mesures fiscales et économiques auxquelles elles sont en droit de prétendre, les entreprises attendent de leurs gouvernants qu’ils réfléchissent déjà à des scénarios de sortie de crise et de soutien à la reprise de l’économie dans toute sa diversité. Le Conseil fédéral a annoncé hier qu’il songeait à assouplir progressivement les mesures de lutte contre l’épidémie de coronavirus dès la fin avril. Le Conseil d’État doit en faire de même à l’échelon cantonal. Les entreprises ont besoin de cette visibilité pour passer ce cap et se réinventer dans un monde économique qui ne sera plus tout à fait le même.

www.cvci.ch/coronavirus

Photo: AdobeStock

La crise actuelle met en lumière l’interdépendance des acteurs économiques

Une étude confirme que la pandémie de coronavirus cause des difficultés d’approvisionnement, d’écoulement des produits et une détérioration des paiements pour de nombreuses entreprises. Cela montre à quel point l’économie est imbriquée. Il s’agira d’en tirer des leçons le moment venu.

Les informations sur la pandémie du Covid-19 qui arrivent en rafale chaque jour montrent à quel point le monde de l’économie est secoué par cette crise sans précédent. Les mesures sanitaires drastiques prises dans le monde induisent des problèmes en cascade pour les entreprises. Une enquête réalisée par la faîtière economiesuisse montre qu’une grande partie d’entre elles éprouvent déjà des difficultés à vendre leurs produits et services en Suisse. Les fournisseurs du secteur de la restauration, des hôtels, des organisateurs d’événements et des artisans sont fortement impactés par les interdictions liées à l’état d’urgence. Les autres fournisseurs du commerce de détail rencontrent des problèmes similaires.

Une tendance très semblable s’observe dans l’approvisionnement en composants et en produits intermédiaires, plongeant les entreprises dans de grandes difficultés. Celles-ci se font l’écho de retards dans la livraison de produits en provenance d’Asie ces dernières semaines. Cependant, des engorgements se produisent de plus en plus dans les importations en provenance de nos voisins européens. Les fournisseurs suisses ont eux aussi, parfois, du retard.

Les avantages d’une diversification

L’effet domino auquel on assiste montre à quel point l’économie mondiale est imbriquée et interdépendante. Une fois la crise passée, il sera indispensable de mener des réflexions sur les chaînes d’approvisionnement et la localisation des fournisseurs. Cependant, comme le dit cette semaine dans la presse Jérôme Cosandey, directeur d’Avenir Suisse, «dans cette même crise, les avantages d’une diversification géographique ne peuvent pas être ignorés non plus». Si l’épidémie est venue de Chine, cette dernière semble avoir surmonté la première vague du Covid-19, alors que l’Europe la subit actuellement de plein fouet. Du coup, l’Asie peut désormais de nouveau exporter du matériel sanitaire dont nous avons bien besoin, tout comme d’autres produits nécessaires à notre économie. «Penser trouver son salut uniquement au sein de l’Europe serait une approche insuffisante», souligne-t-il avec raison.

Pour l’heure, les entreprises estiment qu’un retour à la normale ne se produira avant au moins six mois. Cette estimation repose sur le postulat crucial qu’il n’y aura pas de «shutdown» généralisé. C’est pourquoi les entrepreneurs demandent aux autorités de pouvoir continuer à maintenir leur production. De nombreuses sociétés sont dans l’incapacité de poursuivre leurs activités parce que des sous-traitants sont à l’arrêt. Tout ne peut pas être stoppé d’un coup: l’économie doit pouvoir continuer à produire dans la mesure du possible, dans le strict respect des contraintes sanitaires. Le redémarrage espéré à terme en sera facilité. Le Conseil fédéral n’a pas dit autre chose lors de la conférence de presse de ce mercredi.

Cette crise constitue aussi l’occasion de saluer l’engagement et le courage de toutes celles et de tous ceux qui, en dépit de ce contexte douloureux et anxiogène, continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes en étant au front.

www.cvci.ch/coronavirus

Photo: AdobeStock

Coronavirus: les «remèdes» pour soutenir l’économie existent

L’épidémie de Covid-19 commence d’impacter durement certains secteurs économiques. Le préjudice aux entreprises dépendra de la durée de la crise sanitaire. Les solutions pour en atténuer les effets ne manquent pas. Tour d’horizon des pistes à explorer.

C’est le magazine «Bilan» qui avance le chiffre dans son édition de cette semaine: le coût financier de l’épidémie de coronavirus aurait déjà atteint le milliard de francs pour l’industrie suisse de l’événementiel. L’interdiction fédérale de tout rassemblement de plus de 1000 personnes jusqu’au 15 mars a provoqué de nombreuses annulations et, par cascade, des dégâts financiers majeurs. Des licenciements ont été prononcés, alors que des faillites sont redoutées. Si ce secteur est durement touché, c’est bien l’ensemble de l’économie suisse qui tourne aujourd’hui au ralenti.

L’ampleur de l’impact sur les entreprises reste encore difficile à estimer. Elle dépendra de la durée de la crise sanitaire. Si celle-ci n’excède pas deux mois, la plupart des sociétés pourront se relever. Au-delà, les dommages risquent d’être considérables. De nombreux pays et autres organisations ont déjà annoncé des mesures de soutien se chiffrant en milliards. La Commission européenne a décidé mardi de créer un fonds de 25 milliards d’euros pour aider les membres de l’Union européenne, alors que la Grande-Bretagne a annoncé hier un plan de 30 milliards de livres pour soutenir l’économie face à l’impact de l’épidémie.

Options envisageables

Et en Suisse, où en est-on? L’idée d’allouer une partie des milliards de francs que la Banque nationale suisse (BNS) va verser aux cantons afin de soulager les entreprises en difficulté fait son chemin un peu partout dans le pays, et dans tous les milieux. Nous n’en sommes pas encore là. Dans l’immédiat, d’autres options sont envisageables, comme le recours au chômage partiel. A cet égard, la Confédération a réduit hier de dix à trois jours le délai pour déposer des demandes de réduction de l’horaire de travail. Cette mesure permettra à nombre de sociétés déjà impactées de laisser passer un «orage» que l’on espère le moins dommageable possible. On peut aussi imaginer de demander aux collectivités publiques d’accélérer les paiements dus aux sociétés privées, ou encore d’envisager de différer de quelques mois, sans pénalité, le paiement des impôts qui leur sont dus par les entreprises. Enfin, les autorités compétentes seraient également bien inspirées de faire preuve de souplesse dans la prise en considération des cas de quarantaine.

Pour le reste, les entreprises et les citoyens peuvent contribuer à enrayer la propagation de l’épidémie, et par là même, son funeste impact en respectant les prescriptions émises par la Confédération. Toutes les informations utiles sont disponibles sur le site de la CVCI à l’adresse www.cvci.ch/coronavirus.

Photo: AdobeStock

La globalisation, oui, mais avec pondération

L’épidémie de coronavirus met en lumière une réalité préoccupante: la Chine regroupe une grande partie de la production mondiale de principes actifs médicamenteux. Si la mondialisation est profitable, il est peut-être temps d’adapter ce modèle aux réalités du XXIe siècle.

Le journal «Le Temps» annonçait la semaine dernière l’imminence d’une «grave pénurie de médicaments». En cause: la concentration des fournisseurs de matières premières en Asie, où la pharma occidentale a délocalisé une grande partie de sa production dans les années 2000 afin d’optimiser ses coûts. De nombreux antidouleurs et antibiotiques commencent déjà à manquer dans les pharmacies de notre pays.

L’épidémie de coronavirus qui sévit actuellement en Chine accentue le phénomène, car elle paralyse les chaînes de production et, donc, d’approvisionnement. Elle met surtout en évidence la vulnérabilité que fait peser cette délocalisation sur le système sanitaire. Dans ce contexte, le groupe pharmaceutique Sanofi a communiqué lundi qu’il allait «regrouper en une nouvelle entreprise autonome certaines de ses activités européennes dans les principes actifs pharmaceutiques, des molécules essentielles entrant dans la composition de tout médicament, dans un contexte de dépendance croissante des laboratoires mondiaux vis-à-vis de la production asiatique». La nouvelle filiale doit réunir six des onze sites de fabrication de principes actifs que compte l’entreprise en Europe. La nouvelle entité, forte de 3100 employés, aura son siège en région parisienne.

Voilà un signal intéressant. L’idée, bien sûr, ne consiste pas à remettre en question la mondialisation. Les échanges internationaux demeurent indispensables à la prospérité générale et ont permis de réduire les inégalités dans le monde. Le cas soudain et extrême de l’épidémie vient simplement nous rappeler que les concentrations industrielles ne sont pas toujours souhaitables, a fortiori lorsqu’elles se trouvent à l’autre bout de la planète. A une époque où le changement climatique devient un enjeu central pour nous tous, produire plus près ne peut qu’améliorer notre bilan carbone.

Tendance en hausse

Rapatrier sa production est une tendance que l’on observe depuis quelques années en Occident, même en Suisse. La raison principale? Le coût du travail, qui a souvent été à la base d’une décision de délocalisation, augmente également dans les pays lointains. De fait, les économies obtenues sur la main-d’œuvre ne compensent plus les coûts logistiques et douaniers. Relocaliser est aussi en phase avec l’exigence de proximité que revendiquent toujours plus de consommateurs. Les entreprises y trouvent leur compte en termes d’image et de notoriété. D’un point de vue logistique, à l’heure de l’industrie 4.0, la relocalisation s’avère aussi payante, car elle permet de réduire les coûts, d’améliorer les délais de livraison et, point non négligeable, le service à la clientèle.

Il est peut-être temps de reconsidérer la globalisation à la lumière des nouveaux paradigmes de ce siècle. Elle a du bon, mais avec modération.

Photo: AdobeStock

La 5G mérite mieux qu’un moratoire

Le canton de Vaud a décidé de ne pas autoriser la construction de nouvelles antennes dans le sillage du rapport fédéral portant sur le déploiement de cette technologie sur le territoire suisse. Et pendant ce temps, l’économie doit ronger son frein.

On appelle cela familièrement «refiler une patate chaude». La semaine dernière, le Conseil d’Etat vaudois a annoncé qu’il interdisait la construction de nouvelles antennes 5G sur son sol jusqu’à ce que la Confédération mette «à disposition des cantons certains outils permettant, notamment, de vérifier que ces installations respectent les valeurs limites en matière de rayonnement». Il s’abrite derrière le principe de précaution. Il a beau jeu de le faire, d’ailleurs, car le rapport publié fin novembre sur mandat du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) portant sur le déploiement de la 5G sur le territoire suisse ne livre guère de conclusions claires… Devant ce flou fédéral, le gouvernement vaudois consent toutefois à accepter les modifications d’antennes dites mineures qui n’impliquent pas d’augmentation de leur puissance.

Il est louable de vouloir préserver la santé de la population face à une technologie que certaines études accusent d’induire un risque sanitaire. Or, et c’est bien là son seul mérite, le groupe de travail mandaté par le DETEC «constate que, jusqu’à présent, aucun effet sanitaire n’a été prouvé de manière cohérente en dessous des valeurs limites fixées dans l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI) pour les fréquences de téléphonie mobile utilisées actuellement». Or, avec ou sans moratoire, les opérateurs respecteraient ces limites, tant pour la 3G, la 4G ou la 5G. Des valeurs qui, soit dit en passant, sont dix fois moins élevées que dans d’autres pays! Les experts estiment en outre que 90% du rayonnement auquel nous sommes exposés ne dépend que de nous: il s’agit du smartphone que nous gardons longuement à l’oreille au lieu d’utiliser une oreillette avec micro intégré, du wifi que nous laissons activé en permanence, du téléphone conservé près de soi la nuit sans l’éteindre ou encore du PC portable posé sur les genoux. Il est donc aisé de limiter les risques d’exposition aux ondes.

Technologie indispensable

Disons-le clairement: dans ces conditions, les moratoires décrétés par les cantons n’ont pas lieu d’être, et ils doivent conséquemment être levés. Des voix s’élèvent même pour dénoncer leur caractère illégal au regard de la législation fédérale en la matière. Les réseaux sont presque saturés dans les grandes villes. Si la 5G paraît surfaite pour l’utilisateur lambda, l’économie, elle, attend avec impatience le déploiement d’une technologie indispensable pour le développement prometteur de l’internet des objets connectés. Songeons aussi aux diverses applications médicales possibles et aux drones. Le canton de Vaud, où le moratoire dure depuis le mois d’avril, a déjà pris beaucoup de retard dans la couverture de la 5G. Pendant ce temps, les opérateurs de téléphonie mobile investissent dans des cantons moins réfractaires au progrès.

Il est possible de développer un réseau performant dans le respect de normes sévères en matière de santé publique. S’agissant de la 5G, un peu de discernement ne ferait pas de mal à nos autorités, qu’elles soient fédérales ou cantonales.

Photo: AdobeStock

Timbrer ou pas? La question va bien au-delà

Le fait d’enregistrer son temps de travail, usage qui remonte à l’époque industrielle, est-il un facteur de réduction du stress? Une étude aborde la problématique sans vraiment répondre à cette question, tout en suscitant un vrai débat de société.

Lorsque l’on parle de timbrage, nous sommes nombreux à avoir la vision d’une usine avec son lot de travailleurs à la chaîne en bleu de travail. A l’heure où l’agilité et la flexibilité sont érigées en vertus, cette image peut réellement paraître d’un autre temps. Il est vrai que depuis quelques années, on tend à supprimer l’obligation de timbrer ou à en simplifier la procédure. Une révision législative fédérale a d’ailleurs introduit, le 1er janvier 2016, un régime dérogatoire. L’article 73a de l’Ordonnance 1 relative à la loi sur le travail prévoit ainsi la possibilité de ne plus enregistrer le temps de travail pour les employés touchant un salaire brut annuel de plus de 120’000 francs et disposant d’une grande autonomie dans l’organisation de leur travail, y compris dans l’aménagement de leurs horaires.

C’est dans ce contexte que le Secrétariat d’État à l’économie a mandaté l’Université de Genève pour évaluer l’impact des mesures d’accompagnement sur la durée du travail effectif, le stress au travail, la conciliation famille-travail et la santé des travailleurs. Sa conclusion principale: les personnes qui renoncent à timbrer ou qui effectuent un enregistrement simplifié travaillent plus longtemps et ont plus fréquemment des horaires atypiques. Les employés qui ont renoncé au timbrage travaillent ainsi 45,6 heures en moyenne contre 41,8 heures pour les travailleurs au bénéfice de l’enregistrement simplifié et 39,6 heures dans le cas d’un enregistrement systématique du temps de travail.

L’étude ne met pas en évidence un lien direct entre la modalité d’enregistrement du temps de travail et l’exposition à un risque de stress important. Cependant, ses auteurs observent que «l’absence de mesures d’accompagnement dans l’entreprise et l’insatisfaction vis-à-vis du mode d’enregistrement des heures de travail sont significativement corrélées avec un niveau de stress élevé». L’étude montre surtout que ceux qui renoncent à timbrer ne sont pas en moins bonne santé et ne sont pas davantage stressées que les personnes qui enregistrent systématiquement leur temps de travail, dès le moment où leur entreprise introduit des mesures d’accompagnement. Au passage, il est piquant d’observer le paradoxe suivant: de nombreux employés dénigrent le timbrage sous prétexte qu’ils se sentent surveillés. D’un autre côté, toutefois, enregistrer le temps de travail leur assure de ne pas bosser au-delà de ce que leur contrat prescrit.

Un défi pour les managers

Au-delà de ces constats, la question du stress me paraît relever d’un plus vaste débat de société, car elle déborde largement du cadre professionnel. Les individus ne sont pas soumis à un rythme élevé qu’au bureau ou à l’usine: la pression est également présente dans le cadre de la vie privée. La famille, les aléas de l’existence et la dépendance grandissante aux réseaux sociaux soumettent les gens à une spirale incessante qui finit par mettre la santé à rude épreuve. Pour les chefs d’entreprise, cette tendance lourde représente un défi. Aucun d’entre eux ne souhaite voir ses collaborateurs partir en burnout, car cela implique un surcroît de travail pour les collègues, une réorganisation temporaire, voire le report de décisions stratégiques. Sans parler, bien entendu, du coût humain pour ceux qui en sont victimes

Alors, faut-il timbrer ou pas? Ce n’est qu’une partie de l’équation à laquelle sont confrontés aujourd’hui les managers dans le tumulte du XXIe siècle. A eux de résoudre au mieux les variables qui sont de leur ressort.

Crédit photo: AdobeStock